Lutte contre le terrorisme : «C’est le courage qui nous manque aujourd’hui»

Lutte contre le terrorisme : «C’est le courage qui nous manque aujourd’hui»
Lutte contre le terrorisme : «C’est le courage qui nous manque aujourd’hui»

Africa-PressBurkina Faso. Le Citoyen Africain pour la Renaissance (CAR) n’entend pas rester en marge de la gestion de la crise sécuritaire au Burkina Faso. Son approche se veut inclusive et participative. Un forum sur la sécurité nationale verra la participation de toutes les couches sociales en vue de poser un diagnostic aigu de la situation sécuritaire assorti d’un document référentiel comme guide éclair pour redonner le sourire aux Burkinabè. Ce forum est prévu dans la première semaine du mois de novembre 2021, le coordinateur national du CAR, Gilbert Bamogo, lève un coin de voile sur ce à quoi se résume ce forum au micro de

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Gilbert Bamogo

: C’est une idée qui est murie depuis plus d’une année. Car on est tous vraiment écœurés de voir les événements qui se passent au Burkina Faso depuis un peu plus de 5 ans. Des attaques terroristes chaque jour. Donc pour nous, quelle peut être la participation de la société civile ?

Il faut que la société civile sorte de son cadre classique qui se contente de critiquer et de jouer la marionnette des politiques. La société civile doit se lancer dans une autre dimension. Et pour nous, il s’agit d’organiser un forum national de 3 jours entre fin novembre et début décembre.

Gilbert

Bamogo: Il y a des conférences qui sont prévues et qui vont débuter bientôt. Il y a aussi des ateliers de réflexion qui vont réunir les participations des jeunes de tous bords, de la majorité comme de l’opposition, des journalistes, etc.

Il y aura des populations issues des zones d’attaques, des VDP (volontaires pour la défense de la patrie, ndlr), des Koglweogo, donc tous les acteurs, qui prennent part d’une manière ou d’une autre à la lutte contre le terrorisme, vont y prendre part. Il y a des experts en question de sécurité, de communication et en gestion de conflit qui vont prendre part également.

Gilbert

Bamogo : Notre objectif est qu’à la sortie de ce forum, nous puissions fournir un document qui peut être considéré comme un référentiel que le CAR produira et qu’on va donner aux gouvernants.

Au terme des 72 heures de réflexion, le diagnostic sera très clair avec nos experts. Pourquoi il y a terrorisme ? Pourquoi on n’arrive pas à le contenir ? Qui sont-ils ? Et comment venir à bout de ce terrorisme ?

C’est vrai que nous n’avons pas les moyens en tant qu’organisation de la société civile, mais pour nous, c’est de produire ce document que nous allons présenter à l’opinion nationale et internationale, aux partenaires publics et privés comme alternative.

Il faut savoir que les méthodes mises en place n’ont pas été efficaces jusqu’à aujourd’hui. Est-ce que les changements de ministres et la création des VDP ont résolu le problème ?

Donc pour nous, c’est de mener une réflexion profonde et de fournir un document et dire : voici ce que le CAR propose. Nous ne voulons plus être dans une situation de critique à chaque fois sans rien proposer. Cette fois-ci, nous voulons proposer quelque chose de concret et dire, voici la participation du CAR dans la lutte contre le terrorisme.

Gilbert

Bamogo : Ils ont proposé, mais est-ce que le diagnostic était sérieusement fait ? Quand vous êtes malades, il faut le bon diagnostic à travers plusieurs examens. Ce n’est pas forcement que notre diagnostic sera le meilleur, mais est-ce que les autres ont proposé le diagnostic qu’il faut ?

Gilbert Bamogo

: Pas forcement ! Nous apportons notre contribution. Le problème est qu’il faut savoir si c’est le bon diagnostic qui a été fait et deuxièmement, est-ce que les propositions qui ont été faites ont été mises en œuvre ? C’est ça aussi la part du gouvernement.

On peut proposer mais il reviendra au gouvernement de mettre en œuvre les propositions. Le problème du terrorisme a deux volets. Ce n’est pas la lutte des armes seulement qui viendra à bout du terrorisme. Non ! il y a le problème de développement.

Quand vous prenez les régions où sévit le terrorisme, ce sont des régions qui n’ont pas connu de développement. Il faut savoir pourquoi le terrorisme ? parce qu’il y a des gens de nos localités qui sont enrôlés. Une personne qui a trois repas par jour et qui a un emploi, je ne sais pas ce qu’il va aller chercher dans le terrorisme.

S’il y a des jeunes qui s’engagent, il y a une responsabilité du gouvernement. Pour nous, ce n’est pas de dire qu’il faut négocier avec les terroristes car pour négocier avec eux, il faut les connaitre. Mais c’est de poser un diagnostic sérieux et concret.

En termes de terrorisme, il n’y a pas de bâton magique. Quand le terrorisme s’installe dans un coin il faut que la population apprenne à vivre avec. Parce que on n’éradique pas totalement le terrorisme. Même si l’on arrive à mettre fin au terrorisme, il peut avoir des attaques sporadiques.

Mais comment faire pour que le terrorisme soit circonscrit ? C’est à ce niveau que nous voulons intervenir. Pour nous, c’est que les réfugiés ne puissent plus avoir peur d’être dans leurs localités parce que chaque jour ils ont des menaces. C’est que nous arrivons à mettre fin au fait que des Burkinabè deviennent étrangers sur leur propre sol.

Nos propositions que nous pouvons faire peuvent marcher, comme ça peut ne pas marcher. Mais au moins, il faut appliquer et dire à l’opinion voici : nous avons appliqué et voici ce que ça donne. Moi j’estime que si toutes les propositions qui étaient faites ont été appliquées, je crois que nous n’en serions pas là.

Gilbert

Bamogo : Avec le problème de l’ancien ministre de la défense, il a fallu la marche de l’opposition avant que le président puisse prendre en compte la réalité pour limoger le ministre. Il faut prendre la décision avant que ça ne chauffe. C’est ce qui nous manque aujourd’hui. C’est le courage qui nous manque aujourd’hui.

Gilbert Bamogo

: Nous n’avons pas les moyens étatiques pour être sur le terrain. Nous ne sommes pas des militaires. Il faut que chacun joue son rôle. Nous sommes une organisation de la société civile. Nous rencontrons des réfugiés/déplacés à Ouaga et ailleurs. Nous faisons de notre mieux quand on a souvent de l’aide. C’est de venir en aide aux réfugiés/déplacés en leur apportant des vivres et des matériels de première nécessité.

Gilbert Bamogo

: Le problème est que depuis un certain temps, le CAR n’est plus trop sur la visibilité.

Gilbert

Bamogo : Non ! Pas en léthargie. Le terme sera trop fort. Depuis que j’ai pris la tête du CAR, j’estime que ce n’est pas le bruit qui fera de nous le CAR. Les conférences de presse, on peut les organiser tous les jours.

Je peux inviter la presse quand j’aurais deux sacs de riz pour aller donner à des réfugiés ou des déplacés. Et dire voici j’ai deux sacs de riz. Mais le fait de donner et de téléviser, qu’est-ce que je gagne ? C’est ça la question. Nous donnons, beaucoup de personnes donnent d’ailleurs, mais ce n’est pas vu par les chaines de télé, les radios, etc.

Est-ce qu’on doit téléviser parce qu’on aide des gens ?

Sinon le CAR joue toujours son rôle de veille citoyenne. Vous avez peut-être raison aussi de dire que nous ne sommes pas trop actifs. Oui ! On n’est pas actif dans la presse.

Gilbert Bamogo

: Certainement que nos chemins ne se sont jamais croisés sur le terrain, sinon vous pouvez aller, il y a moins d’un mois, nous étions à Pazani. Vous pouvez aller, les déplacés vous témoigneront. On est allé s’enquérir de leur nouvelle voir ce qui se passe. Ensuite on a été à Polosgo où on a eu à faire quelques dons de sacs de maïs.

Nous n’avons pas les moyens, mais quand bien même, nous essayons avec l’aide des personnes d’apporter notre contribution. Prochainement, on vous fera appel et vous serez témoins de nos dons et toute l’opinion nationale et internationale saura que le CAR bouge, nous bougeons. Mais seulement nous ne voulons pas aller aider quelqu’un en télévisant. Il ne faut pas utiliser le malheur des autres pour se faire de la lumière.

Propos recueillis par Akim KY

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