{"id":15390,"date":"2021-07-02T19:33:04","date_gmt":"2021-07-02T19:33:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/?p=15390"},"modified":"2021-07-03T05:15:43","modified_gmt":"2021-07-03T05:15:43","slug":"barrage-oumarou-kanazoe-grosse-menace-de-la-plante-typha","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/culture-et-art\/barrage-oumarou-kanazoe-grosse-menace-de-la-plante-typha","title":{"rendered":"Barrage Oumarou-Kanazo\u00e9 : Grosse menace de la plante typha"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong><a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a> &#8211; <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\">Burkina Faso<\/a>. <\/strong><\/span><b>Construit en 1995, le barrage Oumarou-Kanazo\u00e9 de To\u00e9ssin est situ\u00e9 sur le fleuve Nakanb\u00e9, dans la r\u00e9gion du Nord, \u00e0 cheval entre les provinces du Passor\u00e9, du Yatenga et du Zondoma. D\u2019un volume d\u2019eau de<\/b><\/p>\n<p>100 000 000 m3, il est d\u2019une importance socio\u00e9conomique pour les populations des communes riveraines de Gomponsom, Kalsaka, Kirsi et Tougo qui y m\u00e8nent, depuis plus de deux d\u00e9cennies, des activit\u00e9s agricoles et mara\u00eech\u00e8res. Mais le plan d\u2019eau est, aujourd\u2019hui, menac\u00e9 par la pr\u00e9sence du typha \u00ab domingensis \u00bb, une esp\u00e8ce v\u00e9g\u00e9tale aquatique envahissante qui occupe plus de 50% du barrage. Cette situation compromet la recherche de la pitance quotidienne de centaines de mara\u00eechers et agriculteurs de la zone.<\/p>\n<p>Souleymane Kalga est natif de la commune rurale de Gomponsom, situ\u00e9e \u00e0 environ douze kilom\u00e8tres (km) de Yako. Depuis 1998, il exploite la terre aux alentours du barrage de To\u00e9ssin. Il y produit de la banane, des l\u00e9gumes (tomates, oignons, choux, courges, concombres\u2026).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, il est l\u2019un des plus grands producteurs de bananes dans cette localit\u00e9. M. Kalga poss\u00e8de une bananeraie de trois hectares (ha) en plus d\u2019un ha de production mara\u00eech\u00e8re. Gr\u00e2ce \u00e0 ces activit\u00e9s, il a pu se construire des maisons pour lui et ses quatre femmes. \u00ab J\u2019ai au moins 20 enfants qui sont tous scolaris\u00e9s. J\u2019ai aussi achet\u00e9 des parcelles dans la ville de Yako o\u00f9 j\u2019ai \u00e9rig\u00e9 des maisons qui sont en location \u00bb, confie-t-il, le sourire aux l\u00e8vres. Pour lui, sans l\u2019eau de ce barrage, il ne serait pas devenu un agro businessman prosp\u00e8re. Parti en C\u00f4te d\u2019Ivoire pour faire fortune, quelques ann\u00e9es auparavant, il y passera sept ann\u00e9es infructueuses avant de se r\u00e9soudre \u00e0 rentrer bredouille au bercail. Aujourd\u2019hui, la parenth\u00e8se ivoirienne n\u2019est plus qu\u2019un lointain souvenir.<\/p>\n<p>Rasman\u00e9 Sankara est, lui aussi, un producteur de bananes et de produits mara\u00eechers autour du m\u00eame barrage. Cette activit\u00e9, il la m\u00e8ne depuis les ann\u00e9es 2000. Polygame et p\u00e8re de onze enfants, il subvient ais\u00e9ment, gr\u00e2ce \u00e0 cette activit\u00e9, aux besoins de sa famille. \u00ab Je suis heureux de voir ma famille \u00e0 l\u2019abri du besoin. Je suis un homme combl\u00e9 \u00bb, soutient-il, ravi. Avec les revenus issus de la vente de ses produits mara\u00eechers, M. Sankara est propri\u00e9taire de deux parcelles dans la ville de Yako et poss\u00e8de plusieurs t\u00eates de b\u00e9tail. \u00ab J\u2019ai une plantation d\u2019un ha. C\u2019est une activit\u00e9 qui nourrit bien son homme \u00bb, affirme-t-il. A l\u2019image de ces planteurs, ce sont des milliers d\u2019autres personnes qui b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019eau du barrage pour mener \u00e0 bien leurs activit\u00e9s agricoles et mara\u00eech\u00e8res.<\/p>\n<p>D\u2019un volume d\u2019eau d\u2019environ 100 000 000 m3, le barrage Oumarou Kanazo\u00e9 repr\u00e9sente \u00ab une mine d\u2019or \u00bb pour les riverains. De nos jours, la \u00ab mine d\u2019or fluviale \u00bb est malade et donne des insomnies aux populations environnantes. La \u00ab retenue d\u2019eau \u00bb est menac\u00e9e de disparition.<\/p>\n<p>Le coupable, une plante appel\u00e9e typha qui a envahi les lieux, jetant les b\u00e9n\u00e9ficiaires de l\u2019eau dans le d\u00e9sarroi total, car \u00ab l\u2019or bleu \u00bb se rar\u00e9fie en saison s\u00e8che.<\/p>\n<p>Selon le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Agence de l\u2019eau du Nakanb\u00e9, Guy Christian Niki\u00e9ma, la plante typha \u00ab domingensis \u00bb est apparue au Burkina Faso, il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Elle occupe plus de 50% du plan d\u2019eau du barrage de To\u00e9ssin \u00bb, informe-t-il.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, le plan d\u2019eau est compl\u00e8tement envahi par cette plante qui, d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, ne fait que r\u00e9duire la capacit\u00e9 de r\u00e9tention de l\u2019eau. \u00ab A partir du mois de janvier, nous n\u2019avons plus d\u2019eau pour arroser nos plantes. Nous sommes oblig\u00e9s de creuser des canaux et d\u2019utiliser nos motopompes reli\u00e9es aux tuyaux pour acc\u00e9der \u00e0 la ressource pendant un bout de temps.<\/p>\n<p>Du mois de mars jusqu\u2019\u00e0 la saison pluvieuse, nos plantes se meurent\u00bb, se d\u00e9sole le producteur Souleymane Kalga, l\u2019air triste. Pour lui, cette situation a entra\u00een\u00e9 d\u2019\u00e9normes pertes, cette ann\u00e9e, chez les producteurs. Le constat est amer sur le terrain. Dans le champ de M. Kalga, les l\u00e9gumes pourrissent et les pieds de bananes s\u00e8chent. \u00ab Regarde mes concombres, mes tomates qui pourrissent sans \u00eatre m\u00fbrs et les feuilles d\u2019aubergines sauvages qui jaunissent par manque d\u2019eau \u00bb, nous montre Souleymane Kalga, l\u2019air d\u00e9sempar\u00e9. A \u00e9couter Rasman\u00e9 Sankara, le manque d\u2019eau fait que pour arroser son champ de 1ha situ\u00e9 \u00e0 3 km du barrage, il doit passer des heures, de 6h du matin \u00e0 3 h du matin. Pour ce faire, il doit raccorder environ 500m de tuyaux pour avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau. \u00ab Vu la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s, j\u2019arrose d\u00e9sormais chaque deux semaines au lieu de chaque 5 jours. Pourtant, avant, j\u2019arrosais de 6h \u00e0 15h de l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>A l\u2019allure o\u00f9 vont les choses, on risque d\u2019abandonner la production de la banane parce qu\u2019elle est plus d\u00e9pensi\u00e8re que b\u00e9n\u00e9fique \u00bb, regrette M. Sankara. Une donne qui explique, \u00e0 entendre le Directeur r\u00e9gional (DR) de l\u2019Eau et de l\u2019Assainissement du Nord, Evariste Zongo, que \u00ab le typha constitue un danger pour la retenue d\u2019eau parce qu\u2019elle occupe, non seulement l\u2019espace, mais absorbe l\u2019oxyg\u00e8ne dissout. Ce qui a un impact sur les esp\u00e8ces vivantes, \u00e0 savoir le poisson et autres \u00bb. M. Zongo souligne que l\u2019ensablement est d\u00fb aux activit\u00e9s agricoles men\u00e9es par les producteurs tout autour du barrage. Effectivement, le constat sur le terrain est amer ! Des producteurs se sont m\u00eame install\u00e9s dans la bande de servitude pour mener leurs activit\u00e9s. Avec le manque d\u2019eau, certains n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 investir la cuvette. Pour ce faire, ils d\u00e9boisent compl\u00e8tement la barri\u00e8re naturelle physique qui pouvait freiner, un tant soit peu, les s\u00e9diments venant du bassin versant.<\/p>\n<p>\u00ab Au fur et \u00e0 mesure que l\u2019eau se retire, les producteurs ne font qu\u2019entrer dans la cuvette et continuent d\u2019emblaver des grosses ravines pour tirer l\u2019eau. Toute cette terre d\u00e9gag\u00e9e ne fait que charrier l\u2019int\u00e9rieur de la retenue et comble le barrage \u00bb, d\u00e9plore le DR de l\u2019Eau et de l\u2019Assainissement du Nord.<\/p>\n<p>Outre les diff\u00e9rentes atteintes au barrage Oumarou-Kanazo\u00e9, il y a la pollution li\u00e9e \u00e0 l\u2019utilisation des produits chimiques agricoles comme l\u2019engrais et les pesticides que les producteurs utilisent \u00e0 proximit\u00e9 de la retenue. \u00ab Cela entra\u00eene une pollution chimique de l\u2019eau. Lequel ph\u00e9nom\u00e8ne acc\u00e9l\u00e8re la prolif\u00e9ration des plantes aquatiques envahissantes telles que le typha \u00bb, s\u2019offusque M. Zongo.<\/p>\n<p>Malheureusement, apr\u00e8s l\u2019usage de ces produits chimiques, les emballages sont aussi jet\u00e9s sur place, dans les plantations. \u00ab Aujourd\u2019hui, \u00e0 cause de toutes ces actions, le volume d\u2019eau s\u2019est r\u00e9duit \u00e0 90 000 000 m3 \u00bb, regrette-t-il. De plus, pour avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, de nombreux producteurs utilisent des motopompes et pr\u00e9l\u00e8vent l\u2019eau dans la retenue pour traverser la digue. Ils creusent donc la partie haute pour enterrer leurs tuyaux de canalisation.<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont des comportements nuisibles qui impactent n\u00e9gativement l\u2019ouvrage \u00bb, indique Evariste Zongo. La digue est utilis\u00e9e comme une route.<\/p>\n<p>\u00ab Dans un pass\u00e9 r\u00e9cent, des camions, des v\u00e9hicules de transport et des particuliers utilisaient la digue comme itin\u00e9raire, pourtant il existe une route. La dur\u00e9e de vie de la digue sera r\u00e9duite si elle est amen\u00e9e \u00e0 supporter des trafics intenses \u00bb, pr\u00e9vient-il. Avec ces actions n\u00e9fastes combin\u00e9es, l\u2019un des plus grands \u00ab tr\u00e9sors \u00bb de la r\u00e9gion du Nord est en souffrance. Et si rien n\u2019est fait, l\u2019ouvrage risque de devenir une vaste plantation de typha \u00ab\u2008domingensis \u00bb. D\u00e9j\u00e0, l\u2019Agence de l\u2019eau du Nakanb\u00e9 m\u00e8ne des actions de sauvetage de la retenue. En collaboration avec l\u2019Institut de l\u2019environnement et de recherches agricoles (INERA) et l\u2019Universit\u00e9 Joseph-Ki-Zerbo, l\u2019agence a \u00e9labor\u00e9 une approche de lutte contre le typha. La m\u00e9thode utilis\u00e9e consiste \u00e0 couper les pieds du typha \u00e0 ras du sol pendant la p\u00e9riode des hautes eaux tout en laissant interposer au-dessus, une lame d\u2019eau sup\u00e9rieure \u00e0 0,50 m. \u00ab Exp\u00e9riment\u00e9e en 2018 sur une superficie de 10 ha dans la commune de Kalsaka, l\u2019approche a \u00e9t\u00e9 \u00e9largie, en 2019, aux autres communes riveraines du barrage.<\/p>\n<p>Ce qui a permis de lib\u00e9rer, au total, une superficie de 50 ha du plan d\u2019eau. En 2020, les travaux dans les diff\u00e9rentes communes riveraines ont permis la destruction de pr\u00e8s de 200 ha de typha \u00bb, souligne le DG de l\u2019Agence. Aussi, des projets, soutient-il, sont en cours pour une possible revalorisation de la plante en objet d\u2019art et de biogaz. \u00ab Au B\u00e9nin, une association de femmes a pu le faire. Je pense qu\u2019en s\u2019inspirant de leur exp\u00e9rience, nous pouvons le faire au Burkina Faso \u00bb, esp\u00e8re-t-il.<\/p>\n<p>De m\u00eame, cette ann\u00e9e 2021, un comit\u00e9 d\u2019usagers de l\u2019eau du barrage de To\u00e9ssin a \u00e9t\u00e9 mis en place. A entendre son pr\u00e9sident, David Rabdo, le comit\u00e9 veille \u00e0 la sauvegarde du barrage. Elle se fait par l\u2019entretien courant de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>\u00ab Toutes les deux semaines, on se r\u00e9unit, de fa\u00e7on volontaire, pour d\u00e9sherber la digue qui est truff\u00e9e d\u2019arbustes. Pour \u00e9viter que la digue soit utilis\u00e9e comme une route, nous avons \u00e9rig\u00e9 des barrages en attendant un appui du minist\u00e8re des Infrastructures pour r\u00e9aliser un pont et r\u00e9soudre d\u00e9finitivement cette question.<\/p>\n<p>En sus, nous sensibilisons les producteurs \u00e0 l\u2019importance de lib\u00e9rer la bande de servitude \u00bb, insiste M. Rabdo. Pour renforcer toutes ces actions, le barrage a \u00e9t\u00e9 d\u00e9limit\u00e9 par des balises en 2020. En effet, \u00ab nous avons d\u00e9limit\u00e9 le barrage et tous les producteurs install\u00e9s dans la bande de servitude doivent quitter les lieux d\u2019ici l\u00e0.<\/p>\n<p>Pour ce faire, la police de l\u2019eau a eu des s\u00e9ances de sensibilisations avec tous les producteurs sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas s\u2019installer dans la bande \u00bb, confirme le directeur r\u00e9gional. Cependant, cette d\u00e9limitation n\u2019est pas appr\u00e9ci\u00e9e de certains agrobusinessmen.<\/p>\n<p>Le producteur Rasman\u00e9 Sankara pense qu\u2019apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de dur labeur, il sera difficile pour lui d\u2019abandonner sa plantation sous pr\u00e9texte qu\u2019il est install\u00e9 dans la bande de servitude. En r\u00e9ponse, M. Zongo pr\u00e9vient que la police de l\u2019eau va prendre ses responsabilit\u00e9s. \u00ab Cela consistera \u00e0 r\u00e9primer ceux qui ne respecteront pas la r\u00e9glementation, \u00e0 savoir le d\u00e9guerpissement \u00bb, informe-t-il. Quant au minist\u00e8re en charge de l\u2019agriculture, il envisage am\u00e9nager des p\u00e9rim\u00e8tres agricoles en fonction du volume d\u2019eau disponible et des besoins de l\u2019ensemble des usagers.<\/p>\n<p>A travers les projets PR\u00e9CA (projet de r\u00e9silience et de comp\u00e9titivit\u00e9 agricole) avec 400 ha \u00e0 am\u00e9nager et PARIIS (projet d\u2019appui r\u00e9gional \u00e0 l\u2019initiative pour l\u2019irrigation au Sahel) qui veut am\u00e9nager 300 ha, les occupants seront appel\u00e9s \u00e0 se red\u00e9ployer sur le p\u00e9rim\u00e8tre.<\/p>\n<p>\u00ab Ces projets vont contribuer \u00e0 mettre de l\u2019ordre et \u00e0 contr\u00f4ler l\u2019utilisation de la ressource en eau \u00bb, soutient Evariste Zongo. Mais, en attendant, il est conseill\u00e9 aux populations de respecter la r\u00e8glementation. Chacun doit travailler, conseille-t-il, \u00e0 prot\u00e9ger le barrage afin qu\u2019il puisse \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique aux g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et futures.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Burkina Faso. Construit en 1995, le barrage Oumarou-Kanazo\u00e9 de To\u00e9ssin est situ\u00e9 sur le fleuve Nakanb\u00e9, dans la r\u00e9gion du Nord, \u00e0 cheval entre les provinces du Passor\u00e9, du Yatenga et du Zondoma. 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