{"id":3087,"date":"2021-01-03T15:16:35","date_gmt":"2021-01-03T15:16:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.com\/burkina-faso\/?p=3087"},"modified":"2021-01-03T15:09:53","modified_gmt":"2021-01-03T15:09:53","slug":"secteur-informel-une-si-lente-transition-vers-le-formel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/economie\/secteur-informel-une-si-lente-transition-vers-le-formel","title":{"rendered":"Secteur informel : une si lente transition vers le formel"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong><a href=\"https:\/\/www.africa-press.com\">Africa-Press<\/a> &#8211; <a href=\"https:\/\/www.africa-press.com\/burkina-faso\">Burkina Faso<\/a>. <\/strong><\/span><b>L\u2019univers du secteur informel au Burkina Faso est divers et ondoyant. L\u2019\u00e9lectronique, la m\u00e9canique, le tissage, la restauration, le commerce, la soudure, la transformation agroalimentaire, etc. Malgr\u00e9 les possibilit\u00e9s d\u2019en sortir, nombre d\u2019acteurs s\u2019y maintiennent pour diverses raisons. Tour d\u2019horizon en cette fin d\u2019ann\u00e9e dans le monde de l\u2019informalit\u00e9 o\u00f9 la transition vers le formel est tr\u00e8s lente voire non d\u00e9sir\u00e9e par les premiers concern\u00e9s.<\/b><\/p>\n<p>Economie de la p\u00e9riph\u00e9rie, de la d\u00e9brouille, activit\u00e9 de survie ou de subsistance ou encore Syst\u00e8me D renvoient au secteur informel. Il se caract\u00e9rise par la pr\u00e9carit\u00e9 des emplois et des moyens de production, l\u2019absence de contrat de travail, de salariat, de s\u00e9curit\u00e9 sociale. L\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique s\u2019y m\u00e8ne le plus souvent sans existence l\u00e9gale ni de gestion comptable.<\/p>\n<p>Gombila Ernest Kabor\u00e9, propri\u00e9taire d\u2019un atelier de soudure \u00e0 Wayalghin, quartier populaire de Ouagadougou, baigne dans cet univers informel. Son unit\u00e9, cr\u00e9\u00e9e en 1997, soit 23 ans, n\u2019est jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui pas immatricul\u00e9e au Registre de commerce et de cr\u00e9dit mobilier (RCCM), devant lui conf\u00e9rer une existence officielle. Pas non plus de num\u00e9ro IFU (identifiant financier unique). M. Kabor\u00e9 lui-m\u00eame ne dispose pas de carte professionnelle. Les entr\u00e9es de recettes et les sorties d\u2019argent ne sont consign\u00e9es nulle part ! Aucun lien contractuel n\u2019existe entre lui et ses deux employ\u00e9s et trois apprentis-stagiaires. Aucun membre de son personnel n\u2019est d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la Caisse nationale de s\u00e9curit\u00e9 sociale (CNSS). \u00ab Notre activit\u00e9 n\u2019est pas structur\u00e9e, nous travaillons en d\u00e9sordre ici \u00bb, lance-t-il, avec un bref \u00e9clat de rires.<\/p>\n<p>\u00ab Tout r\u00e9cemment, mon bailleur m\u2019a fait savoir que je pouvais me d\u00e9clarer \u00e0 la CNSS, y cotiser et b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une pension de retraite. Malheureusement, il est trop tard pour moi \u00bb, regrette-t-il, le visage crisp\u00e9.<\/p>\n<p>En cette matin\u00e9e du 16 d\u00e9cembre 2020, assis sur un morceau de bois devant la maisonnette lui servant de si\u00e8ge, le vieux Kabor\u00e9 observe ses employ\u00e9s \u00e0 l\u2019ouvrage, dans une partie de la ruelle au bord de laquelle est situ\u00e9 son atelier. Soudure d\u2019une grille par-l\u00e0, scierie de barres de fer par-ci! Des sonorit\u00e9s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes se m\u00ealent aux \u00e9tincelles. C\u2019est le quotidien des lieux qui va souvent de 7 heures \u00e0 18 heures. \u00ab Malgr\u00e9 mon \u00e2ge, tous les jours je suis l\u00e0 \u00e0 7 heures. Les enfants arrivent souvent au travail \u00e0 9 heures \u00bb, se plaint-il. Au m\u00eame moment, un camion semi-remorque se gare et attend d\u2019\u00eatre soud\u00e9.<\/p>\n<p><b>\u00ab Nous avons perdu un march\u00e9 de 6,2 millions \u2026 \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Le mariage du vieil homme de 62 ans avec la soudure, devenue sa principale source de revenus, commence en 1981, sur proposition de son beau-p\u00e8re, apr\u00e8s cinq ann\u00e9es (1976-1981) dans les plantations de cacao et de caf\u00e9 en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il d\u00e9bute comme apprenti-soudeur, puis employ\u00e9 dans l\u2019entreprise de soudure m\u00e9tallique Pascal Zongo jusqu\u2019en 1994 o\u00f9 l\u2019entreprise ferme boutique. Gombila Ernest Kabor\u00e9 refuse de sombrer avec l\u2019entreprise. Il a en projet d\u2019ouvrir son propre atelier de soudure. Trois ann\u00e9es de creusage de caniveaux dans la capitale lui ont permis de rassembler les moyens pour r\u00e9aliser son r\u00eave. \u00ab Au d\u00e9but, le travail du fer ne m\u2019emballait pas. Je ne regrette pas d\u2019avoir accept\u00e9 la proposition de mon beau \u00bb, se r\u00e9jouit-il. Aujourd\u2019hui, l\u2019activit\u00e9 lui permet de prendre en charge sa femme et ses 4 enfants.<\/p>\n<p>\u00ab Par mois, nous n\u2019avons pas moins de 300 000 F de b\u00e9n\u00e9fice. Mais comme le travail n\u2019est pas bien organis\u00e9, nous n\u2019arrivons pas \u00e0 \u00e9conomiser. Tout cela est d\u00fb \u00e0 l\u2019analphab\u00e9tisme \u00bb, soutient-il. M. Kabor\u00e9 dit avoir quitt\u00e9 l\u2019\u00e9cole au CP2, dans son Zorgho natal.<br \/>\nIci, on ne conna\u00eet pas les d\u00e9lices de fin de mois. Le \u2033butin\u2033 du jour est r\u00e9parti le soir venu entre le patron, les employ\u00e9s et les apprentis. Le \u2033chef de chantier\u2033, comme l\u2019appellent affectueusement ses employ\u00e9s, garde une partie des recettes du jour en pr\u00e9vision des charges de loyer, d\u2019imp\u00f4ts qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent respectivement \u00e0 25 000 F CFA par mois et 50 000F CFA en moyenne l\u2019an. Les deux employ\u00e9s re\u00e7oivent par jour entre 3000F et 5000F en fonction des entr\u00e9es. Les apprentis gagnent chacun entre 700F et 1000F. En cas d\u2019accident de travail \u00ab grave \u00bb, les frais de prise en charge sont partag\u00e9s entre la victime et le patron, qui g\u00e8re les blessures mineurs.<\/p>\n<p>Cette gestion informelle de l\u2019entreprise n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur son d\u00e9veloppement. M. Kabor\u00e9 et ses employ\u00e9s semblent en \u00eatre conscients. \u00ab Si l\u2019entreprise avait une existence formelle, j\u2019aurais pu mieux la d\u00e9velopper et mes enfants pourraient en profiter \u00bb, reconna\u00eet le sexag\u00e9naire. Kassoum Kabor\u00e9, apprenti puis employ\u00e9 dans cette unit\u00e9 de soudure depuis 19 ans, n\u2019oubliera pas de sit\u00f4t ce march\u00e9 de confection de charriots, de roulettes que l\u2019atelier vient de perdre. \u00ab Le 15 novembre dernier, nous avons rat\u00e9 un march\u00e9 de 6,2 millions F CFA de la part d\u2019une structure de la place. La raison est qu\u2019on nous a demand\u00e9 des documents que nous n\u2019avons pas pu fournir, fait du caract\u00e8re informel de notre entreprise \u00bb, confie-t-il, en secouant la t\u00eate.<\/p>\n<p><b>La peur de l\u2019imp\u00f4t<\/b><\/p>\n<p>Pourquoi tant d\u2019ann\u00e9es sans jamais franchir le pas vers le formel ? \u00ab Ce n\u2019est pas la peur de l\u2019imp\u00f4t qui nous retient dans l\u2019informel, c\u2019est plut\u00f4t l\u2019ignorance. Nous sommes dans un monde de faux, il est difficile d\u2019avoir des hommes de confiance pour vous aider ! Des gens viendront vous demander de donner les documents de votre parcelle, ils vont vous aider et apr\u00e8s ce sont des probl\u00e8mes \u00bb, argumente le sexag\u00e9naire.<br \/>\nPauline Ou\u00e9draogo est dans le tissage du pagne traditionnel, commun\u00e9ment appel\u00e9 Faso dan fani, depuis 1988. La cour familiale lui sert d\u2019atelier de production. Elle travaille avec quatre tisseuses qu\u2019elle paye \u00e0 la t\u00e2che, \u00e0 750 F CFA ou 1000 F CFA le pagne tiss\u00e9. Dame Ou\u00e9draogo n\u2019est pas dans l\u2019informalit\u00e9 depuis trois d\u00e9cennies de gaiet\u00e9 de c\u0153ur. \u00ab Se formaliser est une tr\u00e8s bonne chose. Mais cela demande des moyens financiers pour r\u00e9aliser des investissements et cr\u00e9er un cadre de travail propice. Ces ressources me manquent \u00bb, explique-t-elle, t\u00eate basse.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u2019Ernest et Pauline, l\u2019entreprise de Noufou Kabor\u00e9, \u2033Faso Poulets\u2033, a une existence l\u00e9gale. Apr\u00e8s avoir pratiqu\u00e9 la vente de poulets aupr\u00e8s de son g\u00e9niteur d\u00e8s son bas \u00e2ge, M. Kabor\u00e9, a essay\u00e9 de moderniser l\u2019activit\u00e9. Du hangar de fortune de vente de volaille de son p\u00e8re, il exerce aujourd\u2019hui son commerce dans un cadre am\u00e9nag\u00e9, attractif: locaux vitr\u00e9s, carrel\u00e9s et propres. En 2013, son entreprise est immatricul\u00e9e au RCCM et dispose d\u2019un num\u00e9ro IFU. Il dispose de la carte de commer\u00e7ants. Mieux, il a un nom commercial, \u2033Faso Poulets\u2033, en bonne et due forme. Achat aupr\u00e8s des fermiers et des commer\u00e7ants et revente de volaille de races locales et de chair, vivante, r\u00f4tie ou plum\u00e9e, constituent le c\u0153ur de m\u00e9tier de \u2033Faso Poulets\u2033. Ce chef d\u2019entreprise emploie une dizaine de personnes dont quatre membres de sa famille.<\/p>\n<p>Le m\u00e9tier semble nourrir son homme. \u00ab Nous pouvons vendre 100 poulets par jour. Avant, on ne consid\u00e9rait pas les vendeurs de poulets. Aujourd\u2019hui, lorsque nous nous pr\u00e9sentons, nous ne sommes pas ridicules \u00bb, se satisfait Noufou Kabor\u00e9, sourire aux l\u00e8vres, ch\u00e9chia viss\u00e9 sur la t\u00eate. Gr\u00e2ce \u00e0 cette activit\u00e9, jadis peu valoris\u00e9e, le patron de \u2033Faso Poulets\u2033 roule en voiture, a un chez soi ; lui et sa m\u00e8re ont effectu\u00e9 le 5e pilier de l\u2019islam, le p\u00e8lerinage \u00e0 la Mecque !<br \/>\nMais outre les formalit\u00e9s administratives, la gestion de l\u2019entreprise frise l\u2019informel. \u00ab Ici, nous ne tenons pas de comptabilit\u00e9. Le soir, nous faisons le point des ventes et nous r\u00e9mun\u00e9rons les employ\u00e9s membres de la famille \u00e0 2000F\/jour. Les autres employ\u00e9s sont pay\u00e9s \u00e0 30 000F par mois \u00bb, rapporte le patron des lieux.<\/p>\n<p><b>Des freins \u00e0 la formalisation<\/b><\/p>\n<p>En plus de la r\u00e9mun\u00e9ration des employ\u00e9s, il paye annuellement 200 000 FCFA de taxe communale d\u2019occupation de l\u2019espace vide, 150 000 FCFA de charges locatives mensuelles et 200 000 F CFA d\u2019imp\u00f4ts, au titre de la contribution des microentreprises pr\u00e9c\u00e9demment appel\u00e9e contribution du secteur informel.<\/p>\n<p>Selon Noufou Kabor\u00e9, la crainte de la hausse de l\u2019imp\u00f4t freine l\u2019\u00e9lan de nombre d\u2019acteurs du secteur informel \u00e0 aller vers le formel. \u00ab Payer l\u2019imp\u00f4t est une obligation l\u00e9gale \u00e0 laquelle tout le monde doit se soumettre, pourvu qu\u2019il soit \u00e0 la port\u00e9e du contribuable. Le probl\u00e8me avec les agents des imp\u00f4ts, c\u2019est lorsque tu am\u00e9liores ton cadre de travail pour attirer la client\u00e8le, ils t\u2019imposent plus. Pour eux, c\u2019est parce que tu r\u00e9alises de gros profits que tu fais des investissements ! Alors que souvent, tu t\u2019es endett\u00e9 pour esp\u00e9rer conqu\u00e9rir les clients \u00bb, d\u00e9plore-t-il.<\/p>\n<p>Quand il a pris la d\u00e9cision d\u2019am\u00e9liorer ses points de vente des poulets, il a d\u00fb outrepasser les avertissements de son entourage. \u00ab Si tu poses un carreau ici, tu auras fort \u00e0 faire avec les imp\u00f4ts \u00bb, lui ressassait le voisinage. \u00ab Beaucoup pensent que se formaliser, c\u2019est donner l\u2019occasion \u00e0 l\u2019administration fiscale de les ficher et de les traquer r\u00e9guli\u00e8rement oubliant que l\u2019entrepreneur est le premier b\u00e9n\u00e9ficiaire de la formalisation\u00bb, rench\u00e9rit l\u2019inspecteur des imp\u00f4ts et chef de service de la l\u00e9gislation \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale des imp\u00f4ts, Idrissa Ou\u00e9draogo. Pour ce commer\u00e7ant \u00ab moderne \u00bb, les poulets import\u00e9s de qualit\u00e9 douteuse, le d\u00e9sordre dans la commercialisation de la volaille surtout pendant les f\u00eates freinent v\u00e9ritablement le d\u00e9veloppement de son entreprise. La veille des f\u00eates, des vendeurs informels spontan\u00e9s, que le fisc ne pourra jamais imposer et qui n\u2019ont aucune charge locative, de personnel, viennent des villages ou des fermes et vendent directement des gallinac\u00e9s, \u00e0 moindre prix, dans les rues de Ouagadougou, d\u00e9nonce-t-il.<br \/>\nNoufou Kabor\u00e9 plaide pour une meilleure organisation du commerce de volaille, avec un minimum de garde-fous. A cela s\u2019ajoute la difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e9der aux financements. \u00ab Si tu demandes un pr\u00eat bancaire de 5 millions FCFA, on te dira que c\u2019est trop pour un simple vendeur de poulet ! Ce sont des id\u00e9es d\u00e9pass\u00e9es ! 5 millions ne sont que le prix d\u2019achat de<br \/>\n2 000 poulets de 2500 F. Pendant les f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9es, nous pouvons vendre 1500 \u00e0 2000 poulets. Sur les 5 millions, nous pouvons r\u00e9aliser un b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un million FCFA\u00bb, d\u00e9taille-t-il.<\/p>\n<p>La question des garanties constitue un autre souci pour les acteurs de l\u2019\u00e9conomie informelle, souligne Mathieu Tiendr\u00e9b\u00e9ogo, un jeune vendeur de motocycles. Sa soci\u00e9t\u00e9 TMS Motos, cr\u00e9\u00e9e en 2018, n\u2019a pas encore d\u2019existence formelle. \u00ab J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 commencer par ouvrir un commerce informel avant de le formaliser. Si je dois attendre toute la documentation n\u00e9cessaire avant de me lancer, les papiers risquent de venir trouver que les maigres ressources mobilis\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0 ne sont plus l\u00e0\u00bb, argumente-t-il.<\/p>\n<p><b>L\u2019incitation par la commande publique<\/b><\/p>\n<p>Pour le soudeur Kabor\u00e9, l\u2019Etat peut, \u00e0 travers des petits march\u00e9s publics, en tenant compte de la sp\u00e9cificit\u00e9 du secteur informel, aider les petites unit\u00e9s \u00e9conomiques \u00e0 se d\u00e9velopper, \u00e0 se formaliser et \u00e0 cr\u00e9er davantage d\u2019emplois. \u00ab Mes deux employ\u00e9s et leurs familles vivent de mon atelier. Je contribue \u00e0 lutter contre le ch\u00f4mage \u00bb, s\u2019empresse-t-il d\u2019ajouter. Il y a des entreprises qui ont des march\u00e9s de l\u2019Etat de 100 mille tables-bancs, poursuit-il. Faire une commande publique de seulement 1000 tables-bancs \u00e0 une petite entreprise de soudure suffirait \u00e0 la propulser vers la formalisation, foi de \u2033chef de chantier\u2033. Selon le pr\u00e9sident du Conseil national de l\u2019\u00e9conomie informelle (CNEI), Salifou Niki\u00e9ma, pour inciter le secteur informel \u00e0 faire le pas vers le formel, il y a un paquet de choses \u00e0 faire. Tout d\u2019abord, un travail de fonds \u00e0 r\u00e9aliser en mati\u00e8re de communication pour dissiper les a priori et op\u00e9rer le n\u00e9cessaire changement de mentalit\u00e9s.<\/p>\n<p>Car, dans la perception collective des acteurs informels, il existe une corr\u00e9lation \u00e9vidente entre hausse de l\u2019imp\u00f4t et formalisation. Mieux, ils ne voient pas d\u2019avantage \u00e0 cr\u00e9er des entreprises formelles, de perspectives d\u2019am\u00e9lioration des affaires avec la formalisation. \u00ab Si la CNSS et la direction g\u00e9n\u00e9rale des imp\u00f4ts mettent en place un fonds de garanties permettant d\u2019avoir des financements sans garantie, avec par exemple pour conditions d\u2019acc\u00e8s, le respect de ses obligations fiscales et de ses cotisations sociales des trois derni\u00e8res ann\u00e9es, on verrait une course effr\u00e9n\u00e9e vers la formalisation \u00bb, soutient M. Niki\u00e9ma. Pour donner \u00e9galement du souffle \u00e0 ce secteur de la \u2033d\u00e9brouille\u2033, le pr\u00e9sident du CNEI invite la puissance publique \u00e0 faire respecter la r\u00e8glementation commerciale.<br \/>\nIl dit ne pas comprendre que des grossistes fassent du d\u00e9tail, en violation des lois, au vu et au su de tous ! La solution r\u00e9side aussi dans l\u2019incitation \u00e0 la consommation locale, en r\u00e9servant 35% \u00e0 45% de la commande publique au secteur informel, propose-t-il. Selon le pr\u00e9sident Niki\u00e9ma, il n\u2019y aura pas de d\u00e9veloppement sans l\u2019\u00e9conomie informelle qui repr\u00e9sente 92% de la population active.<\/p>\n<p>Il en veut pour preuve, le Rwanda qui est parvenu au niveau de d\u00e9veloppement o\u00f9 il se trouve aujourd\u2019hui gr\u00e2ce \u00e0 un meilleur encadrement et accompagnement du secteur informel. Mais tout cela doit se faire dans la concertation avec les acteurs pour un meilleur ciblage des probl\u00e8mes. Car, conclut-il, les maux de notre pays viennent de nos intellectuels qui s\u2019enferment dans des bureaux climatis\u00e9s pour prendre des d\u00e9cisions ou des lois qui sont en d\u00e9phasage avec les pr\u00e9occupations de ceux qui croupissent sous le soleil et la pluie!<\/p>\n<p><b>Mahamadi SEBOGO<\/b><\/p>\n<p>Windmad76@gmail.com<\/p>\n<p><b>Les avantages de la formalisation.<\/b><\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, en moyenne 12 000 entreprises formelles sont cr\u00e9\u00e9es au Burkina Faso, selon la Maison de l\u2019entreprise du Burkina Faso (MEBF). La formalisation offre \u00e0 l\u2019entreprise une reconnaissance officielle avec les droits et privil\u00e8ges y aff\u00e9rents, l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s publics, aux financements, aux avantages fiscaux de la loi sur la promotion des PME et la charte des PME. En cas d\u2019\u00e9v\u00e8nements malheureux (sinistre, inondations de 2009, manifestions de 2011, COVID-19), la tenue d\u2019une comptabilit\u00e9 permet de faire le point des dommages subis pour d\u2019\u00e9ventuelles r\u00e9parations ou compensations. La formalisation permet \u00e0 l\u2019Etat de disposer de donn\u00e9es fiables pour la planification du d\u00e9veloppement, la pr\u00e9vision des recettes fiscales. Elle est source d\u2019\u00e9largissement des recettes fiscales, d\u2019augmentation des ressources publiques.<\/p>\n<p>Pour favoriser l\u2019implantation d\u2019unit\u00e9s \u00e9conomiques formelles, l\u2019autorit\u00e9 a r\u00e9duit les proc\u00e9dures et les d\u00e9lais de cr\u00e9ation d\u2019entreprises qui sont pass\u00e9s de plusieurs semaines \u00e0 24 heures \u00e0 Ouagadougou et Bobo-Dioulasso et 72 heures en r\u00e9gions. Depuis mars 2020, la MEBF a mis en place une plateforme de cr\u00e9ation d\u2019entreprises formelles en ligne (https:\/\/www.creerentreprise.me.bf\/ ).<\/p>\n<p><b>M.S<\/b><\/p>\n<p><b>Source : MEBF<\/b><\/p>\n<p><b>60% du secteur informel d\u00e9favorable \u00e0 l\u2019imp\u00f4t<\/b><\/p>\n<p>Selon une enqu\u00eate de l\u2019INSD sur l\u2019emploi et le secteur Informel en 2018, il existe 2,2 millions d\u2019unit\u00e9s de productions informelles non agricoles au Burkina Faso. 96% ne sont inscrits dans aucun registre administratif. 60 % d\u2019entre elles d\u00e9clarent ne pas \u00eatre dispos\u00e9es \u00e0 payer l\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p>Selon la Direction g\u00e9n\u00e9rale des imp\u00f4ts (DGI), en fin octobre 2020, les microentreprises ou le secteur informel repr\u00e9sentait 71% des contribuables. Il est constitu\u00e9 d\u2019unit\u00e9s \u00e9conomiques dont le Chiffre d\u2019affaires (CA) est inf\u00e9rieur \u00e0 15 millions F CFA. L\u2019imp\u00f4t synth\u00e9tique forfaitaire appliqu\u00e9 \u00e0 ce secteur varie entre 2000 F CFA et 200 000 F CFA. La contribution du secteur informel aux recettes fiscales, devenue contribution des microentreprises depuis 2015, est de 2 milliards de F CFA en moyenne, soit 0,28% des recettes fiscales totales. En 2019, sur les 844 milliards F CFA de recettes fiscales, les microentreprises ont contribu\u00e9 \u00e0 hauteur de 2 milliards F CFA contre 78 milliards pour les moyennes entreprises et 715 milliards F CFA pour les grandes entreprises. Une contribution jug\u00e9e faible par le fisc au regard du potentiel existant. Une contreperformance performance li\u00e9e en partie au \u00ab caract\u00e8re mobile et insaisissable \u00bb des agents de l\u2019\u00e9conomie informelle. Dans l\u2019optique d\u2019am\u00e9liorer cette contribution \u00e0 la mobilisation des ressources domestiques, la DGI dit multiplier les sensibilisations et les r\u00e9formes pour promouvoir le civisme fiscal et la formalisation. Dans la loi de finances 2021 une innovation majeure est introduite : le r\u00e9gime d\u00e9claratif pour les personnes physiques ayant 5 \u00e0 15 millions de CA et les personnes morales dont le CA est inf\u00e9rieur \u00e0 15 millions. Dans le processus de digitalisation, il est pr\u00e9vu une plateforme num\u00e9rique d\u2019enregistrement des contribuables du secteur informel sur des tablettes avec des donn\u00e9es g\u00e9o localis\u00e9es. Avec ces r\u00e9formes, l\u2019administration fiscale entend faire passer la contribution des microentreprises \u00e0 6 milliards FCFA en 2021.<\/p>\n<p><b>M.S<\/b><\/p>\n<p><b>Sources : DGI, INSD<\/b><\/p>\n<p><b>L\u2019informel : Regards crois\u00e9s d\u2019experts<\/b><\/p>\n<p><b>A travers des loupes qui leur sont propres, des personnes avis\u00e9es livrent leur lecture de l\u2019\u00e9conomie informelle et \u00e9bauchent des solutions pour une transition r\u00e9ussie vers le formel.<\/b><\/p>\n<p>Des \u00e9tudes n\u2019ont cess\u00e9 de montrer le poids du secteur informel dans les \u00e9conomies africaines. \u00ab Au Burkina Faso, le secteur informel constitue le premier employeur. Il occupe plus de 80% de la population active, m\u00eame si les emplois y sont pr\u00e9caires \u00bb, a soulign\u00e9 le directeur du Centre de gestion agr\u00e9\u00e9e (CGA), Dr Boukary Sawadogo, sp\u00e9cialiste en management strat\u00e9gique des PME.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son importance, l\u2019\u00e9conomie informelle reste un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe qui n\u00e9cessite une large grille de lecture pour mieux l\u2019appr\u00e9hender. Selon le directeur de l\u2019\u00e9conomie informelle, au minist\u00e8re en charge de l\u2019emploi, Mahamadou Ciss\u00e9, l\u2019informalit\u00e9 est une r\u00e9sultante de la structure de l\u2019\u00e9conomie nationale. \u00abL\u2019informel ne vient pas du n\u00e9ant. Il est d\u00fb \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 absorber les nouveaux arrivants sur le march\u00e9 de l\u2019emploi dans des cadres formels comme la Fonction publique ou les entreprises priv\u00e9es formelles \u00bb, a-t-il analys\u00e9.<\/p>\n<p>Pour lui, la transition vers le formel est frein\u00e9e par un ensemble de facteurs structurels \u00e0 savoir l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der aux \u00e9quipements de productions modernes, aux financements cons\u00e9quents, aux infrastructures appropri\u00e9es, aux d\u00e9bouch\u00e9s, etc. L\u2019informalit\u00e9 peut \u00eatre \u00e9galement analys\u00e9e comme un ph\u00e9nom\u00e8ne dict\u00e9 par le faible pouvoir de la population. \u00ab Supposons que la commune d\u00e9cide de remplacer le parc vieillissant des taxis de la capitale par des v\u00e9hicules neufs et modernes. La capacit\u00e9 financi\u00e8re de la population permet-elle aujourd\u2019hui de passer de 300F \u00e0 1000F la course \u00bb, s\u2019est interrog\u00e9 M. Ciss\u00e9.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette complexit\u00e9, r\u00e9ussir le processus de transition de l\u2019\u00e9conomie informelle vers celle formelle n\u00e9cessite une r\u00e9ponse holistique. Selon Dr Sawadogo, il est imp\u00e9rieux de disposer d\u2019une strat\u00e9gie nationale int\u00e9gr\u00e9e d\u2019accompagnement qui permet aux d\u00e9partements sectoriels et aux structures d\u2019appui de jouer, dans la synergie, leur partition. Cette strat\u00e9gie pourrait se d\u00e9cliner en projets d\u00e9di\u00e9s au secteur informel et segment\u00e9s par types d\u2019activit\u00e9s, avec des financements cons\u00e9quents, comme l\u2019a pr\u00e9conis\u00e9 le directeur de l\u2019\u00e9conomie informelle.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces mesures doit s\u2019accompagner de m\u00e9canismes incitatifs qui poussent \u00e0 sortir de l\u2019informalit\u00e9. \u00ab Il faut \u0153uvrer \u00e0 ce que le gain de la formalisation soit sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019informalit\u00e9 \u00bb, a sugg\u00e9r\u00e9 l\u2019expert en management des petites et moyennes entreprises. En tout \u00e9tat de cause, l\u2019\u00e9conomie informelle doit \u00eatre au centre des priorit\u00e9s des pouvoirs publics. Cela commence par r\u00e9viser la r\u00e8glementation fiscale afin de l\u2019adapter \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 du secteur informel, d\u2019all\u00e9ger les proc\u00e9dures, de d\u00e9mystifier la chose fiscale M.S.<\/p>\n<p><b>L\u2019informel : Regards crois\u00e9s d\u2019experts<\/b><\/p>\n<p><b>A travers des loupes qui leur sont propres, des personnes avis\u00e9es livrent leur lecture de l\u2019\u00e9conomie informelle et \u00e9bauchent des solutions pour une transition r\u00e9ussie vers le formel.<\/b><\/p>\n<p>Des \u00e9tudes n\u2019ont cess\u00e9 de montrer le poids du secteur informel dans les \u00e9conomies africaines. \u00ab Au Burkina Faso, le secteur informel constitue le premier employeur. Il occupe plus de 80% de la population active, m\u00eame si les emplois y sont pr\u00e9caires \u00bb, a soulign\u00e9 le directeur du Centre de gestion agr\u00e9\u00e9e (CGA), Dr Boukary Sawadogo, sp\u00e9cialiste en management strat\u00e9gique des PME.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son importance, l\u2019\u00e9conomie informelle reste un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe qui n\u00e9cessite une large grille de lecture pour mieux l\u2019appr\u00e9hender. Selon le directeur de l\u2019\u00e9conomie informelle, au minist\u00e8re en charge de l\u2019emploi, Mahamadou Ciss\u00e9, l\u2019informalit\u00e9 est une r\u00e9sultante de la structure de l\u2019\u00e9conomie nationale. \u00abL\u2019informel ne vient pas du n\u00e9ant. Il est d\u00fb \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 absorber les nouveaux arrivants sur le march\u00e9 de l\u2019emploi dans des cadres formels comme la Fonction publique ou les entreprises priv\u00e9es formelles \u00bb, a-t-il analys\u00e9.<\/p>\n<p>Pour lui, la transition vers le formel est frein\u00e9e par un ensemble de facteurs structurels \u00e0 savoir l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der aux \u00e9quipements de productions modernes, aux financements cons\u00e9quents, aux infrastructures appropri\u00e9es, aux d\u00e9bouch\u00e9s, etc. L\u2019informalit\u00e9 peut \u00eatre \u00e9galement analys\u00e9e comme un ph\u00e9nom\u00e8ne dict\u00e9 par le faible pouvoir de la population. \u00ab Supposons que la commune d\u00e9cide de remplacer le parc vieillissant des taxis de la capitale par des v\u00e9hicules neufs et modernes. La capacit\u00e9 financi\u00e8re de la population permet-elle aujourd\u2019hui de passer de 300F \u00e0 1000F la course \u00bb, s\u2019est interrog\u00e9 M. Ciss\u00e9.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette complexit\u00e9, r\u00e9ussir le processus de transition de l\u2019\u00e9conomie informelle vers celle formelle n\u00e9cessite une r\u00e9ponse holistique. Selon Dr Sawadogo, il est imp\u00e9rieux de disposer d\u2019une strat\u00e9gie nationale int\u00e9gr\u00e9e d\u2019accompagnement qui permet aux d\u00e9partements sectoriels et aux structures d\u2019appui de jouer, dans la synergie, leur partition. Cette strat\u00e9gie pourrait se d\u00e9cliner en projets d\u00e9di\u00e9s au secteur informel et segment\u00e9s par types d\u2019activit\u00e9s, avec des financements cons\u00e9quents, comme l\u2019a pr\u00e9conis\u00e9 le directeur de l\u2019\u00e9conomie informelle.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces mesures doit s\u2019accompagner de m\u00e9canismes incitatifs qui poussent \u00e0 sortir de l\u2019informalit\u00e9. \u00ab Il faut \u0153uvrer \u00e0 ce que le gain de la formalisation soit sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019informalit\u00e9 \u00bb, a sugg\u00e9r\u00e9 l\u2019expert en management des petites et moyennes entreprises. En tout \u00e9tat de cause, l\u2019\u00e9conomie informelle doit \u00eatre au centre des priorit\u00e9s des pouvoirs publics. Cela commence par r\u00e9viser la r\u00e8glementation fiscale afin de l\u2019adapter \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 du secteur informel, d\u2019all\u00e9ger les proc\u00e9dures, de d\u00e9mystifier la chose fiscale M.S.<\/p>\n<p><b>\u00ab Personnellement, je ne souscris pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e de formaliser le secteur informel \u00bb<\/b><\/p>\n<p>, Pr Idrissa Mohamed Ou\u00e9draogo<\/p>\n<p><b>\u00ab Au Burkina Faso, le secteur repr\u00e9sente plus de 70% de la population active en milieu urbain. Il contribue pour pr\u00e8s de 30% au PIB contre 23% pour le secteur secondaire moderne et 37% pour l\u2019agriculture. Le secteur informel contribue pour 63% \u00e0 la formation de la valeur ajout\u00e9e dans le secondaire et pour 55% dans le tertiaire.<\/b><\/p>\n<p><b>Les acteurs de l\u2019informel sont des producteurs qui ont une bonne connaissance de leurs clients, de leurs besoins et de leurs capacit\u00e9s financi\u00e8res. Les biens et services sont produits et calibr\u00e9s en fonction de la demande des clients.<\/b><\/p>\n<p><b>Personnellement, je ne souscris pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e de formaliser le secteur informel. J\u2019ai la ferme conviction que ce secteur a une logique interne qui respecte les principes du march\u00e9 et certainement mieux que le secteur dit formel. Je me demande si ce n\u2019est pas ce dernier qui doit plut\u00f4t s\u2019inspirer des pratiques \u00e9conomiques qui pr\u00e9valent dans l\u2019informel.<\/b><\/p>\n<p><b>Le fonctionnement de nos \u00e9conomies et les politiques mises en \u0153uvre pour r\u00e9guler le syst\u00e8me \u00e9conomique sont tr\u00e8s rebutants pour la majorit\u00e9 des agents du secteur informel. Parmi les raisons qui font que les agents \u00e9conomiques pr\u00e9f\u00e8rent exercer dans l\u2019informel, la fiscalit\u00e9 et les tracasseries administratives se placent au-devant des choses. La persistance de ces causes explique certainement les r\u00e9ticences de nombreux acteurs \u00e0 se plier \u00e0 la formalisation.<\/b><\/p>\n<p><b>En d\u00e9pit du r\u00f4le primordial de l\u2019\u00e9conomie informelle dans nos pays, l\u2019attitude pr\u00e9dominante est de consid\u00e9rer le secteur informel comme \u00e9tant un secteur qui a des effets d\u00e9favorables sur le processus de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, et par cons\u00e9quent doit \u00eatre r\u00e9duit au minimum. On a tr\u00e8s souvent consid\u00e9r\u00e9 ce secteur comme celui de la pauvret\u00e9 et de la marginalit\u00e9. Les faits semblent pourtant indiquer le contraire. Il n\u2019est plus rare, en effet, de trouver dans le secteur informel des entrepreneurs qui ont un revenu plus \u00e9lev\u00e9 que certains agents du secteur formel. M\u00eame s\u2019il faut noter que la proportion de salari\u00e9s pauvres est beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e dans ce secteur, du fait que les salaires appliqu\u00e9s dans l\u2019informel sont g\u00e9n\u00e9ralement plus bas que ceux du formel. Cela n\u2019autorise pas cependant \u00e0 assimiler le secteur informel \u00e0 la pauvret\u00e9 et \u00e0 la marginalit\u00e9.<\/b><\/p>\n<p><b>Contrairement aux id\u00e9es couramment admises, l\u2019informel ne doit plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un secteur relais, marginalis\u00e9, dans lequel des agents en qu\u00eate d\u2019emploi exerceraient des activit\u00e9s de subsistances dans l\u2019attente d\u2019un meilleur emploi dans le formel. De nos jours, les agents \u00e9conomiques s\u2019installent dans ce secteur en vue d\u2019y exercer leurs activit\u00e9s de fa\u00e7on p\u00e9renne. Le secteur informel est ainsi devenu un ph\u00e9nom\u00e8ne permanent dont la capacit\u00e9 d\u2019adaptation aux mutations \u00e9conomiques est notable. \u00bb<\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab Des logiques sociales bien ancr\u00e9es font que le secteur informel r\u00e9siste \u00e0 la formalisation \u00bb,<\/b><\/p>\n<p>dixit Dr Paya\u00efss\u00e9d\u00e9 Salfo Ou\u00e9draogo. L\u2019enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Joseph Ki-Zerbo, Dr Paya\u00efss\u00e9d\u00e9 Salfo Ou\u00e9draogo, sp\u00e9cialiste des \u00e9tudes sociologiques des pratiques \u00e9conomiques, d\u00e9crypte les facteurs qui maintiennent les acteurs du secteur informel dans l\u2019informalit\u00e9.<\/p>\n<p><b>Sidwaya (S) : Quel regard le sociologue porte-t-il sur le secteur informel ?<\/b><\/p>\n<p><b>Dr Paya\u00efss\u00e9d\u00e9 Salfo Ou\u00e9draogo (P.S.O) :<\/b><\/p>\n<p>Le secteur informel, en tant que groupe socioprofessionnel, est souvent analys\u00e9 par opposition au secteur formel. Il est constitu\u00e9 de petites activit\u00e9s informelles qui permettent \u00e0 un grand nombre d\u2019individus d\u2019assurer les besoins quotidiens de la vie en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>On peut le scinder en deux: le secteur informel de subsistance, constitu\u00e9 de toutes ces petites activit\u00e9s de survie avec des chiffres d\u2019affaires de 25 000 F CFA, 50 000 F CFA; le secteur informel de complaisance, constitu\u00e9 de toutes ces activit\u00e9s et entrepreneurs qui s\u2019y plaisent car ils y tirent un certain nombre d\u2019avantages, pas seulement fiscaux. Ils y r\u00e9alisent des chiffres d\u2019affaires importants qu\u2019ils dissimulent. Ils feignent les apparences de pauvret\u00e9. Ils y gagnent, d\u2019un point de vue sociologique et \u00e9conomique.<\/p>\n<p><b>S : A quelles logiques r\u00e9pond ce secteur?<\/b><\/p>\n<p><b>P.S.O :<\/b><\/p>\n<p>Les logiques du secteur informel sont plurielles. En sociologie, le fait social est total et l\u2019\u00e9conomie n\u2019est pas une sph\u00e8re autonome. Les individus ont une pluralit\u00e9 de raisons d\u2019\u00eatre dans l\u2019informel. Du fait du poids du social on n\u2019y recrute pas des comp\u00e9tences ext\u00e9rieures mais un fr\u00e8re, une s\u0153ur, un cousin. Il y a une sorte d\u2019enfermement dans des ghettos familiaux, communautaires. Cela r\u00e9pond \u00e0 des n\u00e9cessit\u00e9s fonctionnelles de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les solidarit\u00e9s familiale et communautaire sont pr\u00e9gnantes.<\/p>\n<p>Le secteur informel offre aussi l\u2019avantage d\u2019une dissimulation de la richesse. Nous sommes dans une soci\u00e9t\u00e9 ankylos\u00e9e dans des traditions, des croyances en des forces souterraines, mystiques et magiques. Des logiques d\u2019\u00e9galitarisme, de nivellement des statuts sociaux qui y r\u00e8gnent font que personne ne veut se d\u00e9tacher du lot, sous peine de sanctions des forces invisibles. On y \u00e9value toujours les richesses avec une tendance \u00e0 la minoration. Quand on a cent b\u00eates, on dira qu\u2019on en a cinquante. Rester dans l\u2019informel constitue donc une soupape de s\u00e9curit\u00e9 qui r\u00e9pond \u00e0 la logique sociale de nivellement par le bas. Au contraire de l\u2019homo \u0153conomicus qui cherche \u00e0 accumuler, \u00e0 maximiser son profit, l\u2019homo africanus limite toujours ses besoins pour atteindre l\u2019abondance. Ainsi, des gens se plaisent dans leurs petites boutiques malgr\u00e9 les possibilit\u00e9s \u00e9videntes de l\u2019agrandir, de gagner plus.<\/p>\n<p><b>S : Au-del\u00e0 du social, n\u2019y a-t-il pas d\u2019autres facteurs explicatifs du rejet du formel?<\/b><\/p>\n<p><b>P.S.O :<\/b><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019opinion courante, ce ne sont pas des raisons \u00e9conomiques mais plut\u00f4t sociologiques qui poussent \u00e0 rester dans l\u2019informel. Des variables sociologiques lourdes font que des acteurs du secteur informel ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 y rester. Au-del\u00e0 des logiques \u00e9galitaristes, l\u2019informel joue un r\u00f4le de sauvegarde des m\u00e9canismes traditionnels de solidarit\u00e9 familiale et communautaire.<\/p>\n<p><b>S : D\u2019aucuns soutiennent que la peur de l\u2019imp\u00f4t constitue un frein \u00e0 la formalisation\u2026<\/b><\/p>\n<p><b>P.S.O :<\/b><\/p>\n<p>L\u2019explication fiscale n\u2019est pas suffisante. Elle peut \u00eatre une des raisons, car l\u2019informalit\u00e9 donne un certain nombre d\u2019avantages fiscaux. On y applique une fiscalit\u00e9 globale, synth\u00e9tique, un forfait annuel. Alors que la formalisation implique un changement de r\u00e9gime fiscal o\u00f9 l\u2019on impose le b\u00e9n\u00e9fice, la TVA, etc. Les implications \u00e9conomiques de formalisation telles la bancarisation, la tenue d\u2019une comptabilit\u00e9, l\u2019am\u00e9lioration du cadre de l\u2019entreprise, exposent l\u2019immensit\u00e9 de votre revenu au grand public. Payer l\u2019imp\u00f4t ou plus d\u2019imp\u00f4t n\u2019est pas le probl\u00e8me mais plut\u00f4t le risque d\u2019exposer sa richesse.<\/p>\n<p><b>S : L\u2019enferment dans l\u2019informalit\u00e9 n\u2019est-il pas d\u00fb aussi \u00e0 la m\u00e9connaissance des avantages du formel tels l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la commande publique, les possibilit\u00e9s d\u2019internationalisation \u2026?<\/b><\/p>\n<p><b>P.S.O :<\/b><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas s\u00fbr que les acteurs de l\u2019\u00e9conomie informelle visent \u00e0 se positionner \u00e0 l\u2019international, \u00e0 acc\u00e9der aux march\u00e9s publics. Ils n\u2019ont pas confiance en l\u2019Etat. Ils ont une certaine repr\u00e9sentation des march\u00e9s publics. Pour eux, l\u2019Etat est un mauvais payeur. Les avantages qu\u2019offre la formalisation ne sont pas bien re\u00e7us par ces acteurs. Ils pr\u00e9f\u00e8rent rester dans l\u2019informel, simuler les apparences de pauvret\u00e9 pour se sauver et sauver leurs entreprises.<\/p>\n<p><b>S : Avec ces repr\u00e9sentations tr\u00e8s ancr\u00e9es, que faire pour amener le secteur informel vers le formel?<\/b><\/p>\n<p><b>P.S.O :<\/b><\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s n\u2019avancent pas comme les individus, mais par tendances lourdes. Elles prennent du temps pour faire un pas, mais quand elles l\u2019auraient fait, c\u2019est un pas d\u00e9cisif. Il faudrait travailler \u00e0 redonner confiance \u00e0 ces acteurs vis-\u00e0-vis des prestations li\u00e9es \u00e0 la formalisation notamment la commande publique et \u00e0 les informer suffisamment sur le poids de l\u2019imp\u00f4t \u00e0 affronter quand ils seront dans le formel.<\/p>\n<p>Il faut aussi \u0153uvrer \u00e0 articuler les contraintes sociales avec les exigences de formalisation \u00e0 sensibiliser, renouveler les mentalit\u00e9s, rassurer que la formalisation n\u2019entraine pas un rejet du social, du culturel mais seulement une reconfiguration. Il faudrait v\u00e9ritablement les pr\u00e9parer \u00e0 affronter le formel, car des logiques sociales bien ancr\u00e9es font que le secteur informel r\u00e9siste \u00e0 la formalisation.<\/p>\n<p><b>S : Les m\u00e9canismes d\u2019incitation tels que les all\u00e8gements fiscaux, l\u2019acc\u00e8s aux cr\u00e9dits ne constituent-ils pas une alternative ?<\/b><\/p>\n<p><b>P.S.O :<\/b><\/p>\n<p>Les all\u00e8gements fiscaux et l\u2019acc\u00e8s aux financements pourraient \u00eatre un palliatif mais ne r\u00e9solvent pas tout le probl\u00e8me, car les r\u00e9sistances sont vivaces. Il faut mettre l\u2019acc\u00e8s sur les pesanteurs sociologiques qui constituent un obstacle \u00e0 la formalisation. Agir seulement sur les leviers \u00e9conomiques et financiers ne r\u00e9soudrait pas tout le probl\u00e8me.<\/p>\n<p><b>Interview r\u00e9alis\u00e9e par<\/b><\/p>\n<p><b>Mahamadi SEBOGO<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Burkina Faso. L\u2019univers du secteur informel au Burkina Faso est divers et ondoyant. L\u2019\u00e9lectronique, la m\u00e9canique, le tissage, la restauration, le commerce, la soudure, la transformation agroalimentaire, etc. Malgr\u00e9 les possibilit\u00e9s d\u2019en sortir, nombre d\u2019acteurs s\u2019y maintiennent pour diverses raisons. 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