{"id":43434,"date":"2022-06-25T13:25:42","date_gmt":"2022-06-25T13:25:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/politique\/frederic-lejeal-lafrique-ne-souhaite-plus-un-tete-a-tete-avec-la-france"},"modified":"2022-06-25T14:08:24","modified_gmt":"2022-06-25T14:08:24","slug":"frederic-lejeal-lafrique-ne-souhaite-plus-un-tete-a-tete-avec-la-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/dossiers\/frederic-lejeal-lafrique-ne-souhaite-plus-un-tete-a-tete-avec-la-france","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Lejeal\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Afrique ne souhaite plus un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec la France\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong>Africa-Press &#8211; Burkina Faso. <\/strong><\/span>La synth\u00e8se que nous livre Fr\u00e9d\u00e9ric Lejeal* dans son dernier essai Le D\u00e9clin franco-africain, l&rsquo;impossible rupture avec le pacte colonial** invite v\u00e9ritablement \u00e0 braquer le regard sur la r\u00e9alit\u00e9 des liens entre la France \u00e0 l&rsquo;Afrique. Pour ce faire, l&rsquo;auteur a choisi de plonger dans le pass\u00e9 pour mieux tirer les fils d&rsquo;une histoire sur laquelle les nombreux t\u00e9moignages recueillis sont autant de pistes de r\u00e9flexion. Alors que le pr\u00e9sident Emmanuel Macron, qui cherche les voies et moyens de refonder les relations franco-africaines, entame son second mandat, Fr\u00e9d\u00e9ric Lejeal s&rsquo;est confi\u00e9 au Point Afrique sur le regard qu&rsquo;il pose sur ses constats.<\/p>\n<p><b>Le Point Afrique :<\/b><\/p>\n<p>Quelles r\u00e9flexions et constats vous ont men\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de ce livre et surtout pourquoi maintenant ?<\/p>\n<p><b>Fr\u00e9d\u00e9ric Lejeal :<\/b><\/p>\n<p>Cet ouvrage est, en premier lieu, le fruit de trente ans d&rsquo;observation de la relation franco-africaine depuis le second mandat de Fran\u00e7ois Mitterrand. D&rsquo;abord en tant qu&rsquo;\u00e9tudiant, au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, \u00e0 Paris, aux c\u00f4t\u00e9s de professeurs comme l&rsquo;historien Elikia M&rsquo;Bokolo. Ensuite comme journaliste au sein de plusieurs r\u00e9dactions, puis \u00e0 la t\u00eate de La Lettre du Continent, publication confidentielle tourn\u00e9e vers l&rsquo;axe franco-africain. Durant toutes ces ann\u00e9es, j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la lente d\u00e9composition de la relation bilat\u00e9rale du fait d&rsquo;un d\u00e9litement progressif des institutions, des minist\u00e8res d\u00e9di\u00e9s, de l&rsquo;expertise technique ou, plus globalement, d&rsquo;une perte d&rsquo;app\u00e9tence des acteurs publics comme priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Je pourrais multiplier les exemples. L&rsquo;appareil d\u00e9cisionnaire fran\u00e7ais continue par ailleurs de se caract\u00e9riser par un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;Afrique, qui reste syst\u00e9matiquement appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 travers les prismes s\u00e9curitaires et migratoires, alors qu&rsquo;on ne cesse d&rsquo;en faire la planche de salut de la croissance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9clin s&rsquo;explique \u00e9galement par nombre de d\u00e9cisions ou de discours qui, de la d\u00e9valuation du franc CFA en 1994 \u00e0 l&rsquo;intervention de la France lors de la crise post-\u00e9lectorale ivoirienne en 2011 en passant par les propos de Nicolas Sarkozy \u00e0 Dakar, en 2007, ou le r\u00f4le de la France dans la chute de Mouammar Kadhafi, leader appr\u00e9ci\u00e9 du continent, ont braqu\u00e9 les opinions publiques et choqu\u00e9 la conscience collective africaine. En quelques ann\u00e9es, nous sommes pass\u00e9s d&rsquo;une entente cordiale \u00e0 de l&rsquo;incompr\u00e9hension, puis de la d\u00e9fiance \u00e0 un d\u00e9samour.<\/p>\n<p>Il m&rsquo;est apparu, en second lieu, urgent d&rsquo;\u00e9crire ce livre au terme du mandat d&rsquo;Emmanuel Macron, pr\u00e9sident des plus paradoxaux. Paradoxal car, tr\u00e8s jeune, lorsqu&rsquo;il arrive au pouvoir, c&rsquo;est avec une vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9inscrire cette relation dans un nouvel espace-temps, avant de se confronter, comme tous ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, aux durs p\u00e9pins de la r\u00e9alit\u00e9, qui l&rsquo;ont oblig\u00e9 \u00e0 conserver tous les stigmates de ce que je nomme le \u00ab pacte colonial \u00bb. La d\u00e9ception des populations et des \u00e9lites africaines, qui entrevoyaient un changement de paradigme apr\u00e8s d&rsquo;innombrables tentatives avort\u00e9es depuis Fran\u00e7ois Mitterrand, n&rsquo;en a \u00e9t\u00e9 que plus forte. Emmanuel Macron fut le plus jeune pr\u00e9sident fran\u00e7ais, mais le plus conservateur dans son approche avec \u00ab les pays du champ \u00bb. D&rsquo;o\u00f9 des r\u00e9actions d&rsquo;hostilit\u00e9 en cha\u00eene dans la zone d&rsquo;influence francophone. Je ne me souviens pas d&rsquo;un tel ressentiment, y compris dans des pays comme le Tchad ou le S\u00e9n\u00e9gal, o\u00f9 celui-ci \u00e9tait imperceptible. J&rsquo;ai voulu en d\u00e9crypter les raisons.<\/p>\n<p><b>Si l&rsquo;on observe sur le temps long la capacit\u00e9 de la relation franco-africaine \u00e0 \u00e9voluer pour s&rsquo;adapter aux transformations historiques, g\u00e9opolitiques, \u00e9conomiques et dans le m\u00eame temps l&rsquo;abondante litt\u00e9rature sur le th\u00e8me du d\u00e9clinisme, est-ce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas lieu, finalement, de se m\u00e9fier des effets d&rsquo;optique ?<\/b><\/p>\n<p>J&rsquo;estime, au contraire, que la relation franco-africaine n&rsquo;a pas du tout \u00e9volu\u00e9 dans ses fondements et son mode op\u00e9ratoire, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui pr\u00e9cipite son d\u00e9clin dans cette partie du monde. Certes, elle s&rsquo;est adapt\u00e9e aux \u00e9volutions g\u00e9opolitiques du continent. Les probl\u00e9matiques ne sont bien \u00e9videmment plus celles des ann\u00e9es 1960, voire 1990. Mais elle n&rsquo;a saisi aucune des mutations profondes qu&rsquo;ont connues les soci\u00e9t\u00e9s africaines au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies. Elle est rest\u00e9e obnubil\u00e9e par la stabilit\u00e9 de son pr\u00e9 carr\u00e9 au prix d&rsquo;un soutien aveugle \u00e0 des pays client\u00e9listes fid\u00e8les et francophiles, mais aussi et surtout autocratiques et, partant de l\u00e0, rejet\u00e9s localement. On pense aux r\u00e9gimes gabonais, togolais, ivoirien, tchadien ou encore camerounais. Lorsque Paris exfiltre Blaise Compaor\u00e9 en octobre 2014, cela participe de la m\u00eame posture. Ces ing\u00e9rences permanentes, ces prises de position privent les populations de la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire leur propre histoire. Pire, cette relation est demeur\u00e9e verticale au moment o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s civiles ont \u00e9merg\u00e9 avec un mode d&rsquo;expression directe contournant les canaux usuels d&rsquo;opposition politique. Or, ces nouvelles formes d&rsquo;expression fabriquent du politique. On l&rsquo;a vu au S\u00e9n\u00e9gal avec la tentative de 3e mandat de Wade torpill\u00e9e par le mouvement \u00ab Y en a marre \u00bb, au Tchad ou encore au Burkina Faso. Les ignorer, c&rsquo;est ignorer ce qui se joue sur ce continent.<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Lejeal est dipl\u00f4m\u00e9 d&rsquo;Etudes africaines, sp\u00e9cialiste de ce continent, il a dirig\u00e9 la Lettre du Continent pendant une dizaine d&rsquo;ann\u00e9e. Auteur d&rsquo;un essai remarqu\u00e9 sur le Burkina faso, il revient dans son dernier ouvrage sur pr\u00e8s de trente ans de la politique africaine de la France.<\/p>\n<p>\u00a9 DRLorsque je parle d&rsquo;impossible rupture du pacte colonial, c&rsquo;est pour mieux \u00e9voquer la s\u00e9dentarit\u00e9 de cette politique. Qu&rsquo;est-ce que ce pacte ? Qu&rsquo;est-ce qui le d\u00e9finit ? Il s&rsquo;agit de l&rsquo;ensemble des dispositifs \u2013 militaires, politiques, \u00e9conomiques et culturels \u2013 install\u00e9s par la France au lendemain des ind\u00e9pendances en vue de pr\u00e9server ses int\u00e9r\u00eats. Ils sont constitutifs d&rsquo;un n\u00e9ocolonialisme rampant. Militairement, il s&rsquo;agit par exemple du maintien de bases pr\u00e9positionn\u00e9es. \u00c0 ce jour, la France est la seule ancienne puissance coloniale europ\u00e9enne \u00e0 quadriller encore toute l&rsquo;Afrique gr\u00e2ce \u00e0 ces dispositifs, de Dakar \u00e0 Djibouti en passant par Abidjan ou Libreville. 62 ans apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, des soldats de cet ex-colonisateur se trouvent ainsi physiquement pr\u00e9sents dans des pays souverains. C&rsquo;est aussi improbable qu&rsquo;\u00e9tonnant lorsque l&rsquo;on sait que ces bases n&rsquo;ont qu&rsquo;une fonction utilitariste, mais \u00e9galement une charge symbolique extr\u00eamement forte aupr\u00e8s de la jeunesse. Ce sont \u00e9galement les accords de coop\u00e9ration militaire pass\u00e9s avec les pays, dont beaucoup servent \u00e0 appuyer des r\u00e9gimes peu en prise avec la bonne gouvernance. \u00c9conomiquement, la France subsiste \u00e0 travers le franc CFA, dont la r\u00e9forme annonc\u00e9e en 2019 a accouch\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9formette.<\/p>\n<p>Culturellement, enfin, Paris continue d&rsquo;utiliser un instrument comme la Francophonie pour satisfaire ses desseins politiques. La nomination de Louise Mushikiwabo \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en 2018, est exemplaire sur ce point. Toutes ces orientations m\u00eal\u00e9es au passif de la France en Afrique font que ce pays est per\u00e7u, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, comme un facteur d&rsquo;ing\u00e9rence permanent, de soutien aux autocraties. Emmanuel Macron, sous de faux airs de modernit\u00e9, a poursuivi cette voie. Je ne dis pas qu&rsquo;il faille rompre diplomatiquement avec des pays peu regardants sur les libert\u00e9s ou qu&rsquo;il faille faire de la politique en consultant quotidiennement le rapport d&rsquo;Amnesty International. Pour autant, nul ne force le chef de l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais \u00e0 faire du z\u00e8le comme le fait de se pr\u00e9cipiter aux obs\u00e8ques d&rsquo;Idriss D\u00e9by Itno, en avril 2021, pour, de fait, apporter sa caution morale \u00e0 la junte militaire qui s&rsquo;est empar\u00e9e du pouvoir \u00e0 la suite de ce d\u00e9c\u00e8s. Ce type d&rsquo;attitude est absolument catastrophique dans le message qu&rsquo;elle est suppos\u00e9e adresser aux populations. Ce qui fait d\u00e9faut \u00e0 la France, c&rsquo;est son manque de retenue et de mise \u00e0 distance salutaire avec certains r\u00e9gimes.<\/p>\n<p><b>\u00c0 quel moment le th\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 s&rsquo;est-il impos\u00e9 comme seule grille de lecture pour la politique africaine de la France ?<\/b><\/p>\n<p>Ce th\u00e8me forme l&rsquo;ossature de cette relation \u00e0 tel point que la majorit\u00e9 des responsables traitant de l&rsquo;Afrique \u00e0 Paris viennent du minist\u00e8re de l&rsquo;Arm\u00e9e ou du renseignement. C&rsquo;est le cas actuellement du conseiller Afrique d&rsquo;Emmanuel Macron, Franck Paris, ou de Christophe Bigot, patron de l&rsquo;Afrique au Quai d&rsquo;Orsay, ou de son pr\u00e9d\u00e9cesseur R\u00e9mi Mar\u00e9chaux, actuel ambassadeur de France en Ethiopie. Ce facteur tient \u00e0 l&rsquo;histoire de cette relation. Depuis les premi\u00e8res explorations jusqu&rsquo;aux op\u00e9rations ext\u00e9rieures (opex) telles Barkhane \u2013 la plus r\u00e9cente \u2013 en passant par la conqu\u00eate coloniale, la France n&rsquo;a finalement jamais cess\u00e9 de faire la guerre en Afrique, d&rsquo;o\u00f9 une pr\u00e9pond\u00e9rance du facteur militaire. Ce dernier sert la grandeur de l&rsquo;Hexagone. Il alimente son rayonnement international. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;Afrique, la France est \u00ab la plus grande des puissances moyennes \u00bb, comme il est coutume de dire. Sans ce continent, elle se bornerait \u00e0 ses fronti\u00e8res, sans aura mondiale. Ce facteur ne cesse d&rsquo;alimenter un sentiment de puissance. Il entend parall\u00e8lement pr\u00e9server les anciens pays conquis d&rsquo;influences autres que tricolores. Durant la guerre froide, ce militarisme s&rsquo;est ainsi efforc\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher les deux grandes puissances \u2013 \u00c9tats-Unis et URSS \u2013 d&rsquo;exporter leur conflictualit\u00e9 dans le pr\u00e9 carr\u00e9 francophone. De nombreuses opex ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9es pour sauver des chefs d&rsquo;\u00c9tats-amis proches du camp occidental comme celui de Gnassingb\u00e9 Eyadema en 1986 ou pour d\u00e9fendre des pays de vis\u00e9es socialisantes. C&rsquo;est le cas de l&rsquo;op\u00e9ration \u00c9pervier au Tchad contre la Libye.<\/p>\n<p>Depuis la fin de la guerre froide, ces interventions rev\u00eatent un aspect faussement humanitariste, comme au Rwanda, mais pour un objectif identique : sauvegarder les int\u00e9r\u00eats de la sph\u00e8re francophone. Cette ligne de conduite est constante et quasi obsessionnelle. On compte pas moins de 70 interventions militaires de la France en Afrique depuis les ann\u00e9es 1960, ce qui est pour pathog\u00e8ne. La France tente aujourd&rsquo;hui de sauvegarder militairement ce qu&rsquo;elle ne peut plus faire diplomatiquement ou \u00e9conomiquement faute de moyens. Le facteur militaire sert de paravent \u00e0 une influence en d\u00e9sh\u00e9rence. Pendant qu&rsquo;elle multiplie les interventions \u00e0 fonds perdu, ses concurrents font du business, lui taillent des croupi\u00e8res ou organisent de vastes sommets \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><b>Est-ce que les r\u00e9centes tensions entre certains \u00c9tats africains et la France ne sont pas seulement conjoncturelles ? Pour le cas de l&rsquo;Afrique francophone, des pays comme le Mali, la Guin\u00e9e ou la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire ont plusieurs fois exprim\u00e9 des vell\u00e9it\u00e9s de sortie de la tutelle fran\u00e7aise\u2026<\/b><\/p>\n<p>Le ressentiment anti-fran\u00e7ais a toujours exist\u00e9, mais il prend une proportion in\u00e9dite. Il semble innerver toutes les couches des soci\u00e9t\u00e9s, du paysan au fonctionnaire en passant par les \u00e9tudiants et les \u00e9lites, qui se d\u00e9tournent de plus en plus de Paris \u00e0 la faveur d&rsquo;affaires politico-m\u00e9diatiques comme celle des \u00ab biens mal acquis \u00bb ou de d\u00e9bats jug\u00e9s stigmatisants. Les d\u00e9bats sur l&rsquo;immigration par exemple semblent toujours exclusivement pointer et cibler les Africains. Paris aurait d\u00fb voir dans les sifflements essuy\u00e9s par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy aux obs\u00e8ques d&rsquo;Omar Bongo, en 2009, les signes inqui\u00e9tants de cette d\u00e9gradation. Certes ces pays ne sont pas sortis du syst\u00e8me, mais ils prennent s\u00e9rieusement leurs distances, comme l&rsquo;illustre le Gabon. Ce pays phare de la Fran\u00e7afrique ne regarde plus du tout vers Paris. Son pr\u00e9sident est anglophile. Il poss\u00e8de une r\u00e9sidence \u00e0 Londres. Il a fait entrer le Gabon au sein du Commonwealth. Pour mon livre, je me suis entretenu avec plus de 80 responsables et influenceurs africains. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 stup\u00e9fait par leur vision unanime extr\u00eamement critique et s\u00e9v\u00e8re sur cette relation alors m\u00eame qu&rsquo;ils ne sont pas sous influence.<\/p>\n<p><b>Quelle est la part de responsabilit\u00e9 des \u00c9tats africains, notamment francophones, dans cet \u00e9tat de fait ?<\/b><\/p>\n<p>Elle est majeure. On sait que les pr\u00e9sidents influents en France comme Senghor, Bongo ou Houphou\u00ebt ont longtemps d\u00e9termin\u00e9 la politique africaine en \u00e9tant m\u00eame \u00e0 l&rsquo;origine de d\u00e9cisions comme le remerciement des ministres de la Coop\u00e9ration Jean-Pierre Cot ou Jean-Marie Bockel ou le soutien de Paris \u00e0 la s\u00e9cession biafraise. Dans cette relation client\u00e9liste, les \u00c9tats francophones sont \u00e9minemment comptables de la perp\u00e9tuation d&rsquo;une relation enkyst\u00e9e en ce qu&rsquo;ils ont toujours encourag\u00e9 un statu quo favorable \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats. Ils ont monnay\u00e9 leur soutien \u00e0 la France en \u00e9change de la garantie que Paris soutiendrait leur politique en Afrique et ne serait pas trop regardant sur leur situation int\u00e9rieure. Le r\u00e9gime d&rsquo;Idriss Deby est exemplaire sur ce point. Ce pr\u00e9sident a jou\u00e9 sur son soutien inconditionnel \u00e0 la France dans la lutte antiterroriste moyennant de ne pas \u00eatre critiqu\u00e9 sur la situation catastrophique des droits de l&rsquo;homme dans son pays.<\/p>\n<p><b>Votre ouvrage \u00e9voque tr\u00e8s peu les luttes et les rivalit\u00e9s encore en cours entre les dirigeants africains. N&rsquo;est-ce pas d\u00e9douaner un peu trop rapidement les responsabilit\u00e9s africaines dans l&rsquo;absence de prise en compte de la voix de l&rsquo;Afrique sur les grandes questions internationales comme actuellement concernant la guerre en Ukraine ?<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage se borne \u00e0 la relation bilat\u00e9rale. Il ne traite pas de g\u00e9opolitique ou de politique africaine, qu&rsquo;elle soit nationale ou internationale. Ce qui est int\u00e9ressant dans le dossier ukrainien, c&rsquo;est qu&rsquo;il d\u00e9note lui aussi le d\u00e9clin fran\u00e7ais. Auparavant, les pays africains \u00e9taient solidaires de Paris et suivaient en bloc ses orientations ou ses votes aux Nations unies par exemple. Dans les ann\u00e9es 1960, ils ont soutenu ses essais nucl\u00e9aires au Sahara au grand dam de pays comme le Nigeria, qui a aussit\u00f4t rompu ses relations diplomatiques. On retrouve ce suivisme avec l&rsquo;Irak, en 2003. La guerre en Ukraine r\u00e9v\u00e8le, inversement, un \u00e9miettement de cette solidarit\u00e9 circonstancielle. Les pays francophones, dont certains tr\u00e8s proches \u00e0 l&rsquo;instar du S\u00e9n\u00e9gal, ne sont plus enclins \u00e0 s&rsquo;aligner sur les positions fran\u00e7aises, y compris sur des sujets aussi graves que l&rsquo;invasion d&rsquo;un pays souverain par la Russie. Cela prouve \u00e0 quel point l&rsquo;Afrique ne souhaite plus d&rsquo;un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec la France, mais au contraire m\u00e9nager l&rsquo;ensemble de ses partenaires.<\/p>\n<p><b>Vos interlocuteurs pointent le r\u00f4le d\u00e9terminant des opinions africaines sur place. Quelle est votre analyse ? Comment expliquez-vous le hiatus avec les diasporas africaines, qui sont \u00e0 la fois diverses, souvent mobilis\u00e9es et \u00e0 l&rsquo;avant-garde de nombreux mouvements sur le terrain, mais finalement encore per\u00e7ues par les politiques que sur l&rsquo;aspect symbolique\u2026<\/b><\/p>\n<p>Faute d&rsquo;une compr\u00e9hension suffisante de l&rsquo;Afrique, et \u00e9tant sous le feu des critiques des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, Emmanuel Macron s&rsquo;est appuy\u00e9 sur les diasporas, qui constituent un important chapitre de mon livre. Il utilise ce r\u00e9seau dans sa dimension intellectuelle urbaine, voire parisienne \u2013 ce qui transpara\u00eet au sein du Conseil pr\u00e9sidentiel pour l&rsquo;Afrique (CPA) \u2013 comme d&rsquo;une interface pour tenter de gommer une image fonci\u00e8rement n\u00e9gative et paternaliste tout en b\u00e2tissant une sorte de pont entre ce que je nomme les \u00ab Afro-Fran\u00e7ais \u00bb et les Africains. Ce fut une erreur fondamentale d&rsquo;appr\u00e9ciation. D&rsquo;abord parce que lesdites diasporas ne transmettent absolument pas les pr\u00e9occupations premi\u00e8res de l&rsquo;Afrique. En connaissent-elles les r\u00e9alit\u00e9s profondes ? J&rsquo;en doute. Leurs repr\u00e9sentants se cantonnent \u00e0 des d\u00e9bats intellectuels, le m\u00e9moriel, le symbolique, la restitution d&rsquo;\u0153uvres d&rsquo;art, etc. Changer des noms de rue ou retourner des \u0153uvres sont des actions importantes, mais en aucun cas la priorit\u00e9 des Africains, qui veulent avant tout \u00e9chapper \u00e0 un quotidien rugueux. Ils souhaitent l&rsquo;am\u00e9lioration de leurs conditions et de leurs cadres de vie, des visas pour venir travailler en France et une attitude plus respectueuse de celle-ci.<\/p>\n<p>Le hiatus dont vous parlez vient du fait que Paris, voulant s&rsquo;adresser \u00e0 l&rsquo;Afrique par diasporas interpos\u00e9es, n&rsquo;a pas su identifier les bons interlocuteurs. Le CPA, par exemple, dont personne ne sait tr\u00e8s bien \u00e0 quoi il officie, est constitu\u00e9 de membres coopt\u00e9s. Leur nomination r\u00e9pond \u00e0 une logique de r\u00e9seaux. Que les deux pr\u00e9sidents du CPA soient franco-b\u00e9ninois ne rel\u00e8ve pas non plus du hasard. Do Rego a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 par son pr\u00e9d\u00e9cesseur Aniambossou, un ami de promotion du pr\u00e9sident Macron. En revanche, que des diasporas \u00e9conomiques ou de travailleurs immigr\u00e9s, pourvoyeuses de milliards d&rsquo;euros chaque ann\u00e9e vers le continent, ne soient pas repr\u00e9sent\u00e9es est une aberration. Pourquoi ne pas avoir plac\u00e9 au sein de ce conseil de vrais influenceurs africains, des acteurs de terrain influents, des leaders d&rsquo;organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des patrons d&rsquo;ONG ayant pignon sur rue ? Sans doute pour ne pas trop arc-bouter les chefs d&rsquo;\u00c9tat en place.<\/p>\n<p><b>Sur le plan \u00e9conomique, vous avez pr\u00e9sent\u00e9 le cas de la vente des actifs maritimes et ferroviaires africains du groupe Bollor\u00e9 comme une illustration de ce d\u00e9clin franco-africain, mais n&rsquo;est-ce pas un recul en trompe-l&rsquo;\u0153il ?<\/b><\/p>\n<p>Le d\u00e9sengagement de Bollor\u00e9 intervient \u00e0 un moment o\u00f9 les positions fran\u00e7aises connaissent un grave repli. Pourquoi ce retrait ? Pour pr\u00e9parer son groupe \u00e0 une gestion par ses fils Cyril et Yannick, qui sont peu en prise avec l&rsquo;Afrique, mais aussi et surtout parce qu\u2019il a essuy\u00e9 de nombreux d\u00e9boires judiciaires ces derni\u00e8res ann\u00e9es et que son projet de boucle ferroviaire ouest-africaine a \u00e9chou\u00e9. Des pr\u00e9sidents comme le B\u00e9ninois Patrice Talon s\u2019y sont m\u00eame oppos\u00e9s. Alors que l\u2019homme d\u2019affaires a fait la pluie et le beau temps pendant des ann\u00e9es dans la gestion portuaire et ferroviaire, notamment gr\u00e2ce \u00e0 son relationnel avec les chefs d\u2019\u00c9tat, il a progressivement vu le vent tourner. Ses m\u00e9thodes sont largement critiqu\u00e9es et ses positions dominantes conspu\u00e9es par ses concurrents comme sur le second terminal \u00e0 conteneur du port d\u2019Abidjan, un contrat qui lui a valu une plainte devant l\u2019UEMOA pour abus de position dominante. L\u2019aveu d\u2019un recours \u00e0 de la corruption pour l\u2019obtention de la gestion des ports de Lom\u00e9 et de Conakry a pr\u00e9cipit\u00e9 son retrait. Il vient, au demeurant, souligner des pratiques dont les Africains ne veulent plus. Certes, Bollor\u00e9 reste sur le continent via Vivendi, mais sa dimension \u00e9conomique n\u2019aura plus rien de comparable. Bollor\u00e9 Transport &amp; Logistics, qui g\u00e8re les ports et les concessions ferroviaires, emploie pr\u00e8s de 30 000 personnes.<\/p>\n<p><b>Vous \u00e9voquez \u00e9galement dans votre livre l&rsquo;importance grandissante de l&rsquo;Afrique anglophone dans la strat\u00e9gie fran\u00e7aise, mais on a r\u00e9cemment vu, en Afrique du Sud notamment, des manifestations contre la politique fran\u00e7aise, comment l&rsquo;analysez-vous ?<\/b><\/p>\n<p>Pour contrebalancer sa perte d&rsquo;influence dans les pays du champ, mais aussi ne plus se retrouver dans un face-\u00e0-face de plus en plus pesant avec ses ex-colonies, o\u00f9 se sont multipli\u00e9es les crises (Mali, C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, Burkina\u2026), Paris a toujours cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9largir son rayon d&rsquo;action en Afrique non francophone, nonobstant des relations anciennes avec le Nigeria et l&rsquo;Angola sous l&rsquo;influence du groupe TotalEnergies. Cette ouverture s&rsquo;est faite notamment \u00e0 travers les sommets France-Afrique, qui ont accueilli de plus en plus de repr\u00e9sentations lusophones et anglophones \u00e0 partir de la pr\u00e9sidence Giscard d&rsquo;Estaing, mais aussi \u00e0 travers la politique d&rsquo;ouverture d&rsquo;un ministre comme Jean-Pierre Cot, dont le premier voyage, en septembre 1981, a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 au Ghana. Jacques Chirac s&rsquo;est ouvert politiquement au Nigeria. Il a \u00e9t\u00e9 suivi par Fran\u00e7ois Hollande. Emmanuel Macron a suivi cette voie principalement au Ghana ou en \u00c9thiopie. Deviser avec l&rsquo;Afrique non francophone est essentiel pour Paris. Cela ouvre sur de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s \u00e9conomiques et des leviers diplomatiques non n\u00e9gligeables avec des puissances r\u00e9gionales pour le r\u00e8glement de crises dans sa zone d&rsquo;influence.<\/p>\n<p>La France a beaucoup mis\u00e9 par exemple, et continue de le faire, sur la diplomatie angolaise pour r\u00e9gler des dossiers en RDC ou au Congo-Brazzaville. Toutefois, elle ne trouve pas dans ces pays la proximit\u00e9, les r\u00e9seaux et les canaux privil\u00e9gi\u00e9s auxquels elle est habitu\u00e9e. Ces pays ont souvent acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance au prix d&rsquo;une guerre sanglante. Ils sont extr\u00eamement sourcilleux sur les questions d&rsquo;ind\u00e9pendance, de souverainet\u00e9, de respect du protocole. Mais la France y conserve une image de puissance n\u00e9ocoloniale \u00e0 travers le maintien de bases militaires pr\u00e9positionn\u00e9es ou du franc CFA. Certains positionnements par le pass\u00e9 ont \u00e9galement jou\u00e9 en sa d\u00e9faveur. Le soutien \u00e0 la s\u00e9cession biafraise a brouill\u00e9 les rapports avec le Nigeria. Le dossier de l&rsquo;Angolagate avec Luanda. La France a \u00e9galement tard\u00e9 \u00e0 observer une politique antiapartheid rigoureuse pour mieux pr\u00e9server la situation de ses groupes en Afrique du Sud. Tous ces facteurs mettent Paris en porte-\u00e0-faux \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des opinions de ces pays. Surtout, la France n&rsquo;y est pas attendue. Elle est un partenaire parmi des dizaines d&rsquo;autres sur des march\u00e9s domin\u00e9s par la Chine, o\u00f9 s\u00e9vit une concurrence effr\u00e9n\u00e9e. Elle a d&rsquo;autant moins d&rsquo;avantage acquis qu&rsquo;elle ne fait rien, du point de vue institutionnel et de son personnel d\u00e9tach\u00e9, pour renforcer sa pr\u00e9sence.<\/p>\n<p><b>Dans plusieurs ex-colonies, les entreprises fran\u00e7aises se trouvent face \u00e0 une rude concurrence, notamment chinoise, russe, turque, etc. Seraient-ce en fait ces pays qui imposeraient la rupture, en cherchant \u00e0 sortir de leur relation exclusive avec la France ? Ou bien faut-il y d\u00e9celer l\u00e0 aussi un \u00e9l\u00e9ment de la survivance de la relation franco-africaine qui a toujours mis en sc\u00e8ne l&rsquo;argumentaire de la rivalit\u00e9 et de la concurrence \u00e9trang\u00e8re pour mieux se reconstituer ?<\/b><\/p>\n<p>Ces pays sont mont\u00e9s en puissance \u00e0 partir de la fin de la guerre froide et l&rsquo;ouverture d&rsquo;un march\u00e9 mondialis\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la France ne r\u00e9pondait plus aux attentes et aux r\u00e9alit\u00e9s des march\u00e9s africains. En outre, Paris s&rsquo;est d\u00e9tourn\u00e9 de l&rsquo;Afrique \u00e0 cette p\u00e9riode, pr\u00e9f\u00e9rant se concentrer sur la construction europ\u00e9enne. \u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode, des pays comme la Chine, l&rsquo;Inde ou la Turquie se sont positionn\u00e9s pour satisfaire leur croissance tout en r\u00e9pondant pleinement \u00e0 la demande et aux besoins du continent. La France a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre lamin\u00e9e et ne s&rsquo;en est rendu compte que tardivement. Comme je l&rsquo;\u00e9cris dans mon livre, elle a perdu une d\u00e9cennie, de 1990 \u00e0 2000, en termes de positionnement strat\u00e9gique. Ses parts de march\u00e9 ont litt\u00e9ralement fondu pour s&rsquo;\u00e9tablir en de\u00e7\u00e0 des 5 %. Elle garde une visibilit\u00e9 en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire et au S\u00e9n\u00e9gal, mais son volume d&rsquo;\u00e9changes se stabilise autour d&rsquo;un milliard d&rsquo;euros. De grands groupes se sont retir\u00e9s. CFAO a \u00e9t\u00e9 vendue \u00e0 Toyota. Des soci\u00e9t\u00e9s comme Dagris, fleuron du coton africain, ont \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9es. Des groupes comme Necotrans ont fait faillite. Les banques tricolores sont toutes parties \u00e0 l&rsquo;exception de la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Paris n&rsquo;est plus comp\u00e9titif et ne dispose pas d&rsquo;un appareil institutionnel qui facilite l&#8217;emprise de ses entreprises, encore moins en ce qui concerne les PME-PMI. En 2018, l&rsquo;Allemagne, qui a adopt\u00e9 une strat\u00e9gie tr\u00e8s efficace, est pass\u00e9e au rang de premier exportateur europ\u00e9en en Afrique.<\/p>\n<p><b>\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 le pr\u00e9sident Macron entame son deuxi\u00e8me mandat, quelles seraient les pistes de r\u00e9flexion qui permettraient aux alternatives africaines sur tous les sujets militaires, \u00e9conomiques, soci\u00e9t\u00e9s civiles, d&rsquo;enfin exister, pleinement ?<\/b><\/p>\n<p>Elles se jouent tant au niveau de la s\u00e9mantique que de la perception de l&rsquo;Afrique. Il faut rompre avec une posture paternaliste tant dans les conduites que dans le message d\u00e9livr\u00e9. Les Africains n&rsquo;en peuvent plus de l&rsquo;arrogance fran\u00e7aise et de cette attitude donneuse de le\u00e7ons. Pour ce livre, j&rsquo;ai relu l&rsquo;ensemble des discours des pr\u00e9sidents fran\u00e7ais en terre africaine depuis de Gaulle. Leur similitude est stup\u00e9fiante. \u00c0 tel point qu&rsquo;ils semblent avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par la m\u00eame plume. Apr\u00e8s les traditionnels remerciements pour l&rsquo;accueil \u00ab \u00e0 l&rsquo;africaine \u00bb, chaque pr\u00e9sident \u00e9voque ensuite \u00ab l&rsquo;amiti\u00e9 s\u00e9culaire \u00bb entre la France et l&rsquo;Afrique. Une amiti\u00e9 qui permet, selon eux, \u00ab de tenir un langage de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. \u00c0 partir de l\u00e0, les discours se mettent \u00e0 d\u00e9rouler une kyrielle de reproches et de r\u00e9criminations allant de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;aller vers la d\u00e9mocratie \u00e0 la gestion populationnelle en passant par l&rsquo;assainissement de l&rsquo;environnement des affaires, etc. Le vrai sujet de r\u00e9flexion et d&rsquo;inclination est, selon moi, le regard que l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais et les Fran\u00e7ais portent sur ce continent, mais aussi, de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, sur l&rsquo;homme noir, qui reste indissociable d&rsquo;une sorte de rel\u00e9gation historique. Cela passe par un long travail de fond pour modifier les perceptions, et ce d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge.<\/p>\n<p><b>Et plus urgent, comment inverser la d\u00e9gradation de l&rsquo;image de la France en Afrique ?<\/b><\/p>\n<p>Paris doit imp\u00e9rativement retirer les facteurs qui contribuent \u00e0 cr\u00e9er du ressentiment : son militarisme, la morgue de ses discours, la condescendance, le sentiment diffus de continuer \u00e0 vouloir modeler les Africains \u00e0 son image en leur disant comment ils doivent agir ou interagir ; combien d&rsquo;enfants ils doivent faire ; vers quel syst\u00e8me politique ils doivent tendre, etc. La France doit se mettre en retrait et adopter une posture de soft-power plus discret, plus polic\u00e9 et tourn\u00e9 vers la relation \u00e9conomique. Elle doit admettre ce que les Africains sont et non ce qu&rsquo;elle voudrait qu&rsquo;ils soient. Elle doit imp\u00e9rativement assainir ses positionnements politiques et ses soutiens \u00e0 des alli\u00e9s en tous points critiquables en prenant exemple sur les pays scandinaves ou le Royaume-Uni, qui d\u00e9terminent une liste limit\u00e9e de pays avec lesquels entretenir une coop\u00e9ration sur la base de crit\u00e8res stricts de bonne gouvernance. Elle doit \u00e9galement orienter sa politique \u00e0 travers une approche plus multilat\u00e9rale et europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>* Ancien r\u00e9dacteur en chef de La Lettre du Continent.<\/p>\n<p>** \u00ab Le D\u00e9clin franco-africain, l&rsquo;impossible rupture avec le pacte colonial \u00bb a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 aux \u00e9ditions L&rsquo;Harmattan le 25 mars dernier.<\/p>\n<p><strong>Pour plus d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses sur la <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\">Burkina Faso<\/a>, suivez <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Burkina Faso. La synth\u00e8se que nous livre Fr\u00e9d\u00e9ric Lejeal* dans son dernier essai Le D\u00e9clin franco-africain, l&rsquo;impossible rupture avec le pacte colonial** invite v\u00e9ritablement \u00e0 braquer le regard sur la r\u00e9alit\u00e9 des liens entre la France \u00e0 l&rsquo;Afrique. 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