{"id":4757,"date":"2021-01-31T15:47:21","date_gmt":"2021-01-31T15:47:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/?p=4757"},"modified":"2021-01-31T15:55:43","modified_gmt":"2021-01-31T15:55:43","slug":"le-lit-de-procuste-de-la-reconciliation-nationale-au-burkina-faso-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/dossiers\/le-lit-de-procuste-de-la-reconciliation-nationale-au-burkina-faso-2","title":{"rendered":"Le lit de Procuste de la \u00ab r\u00e9conciliation nationale \u00bb au Burkina Faso"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong><a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a> &#8211; <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\">Burkina Faso<\/a>. <\/strong><\/span>Dans cette longue et passionnante tribune pleine d\u2019enseignements, le philosophe Christophe Dabir\u00e9 revient en long et en large sur la question de la r\u00e9conciliation nationale qu\u2019il d\u00e9cortique sous toutes ses facettes. Un document \u00e0 lire et \u00e0 conserver.<\/p>\n<p>Le tristement l\u00e9gendaire Procuste disposait d\u2019un seul et m\u00eame lit dans lequel il faisait entrer toute personne de n\u2019importe quelle taille qui passait par son chemin : il raccourcissait alors les personnes de grande taille, et \u00e9tirait les petites pour remplir son lit\u2026<\/p>\n<p>Il en est de la \u00ab r\u00e9conciliation nationale \u00bb au Burkina comme du lit de Procuste, la cruaut\u00e9 en moins : aucune solution aux probl\u00e8mes du pays, dit-on, si les Burkinab\u00e8 ne passent pas par elle, \u00e9talon unique ; elle \u00ab reste d\u2019urgence \u00bb, s\u2019impose, incontournable. Le vivre-ensemble des Burkinab\u00e8 serait menac\u00e9 s\u2019ils ne se r\u00e9concilient ou, du moins, si l\u2019Etat ne les fait pas se r\u00e9concilier. Tous les moyens et arguments sont alors bons pour nous conduire docilement \u00e0 la r\u00e9conciliation, y compris la peur : \u00ab se r\u00e9concilier ou p\u00e9rir \u00bb !&#8230;<\/p>\n<p>Les Procuste de la r\u00e9conciliation nationale finissent alors par se convaincre tout seuls, plus qu\u2019ils ne nous convainquent \u00e0 vrai dire, qu\u2019\u00e0 ce son de cloche d\u2019\u00e9glise il n\u2019y a pas genou qui ne se plie, puisqu\u2019il s\u2019agirait du salut et du b\u00e9n\u00e9fice de tous ; et qu\u2019\u00e0 leurs arguments, il n\u2019y a pas de contre-arguments : \u00ab Quand on parle de r\u00e9conciliation, on observe qu\u2019il y a beaucoup plus de pr\u00e9ventions, d\u2019ignorances et de manipulations \u00e0 son sujet, que de contre-arguments raisonn\u00e9s et document\u00e9s \u00bb, pr\u00e9tend M. Hermann Yam\u00e9ogo. Qui m\u00eame fait preuve d\u2019ignorances et de lacunes pour mieux manipuler l\u2019opinion sur une r\u00e9conciliation que l\u2019on prend soin de soustraire au d\u00e9bat aussi bien intellectuel que politique pour mieux nous l\u2019imposer sournoisement ?<\/p>\n<p>Pour autant, on ne consid\u00e9rera pas les lignes qui suivent comme une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019auteur de ces seuls propos, ce serait bien pauvre et inutile ; mais en m\u00eame temps, sans jamais fuir, je nommerai bien l\u2019adversaire quand mes objections et d\u00e9saccords voudront se durcir en pol\u00e9miques et en d\u00e9bats : si l\u2019on ne fait pas que de la politique, si l\u2019on n\u2019a pas que le statut de politicien, et si l\u2019on tient aussi un discours qui se voudrait publiquement intellectuel, et qui voudrait s\u2019imposer comme le seul discours intellectuel possible sur de vastes questions comme celles de la justice, du pardon et de la r\u00e9conciliation, voire de la d\u00e9mocratie dont on s\u2019interdit de parler, alors il faut s\u2019attendre \u00e0 ce que des intrus de la politique (dont je suis) qui ne s\u2019int\u00e9ressent pas moins \u00e0 la pens\u00e9e du politique, et qui ne sont pas citoyens, s\u2019invitent au d\u00e9bat, s\u2019il y a m\u00eame d\u00e9bat\u2026<\/p>\n<p>Dire qu\u2019il n\u2019y aurait pas de contre-arguments raisonn\u00e9s et document\u00e9s (intellectuels au fond) aux incantations de la r\u00e9conciliation nationale au Burkina Faso est une gal\u00e9jade bien infatu\u00e9e ! Des contre-arguments seraient l\u00e9gion, et bien plus d\u00e9vastateurs qu\u2019on ne pense : sauf si l\u2019on continue de croire aujourd\u2019hui comme hier que le Burkina Faso ne regorge que d\u2019 \u00ab intellectuels \u00bb et de dipl\u00f4m\u00e9s k\u00f4y\u00f4-k\u00f4y\u00f4 (en dioula) \u00e0 la culture spartiate et yougou-yougou !&#8230;<\/p>\n<p>Il suffisait d\u2019ouvrir le d\u00e9bat \u00e0 la fois avec le peuple et avec les intellectuels, cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le cas concernant cette question de la r\u00e9conciliation nationale. Autrement dit, les Procuste de cette r\u00e9conciliation, tout en r\u00e9p\u00e9tant qu\u2019elle n\u2019est pas que \u00ab politique \u00bb, n\u2019en exigent et n\u2019en attendent pas moins la mise en \u0153uvre de la seule puissance publique et politique qu\u2019est l\u2019Etat : c\u2019est au pr\u00e9sident du Faso qu\u2019ils adressent des cris d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, pour le sommer de r\u00e9pondre \u00e0 la pr\u00e9tendue urgence ; c\u2019est \u00e0 feu Salif Diallo qu\u2019ils envoient des memoranda\u2026<\/p>\n<p>On veut soutenir et montrer ici que cette r\u00e9conciliation n\u2019est que politique, mais pas d\u00e9mocratique ; ou que cette r\u00e9conciliation voudrait se faire contre la d\u00e9mocratie, la vraie, dont nos pr\u00eatres ou missionnaires de la r\u00e9conciliation ne parlent pas, jamais, tr\u00e8s curieusement (tout se passe comme si le discours politique burkinab\u00e8 avait, au lendemain des \u00e9lections de novembre 2020, mis la d\u00e9mocratie et ses graves insuffisances entre parenth\u00e8ses pour se complaire dans les refrains et salamalecs de la r\u00e9conciliation nationale) !&#8230;<\/p>\n<p>Plus encore : quand nos politiciens affirment que cette r\u00e9conciliation n\u2019est pas politique, ils ne savent m\u00eame pas combien ils ont raison en un sens, car ne sont mobilis\u00e9s dans leur entreprise r\u00e9conciliatrice que les sentiments non politiques de la peur et de l\u2019amour plut\u00f4t que l\u2019amiti\u00e9 (pour reprendre une distinction essentielle de la pens\u00e9e du politique, d\u2019Aristote \u00e0 Arendt au moins)<\/p>\n<p>Faute de d\u00e9mocratie, n\u2019importe qui, aussi notable et \u00ab sage \u00bb soit-il, se l\u00e8ve et brandit des parerga, des amuse-bouches intellectuels comme des arguments in\u00e9branlables en faveur d\u2019une r\u00e9conciliation passe-partout, comme autant de fripes sur un march\u00e9 de yougou-yougou (j\u2019adore le yougou-yougou, ne m\u2019en voulez pas, il d\u00e9panne, mais il y a bien plus \u00e9l\u00e9gant)\u2026<\/p>\n<p>\u00ab Il faut que les Burkinab\u00e8 se parlent, dialoguent \u00bb, ass\u00e8ne-t-on, on ne sait de quelle hauteur, de quelle autorit\u00e9. Tout en ne donnant jamais l\u2019occasion \u00e0 ces m\u00eames Burkinab\u00e8 de (se) parler sur cette r\u00e9conciliation dite nationale. Pour qui prend-on alors les Burkinab\u00e8 ? Les conna\u00eet-on vraiment ? De quels Burkinab\u00e8 parle-t-on ainsi ?<\/p>\n<p><b>Le contexte politique burkinab\u00e8<\/b><\/p>\n<p>D\u00e8s la nomination de M. Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 par le pr\u00e9sident du Faso comme ministre de la r\u00e9conciliation nationale, tout le monde y est all\u00e9 de son sc\u00e9nario, et les commentaires ont plus port\u00e9, comme toujours, sur les personnes que sur la situation politique elle-m\u00eame ; plus sur les personnages que sur la sc\u00e8ne. Au point de manquer donc, me semble-t-il, l\u2019essentiel :<\/p>\n<p>1\/ La question de la r\u00e9conciliation nationale comme urgence des urgences qui ne tol\u00e8re aucun dissensus reconduit silencieusement et sournoisement le parti unique : un seul parti domine, tandis que les autres n\u2019existent vraiment qu\u2019aux moments \u00e9lectoraux pour jouer, singer et simuler la d\u00e9mocratie ; ils disparaissent politiquement apr\u00e8s chaque \u00e9lection, de plusieurs fa\u00e7ons : soit par la d\u00e9faite qui les emp\u00eache de repr\u00e9senter le peuple, soit par leur int\u00e9gration au parti dominant (le MPP en l\u2019occurrence).<\/p>\n<p>R\u00e9conciliation nationale oblige, l\u2019opposition politique n\u2019en est plus une, elle reste la place vide occup\u00e9e par ceux qui n\u2019ont pas gagn\u00e9 mais ne peuvent pas non plus se reverser simplement, et comme parti, dans la majorit\u00e9 m\u00eame s\u2019ils le voulaient : si le CDP ne rejoint pas la majorit\u00e9 MPP c\u2019est plus par fiert\u00e9 politique que par impossibilit\u00e9 car, en droit, cette majorit\u00e9 est l\u2019asile et le refuge de tous les autres partis qu\u2019elle peut absorber \u00e0 tout moment, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. C\u2019est exactement la d\u00e9mocratie burkinab\u00e8 de\/sous Blaise Compaor\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9e par un multipartisme unitaire qui est, si l\u2019on peut dire, un multi-unipartisme\u2026<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit nullement alors de la loi de la majorit\u00e9 qui veut que la volont\u00e9 de cette majorit\u00e9 issue des \u00e9lections soit aussi la volont\u00e9 de tous, mais d\u2019une singularit\u00e9 burkinab\u00e8 remarquable aussi bien qu\u2019inqui\u00e9tante pour la d\u00e9mocratie v\u00e9ritable. Ailleurs, on n\u2019est pas pr\u00e8s de voir un Robert Bobi kyagulanyi Wine rejoindre le NRM du \u00ab Mzee \u00bb Kaguta Museveni et son gouvernement en Ouganda ; pas plus qu\u2019on ne verra un Laurent Ggabo ou un Guillaume Soro rejoindre le RHDP du pr\u00e9sident Ouattara en CI, m\u00eame si l\u00e0 aussi on y parle de r\u00e9conciliation ; et m\u00eame si l\u2019on continue de nous dire qu\u2019en politique tout est possible : non, il y a surtout, voire rien que de l\u2019impossible en politique v\u00e9ritable, ce qui la rend difficile et en fait un sacrifice\u2026<\/p>\n<p>2\/ Dans ce contexte ont donc \u00e9t\u00e9 possibles non seulement la nomination de Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 de l\u2019UPC comme ministre de la r\u00e9conciliation nationale par le pr\u00e9sident Kabor\u00e9, mais aussi l\u2019acceptation de cette nomination par l\u2019int\u00e9ress\u00e9 (c\u2019est le cas de le dire). Mais nous devons remarquer et souligner ceci : si la nomination vient bien du pr\u00e9sident Roch Kabor\u00e9, la mission de la r\u00e9conciliation qui est \u00ab confi\u00e9e \u00bb \u00e0 z\u00e9phirin Diabr\u00e9 n\u2019est pas la mission du pr\u00e9sident lui-m\u00eame mais d\u00e9j\u00e0 le projet de Z\u00e9phirin Diabr\u00e9.<\/p>\n<p>Ou, en plus clair : la r\u00e9conciliation nationale, telle qu\u2019elle s\u2019impose aujourd\u2019hui, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 la priorit\u00e9 du pr\u00e9sident Roch et de sa majorit\u00e9 MPP jusqu\u2019aux r\u00e9sultats des \u00e9lections de novembre 2020, mais a constamment \u00e9t\u00e9 la demande pressante de l\u2019opposition CFOP dirig\u00e9e alors par Diabr\u00e9, dont la CODER. Or, quand l\u2019opposition fait de la r\u00e9conciliation sa (contre-) politique pendant cinq ans, on pouvait d\u00e9j\u00e0 s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019elle d\u00e9serte l\u2019opposition pour une majorit\u00e9 prochaine si elle ne gagnait pas les \u00e9lections de novembre\u2026<\/p>\n<p>La position du pr\u00e9sident Roch sur la r\u00e9conciliation nationale a toujours \u00e9t\u00e9 constante et claire : c\u2019est la justice d\u2019abord pour tous ceux qui ont \u00e0 r\u00e9pondre. Je cite de m\u00e9moire quelques-unes de ses d\u00e9clarations : \u00ab la r\u00e9conciliation, ce n\u2019est pas de faire rentrer 50 personnes\u2026 \u00bb, \u00ab tous les exil\u00e9s sont libres de rentrer, ceux qui sont impliqu\u00e9s dans des dossiers pendants devront r\u00e9pondre \u00bb, \u00ab nous ne n\u00e9gocierons pas avec ceux qui veulent d\u00e9truire le Burkina Faso \u00bb (alors que le candidat Diabr\u00e9 n\u2019a jamais exclu de n\u00e9gocier avec les terroristes)<\/p>\n<p>La seule fois o\u00f9 le pr\u00e9sident Kabor\u00e9 a fait acception de personne exil\u00e9e, c\u2019\u00e9tait lorsque, candidat \u00e0 Ziniar\u00e9, chez Blaise Compaor\u00e9, il a promis de pr\u00e9parer sp\u00e9cialement le retour de ce dernier qui ne serait pas comme les autres exil\u00e9s, car il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident, faisant alors entorse \u00e0 son propre principe de la justice et de l\u2019\u00e9quit\u00e9, puisque Zida Isaac qui \u00e9tait m\u00eame candidat a aussi \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident du Faso !&#8230; cette promesse de candidat n\u2019a du reste pas emp\u00each\u00e9 que Roch soit \u00e9trill\u00e9 par le candidat Eddie Kombo\u00efgo du CDP \u00e0 Ziniar\u00e9, mais sans frais. Reste qu\u2019escorter Blaise Compaor\u00e9 \u00e0 son retour comme \u00e0 son d\u00e9part, au nom de la r\u00e9conciliation nationale, et parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident du Faso, laisse perplexe\u2026<\/p>\n<p>De ce contexte, de cette sc\u00e8ne se d\u00e9gagent deux cons\u00e9quences : d\u2019une part, le nouveau quinquennat de Roch ne peut que retarder sur son actualit\u00e9, d\u00e8s lors que toute l\u2019action des 5 ans \u00e0 venir sera centr\u00e9e sur la r\u00e9conciliation, si elle ne sera m\u00eame r\u00e9duite \u00e0 cette r\u00e9conciliation. Autrement dit, le prochain et dernier mandat du pr\u00e9sident Roch consistera \u00e0 gouverner le pays selon la politique m\u00eame voulue par l\u2019opposition du dernier mandat, opposition dont Diabr\u00e9 \u00e9tait le chef : le prochain mandat (l\u2019actuel, si l\u2019on veut) consistera essentiellement \u00e0 gouverner \u2026 en arri\u00e8re, \u00e0 reculons (cela est dict\u00e9 par la r\u00e9conciliation nationale). D\u2019o\u00f9 le remaniement minist\u00e9riel, plus qu\u2019un nouveau gouvernement. D\u2019o\u00f9 le m\u00eame premier ministre et presque les m\u00eames ministres\u2026<\/p>\n<p>D\u2019autre part, Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 est r\u00e9duit \u00e0 se justifier, et \u00e0 justifier constamment l\u2019acceptation de sa nomination comme ministre dans un gouvernement du MPP auquel il n\u2019appartient pas. Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pense, sa mission et son action seront ins\u00e9parables de cette (auto-)justification infinies, du fait m\u00eame du d\u00e9calage entre son parti UPC et le MPP qui restent deux partis distincts ; et surtout le d\u00e9calage qui consiste \u00e0 accepter une mission de r\u00e9conciliation nationale conforme exactement \u00e0 la politique qu\u2019il r\u00e9clamait hier quand il \u00e9tait chef de l\u2019opposition, mais au moment m\u00eame o\u00f9 il dit ne plus appartenir \u00e0 l\u2019opposition ! Je ne crois pas que Monsieur Diabr\u00e9 va sortir politiquement indemne de ce n\u0153ud qu\u2019il a coul\u00e9 et dans lequel il se prend lui-m\u00eame. La position du pr\u00e9sident Roch est alors plus confortable : \u00ab faites ce que vous vouliez et disiez hier comme chef de l\u2019opposition ! \u00bb\u2026<\/p>\n<p>Et c\u2019est bien dans cette op\u00e9ration de justification que Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 ne me para\u00eet pas convaincant, et ne le sera jamais . Par exemple : 1\/ Affirmer, comme il le fait, qu\u2019il y a 1 million de d\u00e9plac\u00e9s internes qui souffrent pendant que les autres Burkinab\u00e8 m\u00e8nent une vie paisible dans l\u2019insouciance, pour justifier l\u2019urgence de la r\u00e9conciliation nationale, revient \u00e0 opposer les d\u00e9plac\u00e9s aux autres et \u00e0 culpabiliser les seconds par rapport aux premiers ; comme si c\u2019\u00e9tait la faute des non d\u00e9plac\u00e9s qu\u2019il y ait des d\u00e9plac\u00e9s au Burkina Faso. Et justement, on se demande en quoi la r\u00e9conciliation nationale va arr\u00eater la souffrance des d\u00e9plac\u00e9s si l\u2019Etat le premier ne peut pas assumer ses responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Des Burkinab\u00e8 vivent aussi paisiblement et tr\u00e8s confortablement avec l\u2019argent de la corruption pendant que d\u2019autres, la plupart, tirent le diable par la queue ; des \u00e9tudiants qui tra\u00eenent sans emploi, apr\u00e8s des dipl\u00f4mes, s\u2019ils ont m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 valider leurs ann\u00e9es de fac ; des fillettes engross\u00e9es par des enseignants qui sont oblig\u00e9es d\u2019arr\u00eater leur scolarit\u00e9 ; des villages sans ambulances, m\u00e9dicaments, etc\u2026 : en quoi la r\u00e9conciliation nationale va-t-elle mettre fin \u00e0 toutes ces souffrances des Burkinab\u00e8 ?<\/p>\n<p>2\/ Quand Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 pr\u00e9tend que les Burkinab\u00e8 par leurs votes n\u2019ont pas souhait\u00e9 qu\u2019il continue d\u2019\u00eatre le chef de fil de l\u2019opposition, on croit r\u00eaver : non, les \u00e9lecteurs ont vot\u00e9 pour \u00e9lire un pr\u00e9sident du Faso et des repr\u00e9sentants du peuple, pas un chef de l\u2019opposition !! Et si ces m\u00eames \u00e9lecteurs Burkinab\u00e8 n\u2019ont pas souhait\u00e9 qu\u2019il soit chef de l\u2019opposition, pourquoi ne l\u2019ont-ils pas \u00e9lev\u00e9 et promu pr\u00e9sident du Faso, et comment savoir avec autant de certitude que ces \u00e9lecteurs ont voulu qu\u2019il soit ministre dans le gouvernement MPP (comme si Diabr\u00e9 tenait sa nomination non du pr\u00e9sident Roch, mais des \u00e9lecteurs directement) ? Il me semble plut\u00f4t que si les burkinab\u00e8 voulaient clairement faire de la r\u00e9conciliation nationale une priorit\u00e9 et une urgence, ils allaient \u00e9lire Eddie Kombo\u00efgo \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat, pour alterner apr\u00e8s l\u2019insurrection de 2014\u2026<\/p>\n<p>Cette difficult\u00e9 \u00e0 convaincre dans les justifications de Diabr\u00e9 ne peut pas \u00e9tonner : c\u2019est tout le dada de la r\u00e9conciliation nationale qui n\u2019est pas fond\u00e9e, justifi\u00e9e et d\u00e9duite. Il est difficile et p\u00e9rilleux en effet de se fonder sur quelque chose qui n\u2019est pas lui-m\u00eame fond\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Mais le portrait politique du ministre burkinab\u00e8 de la r\u00e9conciliation nationale appara\u00eetra plus nettement dans une br\u00e8ve mise en miroir avec l\u2019exemple de l\u2019Afrique du Sud o\u00f9 la r\u00e9conciliation nationale \u00e9tait vraiment une urgence, et o\u00f9 elle a aussi \u00e9chou\u00e9 malgr\u00e9 tout<\/p>\n<p><b>Le miroir sud-africain<\/b><\/p>\n<p>Personne ne dit qu\u2019il faut attendre de constater partout dans le monde la m\u00eame situation de heurts, de d\u00e9chirures et de souffrances qu\u2019en Afrique du Sud sous l\u2019apartheid pour commencer \u00e0 parler de r\u00e9conciliation nationale. Ce pays, malgr\u00e9 les violences profondes qui l\u2019ont bless\u00e9, et dont il a entrepris de se gu\u00e9rir par la r\u00e9conciliation,est loin d\u2019\u00eatre le premier pays o\u00f9 le monde et l\u2019Afrique ont entendu parler de r\u00e9conciliation nationale.<\/p>\n<p>Quand le h\u00e9ros Yoweri Kaguta Museveni est arriv\u00e9 au pouvoir en Ouganda en 1986, apr\u00e8s 25 ans de violences et de massacres sous Milton Obote et surtout Idi Amin, c\u2019est autour de la r\u00e9conciliation nationale qu\u2019il a rassembl\u00e9 les Ouganda dans un syst\u00e8me de gouvernement sans partis politiques (\u00e0 ne pas confondre avec le mode de gouvernement d\u2019Amadou Toumani Tour\u00e9 au Mali qui \u00e9tait un gouvernement de tous les partis politiques) : \u00ab Conform\u00e9ment \u00e0 la philosophie, \u00e0 la strat\u00e9gie et \u00e0 la tactique du Mouvement de R\u00e9sistance Nationale dans la r\u00e9solution et la gestion du conflit, nous croyons toujours que tous les conflits doivent \u00eatre suivis d\u2019une r\u00e9conciliation rationnelle et de principe afin de les gu\u00e9rir (to heal them) compl\u00e8tement\u2026Nous devrions le prendre comme un devoir patriotique de ne pas g\u00e2cher (squander) les chances de r\u00e9conciliation \u00bb, martelait-il en pr\u00eatant serment\u2026<\/p>\n<p>Mais, 36 ans apr\u00e8s, c\u2019est sous le m\u00eame Kaguta au pouvoir que des Ougandais meurent pour la libert\u00e9 et la d\u00e9mocratie comme autant de chances pour le changement : comme autant d\u2019impossibles sous Kaguta Museveni. C\u2019est contre ces impossibles que se bat Bobi Wine. Car il n\u2019existe pas de possible, et donc pas de lutte possible s\u2019il n\u2019y pas d\u2019impossible \u00e0<br \/>\nbouger et vaincre\u2026<br \/>\nZ\u00e9phirin Diabr\u00e9, comme beaucoup d\u2019autres, ne mesure pas assez la part d\u2019impossible dans l\u2019action humaine et dans la politique en particulier. Tout serait possible. Il faudrait \u00eatre d\u2019accord avec tout le monde \u00e0 la fois, contenter tout le monde en m\u00eame temps : on se demande pourquoi Monsieur Diabr\u00e9 a encore un parti dont il est le chef, et quelle conception il a d\u2019un parti politique !&#8230;<\/p>\n<p>C\u2019est ici que je voudrais, dans l\u2019actuelle campagne sur la r\u00e9conciliation nationale au Faso, le rapprocher du Monsieur V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation sud-africain pour mieux l\u2019en \u00e9loigner d\u00e9finitivement : Desmond Tutu croyait aussi la r\u00e9conciliation possible dans l\u2019Afrique du Sud post-apartheid, plus que tout autre. Mais justement, Diabr\u00e9 n\u2019est pas Tutu<\/p>\n<p>Certes, comme Monseigneur Tutu a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 par Mandela pour diriger la Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation en Afrique du Sud en 1995, Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 est charg\u00e9 aujourd\u2019hui de conduire la campagne de la r\u00e9conciliation nationale au Burkina par le pr\u00e9sident Roch. Diabr\u00e9 et Kabor\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 des \u00ab compagnons \u00bb sous Blaise Compaor\u00e9 (c\u2019est le premier qui le rappelle), comme Mandela et Tutu \u00e9taient camarades de lutte contre l\u2019apartheid (c\u2019est chez Desmond Tutu que Mandela a dormi le soir de sa lib\u00e9ration en 1990).<\/p>\n<p>Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 est convaincu que tout est possible, qu\u2019il ne peut pas \u00e9chouer : \u00ab C\u2019\u2019est le genre de mission o\u00f9 il n\u2019est pas envisageable d\u2019\u00e9chouer \u00bb, dit-il. Mgr MpiloTutu \u00e9tait plus modeste qui s\u2019en remettait \u00e0 la pri\u00e8re pour la r\u00e9ussite de la Commission qu\u2019il pr\u00e9sidait : \u00ab je ne sais pas si je suis l\u2019homme de la situation\u2026mais je suis s\u00fbr que nous allons r\u00e9ussir, car beaucoup prient pour nous \u00bb. A la douleur des proches des victimes de l\u2019apartheid qui venaient t\u00e9moigner devant la Commission v\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation, il r\u00e9pondait : \u00ab Nous ne savons pas si nous pourrons r\u00e9pondre \u00e0 vos demandes\u2026 Nous prions Dieu de panser vos blessures. Elles gu\u00e9riront un jour \u00bb<\/p>\n<p>La pri\u00e8re, Dieu, attestent ici de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un impossible qui limite le \u00ab tout est possible \u00bb en mati\u00e8re de r\u00e9conciliation : il ne d\u00e9pend pas de nous que des gens se pardonnent et se r\u00e9concilient. Les proches de Steve Biko n\u2019ont jamais pardonn\u00e9 \u00e0 son tortionnaire, et ne se sont gu\u00e8re r\u00e9concili\u00e9s avec lui, malgr\u00e9 les pri\u00e8res de Mgr Tutu<\/p>\n<p><b>Contre l\u2019hypocrisie<\/b><\/p>\n<p>Le motif de Dieu et de la pri\u00e8re ici ne vise pas \u00e0 lier r\u00e9conciliation nationale et religion ; on ne soutient pas que pour se r\u00e9concilier il faut croire en un Dieu et r\u00e9citer des pri\u00e8res, mais que l\u00e0 o\u00f9 il y a de l\u2019impossible, il faut de la spiritualit\u00e9 pour y correspondre. La spiritualit\u00e9 n\u2019est donc pas simplement la religion (il se trouve que Desmond Mpilo Tutu \u00e9tait aussi un homme de Dieu) : elle signifie l\u2019humilit\u00e9 qui consiste \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019il y a de l\u2019impossible qui ne d\u00e9pend pas de nous dans ce que nous voulons et faisons. C\u2019est la sagesse v\u00e9ritable, sans laquelle on est vou\u00e9 soit \u00e0 la cruaut\u00e9 de Procuste (r\u00e9tr\u00e9cir ou \u00e9tirer une peau d\u2019homme pour l\u2019ajuster \u00e0 un lit), soit \u00e0 la com\u00e9die de l\u2019hypocrisie, sous au moins trois formes :<\/p>\n<p>I. Si nous voulons nous r\u00e9concilier avec l\u2019autre qui refuse, ou qui n\u2019est pas l\u00e0, qui n\u2019est plus l\u00e0 (mort) ; si nous voulons pardonner \u00e0 quelqu\u2019un qui refuse de se repentir, d\u2019avouer l\u2019inavouable : comment pardonner et se r\u00e9concilier ? La nature et l\u2019\u00e9thique m\u00eames du pardon et de la r\u00e9conciliation excluent que l\u2019on force ou incite, de l\u2019ext\u00e9rieur, des personnes \u00e0 se pardonner et se r\u00e9concilier, comme Procuste force les personnes \u00e0 s\u2019ajuster \u00e0 son lit<\/p>\n<p>Le philosophe Kant mettait les souverains ou chefs d\u2019Etat en garde contre le mauvais usage de leur droit de gr\u00e2ce (la gr\u00e2ce \u00e9tant une forme imparfaite du pardon), en ces termes : ils ne peuvent que gracier les crimes qui les touchent directement en tant que souverains, et dont ils sont les victimes ; pas les crimes commis par des citoyens envers d\u2019autres citoyens. Autrement dit, seuls les crimes de l\u00e8se-majest\u00e9 peuvent \u00eatre graci\u00e9s, pardonn\u00e9s par le souverain, pas les maux et torts que les citoyens s\u2019infligent et subissent entre eux.<\/p>\n<p>Cela veut dire deux choses : 1\/ que la seule relation politique qu\u2019un souverain peut avoir avec les citoyens en cas de crimes est juridique, c\u2019est la justice judiciaire. En dehors du judiciaire, un souverain qui interviendrait pour effacer et pardonner des crimes qui ne sont pas de l\u00e8se-majest\u00e9 sera injuste envers les citoyens victimes. 2\/ Que les citoyens, s\u2019ils se pardonnent et se r\u00e9concilient, ne peuvent le faire qu\u2019entre eux, directement, sans intervention du souverain qui n\u2019a pas \u00e0 s\u2019y immiscer\u2026<\/p>\n<p>Si l\u2019on veut encore : il s\u2019agit de pardonner et de se r\u00e9concilier (encore que tout pardon ne conduise pas \u00e0 la r\u00e9conciliation ) de fa\u00e7on juste ; de telle sorte que pardon et r\u00e9conciliation ne se fassent pas dans l\u2019injustice, voire ne soient la cons\u00e9cration de l\u2019injuste. Ce qui est exclu dans l\u2019exclusion du tiers, c\u2019est l\u2019hypocrisie d\u2019un souverain qui se donnerait des apparences de vertu et de justice en graciant, pardonnant des crimes dont il n\u2019est m\u00eame pas la victime, et se mettant ainsi \u00e0 la place des vraies victimes !&#8230;<\/p>\n<p>Personne n\u2019est contre le pardon et la r\u00e9conciliation comme telle : on proteste ici contre le pharisa\u00efsme d\u2019une r\u00e9conciliation qui n\u2019est \u00ab nationale \u00bb qu\u2019au sens o\u00f9 elle n\u2019est command\u00e9e que par l\u2019Etat, contre l\u2019hypocrisie d\u2019un positivisme moral donc, qui (im)pose que seule une r\u00e9conciliation mise en sc\u00e8ne et mise en \u0153uvre par l\u2019Etat a valeur de vertu. En d\u2019autres termes, si les citoyens burkinab\u00e8 se pardonnent et se r\u00e9concilient quotidiennement et spontan\u00e9ment en priv\u00e9, si des familles, des couples, des camarades, des amis, des coll\u00e8gues, etc\u2026, d\u00e9chir\u00e9s et s\u00e9par\u00e9s ou brouill\u00e9s, se r\u00e9concilient dans l\u2019intimit\u00e9, cela n\u2019est pas vertueux et ne m\u00e9rite aucune attention ; il faut que l\u2019Etat ou le chef de l\u2019Etat d\u00e9cr\u00e8te et ordonne la r\u00e9conciliation pour qu\u2019elle devienne une urgence<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas parce que la r\u00e9conciliation nationale est une urgence qu\u2019elle est ordonn\u00e9e par l\u2019Etat, c\u2019est au contraire parce que le chef de l\u2019Etat auquel des individus en ont appel\u00e9 prend en charge la r\u00e9conciliation des citoyens pour l\u2019organiser qu\u2019elle devient une urgence. L\u2019urgence d\u2019une r\u00e9conciliation nationale au Burkina Faso est fabriqu\u00e9e par des \u00ab y a qu\u2019\u00e0, faut qu\u2019on \u00bb, des injonctions de donneurs de le\u00e7ons, qui croient se soucier du \u00ab vivre-ensemble \u00bb mais, en r\u00e9alit\u00e9, le rendent impossible par la peur qu\u2019ils propagent : se r\u00e9concilier ou p\u00e9rir\u2026<\/p>\n<p>Bien \u00e9videmment, si l\u2019on pense le vivre-ensemble politique comme le vivre-ensemble d\u2019une case, d\u2019une famille ou d\u2019une communaut\u00e9 ferm\u00e9e (l\u2019apartheid \u00e9tait aussi un vivre-ensemble, celui des Blancs entre eux !) ; et si l\u2019on consid\u00e8re l\u2019ensemble dont il est question dans le \u00ab vivre-ensemble \u00bb comme un ensemble consistant, fini, celui d\u2019un troupeau de moutons enferm\u00e9s dans un enclos, alors il ne pourra jamais y avoir de diff\u00e9rence entre \u00ab vivre-ensemble \u00bb et p\u00e9rir- ensemble ! Du reste, qui a d\u00e9j\u00e0 vu un ensemble politique, une nation, p\u00e9rir comme p\u00e9rirait un ensemble de poulets de la grippe aviaire ? Qui ? O\u00f9 ? Quand ?<\/p>\n<p>Il y a incoh\u00e9rence \u00e0 \u00e9voquer la m\u00e9moire, la r\u00e9conciliation avec le pass\u00e9 et les morts, tout en pensant la nation comme ferm\u00e9e sur son pr\u00e9sent, sans pass\u00e9 ni avenir. En revanche, s\u2019il est vrai que personne ne peut se r\u00e9concilier avec des absents, morts (pass\u00e9) et pas encore n\u00e9s (avenir), ce n\u2019est donc pas une r\u00e9conciliation nationale qui ferait le vivre-ensemble de la nation, mais c\u2019est le vivre-ensemble politique qui peut seul rendre possible une r\u00e9conciliation. Cela veut dire que l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on veut aujourd\u2019hui nous amener (la reconciliation dite nationale), nous y sommes d\u00e9j\u00e0 d\u2019une certaine mani\u00e8re, \u00e0 savoir : il faut que nous soyons ensemble pour nous r\u00e9concilier ! Si nous \u00e9tions vraiment d\u00e9chir\u00e9s, nous ne pourrions jamais parler de r\u00e9conciliation ensemble\u2026<\/p>\n<p>Car une nation m\u00eame d\u00e9chir\u00e9e et affaiblie n\u2019en reste pas moins une nation, un ensemble inconsistant ouvert sur un pass\u00e9, sur un avenir et aussi sur les autres nations (le monde) gr\u00e2ce auxquels elle peut encore survivre. L\u2019Allemagne n\u2019a pas p\u00e9ri du fait du nazisme, le Japon qui a subi deux bombes nucl\u00e9aires non plus ; le Lib\u00e9ria n\u2019a pas disparu ; le Rwanda non plus ; toute l\u2019Afrique est encore l\u00e0, malgr\u00e9 des dictatures et des violences sordides\u2026<\/p>\n<p>II. Yirgou, bien s\u00fbr, Yirgou&#8230; Mais s\u2019il faut que les populations concern\u00e9es s\u2019y r\u00e9concilient (personne n\u2019est contre), encore faut-il tenir compte de la mise en garde kantienne : \u00e0 moins que l\u2019Etat burkinab\u00e8 y soit directement impliqu\u00e9 avec ses Kolw\u00e9ogo arm\u00e9s, on ne voit pas en quoi cette r\u00e9conciliation des populations devrait \u00eatre organis\u00e9e et mise en sc\u00e8ne de l\u2019ext\u00e9rieur par des tiers ; ni pourquoi cette r\u00e9conciliation \u00e0 Yirgou et ailleurs devrait \u00eatre la r\u00e9conciliation de tous les citoyens burkinab\u00e8.<\/p>\n<p>Tout comme nous avons du mal \u00e0 voir en quoi, s\u2019il y a des divisions dans notre arm\u00e9e, selon M. Hermann Yam\u00e9ogo, c\u2019est une r\u00e9conciliation nationale organis\u00e9e par l\u2019Etat qui devrait les r\u00e9sorber. Le Burkina Faso a un ministre de la D\u00e9fense, et l\u2019arm\u00e9e a un chef d\u2019\u00e9tat-major : s\u2019ils attendent une r\u00e9conciliation nationale pour mettre de l\u2019ordre dans nos arm\u00e9es, les citoyens ont le droit de s\u2019en inqui\u00e9ter autant que du terrorisme, et de se demander pourquoi ils sont \u00e0 leurs postes !<\/p>\n<p>Dans quel pays au monde se sent-on oblig\u00e9 d\u2019organiser une r\u00e9conciliation nationale pour r\u00e9gler des conflits locaux ? Pourquoi des r\u00e9conciliations tout aussi locales ne seraient-elles pas plus appropri\u00e9es ? L\u00e0 manquent le bon sens et le jugement, comme chez Procuste. Mais il se trouve que celui-l\u00e0 m\u00eame qui aurait pu affirmer l\u2019inopportunit\u00e9 d\u2019une r\u00e9conciliation nationale au Burkina Faso, comme il l\u2019avait fait pour la modification d\u2019un certain article en 2014 (Z.Diabr\u00e9), est aujourd\u2019hui celui qui est en charge de cette r\u00e9conciliation nationale visiblement inopportune !&#8230;<\/p>\n<p>On doit constater que le terrorisme s\u2019est install\u00e9 dans les m\u00eames zones qu\u2019il frappe r\u00e9guli\u00e8rement : le nord, l\u2019est, le centre-nord, au contraire de tout le sud-ouest relativement \u00e9pargn\u00e9 (il est vrai, un pr\u00eatre vient d\u2019y \u00eatre enlev\u00e9 et assassin\u00e9, et m\u00eame si rien n\u2019atteste d\u2019un crime terroriste de plus, cette mort en porte la marque). Dans le Ioba, \u00e0 Dissin, d\u2019o\u00f9 vient le premier ministre, vivent des populations dagara (des dagara de tradition et des chr\u00e9tiens) et mossi (musulmans) qui n\u2019attendent pas une r\u00e9conciliation nationale bricol\u00e9e pour se parler. Le secret de leur coh\u00e9sion tient en ceci que les mossi qui sont arriv\u00e9s dans la r\u00e9gion il y a pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle n\u2019avaient pas de pr\u00e9tention sur les terres dagara, mais ont d\u00e9velopp\u00e9 une activit\u00e9 de commerce \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019agriculture pratiqu\u00e9e par les autochtones ; au point d\u2019avoir incit\u00e9 aussi, par leur r\u00e9ussite, des dagara au petit commerce : une coh\u00e9sion intelligente r\u00e9ussie par l\u2019\u00e9conomique\u2026<\/p>\n<p>Or, en g\u00e9n\u00e9ralisant l\u2019urgence de la r\u00e9conciliation nationale aux populations qui ne connaissent pas de conflits, on \u00e9vite soigneusement de chercher \u00e0 savoir quels sont les d\u00e9terminants et freins locaux \u00e0 l\u2019origine des conflits que les terroristes exploitent \u00e0 leur avantage (des ONG ont publi\u00e9 des rapports dans ce sens, mais comme d\u2019habitude, les hommes politiques burkinab\u00e8 se fichent des analyses des experts et des intellectuels qui ne seraient pas leurs intellectuels \u00e0 eux, m\u00eame si ces derniers ne produisent absolument rien qui soit de l\u2019analyse ; d\u2019o\u00f9 les d\u00e9cisions souvent erratiques, et \u00e0 la va-comme-je-te-pousse !<\/p>\n<p>Par exemple : on nous ass\u00e8ne que la r\u00e9conciliation nationale est incontournable, une urgence, ce qui veut dire qu\u2019on n\u2019a pas \u00e0 en discuter et d\u00e9battre ; mais en m\u00eame temps on ouvre des concertations et des fora : pour faire quoi ? Et s\u2019il en ressortait que ce l\u2019on croyait incontournable ne l\u2019est pas du tout ? Ou que ce qui se disait \u00ab nationale \u00bb n\u2019\u00e9tait finalement plus efficace et appropri\u00e9e que localement).<\/p>\n<p>Il est possible que l\u2019organisation sociale et politique de ces r\u00e9gions martyris\u00e9es par le terrorisme soit de nature \u00e0 provoquer les conflits avant m\u00eame que le terrorisme ne s\u2019y installe ; ou que le terrorisme soit la protestation contre une organisation sociale et politique in\u00e9galitaire et immuable. La r\u00e9conciliation nationale ne serait alors que la vraie fausse solution \u00e0 ces conflits structurels mais somme toute locaux et sp\u00e9cifiques : voire la pire des solutions, puisqu\u2019elle ne r\u00e9pondra \u00e0 ces conflits qu\u2019en apparence et en surface, offrant \u00e0 l\u2019Etat une bonne conscience imm\u00e9rit\u00e9e, alors qu\u2019en profondeur continueront de travailler les d\u00e9terminants qu\u2019on ne voudra pas avouer : hypocrisie ; fuite\u2026<\/p>\n<p>Au lieu d\u2019inciter donc les populations \u00e0 changer leurs habitudes \u00e0 terme pour mieux s\u2019adapter les unes aux autres (\u00e0 se moderniser tout simplement), la r\u00e9conciliation nationale maintiendra l\u2019organisation sociale et politique de ces r\u00e9gions pour ne demander qu\u2019aux hommes et femmes de se parler et dialoguer, et y jouera contre le changement : restez comme vous \u00eates, pourvu que vous viviez bien ensemble\u2026 Alors que c\u2019est le mode m\u00eame du vivre-ensemble et de son organisation qu\u2019il faudrait changer et faire \u00e9voluer\u2026<\/p>\n<p>III. Nous n\u2019ignorons pas et n\u2019oublions pas que certains parmi les z\u00e9lateurs de la r\u00e9conciliation nationale qui en font leur gri-gri, certains appellent \u00e0 la r\u00e9conciliation tout en se faisant les avocats du r\u00e9gime de Blaise Compaor\u00e9, si ce n\u2019est de Blaise Compaor\u00e9 tout court. Ils ne sont donc pas neutres. Ils ne sont pas sans ressentiment. Ils devraient commencer par se r\u00e9concilier avec eux-m\u00eames d\u2019abord avant de parler de r\u00e9conciliation nationale\u2026<\/p>\n<p>Se r\u00e9concilier s\u2019entend : avec soi-m\u00eame et avec un autre. Dans la tradition juive, que M. Hermann Yam\u00e9ogo \u00e9voque superficiellement sans convaincre, le retour sur soi est la premi\u00e8re condition du pardon. Ce retour se dit \u00ab techouva \u00bb, qui signifie repentir, changement, retour au bien, retour en soi-m\u00eame comme gu\u00e9rison de l\u2019\u00e2me, enfin retour\u2026d\u2019exil.<\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019y a pas de repentir, sans la techouva donc , il ne peut y avoir de pardon, encore moins de r\u00e9conciliation. Sans r\u00e9conciliation avec soi-m\u00eame, il n\u2019y a pas de r\u00e9conciliation possible avec l\u2019autre. Sans \u00eatre gu\u00e9ri de l\u2019int\u00e9rieur, on ne peut aller vers l\u2019autre pour lui parler, demander pardon, et m\u00eame parler de r\u00e9conciliation, si ce n\u2019est dans l\u2019hypocrisie et la feinte.<\/p>\n<p>Hermann Yam\u00e9ogo se trompe lourdement de penser \u00e9voquer la place qu\u2019occupent le pardon et la r\u00e9conciliation dans les soci\u00e9t\u00e9s et civilisations humaines, et dans les religions pour en dicter l\u2019urgence et la n\u00e9cessit\u00e9 au Burkina, car il ne se pose absolument pas la question de savoir pourquoi justement les hommes entretiennent ce rapport privil\u00e9gi\u00e9 au pardon et \u00e0 la r\u00e9conciliation ; comme si le pardon et la r\u00e9conciliation pouvaient \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9s seuls sans le mal : ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont bons, mais pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils sont m\u00e9chants, \u00e9tant capables des pires maux et violences les uns envers les autres ; maux et violences d\u2019autant pires qu\u2019ils vivent ensemble, le mal le plus d\u00e9chirant \u00e9tant le mal politique, c\u2019est-\u00e0-dire le mal commis par l\u2019Etat ou le chef de l\u2019Etat (dictateur, autoritaire) contre des citoyens ! De la m\u00eame mani\u00e8re que \u00ab sans la pr\u00e9sence du malheur, la piti\u00e9 ne pourrait exister \u00bb (Arendt), de m\u00eame le pardon et la r\u00e9conciliation ne sauraient exister sans la r\u00e9alit\u00e9 du mal et de la souffrance caus\u00e9s \u00e0 autrui.<\/p>\n<p>Si l\u2019on dit, comme le fait Hermann Yam\u00e9ogo dans une interview, qu\u2019au contraire de la Transition post-insurrectionnelle, c\u2019est sous Blaise Compaor\u00e9 que les efforts ont \u00e9t\u00e9 entrepris pour une vraie r\u00e9conciliation nationale, on ne doit pas aussi dissimuler, si l\u2019on n\u2019est pas hypocrite, que ces efforts \u00e9taient aussi \u00e0 la mesure de l\u2019atrocit\u00e9 des maux caus\u00e9s et observ\u00e9s sous le r\u00e9gime du m\u00eame Compaor\u00e9 : \u00e0 crimes odieux et in\u00e9dits, grands efforts de r\u00e9conciliation !<\/p>\n<p>Si dans un pays l\u2019on arr\u00eate tous les jours des p\u00e9dophiles que l\u2019on jette en prison pour qu\u2019ils ne nuisent plus, on ne se r\u00e9jouira pas de ces arrestations, mais on s\u2019inqui\u00e9tera plut\u00f4t de la fr\u00e9quence et de la multiplication des cas de p\u00e9dophilie dans le pays : de m\u00eame, on ne consid\u00e9rera pas comme une vertu, si l\u2019on est honn\u00eate, des efforts d\u2019une r\u00e9conciliation qui n\u2019a r\u00e9concili\u00e9 personne au Burkina Faso, et \u00e0 laquelle le pr\u00e9sident Blaise Compaor\u00e9 \u00e9tait oblig\u00e9 par la situation des crimes multiples et \u00e9c\u0153urants\u2026<\/p>\n<p>Il est vain de nous pr\u00e9senter une anthropologie (conception de l\u2019homme) d\u00e9form\u00e9e, faussement optimiste (les hommes seraient naturellement bons parce qu\u2019ils ne peuvent vivre sans pardon ni r\u00e9conciliation) pour servir la cause d\u2019une r\u00e9conciliation mal pens\u00e9e dans son rapport au pardon lui-m\u00eame mal pens\u00e9 sans le repentir \u00e0 son tour r\u00e9duit \u00e0 de la contrition publique\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est parce que l\u2019homme est m\u00e9chant, d\u2019abord port\u00e9 vers le mal avant le bien, que le pardon est conditionn\u00e9 \u00e0 une demande explicite de pardon et au repentir comme reconnaissance du mal ou du tort faits \u00e0 l\u2019autre homme, pas \u00e0 Dieu. Voil\u00e0 pourquoi chez les Juifs, le Kippour ne consiste pas \u00e0 pardonner aveuglement et b\u00eatement pour se r\u00e9concilier, jamais :<\/p>\n<p>\u00ab Les fautes envers Dieu sont pardonn\u00e9s par le jour du pardon ; mais les fautes envers autrui ne lui sont pas pardonn\u00e9s le jour du pardon, si au pr\u00e9alable il ne l\u2019a pas apais\u00e9 \u00bb (Trait\u00e9 \u00ab Yoma \u00bb, qui r\u00e9gule le rituel de Yom Kippour ou jour du pardon). Le meilleur apaisement de l\u2019autre offens\u00e9, surtout s\u2019il n\u2019est plus l\u00e0, mort, serait aussi de subir le ch\u00e2timent de la justice, pas seulement de se rependre en repentance et aveux hypocrites pour \u00e9chapper \u00e0 la punition m\u00e9rit\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Remarque : la techouva juive n\u2019est pas la contrition chr\u00e9tienne ; elle est d\u2019abord relation \u00e9thique \u00e0 l\u2019autre homme et pas, comme dans la contrition chr\u00e9tienne (\u00e0 laquelle des \u00ab sages \u00bb burkinab\u00e8 nous appellent, et sur le mod\u00e8le de laquelle a eu lieu l\u2019op\u00e9ration \u00ab v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9conciliation \u00bb en Afrique du Sud), relation religieuse \u00e0 Dieu. Dans la relation de pardon, Dieu n\u2019intervient pas, elle se passe d\u2019homme \u00e0 homme, dans la sinc\u00e9rit\u00e9 sans m\u00e9diation, sans tiers ; que ce tiers soit Dieu ou l\u2019Etat (on retrouve la mise en garde kantienne \u00e0 propos de la gr\u00e2ce des criminels).<\/p>\n<p>Emmanuel L\u00e9vinas : \u00ab La vraie corr\u00e9lation entre l\u2019homme et Dieu d\u00e9pend d\u2019une relation d\u2019homme \u00e0 homme, dont l\u2019homme assume la pleine responsabilit\u00e9, comme s\u2019il n\u2019y avait pas de Dieu sur qui compter \u00bb. Et : \u00ab \u2026le prochain, mon fr\u00e8re, l\u2019homme infiniment moins autre que l\u2019absolument autre, est, en un certain sens, plus autre que Dieu : pour obtenir son pardon le jour du Kippour, je dois au pr\u00e9alable obtenir qu\u2019il s\u2019apaise \u00bb\u2026<\/p>\n<p>Ceux qui ont soutenu le r\u00e9gime Compaor\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle, ne devraient pas nous parler de r\u00e9conciliation nationale alors qu\u2019ils continuent de le d\u00e9fendre. On devrait au minimum se m\u00e9fier de cette posture, et de la possibilit\u00e9 d\u2019hypocrisie et d\u2019insulte \u00e0 nos intelligences que dissimule un d\u00e9sir de r\u00e9conciliation essentiellement tourn\u00e9 vers le pass\u00e9 (le r\u00e9gime des Compaor\u00e9), qui fait de la Transition post-insurrectionnelle la blessure absolue contre laquelle nous devrions plut\u00f4t tous nous r\u00e9concilier ; et dont nous devrons gu\u00e9rir\u2026<\/p>\n<p>Hannah Arendt : \u00ab L\u2019hypocrite, comme le mot l\u2019indique (celui-ci signifie \u2018com\u00e9dien\u2019, en grec), quand il pr\u00e9tend faussement \u00e0 la vertu, joue un r\u00f4le de fa\u00e7on aussi logique que l\u2019acteur de la pi\u00e8ce qui doit s\u2019identifier lui aussi \u00e0 son r\u00f4le pour les besoins de la com\u00e9die. Il n\u2019existe pas d\u2019alter ego devant lequel il puisse appara\u00eetre sous sa forme v\u00e9ritable\u2026 Sa duplicit\u00e9, pour cette raison m\u00eame, revient vers lui comme un boomerang, et il n\u2019est pas moins victime de son mensonge que ceux qu\u2019il a entrepris de tromper\u2026 L\u2019hypocrite est r\u00e9ellement pourri jusqu\u2019au c\u0153ur \u00bb. On peut donc \u00eatre pourri jusqu\u2019au c\u0153ur, et tenir ou usurper le langage du c\u0153ur pour nous mener docilement \u00e0 la r\u00e9conciliation, si nous n\u2019y prenons garde. On peut donc d\u00e9noncer les crimes et les maux, et s\u2019en indigner, mais faire consensus avec le mal et les criminels\u2026 De l\u2019hypocrisie, que certains, au Burkina Faso, commencent par s\u2019en gu\u00e9rir avant de nous ass\u00e9ner leurs incantations de r\u00e9conciliation nationale !<\/p>\n<p><b>L\u2019autre mort de Norbert Zongo<\/b><\/p>\n<p>\u00ab &#8211; Vous avez abattu Schipiwo Mtimkkhulu ?<br \/>\nC\u2019est exact<br \/>\nEt Niewoudt a abattu Topsy Madaka ?<br \/>\nC\u2019est exact<br \/>\nQu\u2019avez-vous fait des corps ?<br \/>\nNous les avons mis sur le feu, nous avions pr\u00e9par\u00e9 une couche de braise<br \/>\nEt vous avez vers\u00e9 de l\u2019essence dessus ?<br \/>\nC\u2019est exact<br \/>\nEt le feu a br\u00fbl\u00e9 pendant six heures ?<br \/>\nC\u2019est exact \u00bb.<\/p>\n<p>Ceci n\u2019est pas une fiction, ni de la m\u00e9taphysique : ce sont les aveux de deux tortionnaires et assassins blancs sud-africains devant la Commission \u00ab V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation \u00bb, Nicholas Van Rensburg et Gideon Niewoudt. Pendant que les corps des deux jeunes combattants noirs de l\u2019apartheid br\u00fblaient, ils buvaient de la bi\u00e8re, et prenaient du bon temps\u2026<\/p>\n<p>Schipiwo a commenc\u00e9 la lutte \u00e0 la mort de Steve Biko dont il a assist\u00e9 aux obs\u00e8ques en 1977, au sein du Congress of South African Students (COSAS). Comme les grands h\u00e9ros de toujours, il s\u2019est engag\u00e9 et combattait pour les valeurs humaines de libert\u00e9, de dignit\u00e9 et de justice comme s\u2019il voulait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la mort \u00e0 chaque instant, et la d\u00e9fiait, comme si la mort n\u2019\u00e9tait rien : arr\u00eat\u00e9 et empoisonn\u00e9 en prison, plusieurs fois tortur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la paralysie, en chaise roulante, mais sans abandonner, il a fini par \u00eatre abattu \u00e0 la fronti\u00e8re du Lesotho. Non seulement abattu, mais br\u00fbl\u00e9. Au r\u00e9cit de la sc\u00e8ne, son jeune fils s\u2019est \u00e9vanoui dans la salle\u2026 L\u2019un des deux nazi Blancs, Niewoudt, \u00e9tait aussi celui-l\u00e0 qui a tortur\u00e9 Steve Biko jusqu\u2019\u00e0 la mort\u2026<\/p>\n<p>Cette mort-l\u00e0, la mort de Schipiwo et de son compagnon Topsy, comme de tant d\u2019autres sous l\u2019apartheid, est aussi la mort du journaliste Norbert Zongo au Burkina Faso, sous le r\u00e9gime des Compaor\u00e9 (qu\u2019ils en soient coupables ou pas n\u2019est pas notre affaire ici, mais c\u2019\u00e9tait sous leur r\u00e9gime \u00e0 coup s\u00fbr). Une autre mort, ou une mort absolument autre, diff\u00e9rente, une mort qui n\u2019est pas n\u00f4tre, qui ne nous ressemble pas, \u00e0 nous autres n\u00e9gro-africains, m\u00eame s\u2019il nous arrive aussi de (nous ) tuer : pas seulement par balles, mais par le feu, une mort de four cr\u00e9matoire, une mort-holocauste\u2026 Un crime contre l\u2019humanit\u00e9, qui br\u00fble un humain comme une proie animale de chasse grill\u00e9e pour en offrir les entrailles et le sang \u00e0 la brousse d\u2019o\u00f9 elle est pr\u00e9lev\u00e9e : lui qui aimait la chasse !&#8230;<\/p>\n<p>Mais m\u00eame cette symbolique \u00e9chappe aux assassins de Norbert Zongo et compagnons, ainsi qu\u2019\u00e0 leurs commanditaires. Tout se passe comme s\u2019ils avaient copi\u00e9, d\u00e9pays\u00e9 et import\u00e9 au Burkina Faso une mort dont ils se sont inspir\u00e9s, et dont seuls peuvent mourir ceux qui, comme Schipiwo et d\u2019autres, Norbert Zongo, ne peuvent pas se taire devant l\u2019injustice si on ne les \u00e9limine pas : les aveux des nazi sud-africains ont lieu en septembre 1997, Norbert Zongo est assassin\u00e9 et br\u00fbl\u00e9 un an plus tard en d\u00e9cembre 1998\u2026<\/p>\n<p>Face \u00e0 une telle mort, tous ceux qui demandent d\u2019activer nos valeurs n\u00e9gro-africaines comme antidotes pour mieux y r\u00e9pondre \u00e0 des fins de r\u00e9conciliation ne savent pas ce qu\u2019ils racontent, qui qu\u2019ils soient, quels que soient leurs titres. Soit leur culture est insuffisante ou d\u00e9faillante, yougou-yougou, soit ils sont hypocrites. Qu\u2019ils nous fournissent des exemples de meurtres n\u00e9gro-africains o\u00f9 le feu est utilis\u00e9 pour tuer ou pour faire dispara\u00eetre un corps humain. Il y a une diff\u00e9rence abyssale entre arr\u00eater la mort au corps inerte qui ne respire plus, comme \u00e0 un interdit, et poursuivre la mort<br \/>\ncontre un corps humain d\u00e9j\u00e0 mort et sans d\u00e9fense ; entre \u00f4ter la vie et \u00f4ter le (corps) mort aux vivants : par le feu (Schipiwo, Norbert Zongo et d\u2019autres), ou par de l\u2019acide sulfurique (Patrice Lumumba). Pour la premi\u00e8re fois peut-\u00eatre en n\u00e9gro-Afrique, au Burkina Faso, une mort de Blancs nazi et racistes sing\u00e9e et commise par des n\u00e8gres au pouvoir (commanditaires et assassins) contre un N\u00e8gre et ses compagnons\u2026<\/p>\n<p>Quand le crime d\u00e9passe et nie l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 ce point, il serait injuste et criminel de le pardonner par une simple contrition publique sans aveu, sans techouva en quelque sorte, sans rien qui apaise si ce n\u2019est pas la justice : la m\u00e8re de Schipiwo et les proches de Steve Biko n\u2019ont jamais pardonn\u00e9 au tortionnaire Niedwoudt qui a p\u00e9ri en prison d\u2019un cancer g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ; tout comme les proches de Chris Hani n\u2019ont voulu entendre parler de pardon et de r\u00e9conciliation avec ses assassins\u2026 Dieu seul pourrait pardonner ce genre de crime, pas un humain ; peut-\u00eatre un chr\u00e9tien, pas un Juif, ni un N\u00e8gre\u2026 Du reste, qui pourrait pardonner, hypocrisie \u00e0 part, \u00e0 la place de Norbert Zongo lui-m\u00eame qui n\u2019est plus l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Au fait, Z\u00e9phirin Diabr\u00e9, ministre de la r\u00e9conciliation nationale, va-t-il demander l\u2019arr\u00eat de la proc\u00e9dure d\u2019extradition de Fran\u00e7ois Compaor\u00e9 au nom de la r\u00e9conciliation ? S\u2019il ne le fait pas, cela voudra dire que la justice est la seule meilleure r\u00e9ponse, et que nous devons nous en contenter\u2026 Les victimes des crimes et assassinats nous ont-elles signifi\u00e9 et confi\u00e9 qu\u2019elles ne voulaient pas de justice mais une r\u00e9conciliation nationale ? Nous n\u2019avons pas le droit de parler \u00e0 leur place, contre leurs attentes. Nous n\u2019avons pas le droit, qui que nous soyons, de nous approprier leur douleur pour la manipuler et soumettre \u00e0 nos fins inavou\u00e9es\u2026<\/p>\n<p>Une pens\u00e9e \u00e9triqu\u00e9e et obtuse de la justice, m\u00eame de la part de juristes, voudrait qu\u2019elle ne soit que loi du talion, vengeance, repr\u00e9sailles, ch\u00e2timent ; alors qu\u2019elle reste, dans un Etat d\u00e9mocratique du moins, la meilleure r\u00e9conciliation possible entre humains, entre vivants et morts ; car la justice pense avant tout \u00e0 ceux qui sont absents \u00e0 jamais, les morts, elle est leur seul Dieu et leur m\u00e9moire pour la collectivit\u00e9 et le vivre -ensemble. Aucune r\u00e9conciliation nationale ne pourra leur demander pardon, ni recevoir en retour leur pardon, ni m\u00eame savoir s\u2019ils pardonnent ou pas, car elle ne reste qu\u2019un \u00e9change entre vivants<\/p>\n<p>On oppose la justice r\u00e9tributive \u00e0 une \u00ab justice restauratrice \u00bb comme si la premi\u00e8re ne restaurait ni ne reparait rien, et comme si \u00e0 la seconde ne manquait rien d\u2019injuste.<\/p>\n<p>Hegel : 1\/ \u00ab Il est tr\u00e8s facile de montrer l\u2019absurdit\u00e9 de la peine comme talion (ainsi vol pour vol, brigandage pour brigandage, \u0153il pour \u0153il, dent pour dent, qui nous repr\u00e9sentent le criminel borgne et \u00e9dent\u00e9)), mais le concept n\u2019a rien \u00e0 voir avec cela, seule l\u2019id\u00e9e de cette \u00e9galit\u00e9 sp\u00e9cifique est responsable de ces images. La valeur comme l\u2019\u00e9quivalence interne de choses qui dans leur existence externe sont sp\u00e9cifiquement tr\u00e8s diff\u00e9rentes, est une notion qui appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 dans les contrats, ainsi que dans l\u2019action civile contre le crime (\u2026). C\u2019est alors l\u2019affaire de l\u2019intelligence de chercher l\u2019approximation de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de valeur \u00bb<\/p>\n<p>Dit autrement : la justice n\u2019est vengeance que si l\u2019on tient le ch\u00e2timent du criminel pour identique en nature au crime. Juger un crime de fa\u00e7on juste est une affaire d\u2019intelligence qui consiste \u00e0 rechercher non une \u00e9galit\u00e9 de nature entre les deux, mais une \u00e9galit\u00e9 de valeur (tout comme une maison et une somme d\u2019argent sont \u00e9gaux en valeur sans \u00eatre de m\u00eame nature).<\/p>\n<p>2\/ \u00ab Au point de vue objectif, il y a r\u00e9conciliation par annulation du crime, dans laquelle la loi se r\u00e9tablit elle-m\u00eame et r\u00e9alise sa propre validit\u00e9. Et au point de vue subjectif du criminel, il y a r\u00e9conciliation avec la loi connue par lui et qui est valable pour lui aussi, pour sa protection. Il trouve lui-m\u00eame, par la suite, dans l\u2019application de cette loi qu\u2019il subit la satisfaction de la justice et par cons\u00e9quent subit une action qui est sienne \u00bb\u2026 R\u00e9conciliation du criminel avec le vivre-ensemble politique ET r\u00e9conciliation du criminel avec lui-m\u00eame : voil\u00e0 la vraie justice dans son concept\u2026<\/p>\n<p><b>La r\u00e9conciliation nationale contre la d\u00e9mocratie<\/b><\/p>\n<p>Cette r\u00e9conciliation nationale semble si \u00ab consensuelle \u00bb qu\u2019elle n\u2019a m\u00eame plus besoin d\u2019\u00eatre valid\u00e9e et l\u00e9gitim\u00e9e d\u00e9mocratiquement. On y marche \u00e0 pas forc\u00e9s. Il fut un temps o\u00f9 l\u2019Assembl\u00e9e d\u00e9battait pour modifier un article, o\u00f9 l\u2019on aimait faire r\u00e9f\u00e9rence au peuple, au r\u00e9f\u00e9rendum, \u00e0 la d\u00e9mocratie pour un seul homme, pour dire qu\u2019on \u00e9tait d\u00e9mocrate.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, pour une question pr\u00e9tendument plus importante et urgente qu\u2019une r\u00e9conciliation de toute la nation, on n\u2019entend que le bruit de quelques voix particuli\u00e8res qui ne repr\u00e9sentent pas le peuple, il n\u2019y a pas de d\u00e9bats entre les vrais repr\u00e9sentants du peuple (s\u2019il y en a m\u00eame qui ont des opinions divergentes sur la question de la r\u00e9conciliation). A quoi serviront les concertations et les fora, puisque tout est d\u00e9j\u00e0 act\u00e9 et convenu, puisqu\u2019il y a d\u00e9j\u00e0 consensus : une r\u00e9conciliation nationale ou rien !&#8230;<\/p>\n<p>En comparaison (il faut supporter la comparaison si l\u2019on veut faire comme les autres !), c\u2019est pourtant sous une Afrique du Sud encore tenue par le pouvoir raciste finissant que des discussions ont eu lieu (accords politiques de 1993 entre ce pouvoir et les mouvements de r\u00e9sistance noirs), en passant par de longs d\u00e9bats houleux au nouveau Parlement sous Mandela qui ont conduit au vote de la loi sur la Promotion de l\u2019Unit\u00e9 nationale et de la R\u00e9conciliation en 1995, suivi de la nomination de Mgr Mpilo Tutu \u00e0 la t\u00eate de la Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation cette m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>En Afrique du Sud, on avait donc pr\u00e9par\u00e9, construit et fortifi\u00e9 d\u00e9mocratiquement un vrai consensus avant d\u2019en arriver aux \u00ab hommes de la situation \u00bb : au Burkina au contraire, on nomme d\u2019abord \u00ab l\u2019homme de la situation \u00bb, avant m\u00eame de d\u00e9finir d\u00e9mocratiquement les contours de la situation, pour ouvrir et entamer des concertations et discussions rendues d\u00e9j\u00e0 inutiles par un consensus factice et non d\u00e9mocratique d\u00e8s le d\u00e9part d\u00e9part ; un ministre pour fabriquer apr\u00e8s coup la situation de r\u00e9conciliation et justifier ainsi de sa nomination\u2026<\/p>\n<p>On \u00e9voque la \u00ab justice transitionnelle \u00bb, d\u2019une part, pour en dissimuler la finalit\u00e9 premi\u00e8re qui est, comme la notion de \u00ab transition \u00bb l\u2019indique pourtant, passage d\u2019un \u00e9tat non d\u00e9mocratique \u00e0 plus de d\u00e9mocratie. Or le Burkina Faso est seulement devenu plus d\u00e9mocratique et plus libre depuis octobre 2014, de sorte qu\u2019il n\u2019a plus besoin de transition vers la d\u00e9mocratie, puisqu\u2019il y est d\u00e9j\u00e0, quitte \u00e0 consolider sa d\u00e9mocratie. D\u2019o\u00f9 la question : \u00e0 quoi sert une justice transitionnelle au Burkina si ce n\u2019est contre la Transition post-insurrectionnelle de 2014 ?<\/p>\n<p>La r\u00e9conciliation nationale sera alors la revanche contre la Transition, une sorte de deuxi\u00e8me transition contre la Transition (avec la complicit\u00e9 active des insurg\u00e9s d\u2019hier), qui ne se fait pas en regardant l\u2019avenir mais en regardant ce que l\u2019insurrection et la Transition ont d\u00e9construit (soyons attentifs aux griefs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s d\u2019un Herman Yam\u00e9ogo et contre la Transition et contre la d\u00e9mocratie telle qu\u2019elle s\u2019est exprim\u00e9e r\u00e9cemment dans les urnes !) ; bref, une transition qui va du pr\u00e9sent pour se tourner vers le pass\u00e9 cens\u00e9 meilleur, et non du pass\u00e9 vers l\u2019avenir. Ou, si avenir il y a, il faut qu\u2019il ressemble au pass\u00e9 : nous y allons \u00e0 pas forc\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>On parle de \u00ab d\u00e9mocratie consensuelle \u00bb, d\u2019autre part, mais en m\u00eame temps, lorsqu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9conciliation, on court-circuite les voies propres de la formation du consensus d\u00e9mocratique qui n\u2019est jamais (un) donn\u00e9 mais un processus, voire un proc\u00e8s. Ne consid\u00e9rer dans le consensus que la coh\u00e9sion et l\u2019absence de conflits, donc une pr\u00e9tendue r\u00e9conciliation, reviendrait m\u00eame \u00e0 manquer compl\u00e8tement la d\u00e9mocratie dans son concept, puisqu\u2019il y a une coh\u00e9sion d\u00e9mocratique qui ne repose pas du tout sur le consensus, mais est faite de conflits. La d\u00e9mocratie consensuelle est la mort de la d\u00e9mocratie<\/p>\n<p>Que l\u2019on prenne la peine de se demander, au Burkina Faso, pourquoi de grandes vraies d\u00e9mocraties comme les Etats-Unis et la France, qui sont travers\u00e9es par des si\u00e8cles de violences, de haines et de conflits internes qui perdurent et se rappellent encore \u00e0 nous aujourd\u2019hui (il suffit de sortir de son trou et d\u2019ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans le monde !), n\u2019ont jamais organis\u00e9 et n\u2019organiseront sans doute jamais des r\u00e9conciliations nationales pour l\u2019esclavage, pour les colonisations, pour les crimes racistes, pour les attentats terroristes, pour les gilets jaunes, pour l\u2019invasion du capitole, etc\u2026 Pourquoi pas une r\u00e9conciliation nationale aux USA, en France ? Parce qu\u2019il y a la d\u00e9mocratie ; parce qu\u2019il y a des institutions d\u00e9mocratiques fortes qui constituent les solides remparts du vivre-ensemble. Parce que la vraie d\u00e9mocratie est la meilleure r\u00e9conciliation nationale\u2026<\/p>\n<p>Et si la d\u00e9mocratie y \u00e9tait consensuelle, coh\u00e9sion sans conflits, la cause des domin\u00e9s de l\u2019Histoire que sont les Noirs, par exemple, et leur m\u00e9moire dans ces pays de grandes haines historiques n\u2019y auraient jamais ni d\u2019\u00e9coute ni de place. Le conflit, qui n\u2019est pas l\u2019hostilit\u00e9, sert aussi \u00e0 se faire entendre. Car il faut bien cr\u00e9er dans le consensus des lignes de fuite , des br\u00e8ches, pour se faire reconna\u00eetre et r\u00e9clamer justice, respect, dignit\u00e9 et libert\u00e9. Ne pas briser et bousculer le consensus, lui vouer un respect d\u2019esclave et de sous-homme, aurait \u00e9t\u00e9 de continuer ind\u00e9finiment \u00e0 baisser les yeux et le front devant le m\u00e9pris et la haine :<\/p>\n<p>Quand Christiane Taubira a bataill\u00e9 en France pour faire reconna\u00eetre la traite et l\u2019esclavage des Noirs comme crime contre l\u2019humanit\u00e9, elle a \u00e9t\u00e9 insult\u00e9e et trait\u00e9e de singe, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle brisait un consensus national sur le pass\u00e9 de la France. Si elle ne jurait que par le consensus, il n\u2019y aurait pas eu cette avanc\u00e9e-l\u00e0 qui fait aussi progresser la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise. Les martyrs de la libert\u00e9 et de la justice n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 consensuels.<\/p>\n<p>La critique de la justice r\u00e9tributive qui punit le crime n\u2019est que l\u2019aveu d\u2019une institution judiciaire d\u00e9faillante pas (toujours) juste. Mais alors ce n\u2019est pas la justice en elle-m\u00eame qui est fautive, c\u2019est l\u2019institution, l\u2019appareil judiciaire. Du coup la r\u00e9conciliation nationale vient comme un exp\u00e9dient commode \u00e0 la faiblesse et \u00e0 la d\u00e9faillance du syst\u00e8me judiciaire. De m\u00eame, si l\u2019on soutient qu\u2019il y a des divisions dans l\u2019arm\u00e9e et que l\u2019on attend une r\u00e9conciliation nationale pour les r\u00e9sorber et apaiser, c\u2019est que nous avons des minist\u00e8res pour rien, et que nos institutions ne fonctionnent pas : la r\u00e9conciliation nationale faute d\u2019institutions fortes est une r\u00e9conciliation par d\u00e9faut qui ne pourra jamais remplacer les institutions ni combler leur vide ou faiblesse\u2026<\/p>\n<p>La force de ces institutions \u00e9tant li\u00e9e \u00e0 la sant\u00e9 d\u2019une vraie d\u00e9mocratie, on ferait mieux, au Burkina Faso, de fortifier la d\u00e9mocratie plut\u00f4t que de chercher des exp\u00e9dients et des raccourcis \u00e0 terme inefficaces dans les salamalecs de la r\u00e9conciliation : vous ne pourrez pas toujours gouverner par r\u00e9conciliation nationale, mais vous aurez toujours besoin d\u2019institutions d\u00e9mocratiques fortes : ce serait la meilleure fa\u00e7on de vous r\u00e9concilier aussi avec les g\u00e9n\u00e9rations futures\u2026<\/p>\n<p>A force de trop compter sur une r\u00e9conciliation nationale mal pens\u00e9e pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes structurels de fond au Burkina Faso, et m\u00eame pour sortir du sous-d\u00e9veloppement (la d\u00e9mocratie serait une voie bien plus s\u00fbre), on s\u2019expose \u00e0 un \u00e9chec certain. Arr\u00eatons de mentir aux populations : une r\u00e9conciliation nationale ne leur apportera pas plus d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation ; ni la s\u00e9curit\u00e9, puisque l\u2019on pr\u00e9tend arr\u00eater la terreur en se r\u00e9conciliant, alors que toute r\u00e9conciliation avec l\u2019ennemi n\u2019intervient qu\u2019\u00e0 la fin des hostilit\u00e9s ; et puisque n\u00e9gocier ou pas avec les terroristes n\u2019a aucun sens, et ne d\u00e9pend pas de nous, ces derniers, qui ne sont ni des ind\u00e9pendantistes ni des s\u00e9cessionnistes, ayant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi la terreur qu\u2019ils consid\u00e8rent comme plus efficace que toutes les voies habituelles du dialogue et du consensus, qu\u2019ils n\u2019ignorent pas.<\/p>\n<p>Le discours moral et religieux de la r\u00e9conciliation nationale qui attire les c\u0153urs sensibles et les fleurs bleues qui n\u2019ont jamais fait de mal \u00e0 une mouche, et dont se pare la politique, ne per\u00e7oit m\u00eame pas le terrifiant signal qu\u2019il envoie aux terroristes, comme un permis de tuer : continuez vos massacres et assassinats, un jour (bient\u00f4t) nous vous pardonnerons et nous nous r\u00e9concilierons comme des fr\u00e8res et s\u0153urs, car nous sommes au Burkina Faso, pays des \u00ab sages \u00bb, des r\u00e9conciliations \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et du consensus !&#8230; Kwesi Debrs\u00e8oyir Christophe DABIRE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Burkina Faso. 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