{"id":84215,"date":"2024-04-07T17:54:35","date_gmt":"2024-04-07T17:54:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/politique\/la-politique-sans-les-mots-de-la-politique"},"modified":"2024-04-07T18:09:54","modified_gmt":"2024-04-07T18:09:54","slug":"la-politique-sans-les-mots-de-la-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\/dossiers\/la-politique-sans-les-mots-de-la-politique","title":{"rendered":"La politique sans les mots de la politique"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong>Africa-Press &#8211; Burkina Faso. <\/strong><\/span>Les partis et leurs activite\u0301s politiques re\u0301gulie\u0300res sont, on le sait, suspendus depuis le putsch du 30 septembre 2022 au Burkina. On ne parle plus d\u2019e\u0301lections ni de de\u0301mocratie, mais on n\u2019oserait pas non plus se re\u0301clamer d\u2019une quelconque dictature ; quoi qu\u2019on dise, on ne parle plus de peuple, car le peuple ne parle plus ; on ne parle donc plus de le\u0301gitimite\u0301 ; la Constitution et tous les codes e\u0301lectoraux ne peuvent parler que contre le pouvoir en place, ils sont donc tus, sans qu\u2019on soit capable d\u2019inventer quelque chose d\u2019autre, de nouveau et de mieux pour les remplacer. Il ne nous reste plus qu\u2019a\u0300 re\u0301fle\u0301chir<\/p>\n<p><b>Une politique des partis sans les partis<\/b><\/p>\n<p>Mais, en me\u0302me temps, une certaine politique se poursuit a\u0300 l\u2019identique dans ce silence ou cette mise entre parenthe\u0300ses de la politique des partis. C\u2019est de la politique quand des organisations de la socie\u0301te\u0301 civiles (OSC) favorables au pouvoir battent tous les jours campagne pour que la Transition se prolonge et perdure, ce qui reste bien une forme de campagne e\u0301lectorale en faveur du capitaine, l\u2019e\u0301lu (leur e\u0301lu) sans e\u0301lections ; quand on sort le Burkina de la CEDEAO ce n\u2019est pas de la se\u0301curite\u0301 anti-terroriste, c\u2019est de la politique ; de me\u0302me lutter contre la corruption n\u2019est pas lutter contre les jihadistes, c\u2019est de la politique, de la gouvernance ; changer les noms des rues c\u2019est de la politique, pas de la se\u0301curite\u0301&#8230;<\/p>\n<p>Tout n\u2019est donc pas se\u0301curitaire ; et le \u00ab tout se\u0301curitaire \u00bb est une politique. On constate alors que ceux qui disent, par la bouche du premier ministre burkinabe\u0300, qu\u2019ils ne sont pas des politiciens, font encore de la politique, la me\u0302me politique qu\u2019aurait pu faire n\u2019importe lequel des partis politiques du Burkina Faso aujourd\u2019hui suspendus. Quitter la CEDEAO ou y rester, lutter contre la corruption etc., comme\u0301morer Thomas Sankara, changer les noms des rues, n\u2019importe quel parti politique aurait pu aussi le faire, sans se donner d\u2019abord pour mission la lutte contre le terrorisme. Si aucun parti ne l\u2019a fait, cette retraite silencieuse des partis devrait permettre a\u0300 tous les politiciens de faire leur examen de conscience: pourquoi e\u0301taient-ils, du moins ceux qui ont gouverne\u0301 le Burkina, incapables de faire ce qui se fait aujourd\u2019hui et se fait aussi contre eux ?<\/p>\n<p>Le Se\u0301ne\u0301gal du tout nouveau pre\u0301sident DB Faye, civil de\u0301mocratiquement e\u0301lu, quittera aussi la CEDEAO si, dit-il, les re\u0301formes sur le CFA ne sont pas faites ou si elles n\u2019avancent pas, pour cre\u0301er sa propre monnaie. Ce pays ira peut-e\u0302tre me\u0302me plus loin que les juntes de l\u2019AES dans l\u2019autonomie financie\u0300re et dans son inde\u0301pendance. Pour e\u0302tre des civils de\u0301mocratiquement e\u0301lus, les nouveaux dirigeants du Se\u0301ne\u0301gal ne sont pas moins inde\u0301pendantistes, anti-impe\u0301rialistes, anticolonialistes et panafricanistes. Ce n\u2019est pas e\u0302tre ennemi de l\u2019Afrique que de vouloir que les Africains choisissent eux-me\u0302mes et collectivement leurs dirigeants et les voies de leur inde\u0301pendance. Mais certaines de ces voies sont meilleures que d\u2019autres&#8230;<\/p>\n<p>C\u2019est dire que la politique des juntes, des capitaines burkinabe\u0300 en particulier, n\u2019est pas seulement commande\u0301e par la question se\u0301curitaire. L\u2019inde\u0301pendance et la liberte\u0301 des peuples africains ne sont pas l\u2019apanage de juntes qui se donnent pour mission la se\u0301curite\u0301. Si cette mission se\u0301curitaire, d\u2019abord militaire, est oblige\u0301e de se doubler de politique, si elle ne peut pas s\u2019accomplir sans la politique, c\u2019est que la politique est inde\u0301passable, inde\u0301le\u0301bile et ineffac\u0327able de\u0300s lors qu\u2019on gouverne, et de quelque manie\u0300re que l\u2019on gouverne. Quoi qu\u2019on dise, tout en gouvernant, contre la politique et les partis. Il ne suffit pas de dire qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la me\u0302me politique, que la politique des juntes est toute nouvelle et ine\u0301dite: cela est encore et toujours le discours me\u0302me de toute politique de dire qu\u2019elle est diffe\u0301rente des autres politiques !<\/p>\n<p>Autrement dit, il est impossible de ne gouverner un pays que par la seule lorgnette de la se\u0301curite\u0301. La se\u0301curite\u0301, bien qu\u2019urgente, n\u2019est pas tout. Le slogan \u00ab la se\u0301curite\u0301 d\u2019abord \u00bb est surtout un slogan politique, pas militaire (les militaires du reste n\u2019ont pas de slogans): c\u2019est pour et par une politique que la se\u0301curite\u0301 est prioritaire ou non, c\u2019est une politique qui fait la se\u0301curite\u0301 prioritaire ou non, tout comme une politique peut faire de la haine mortelle de l\u2019autre une priorite\u0301 ou non. Par la politique tout est possible, le meilleur comme le pire. A moins de renoncer a\u0300 gouverner et de se replier au front ou dans les casernes, il est illusoire de penser remplacer la politique par la seule se\u0301curite\u0301. Donc, il y a encore de la politique sous la Transition des capitaines, ni plus ni moins.<\/p>\n<p>Or, faisant de la politique, et de fait oblige\u0301s d\u2019en faire de\u0300s lors qu\u2019ils tiennent les re\u0302nes du pouvoir et gouvernent, les capitaines de la Transition durable du Burkina ne peuvent pas et ne pourront pas sortir des sentiers battus de la politique quoi qu\u2019ils pre\u0301tendent et proclament ; ils ne pourront surtout pas se passer des mots ni du lexique classiques de la politique: peuple, Constitution, le\u0301gitimite\u0301, liberte\u0301s, souverainete\u0301 du peuple, justice lesquels, a\u0300 priori, n\u2019ont rien a\u0300 voir avec de la se\u0301curite\u0301 mais sont des exigences, voire des canons, de la politique.<\/p>\n<p>Nul ne peut gouverner un E\u0301tat et sembler aveugle, sourd et muet a\u0300 l\u2019e\u0301gard de ces mots de la politique qui, ine\u0301vitablement, le rattraperont. La politique devient les premiers pie\u0300ge et danger pour quiconque veut gouverner sans faire de la politique. Car, il y aura toujours des citoyens qui ne manqueront pas, me\u0302me au prix de leurs vies et liberte\u0301, de rappeler ces exigences et ces canons de la politique. Tout le monde ne peut pas e\u0302tre aveugle, sourd et muet. Cela est aussi de la politique, de s\u2019interdire d\u2018e\u0302tre aveugle, muet et sourd quant aux exigences et re\u0301quisits de la politique de son pays.<\/p>\n<p><b>Des \u00ab valets locaux de l\u2019impe\u0301rialisme \u00bb ?<\/b><\/p>\n<p>Ces citoyens qui n\u2019entendent pas rester aveugles, sourds et muets sont souvent appele\u0301s \u00ab valets locaux de l\u2019impe\u0301rialisme \u00bb. Mais a\u0300 dire vrai, et a\u0300 surtout re\u0301fle\u0301chir un petit peu, l\u2019impe\u0301rialisme ne peut pas disposer de valets dans un pays qui ne s\u2019accommode pas de l\u2019impe\u0301rialisme, dans un pays ou\u0300 il n\u2019y a pas d\u2019impe\u0301rialisme, le valet ne pouvant re\u0301sider a\u0300 distance de son mai\u0302tre ou s\u2019en e\u0301loigner: la\u0300 ou\u0300 est le valet, la\u0300 se trouve le mai\u0302tre, sinon il ne serait pas le valet de son mai\u0302tre ; d\u2019autre part, ces dits \u00ab valets de l\u2019impe\u0301rialisme \u00bb se battent et re\u0301sistent justement parce qu\u2019ils ne sont pas et refusent d\u2019e\u0302tre les valets et esclaves du gouvernement de leur propre pays&#8230;<\/p>\n<p>Des Africains prive\u0301s de liberte\u0301s dans leurs propres pays d\u2019Afrique, exactement comme les impe\u0301rialistes et les colons les en avaient prive\u0301s, aucun esclave ne pourra le remarquer et s\u2019en indigner. Aucun valet ne peut voir qu\u2019il est un valet. Thomas Sankara indiquait mieux que nul autre cette co-pre\u0301sence du valet et de l\u2019impe\u0301rialisme, a\u0300 l\u2019insu du premier, et surtout cette omnipre\u0301sence de l\u2019impe\u0301rialisme, la\u0300 ou\u0300 personne ne l\u2019attend: dans la bouteille de champagne, dans la boi\u0302te de parfum, dans le te\u0301le\u0301viseur, dans le tube de rouge a\u0300 le\u0300vres que l\u2019on importe.<\/p>\n<p>L\u2019impe\u0301rialisme, s\u2019il est le nom de la domination, est multiforme, il a plusieurs masques, de sorte qu\u2019on peut vivre tous les jours sous sa domination, en e\u0302tre le valet, tout en critiquant des \u00ab valets locaux de l\u2019impe\u0301rialisme \u00bb. Il vaut mieux ouvrir les yeux sur l\u2019impe\u0301rialisme qui est chez nous, qui vit avec nous et nous domine chez nous, qui pie\u0301tine nos liberte\u0301s chez nous, si l\u2019on ne veut pas rester valets de quelque mai\u0302tre. Des mai\u0302tres, on en chasse hors de chez nous, mais certains des no\u0302tres sont nos mai\u0302tres. Si nous ne pouvons plus parler chez nous, ouvrir la bouche et prendre la plume, c\u2019est qu\u2019il y a un mai\u0302tre chez nous, qui nous domine et soumet&#8230;<\/p>\n<p>Qu\u2019y a-t-il donc de politiquement nouveau a\u0300 prolonger des e\u0301che\u0301ances pour continuer a\u0300 gouverner ? L\u2019addiction au pouvoir est un classique de la politique, et me\u0302me le moins bon de ce que la politique a de classique. Ainsi a\u0300 co\u0302te\u0301 de chez nous, au Togo voisin, et sans que l\u2019urgence se\u0301curitaire y soit la cause comme au Burkina, un pre\u0301sident est en train de modifier la Constitution pour ne plus entendre parler le peuple et gouverner a\u0300 vie, e\u0301tant certain de disposer toujours de la majorite\u0301 au parlement pour le reconduire.<\/p>\n<p>Si ailleurs et hier on modifie des constitutions pour continuer a\u0300 gouverner, ici et aujourd\u2019hui c\u2019est une Transition que l\u2019on fait durer a\u0300 la me\u0302me fin. En s\u2019e\u0301loignant du peuple: des assises populaires d\u2019octobre 2022 qui avaient \u00ab e\u0301lu \u00bb le capitaine a\u0300 la te\u0302te de la Transition, offrant un semblant de le\u0301gitimite\u0301 au gouvernement issu du putsch, il ne reste plus qu\u2019un de\u0301cret pre\u0301sidentiel qui prolonge cette Transition. Le fait me\u0302me d\u2019avoir pre\u0301vu et anticipe\u0301 cette prolongation dans la Charte de la Transition (mais, il est vrai, autrement que par un de\u0301cret) menace cette Transition de dure\u0301e et d\u2019illimitation.<\/p>\n<p>Quand quelque chose est dangereux et inacceptable, on ne le pre\u0301voit pas pour l\u2019accueillir a\u0300 bras ouverts, on l\u2019interdit et l\u2019exclut. La loi ne pre\u0301voit pas le crime comme si elle lui donnait rendez-vous, elle l\u2019interdit parce que les deux ne peuvent pas se rencontrer. La se\u0301curite\u0301 est vitale, mais elle a aussi bon dos: si une politique la fait prioritaire, il n\u2019est pas possible ni pensable que cette se\u0301curite\u0301 doive passer avant le peuple !<\/p>\n<p>Mon hypothe\u0300se est alors celle-ci: si la Transition des capitaines burkinabe\u0300 fait de la politique sans les exigences de la politique, si elle aussi donne dans ce qu\u2019il y a de plus ordinaire et classique de la politique, ce n\u2019est pas a\u0300 cause de l\u2019urgence se\u0301curitaire, mais parce qu\u2019elle n\u2019a pas et ne peut pas inventer de nouveaux mots ni un lexique non classique de la politique qui conviendraient a\u0300 une politique, la sienne, qu\u2019elle veut nouvelle et re\u0301volutionnaire. La nouvelle politique n\u2019a pas et n\u2019aura pas le lexique et les mots politiques qui lui conviennent. Elle se fait et se fera donc de manie\u0300re classique<\/p>\n<p>L\u2019obstacle, le frein voire le handicap auxquels la Transition durable est confronte\u0301e ne sont donc pas de volonte\u0301 ni ide\u0301ologiques (ce n\u2019est pas la volonte\u0301 de changer qui manque, ni les ide\u0301ologies pour ce qu\u2019elles valent), mais profonde\u0301ment intellectuels: ne pas pouvoir inventer son lexique et sa me\u0301thode qui ne soient pas classiques. La seule nouveaute\u0301 serait, nous dit-on, que tout soit et se dise de\u0301sormais \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb. Pourquoi pas ; mais cela ne fait pas un nouveau lexique politique ni une manie\u0300re ine\u0301dite de gouverner, de se contenter de rajouter des \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb a\u0300 de l\u2019ordinaire et classique en politique. Comment dire le peuple \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Des e\u0301lections \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Des liberte\u0301s \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Une Constitution \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Une le\u0301gitimite\u0301 \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Une justice \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Le de\u0301fi est d\u2019abord, et a\u0300 tous les niveaux, intellectuel, celui de pouvoir inventer et cre\u0301er du nouveau&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019ensemble des proble\u0300mes politiques du moment (un syndrome donc), au Burkina Faso, peut se formuler en ces questions: comment organiser des e\u0301lections \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb pour une gouvernance \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Et comment se passer du verdict de la libre expression du peuple dans son ensemble, lequel peuple ne se re\u0301duit pas a\u0300 des OSC, tout en pre\u0301tendant a\u0300 quelque le\u0301gitimite\u0301 qui serait encore \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb ? Et de quelle le\u0301gitimite\u0301 pourrait se targuer un pouvoir \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb, qu\u2019il soit de\u0301mocratique ou non, si cette le\u0301gitimite\u0301 n\u2019a pas sa source dans son africain de peuple ? Peut-on mener une politique \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb et laisser de co\u0302te\u0301, voire ignorer ce qu\u2019il y a de plus africain dans cette politique, le peuple qui est un peuple d\u2019Africains ? Les OSC qui pre\u0301fe\u0300rent le capitaine au peuple dans son ensemble aiment-ils me\u0302me le peuple ? A force d\u2019adorer le capitaine n\u2019en oublient-t-elles pas d\u2019aimer le peuple entier ?&#8230;<\/p>\n<p>La non-organisation d\u2019e\u0301lections au Burkina Faso ne s\u2019explique pas seulement par l\u2019urgence se\u0301curitaire mais surtout par la difficulte\u0301 a\u0300 inventer un mode d\u2019e\u0301lection endoge\u0300ne de nos dirigeants qui ne soit pas classique mais proprement et ve\u0301ritablement \u00ab a\u0300 l\u2019africaine \u00bb: une se\u0301lection des candidats par la lutte traditionnelle, ou par le combat a\u0300 l\u2019arc et a\u0300 la machette, ou par le nombre de te\u0302tes de bovins que chacun posse\u0300de, ou par le nombre d\u2019e\u0301pouses ou d\u2019enfants des uns et des autres, ou par le plus beau faso danfani ou dagarabala serait fort ridicule, voire pitoyable pour un pays ! Mais repasser par les urnes et battre campagne en distribuant des CFA ne serait ni plus ni moins que continuer a\u0300 adopter le mode impe\u0301rialiste et colonialiste, exoge\u0300ne dans tous les cas, d\u2019e\u0301lire.<\/p>\n<p><b>Un E\u0301tat, deux Droits<\/b><\/p>\n<p>Le rapport du gouvernement de la Transition a\u0300 l\u2019institution judiciaire illustre bien comment le pouvoir n\u2019invente rien de nouveau mais ne respecte pas non plus le meilleur de cette institution qui, aujourd\u2019hui, pa\u0302tit de l\u2019existence manifeste de deux Droits: le Droit de la Justice qui est pour tous, et le \u00ab Droit \u00bb du gouvernement de la Transition qui ignore comple\u0300tement le premier comme si l\u2019institution judiciaire n\u2019e\u0301tait pas sa propre institution. La situation est ine\u0301dite et ahurissante: le gouvernement de la Transition n\u2019interdit pas l\u2019institution judiciaire, il la laisse fonctionner, magistrats et avocats continuent de travailler a\u0300 dire le droit et a\u0300 appliquer la loi, mais leurs sentences et verdicts sont lettre morte lorsque les de\u0301cisions de justice le concernent lui-me\u0302me.<\/p>\n<p>Ainsi, a\u0300 la Justice qui ordonne la libe\u0301ration de Guy Kam Herve\u0301 et de Sansan Anselme Kambou, le gouvernement oppose une fin de non-recevoir en vertu du \u00ab droit \u00bb qu\u2019il s\u2019est donne\u0301, droit qui le pose en adversaire de la Justice du Burkina. Un gouvernement qui ne respecte pas les de\u0301cisions de la Justice de son propre pays ! Personne n\u2019a l\u2019intention, disant cela, de promouvoir l\u2019impunite\u0301, mais l\u2019impunite\u0301 elle-me\u0302me suppose encore qu\u2019il existe quelque chose comme la Justice, l\u2019impunite\u0301 e\u0301tant le refus de passer par\/devant la Justice.<\/p>\n<p>Il importe toutefois de souligner que ce \u00ab droit \u00bb du gouvernement, droit qu\u2019il s\u2019octroie, n\u2019est pas le droit de l\u2019Etat, l\u2019Etat e\u0301tant l\u2019ensemble des citoyens (Etat-nation), la masse des citoyens qui le composent, leur puissance collective, qui dispose seulement du gouvernement comme de son organe, encore que cet organe n\u2019ait jamais fait l\u2019objet d\u2019un choix collectif du peuple. Le droit de l\u2019Etat fonde la raison d\u2019Etat et la justifie, pas le droit d\u2019un gouvernement. Aussi la vraie raison d\u2019Etat, le\u0301gitime\u0301e par le droit de l\u2019Etat, n\u2019a pour fin que la protection et la de\u0301fense des citoyens dans leur ensemble, pas du gouvernement:<\/p>\n<p>\u00ab Un Etat dont le salut de\u0301pend de la loyaute\u0301 de quelques personnes (&#8230;) n\u2019aura aucune stabilite\u0301. Pour qu\u2019il puisse subsister il faudra ordonner les choses de telle sorte que ceux qui administrent l\u2019Etat (&#8230;) ne puissent e\u0302tre amene\u0301s a\u0300 agir d\u2019une fac\u0327on de\u0301loyale ou contraire a\u0300 l\u2019inte\u0301re\u0302t ge\u0301ne\u0301ral. (&#8230;) La vertu ne\u0301cessaire a\u0300 l\u2019Etat est la se\u0301curite\u0301 \u00bb. (BS)<\/p>\n<p>La se\u0301curite\u0301 n\u2019est pas celle des gouvernants mais de tous les citoyens me\u0302me critiques ; de sorte qu\u2019un gouvernement ne peut enlever et embastiller des citoyens au nom de son seul \u00ab droit \u00bb qui n\u2019est pas le droit de l\u2019Etat dont l\u2019objet est la se\u0301curite\u0301 des citoyens. Dire que les sieurs Sansan Kambou et Herve\u0301 Kam sont enleve\u0301s et emprisonne\u0301s au nom de la se\u0301curite\u0301 des citoyens, donc au nom d\u2019une raison d\u2019Etat, est un non-sens philosophique et juridique: un gouvernement ne peut pas avoir le droit d\u2019exclure de l\u2019Etat, dont il n\u2019est que l\u2019organe subalterne, des citoyens au nom du devoir qu\u2019a l\u2019Etat de les prote\u0301ger et d\u2019assurer leur se\u0301curite\u0301 ! Car me\u0302me fautif et incrimine\u0301, le citoyen est prote\u0301ge\u0301 par l\u2019Etat a\u0300 travers l\u2019institution judiciaire, il reste profonde\u0301ment libre.<\/p>\n<p>Un gouvernement qui ne reconnai\u0302t pas les de\u0301cisions de la Justice, qui fait de l\u2019exception au droit et de la non-soumission a\u0300 la justice de son pays sa re\u0300gle de droit ou la re\u0300gle de son \u00ab droit \u00bb, se pose au-dessus et en dehors de la loi et de la Justice que lui-me\u0302me ne renie ni n\u2019interdit puisqu\u2019elle fonctionne. Mais il condamne alors la Justice fonctionner a\u0300 vide, comme un moteur qui tourne mais ne roule pas et ne fait pas rouler, avancer&#8230;<\/p>\n<p><b>Un peuple \u00ab souverain \u00bb mais pas libre<\/b><\/p>\n<p>A cette allure ou\u0300 vont les choses au Burkina, une Constitution qui affirmerait encore que la souverainete\u0301 vient du peuple est impensable et impossible, elle ne serait qu\u2019une insulte faite au peuple: un peuple sous tutelle force\u0301e, qui n\u2019a de liberte\u0301 individuelle et collective d\u2019expression que celle qui lui permet de se prote\u0301ger de ses dirigeants dont il craint les enle\u0300vements et les arrestations sans justice, un peuple qui a des mai\u0302tres qu\u2019il craint, et non des repre\u0301sentants qu\u2019il se choisit, ce peuple ne peut jamais e\u0302tre source de souverainete\u0301 ! La souverainete\u0301 du Burkina Faso reviendrait a\u0300 e\u0302tre la souverainete\u0301 d\u2019un peuple mis sous tutelle force\u0301e, d\u2019un peuple sans liberte\u0301(s)&#8230;<\/p>\n<p>Que l\u2019on doive faire la guerre aux groupes terroristes, cela s\u2019impose (nous avions personnellement et modestement appele\u0301 a\u0300 cette ne\u0301cessite\u0301 de la guerre contre les jihadistes, en vain). Mais la se\u0301curite\u0301 n\u2019est pas une valeur abstraite qui flotte en l\u2019air, la se\u0301curite\u0301 dont tout le monde a besoin est la se\u0301curite\u0301 d\u2019un peuple, les Burkinabe\u0300 en l\u2019occurrence. Or, quelle se\u0301curite\u0301 peut-on assurer a\u0300 un peuple qui, sous tutelle force\u0301e, n\u2019est pas libre, si ce n\u2019est la servitude ? \u00ab C\u2019est donc la servitude, non la paix, qui demande que tout le pouvoir soit aux mains d\u2019un seul \u00bb (BS).<\/p>\n<p>Avant le coup d\u2019E\u0301tat du MPSR1 (24 janvier 2022), on se contentait de la politique des partis pour minimiser l\u2019urgence se\u0301curitaire. Apre\u0300s le putsch du MPSR2 (30 septembre 2022) on soumet la politique des partis a\u0300 l\u2019urgence se\u0301curitaire. D\u2019un extre\u0302me, celui du tout politique et du tout partisan, on est passe\u0301 a\u0300 un autre extre\u0302me, celui du tout se\u0301curitaire qui rele\u0300gue la politique au second rang ; comme si la politique partisane de\u0301mocratique et la se\u0301curite\u0301 devaient s\u2019exclure mutuellement ; et comme si dans notre pays, le Burkina Faso, il ne pouvait exister de dirigeant qui connaisse le juste milieu et la mesure, l\u2019e\u0301quilibre&#8230;<\/p>\n<p>Si le premier extre\u0302me a conduit a\u0300 l\u2019e\u0301chec (ce que nous vivons aujourd\u2019hui au Faso est la conse\u0301quence logique de cet e\u0301chec), on ne voit pas pourquoi le deuxie\u0300me re\u0301ussirait par miracle: libe\u0301rer un peuple d\u2019une domination et d\u2019une de\u0301pendance exte\u0301rieures (si cette libe\u0301ration e\u0301tait me\u0302me effective et visible) pour le soumettre au pouvoir et a\u0300 la volonte\u0301 d\u2019un seul mai\u0302tre chez lui ne peut pas e\u0302tre et ne sera jamais une victoire ; puisque la liberte\u0301 qu\u2019il aura acquise vis-a\u0300-vis de l\u2019exte\u0301rieur est supprime\u0301e et annule\u0301e par la tutelle et le joug qu\u2019il subit a\u0300 l\u2019inte\u0301rieur: la mathe\u0301matique de la vraie souverainete\u0301 exige que l\u2019on ne retire pas au peuple la liberte\u0301 que l\u2019on pre\u0301tend lui apporter et donner&#8230;<\/p>\n<p><b>Source: lefaso<\/b><\/p>\n<p><strong>Pour plus d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses sur la <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/burkina-faso\">Burkina Faso<\/a>, suivez <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Burkina Faso. 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