{"id":12692,"date":"2023-12-26T03:17:00","date_gmt":"2023-12-26T03:17:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/burundi\/politique\/une-situation-economique-inedite"},"modified":"2023-12-26T03:17:00","modified_gmt":"2023-12-26T03:17:00","slug":"une-situation-economique-inedite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/burundi\/economie\/une-situation-economique-inedite","title":{"rendered":"Une situation \u00e9conomique in\u00e9dite"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong>Africa-Press &#8211; Burundi. <\/strong><\/span>Dans le Conseil des ministres du 13 de\u0301cembre 2023, le gouvernement a adopte\u0301 le projet de loi portant re\u0301vision du budget de l\u2019Etat 2023\/2024. Les e\u0301conomistes approche\u0301s s\u2019accordent a\u0300 dire que la de\u0301cision e\u0301tait pre\u0301visible. Toutefois, ils estiment que les recommandations e\u0301mises n\u2019ont pas fait objet d\u2019une e\u0301tude minutieuse. Pour certains, c\u2019est me\u0302me un signe d\u2019une panique palpable au sommet de l\u2019Etat.<\/p>\n<p><b>Par Fabrice Manirakiza, Re\u0301novat Ndabashinze et Pascal Ntakirutimana<\/b><\/p>\n<p>\u00ab La pre\u0301paration de la loi rectificative des finances intervient pour inte\u0301grer l\u2019impact de la mesure de de\u0301pre\u0301ciation de la monnaie nationale qui n\u2019avait pas e\u0301te\u0301 prise en compte dans le budget initial en cours d\u2019exe\u0301cution \u00bb, annonce le ministre des Finances, du Budget et de la Planification Economique lors du Conseil des ministres du 13 de\u0301cembre 2023. D\u2019apre\u0300s ce ministe\u0300re, cette prise en compte concerne les de\u0301penses a\u0300 caracte\u0300re ine\u0301luctable et obligatoire lie\u0301es a\u0300 la dette exte\u0301rieure, les transferts des ambassades ainsi que les de\u0301penses lie\u0301es a\u0300 la leve\u0301e de la mesure du gel des annales au sein des institutions a\u0300 statuts spe\u0301ciaux. \u00ab Le projet de budget re\u0301vise\u0301 2023-2024 intervient a\u0300 la veille de la premie\u0300re e\u0301valuation du Programme e\u0301conomique et financier conclu avec le Fonds Mone\u0301taire International. \u00bb Sur le plan e\u0301conomique, indique le ministe\u0300re, la croissance e\u0301conomique est estime\u0301e a\u0300 3,0% en 2023 contre 1,8% en 2022. Elle est projete\u0301e a\u0300 4,3% en 2024.<\/p>\n<p>Pour contenir le de\u0301ficit budge\u0301taire, le gouvernement burundais a introduit bon nombre de principes. Insuffisants selon plusieurs observateurs. Parmi ces nouvelles re\u0301solutions : l\u2019introduction des nouvelles activite\u0301s n\u2019est pas permise, l\u2019annulation des activite\u0301s pour lesquelles les cre\u0301dits de\u0301die\u0301s aux constructions ou re\u0301habilitations des infrastructures non encore engage\u0301s et dont les travaux n\u2019ont pas encore de\u0301marre\u0301 et envisager a\u0300 les reprogrammer pour le budget 2024-2025, l\u2019annulation des activite\u0301s des troisie\u0300me et quatrie\u0300me trimestres pre\u0301vues pour le fonctionnement de l\u2019Office Burundais de l\u2019Urbanisme, de l\u2019habitat et de la Construction (OBUHA) de l\u2019 Agence Routie\u0300re du Burundi (ARB) sauf les salaires, pour consommer d\u2019abord les montants se trouvant sur leurs comptes bancaires, l\u2019annulation des activite\u0301s du FONIC pre\u0301vues pour le troisie\u0300me et quatrie\u0300me trimestre sauf les salaires, afin que le FONIC consomme d\u2019abord le cre\u0301dit se trouvant sur son compte bancaire, l\u2019annulation des activite\u0301s relatives a\u0300 la commande publique dont le paiement se fait en devises e\u0301trange\u0300res et envisager de les reprogrammer pour 2024-2025.<\/p>\n<p><b>Le projet de loi adopte\u0301 moyennant des observations<\/b><\/p>\n<p>Dans le but d\u2019augmenter les recettes, le gouvernement exhorte l\u2019Office burundais des recettes (OBR) a\u0300 poursuivre la digitalisation, a\u0300 renforcer le syste\u0300me de contro\u0302le et de ve\u0301rification et a\u0300 renforcer le cadre le\u0301gal.<\/p>\n<p>Du coup, des recommandations vont tomber : \u00ab suspendre l\u2019achat du mate\u0301riel roulant sauf pour l\u2019arme\u0301e et la Police, le ministe\u0300re de la Justice et 8 ve\u0301hicules destine\u0301s aux e\u0301coles a\u0300 internat. De plus, continue le ministe\u0300re, maintenir le budget pour l\u2019achat du logiciel de production des passeports. Pour ce qui est de la Cour supre\u0302me, la Cour Constitutionnelle et le Parquet ge\u0301ne\u0301ral de la Re\u0301publique, inscrire les frais (d\u2019intendance ou de renseignement) au nom de l\u2019institution au lieu de les personnaliser, ajuster le budget destine\u0301 aux boursiers de l\u2019Etat a\u0300 l\u2019e\u0301tranger pour tenir compte de la fluctuation de la monnaie burundaise, pre\u0301voir un budget pour le fonctionnement de l\u2019unite\u0301 de gestion du Projet saoudien pour la construction de l\u2019Institut Polytechnique de Cibitoke,<\/p>\n<p>Le Conseil des ministres propose de pre\u0301voir un budget pour augmenter les frais de fonctionnement a\u0300 l\u2019inte\u0301rieur du pays pour le Centre National de Transfusion Sanguine \u00ab CNTS \u00bb, augmenter la participation de l\u2019Etat au capital social de la STNB pour l\u2019avance de de\u0301marrage de la construction du port Sec de Kwala en Tanzanie.<\/p>\n<p>Il a e\u0301te\u0301 e\u0301galement entre autres recommande\u0301 de maintenir le budget destine\u0301 a\u0300 la construction du chemin de fer, acce\u0301le\u0301rer le processus pour de\u0301marrage de la construction de la route RN9 (Bujumbura-Bubanza), e\u0301laborer un plan d\u2019utilisation par les ministe\u0300res sectoriels des fonds non encore consomme\u0301s par l\u2019OBUHA, e\u0301valuer les avantages et les inconve\u0301nients du syste\u0300me des marche\u0301s groupe\u0301s pour de\u0301cider de continuer sur cette voie ou retourner aux me\u0301thodes classiques, retourner les budgets de\u0301die\u0301s aux ministe\u0300res ayant l\u2019Education Nationale et la Sante\u0301 publique dans leurs attributions qui avaient e\u0301te\u0301 transfe\u0301re\u0301s dans les autres structures pour gestion afin que ces deux ministe\u0300res remplissent les crite\u0300res exige\u0301s par les partenaires au de\u0301veloppement pour l\u2019e\u0301ligibilite\u0301 aux financements, instaurer et renforcer la bonne gouvernance surtout dans les ministe\u0300res de souverainete\u0301, notamment les ministe\u0300res ayant respectivement la Justice, la De\u0301fense nationale, la Se\u0301curite\u0301 publique, les Affaires e\u0301trange\u0300res et les Finances dans leurs attributions, ne pas re\u0301duire le budget initialement pre\u0301vu pour le ministe\u0300re en charge de l\u2019Education nationale &#8230;<\/p>\n<p>Pour l\u2019importation, le Conseil des ministres recommande de diffe\u0301rencier les produits ordinaires des produits de luxe (vins, champagne, liqueurs, l\u2019eau mine\u0301rale importe\u0301e, ve\u0301hicules de luxe, etc.) en vue d\u2019appliquer une taxe conside\u0301rable a\u0300 ces produits de luxe et re\u0301duire sensiblement la taxe applique\u0301e sur le sucre importe\u0301 afin d\u2019encourager les importateurs de ce produit et de doubler la taxe applique\u0301e au ve\u0301hicule de luxe en cas de deuxie\u0300me importation. Il faut aussi reprendre dans la loi budge\u0301taire les sanctions pre\u0301vues par la loi fiscale pour les conseillers fiscaux complices dans la fraude fiscale, lutter contre la fuite des capitaux, revoir le Code des marche\u0301s publics pour y introduire une clause exigeant aux soumissionnaires de montrer les projets qu\u2019ils vont re\u0301aliser par l\u2019argent gagne\u0301.<\/p>\n<p>Re\u0301actions<\/p>\n<p><b><b>Gabriel Rufyiri : \u00ab Prioriser les secteurs d\u2019investissement \u00bb<\/b><\/b><\/p>\n<p>Via son communique\u0301 du 18 de\u0301cembre 2023, l\u2019Observatoire de lutte contre la corruption et malversations e\u0301conomiques dit e\u0302tre re\u0301jouit de la re\u0301vision du budget ge\u0301ne\u0301ral de l\u2019Etat exercice 2023-2024.<\/p>\n<p>\u00ab Pour l\u2019OLUCOME, les principes pris lors des discussions budge\u0301taires, les observations et recommandations e\u0301mises lors de ce Conseil des ministres ne sont qu\u2019un pas franchi \u00bb, peut-on lire dans ledit communique\u0301.<\/p>\n<p>Toutefois, cette organisation de la socie\u0301te\u0301 civile conside\u0300re que l\u2019Etat devrait orienter son budget beaucoup plus dans des secteurs d\u2019investissement que dans ceux de fonctionnement et\/ou de consommation. Le Gouvernement devrait abandonner, estime l\u2019OLUCOME, cette habitude des autorite\u0301s ou\u0300 une seule autorite\u0301 est accompagne\u0301e par un corte\u0300ge de 30 ve\u0301hicules de luxe qui consomment e\u0301galement du carburant dans un pays qui est classe\u0301 par les institutions internationales cre\u0301dibles comme un pays parmi les plus pauvres du monde.<\/p>\n<p>Pour l\u2019OLUCOME, cette re\u0301vision de la loi budge\u0301taire 2023-2024 devrait e\u0301galement se pencher sur la suppression des de\u0301penses \u00ab inutiles \u00bb. A travers ce communique\u0301, et conside\u0301rant, la situation e\u0301conomique actuelle au Burundi, l\u2019OLUCOME a e\u0301mis des recommandations.<\/p>\n<p>Il a invite\u0301 le gouvernement a\u0300 investir dans des secteurs porteurs de croissance e\u0301conomique tels que le \u00ab de\u0301veloppement des cultures industrielles (cafe\u0301, coton, the\u0301, avocats, prunes du Japon,&#8230;) et le tourisme\u00bb. Bien plus, d\u2019apre\u0300s cette organisation, le gouvernement doit faire en sorte que la diaspora et les investissements directs e\u0301trangers contribuent a\u0300 l\u2019augmentation de la quantite\u0301 des devises.<\/p>\n<p>L\u2019OLUCOME recommande en outre a\u0300 ce que le gouvernement exige une de\u0301claration des avoirs pour les membres du gouvernement avant et apre\u0300s leurs fonctions.<\/p>\n<p>Enfin, il recommande au gouvernement de \u00ab voter le projet de loi portant re\u0301vision du budget ge\u0301ne\u0301ral de l\u2019Etat 2023\/2024 s\u2019il est d\u2019auste\u0301rite\u0301 et oriente\u0301 vers les secteurs porteurs de croissance e\u0301conomique \u00bb.<\/p>\n<p><b><b>Faustin Ndikumana : \u00ab Une bonne gestion des ressources budge\u0301taires doit s\u2019imposer \u00bb<\/b><\/b><\/p>\n<p>Le directeur exe\u0301cutif de la Parcem salue d\u2019abord l\u2019initiative du gouvernement de re\u0301viser la loi budge\u0301taire 2023-2024, car pour lui depuis le de\u0301but de l\u2019exercice budge\u0301taire des inquie\u0301tudes e\u0301taient observables. \u00ab Un de\u0301ficit de 700 milliards de BIF qu\u2019il fallait financer couple\u0301e a\u0300 une attente de l\u2019appui des bailleurs de fonds de plus de 900 milliards de BIF, alors que si on analyse le de\u0301blocage de ces appuis se fait attendre \u00bb. Selon lui, il y a 1600 milliards de recettes qui sont encore hypothe\u0301tiques au niveau de la mobilisation. Pour cela, estime Faustin, le gouvernement devait revoir ses de\u0301penses.<\/p>\n<p>M. Ndikumana regrette que le gouvernement ait tendance a\u0300 e\u0301liminer les de\u0301penses lie\u0301es a\u0300 l\u2019investissement alors que la dette va toujours crescendo. \u00ab Me\u0302me au cours de ce premier trimestre, le gouvernement a contracte\u0301 des dettes de plus de 110 milliards de BIF selon les rapports de la Banque centrale \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Faustin Ndikumana constate e\u0301galement qu\u2019il y a des de\u0301penses douteuses, non transparentes et me\u0302me dont le rendement est difficile a\u0300 analyser. Pour le pre\u0301sident de Parcem, la lutte contre la corruption, le de\u0301tournement des deniers publics n\u2019a pas encore sa force et sa rigueur aujourd\u2019hui. D\u2019ou\u0300 il faut revenir a\u0300 la bonne gestion du peu de ressources budge\u0301taires dont dispose le pays. \u00ab C\u2019est notamment la continuation de la subvention des coope\u0301ratives familiales \u00bb, indique-t-il.<\/p>\n<p>M. Ndikumana recommande que les de\u0301penses et projets qui ne rapportent rien au niveau de la rentabilite\u0301 doivent cesser et une e\u0301tude de faisabilite\u0301 scientifique doit e\u0302tre mene\u0301e pour appre\u0301cier leur rendement.<\/p>\n<p>La Parcem propose en outre une commission ad hoc des experts de haut niveau pour l\u2019analyse du budget actuel des de\u0301penses par rapport a\u0300 l\u2019orientation des politiques publiques, la rigueur et la discipline dans la gestion de l\u2019orientation publique du budget.<\/p>\n<p>D\u2019apre\u0300s cette organisation de la socie\u0301te\u0301 civile, le gouvernement burundais devrait revoir sa politique de mobilisation des ressources exte\u0301rieures. \u00ab La situation du Burundi est difficile et on ne peut pas faire face a\u0300 ces difficulte\u0301s e\u0301conomiques me\u0302me si on mobilise autant que faire ce peu les ressources des recettes fiscales et ces recettes fiscales sont en francs bu. Le franc bu n\u2019est pas accepte\u0301 a\u0300 l\u2019exte\u0301rieur \u00bb. Quand bien me\u0302me le gouvernement vient d\u2019annuler certaines de\u0301penses lie\u0301es au paiement en devises, la Parcem estime qu\u2019une mobilisation de financement exte\u0301rieur est tre\u0300s fondamentale.<\/p>\n<p>Faustin Ndikumana propose, enfin, une transparence dans la pre\u0301paration du budget 2024-2025 pour qu\u2019a\u0300 l\u2019horizon on commence a\u0300 se pre\u0301parer, pour ne plus sombrer dans l\u2019incertitude et e\u0301voluer dans l\u2019inconnu non planifie\u0301, mais ope\u0301rer dans la consistance des re\u0301centes publications des re\u0301sultats.<\/p>\n<p><b><b>J.F. : \u00ab Il s\u2019agit d\u2019une re\u0301ponse d\u2019urgence, signe d\u2019une panique palpable au sommet de l\u2019Etat \u00bb<\/b><\/b><\/p>\n<p>Pour J.F., e\u0301conomiste et entrepreneur burundais, cette de\u0301cision e\u0301tait ne\u0301cessaire, e\u0301tant donne\u0301e la situation catastrophique du tre\u0301sor public. \u00ab Le budget de l\u2019exercice en cours a e\u0301te\u0301 e\u0301labore\u0301 sur base d\u2019hypothe\u0300ses, a\u0300 mon avis, trop optimistes. Par exemple, les promesses d\u2019appui faites par certains partenaires au de\u0301veloppement, notamment le FMI, ont e\u0301te\u0301 conside\u0301re\u0301es comme de\u0301ja\u0300 acquises. \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019apre\u0300s lui, les recommandations propose\u0301es semblent ne pas avoir fait l\u2019objet d\u2019un travail approfondi d\u2019analyse et de se\u0301lection de mesures ade\u0301quates. \u00ab Il s\u2019agit d\u2019une re\u0301ponse d\u2019urgence, signe d\u2019une panique palpable au sommet de l\u2019E\u0301tat. Les appuis budge\u0301taires sur lesquels le gouvernement avait compte\u0301 ne sont pas la\u0300, et il faut a\u0300 tout prix fermer les vannes et e\u0301viter un naufrage. Le proble\u0300me, c\u2019est que la fermeture des vannes risque d\u2019acce\u0301le\u0301rer la re\u0301cession e\u0301conomique, dans laquelle le pays est de\u0301ja\u0300 engage\u0301. \u00bb De plus, poursuit-il, l\u2019Etat e\u0301tant le premier acteur e\u0301conomique du pays, s\u2019il re\u0301duit drastiquement, aussi brutalement que pre\u0301vu, ses commandes aupre\u0300s des autres acteurs e\u0301conomiques, cela ne fera qu\u2019aggraver la situation de\u0301ja\u0300 catastrophique du pays.<\/p>\n<p>Il ajoute : \u00ab Et la\u0300, je n\u2019ai pas parle\u0301 du grave proble\u0300me de la chute de la productivite\u0301, elle-me\u0302me engendre\u0301e par la pe\u0301nurie chronique de carburant et l\u2019insuffisance de la production d\u2019e\u0301lectricite\u0301. Rappelons que la pe\u0301nurie de carburant n\u2019est due a\u0300 rien d\u2019autre que la disparition progressive des re\u0301serves de change. \u00bb Il signale qu\u2019a\u0300 la mi-septembre, les re\u0301serves de change e\u0301taient e\u0301quivalentes a\u0300 deux semaines d\u2019importation (source FMI).<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019effondrement de la productivite\u0301 est en train de nous pre\u0301cipiter vers une situation ine\u0301dite dans l\u2019histoire du Burundi, ou\u0300 par effet domino, l\u2019Etat burundais risque de ne plus pouvoir honorer ses engagements, avant me\u0302me le 3e\u0300me trimestre de cet exercice budge\u0301taire. \u00bb<\/p>\n<p><b>Une solution politique ? <\/b><\/p>\n<p>J.F. se pose des questions : \u00ab Pourquoi sommes-nous dans cette situation ? \u00bb, \u00ab Que faire dans l\u2019imme\u0301diat pour en sortir ? \u00bb Pour lui, les seules mesures approprie\u0301es sont celles qui s\u2019attaquent a\u0300 ces deux questions, de manie\u0300re frontale, sans faux-fuyant. \u00ab Nous devons avoir la se\u0301re\u0301nite\u0301 de nous l\u2019avouer : la raison de la de\u0301ba\u0302cle actuelle est e\u0301minemment politique. Donc le corte\u0300ge de mesures devant e\u0302tre mis en \u0153uvre pour en sortir doit e\u0302tre de nature politique. \u00bb<\/p>\n<p>Il affirme qu\u2019il existe un e\u0301norme de\u0301ficit de confiance, entre le gouvernement burundais et les protagonistes, aussi bien internes (citoyens, fonctionnaires, entreprises et investisseurs nationaux), qu\u2019externes (partenaires au de\u0301veloppement, entreprises et investisseurs internationaux). \u00ab Le meilleur indicateur de ce de\u0301ficit de confiance, c\u2019est le niveau prohibitif de la prime de risque exige\u0301e par les investisseurs et bailleurs de fonds, lorsqu\u2019il s\u2019agit de financer un projet se trouvant au Burundi. Ce proble\u0300me a occupe\u0301 la part belle des de\u0301libe\u0301rations entreprises lors de l\u2019Umuzinga Day, dernie\u0300re e\u0301dition. \u00bb<\/p>\n<p><b>Comment restaurer la confiance ?<\/b><\/p>\n<p>J.F. annonce des pre\u0301alables : \u00ab Rassembler la nation burundaise. C\u2019est la priorite\u0301 des priorite\u0301s. La nation burundaise est de\u0301sunie. Les enfants du pays sont e\u0301parpille\u0301s aux quatre coins du monde. Certains croupissent dans des camps de re\u0301fugie\u0301s ou\u0300 ils vivent au jour le jour, dans l\u2019attente de retrouver les leurs, un beau jour. Cette image n\u2019est pas digne de notre belle nation. Cette image contredit ce qui fait de nous des Burundais : nos valeurs de l\u2019Ubuntu. Nous ne pouvons pas e\u0302tre des partenaires dignes de ce nom, si nous ne re\u0301glons pas ce proble\u0300me. \u00bb<\/p>\n<p>Selon cet e\u0301conomiste et entrepreneur, le pre\u0301sident de la Re\u0301publique se trouve a\u0300 un carrefour historique, ou\u0300 il doit de\u0301cider, soit de maintenir cet e\u0301tat de fait, ou unir de nouveau la nation burundaise, autour de la vision \u00ab Burundi, pays e\u0301mergent en 2040, pays de\u0301veloppe\u0301 en 2060 \u00bb. \u00ab Cela devra passer obligatoirement par un accord de paix avec ses fre\u0300res et s\u0153urs de l\u2019opposition en exil. \u00bb<\/p>\n<p>Une autre solution, d\u2019apre\u0300s J.F., restructurer l\u2019E\u0301tat burundais. \u00ab L\u2019Etat burundais est en proie a\u0300 des dysfonctionnements qui risquent de le faire imploser. Personne n\u2019a inte\u0301re\u0302t a\u0300 ce que ce beau pays devienne une zone de non-droit. Il faudrait que le gouvernement prenne ce risque au se\u0301rieux et entreprenne une restructuration de son organisation et de son fonctionnement, afin de garantir que les services publics soient rendus e\u0301quitablement, efficacement et effectivement sur l\u2019ensemble du territoire et a\u0300 tous les Burundais, quelle que soit leur cate\u0301gorie sociale. Comme nous partons de la dernie\u0300re place au classement des pays par PIB, nous n\u2019avons pas le choix. \u00bb Et d\u2019ajouter : \u00ab Nous devons nous doter de l\u2019Etat le plus performant qui soit, si notre ambition est de devenir un pays e\u0301mergent d\u2019ici 2040. Un Etat a\u0300 la pointe de la performance, cela suppose des fonctionnaires performants dans les ro\u0302les qu\u2019il faut, des processus de travail simples et efficaces et des outils technologiques approprie\u0301s. \u00bb<\/p>\n<p>Toutefois, insiste-t-il, il faut veiller a\u0300 ce que cette affectation des ressources se fasse dans le cadre d\u2019un alignement strate\u0301gique parfait entre les aspirations et les besoins des citoyens, d\u2019une part, et les fonctions et activite\u0301s du gouvernement, d\u2019autre part.<\/p>\n<p><b>RENCONTRE <\/b><\/p>\n<p><b>Professeur dans les sciences e\u0301conomiques, spe\u0301cialise\u0301 dans le leadership et management des organisations, il revient sur la dernie\u0300re re\u0301vision budge\u0301taire. Il formule aussi des propositions pour que le Burundi ressorte de la mauvaise situation e\u0301conomique actuelle.<\/b><\/p>\n<p><b>Cette re\u0301vision budge\u0301taire e\u0301tait-elle ne\u0301cessaire ? Pourquoi ?<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est un exercice pe\u0301riodique. Chaque anne\u0301e, il y a une re\u0301vision budge\u0301taire. Peut-e\u0302tre qu\u2019il faut d\u2019abord comprendre pourquoi cet exercice. Quand par exemple vous avez surestime\u0301 ou sous-estime\u0301 les de\u0301penses, et qu\u2019au cours de la route, vous constatez qu\u2019il faut absolument revoir soit a\u0300 la baisse ou a\u0300 la hausse. Pour le cas qui concerne la re\u0301vision budge\u0301taire de cette anne\u0301e, nous constatons effectivement que cette anne\u0301e, il y avait une surestimation du budget. Parce que c\u2019e\u0301tait un budget tre\u0300s ambitieux qui ne tenait pas compte de la re\u0301alite\u0301.<\/p>\n<p>Alors, je me dis que le gouvernement a de\u0301cide\u0301 de revoir a\u0300 la baisse certaines de\u0301penses pour e\u0302tre en re\u0300gle avec l\u2019e\u0301quilibre budge\u0301taire. Je trouve que c\u2019est un exercice simple sauf qu\u2019aujourd\u2019hui, normalement, la tendance de la re\u0301vision budge\u0301taire, c\u2019est souvent de voir dans quel domaine vous avez oublie\u0301 pour pouvoir raffiner davantage.<\/p>\n<p><b>Votre constat ? <\/b><\/p>\n<p>Malheureusement, on constate que la re\u0301vision budge\u0301taire actuelle ne tient pas compte de la re\u0301alite\u0301 actuelle. On voit que cela ne va pas occasionner ne\u0301cessairement un avantage comparatif.<\/p>\n<p><b>Pour contenir le de\u0301ficit budge\u0301taire, le Conseil des ministres a e\u0301mis plusieurs recommandations&#8230; <\/b><\/p>\n<p>Pour moi, quand on analyse le budget, d\u2019abord au cours de ce premier trimestre 2023-2024, le montant des recettes a\u0300 une certaine contre-performance parce qu\u2019on dit c\u2019est 3,8% par rapport aux pre\u0301visions. Par contre, compare\u0301 avec le 1er trimestre de l\u2019exercice 2022-2023, le 1er trimestre de cette anne\u0301e re\u0301ve\u0300le une croissance effectivement de 18% a\u0300 la fin de 2023.<\/p>\n<p>L\u2019exe\u0301cution des de\u0301penses se situe a\u0300 48% par rapport au plafond du 1er trimestre tandis que l\u2019engagement des de\u0301penses a atteint 94%. Donc, quand on analyse, 94% c\u2019est de\u0301ja\u0300 les engagements au moment ou\u0300 l\u2019exe\u0301cution budge\u0301taire est a\u0300 48%. Donc, il va sans nul doute que c\u2019est le bon moment de faire cette analyse, cette re\u0301vision budge\u0301taire.<\/p>\n<p><b>Ces recommandations sont-elles suffisantes ? <\/b><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas suffisant parce que dans cette re\u0301vision budge\u0301taire, on ne voit pas un avantage comparatif en termes de la croissance e\u0301conomique. Parce que la re\u0301vision budge\u0301taire devait tenir compte, par exemple, du cho\u0302mage qui est aujourd\u2019hui a\u0300 plus de 50%. On trouve qu\u2019il y a eu aussi de\u0301pre\u0301ciation de notre monnaie. Dans ce budget, on ne voit pas les mesures prises pour finalement valoriser la monnaie burundaise qui continue a\u0300 se de\u0301pre\u0301cier. Et surtout de l\u2019inflation qui atteint plus de 30%, mais aussi de la malnutrition. On constate que vraiment, aujourd\u2019hui, la re\u0301vision budge\u0301taire telle envisage\u0301e ne va rien apporter de la croissance e\u0301conomique.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, si on analyse me\u0302me le niveau, les attentes du don qui e\u0301tait estime\u0301 a\u0300 plus de 900 milliards BIF, on voit que de\u0301ja\u0300, on n\u2019a me\u0302me eu plus de 100 milliards BIF. Donc, on constate que la re\u0301vision budge\u0301taire ne va pas apporter un avantage comparatif surtout que sur le plan e\u0301conomique, nous sommes dans une situation chaotique. Vraiment, l\u2019e\u0301conomie se trouve dans une situation de panne. Il faut absolument encore une fois re\u0301viser me\u0302me si on dit qu\u2019il faut faire l\u2019auste\u0301rite\u0301 du budget de l\u2019Etat, c\u0327a ne va pas donner un avantage comparatif. Et l\u2019e\u0301conomie ne va pas pourtant augmenter.<\/p>\n<p><b>Quelles sont les autres re\u0301formes qu\u2019il faut engager ?<\/b><\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord comprendre ou\u0300 est ce que l\u2019Etat peut tirer de l\u2019argent ? Il y a cinq leviers essentiels au niveau de l\u2019e\u0301conomie.<\/p>\n<p><b>Lesquels ?<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est notamment les importations. C\u2019est la\u0300 ou\u0300 l\u2019Etat peut avoir des moyens quand il y a les importations. La\u0300, il va pre\u0301lever les impo\u0302ts et taxes. Quand il y a l\u2019exportation, c\u2019est-a\u0300-dire que le Burundi peut envisager l\u2019exportation de certains produits et services notamment pour le cas du Burundi c\u2019est le cafe\u0301, le the\u0301, les produits de la Brarudi, etc.<\/p>\n<p>Le 3e\u0300me levier tre\u0300s important, c\u2019est la stimulation a\u0300 la consommation. Ce qui n\u2019est pas aujourd\u2019hui envisage\u0301 parce que les gens n\u2019ont pas le pouvoir d\u2019achat. Le 4e\u0300me c\u2019est l\u2019e\u0301pargne. Les gens ne peuvent pas e\u0301pargner parce qu\u2019ils n\u2019ont pas aussi le pouvoir d\u2019achat. C\u2019est difficile d\u2019abord de joindre les deux bouts du mois. Par conse\u0301quent, l\u2019e\u0301pargne est difficile.<\/p>\n<p>La dernie\u0300re composante qui est tre\u0300s importante, c\u2019est l\u2019investissement. Alors aujourd\u2019hui quand on analyse le budget, on voit que c\u2019est le budget de consommation, de fonctionnement. Pour les salaires, les autres e\u0301quipements. Or, quand il n\u2019y a pas l\u2019investissement, on ne peut pas envisager une croissance e\u0301conomique.<\/p>\n<p>Ce budget tel qu\u2019envisage\u0301, on ne voit pas que la question de l\u2019inflation est prise en compte pour l\u2019anne\u0301e en cours. On ne trouve pas que la question du cho\u0302mage est prise en compte. Idem pour la de\u0301pre\u0301ciation de la monnaie.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs l\u2019Etat a e\u0301te\u0301 au moins honne\u0302te en disant que jusqu\u2019a\u0300 pre\u0301sent, ils n\u2019ont pas encore mobilise\u0301 aucun financement. Malheureusement, on ne voit pas une strate\u0301gie de financement au niveau exte\u0301rieur. Alors, dans les conditions ou\u0300 nous nous retrouvons, peut-on dire que le gouvernement pourra e\u0302tre en mesure de faire fonctionner l\u2019Etat s\u2019il n\u2019y a pas un appui budge\u0301taire de la Communaute\u0301 internationale ?<\/p>\n<p><b>Mais, il y a les ressources internes&#8230;<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est vrai. On peut compter sur les ressources internes, mais la\u0300 ce sont notamment les impo\u0302ts et taxes. Et quand les gens n\u2019ont pas le pouvoir d\u2019achat, d\u2019ailleurs on voit de\u0301ja\u0300 qu\u2019on a recule\u0301. Parce que par rapport aux pre\u0301visions, on constate que jusqu\u2019a\u0300 pre\u0301sent, ils n\u2019ont pas encore recouvre\u0301 l\u2019argent.<\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019y a pas de mesures incitatives a\u0300 la production, assainissement des relations socio-e\u0301conomiques, notamment avec les partenaires au de\u0301veloppement, s\u2019il n\u2019y a pas l\u2019ame\u0301lioration de la gouvernance, on ne peut pas envisager le de\u0301veloppement pour le moment. Et la situation continuera a\u0300 se de\u0301te\u0301riorer davantage au fur et a\u0300 mesure.<\/p>\n<p>Me\u0302me dans les recommandations formule\u0301es, on voit qu\u2019ils ont, me\u0302me pour les investissements communaux, les activite\u0301s de FONIC sont presque suspendues. Et ce sont des activite\u0301s qui aidaient plus les collectivite\u0301s.<\/p>\n<p>Le Burundi se trouve dans une situation ou\u0300 il doit absolument coope\u0301rer et accepter de demander un cre\u0301dit pour pouvoir finalement booster l\u2019e\u0301conomie dans des secteurs porteurs, notamment l\u2019agriculture, l\u2019e\u0301levage, les minerais et le tourisme.<\/p>\n<p>Il faut engager des re\u0301formes au niveau de la de\u0301mocratie, l\u2019espace public doit e\u0302tre ouvert a\u0300 tout le monde, etc. Et les gens vont finalement avoir la confiance pour le pays. Parce que le cre\u0301dit c\u2019est toujours lie\u0301 a\u0300 la confiance. S\u2019il n\u2019y a pas de confiance au niveau du gouvernement, les bailleurs de fonds, les investisseurs e\u0301trangers ne vont pas venir investir au Burundi.<\/p>\n<p><b>Certains pre\u0301conisent le gel de certains voyages des autorite\u0301s a\u0300 l\u2019inte\u0301rieur et a\u0300 l\u2019exte\u0301rieur. Pensez-vous que cela peut aider ?<\/b><\/p>\n<p>En partie, cela peut aider, mais cela ne va pas re\u0301soudre le de\u0301ficit qui est estime\u0301 a\u0300 plus de 1000 milliards BIF. C\u2019est beaucoup d\u2019argent. Oui, bien su\u0302r un bon leader doit montrer l\u2019exemple a\u0300 suivre. En plus des voyages excessifs pour le moment, le pouvoir devrait re\u0301duire sensiblement les fe\u0302tes et croisades inutiles, car ces sont des e\u0301ve\u0301nements qui consomment un budget conside\u0301rable. En effet, il suffit de regarder l\u2019e\u0301quipe qui accompagne le Pre\u0301sident de la Re\u0301publique, la logistique, les frais de mission, le carburant, et surtout le temps. Il y a lieu de s\u2019interroger si toujours, il y a une valeur ajoute\u0301e.<\/p>\n<p>Pour moi, il doit se poser la question suivante : Est-ce que ma visite est-elle ne\u0301cessaire ? Est-ce que quelqu\u2019un d\u2019autre (mes conseillers, ministres, gouverneurs,) peuvent me repre\u0301senter valablement, car leurs descentes cou\u0302tent moins chers ?<\/p>\n<p>Ni moins ni plus il faut e\u0302tre efficace et efficient dans nos de\u0301penses. C\u2019est la the\u0301orie de rationalite\u0301. Il faut regrouper les voyages et les fe\u0302tes pour les grandes personnalite\u0301s et institutions comme la pre\u0301sidence, l\u2019Assemble\u0301e nationale, et autres. Servir de mode\u0300le.<\/p>\n<p><b>La sortie d\u2019un Chef d\u2019Etat ou du Pre\u0301sident de l\u2019Assemble\u0301e nationale, Premier Ministre devrait e\u0302tre exceptionnelle <\/b><\/p>\n<p>Ces autorite\u0301s sont repre\u0301sente\u0301es de la colline, zone, provinces voire nationales avec des services de\u0301concentre\u0301s dote\u0301s de moyens techniques, financiers et mate\u0301riels pour l\u2019atteinte des re\u0301sultats assigne\u0301s par le gouvernement. Ce dernier devrait s\u2019assurer de la qualite\u0301 de la mise en \u0153uvre des services publics lors des missions de contro\u0302le pe\u0301riodiques.<\/p>\n<p>Les dons pour le premier trimestre e\u0301galent a\u0300 41.4 milliards de BIF alors que nous attendons 938.7 milliards de BIF au cours de cette anne\u0301e budge\u0301taire. Donc, sur 1\u20444 de la pe\u0301riode, on a engrange\u0301 juste 4.4%. Comment expliquez-vous cette situation ?<\/p>\n<p>Quand on pensait qu\u2019on pouvait mobiliser plus de 900 milliards BIF, je crois que le gouvernement s\u2019e\u0301tait trompe\u0301. Il n\u2019y a pas de relations socio-e\u0301conomiques stables pour le moment. Il y a certaines conditions. Cela veut dire que le gouvernement devait encore une fois e\u0302tre su\u0302r qu\u2019il doit ame\u0301liorer les conditions de vie des citoyens. Mais aussi ce qui est important, le message qu\u2019il faut tirer c\u2019est que la coope\u0301ration internationale est au point mort. Il faut qu\u2019il y ait encore une fois une certaine mobilisation dans ce sens. C\u2019est de voir pourquoi effectivement par rapport aux attentes du gouvernement, cela n\u2019a pas pu e\u0302tre fait.<\/p>\n<p>C\u2019est normal qu\u2019on n\u2019a pas pu mobiliser ces fonds parce qu\u2019il y a encore l\u2019espace public qu\u2019on dit souvent verrouille\u0301, il y a la mauvaise gestion qui a e\u0301te\u0301 identifie\u0301e lors de la visite de la de\u0301le\u0301gation du FMI surtout par rapport au cadrage budge\u0301taire, etc. Donc, je me dis que c\u2019est le bon moment pour le gouvernement de voir qu\u2019est ce qui a e\u0301te\u0301 a\u0300 la base de cet e\u0301chec.<\/p>\n<p><b>Pour certains, l\u2019Etat doit orienter beaucoup plus ses ressources vers les secteurs porteurs de croissance et non vers le fonctionnement. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/b><\/p>\n<p>Le gouvernement est confronte\u0301 a\u0300 un proble\u0300me re\u0301el de manque de moyens. Il a probablement l\u2019ambition d\u2019investir dans les domaines porteurs de croissance, mais quand on analyse la situation e\u0301conomique, pour investir il faut beaucoup de moyens. Puisque cela renvoie a\u0300 la transformation de la matie\u0300re premie\u0300re, la construction des routes, les infrastructures notamment les ba\u0302timents, &#8230; On voit que maintenant il y a la crise des infrastructures publiques. C\u2019est l\u2019ame\u0301nagement des bassins versants, etc. Tout cela demande beaucoup de moyens. Et a\u0300 l\u2019e\u0301poque, c\u2019est effectivement la coope\u0301ration internationale, ces montants-la\u0300 venaient dans les investissements. Aujourd\u2019hui, le gouvernement fait juste pour qu\u2019il y ait le minimum. C\u2019est comme une famille. Pour qu\u2019elle puisse construire une maison, elle doit contracter un cre\u0301dit ou avoir des re\u0301serves. Maintenant que le gouvernement n\u2019a pas de re\u0301serves, il n\u2019a pas d\u2019autres choix que juste payer les salaires. D\u2019ailleurs, vous savez que me\u0302me pour le faire, le gouvernement a du\u0302 contracter un cre\u0301dit au niveau des banques commerciales, ils ont e\u0301mis de bons de tre\u0301sors au niveau de la BRB, et d\u2019ailleurs, je crois que c\u2019est une des grandes accusations. Ce que nous avons appele\u0301 l\u2019effet de levier ou\u0300 le gouvernement demande de cre\u0301dits au me\u0302me titre que les prive\u0301s, les individus.<\/p>\n<p>C\u2019est un proble\u0300me des ressources. Et quand vous avez peu de ressources, vous n\u2019avez qu\u2019a\u0300 faire les de\u0301penses de fonctionnement, les de\u0301penses courantes. Le gouvernement fait face a\u0300 ce proble\u0300me. Mais aussi je pense qu\u2019il y ait le changement de mentalite\u0301s. Sur les recommandations formule\u0301es, on constate que me\u0302me certaines activite\u0301s de route ont e\u0301te\u0301 suspendues d\u2019une manie\u0300re ou d\u2019une autre, je vois que l\u2019OBUHA et ARB sont appele\u0301s a\u0300 revoir a\u0300 la baisse les de\u0301penses alors que certaines routes sont devenues impraticables. Exemple de Bujumbura-Rumonge. Et si on regarde d\u2019autres routes, c\u2019est impensable qu\u2019on puisse encore fois couper le budget au niveau du secteur public notamment au niveau des infrastructures.<\/p>\n<p><b>Si l\u2019investissement est gele\u0301, la vision 2040-2060 est-elle re\u0301alisable ?<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est une vision. Mais au regard des actions en cours, on ne peut pas espe\u0301rer beaucoup. Mais, j\u2019estime qu\u2019en 2040, il y a encore plus de 16 ans, c\u2019est a\u0300 long terme. Je pense que la situation socio-e\u0301conomique sera ame\u0301liore\u0301e et que la coope\u0301ration internationale bilate\u0301rale pourra reprendre et que peut-e\u0302tre, ce pays e\u0301mergent de 2040 pourra exister. Il est encore to\u0302t. Mais si la situation restait telle qu\u2019elle est, notamment ce proble\u0300me de financement interne, si le pouvoir d\u2019achat de la population continue a\u0300 se de\u0301te\u0301riorer, si le cho\u0302mage continue a\u0300 l\u2019allure actuelle, si la de\u0301croissance e\u0301conomique continue a\u0300 s\u2019observer, si la gouvernance continue a\u0300 se de\u0301te\u0301riorer, si les re\u0301fugie\u0301s ne sont pas rentre\u0301s, si le dialogue politique au niveau de la participation des citoyens n\u2019est pas suivi, effectivement la vision de 2040 sera un re\u0302ve.<\/p>\n<p>Pour l\u2019e\u0301conomiste Andre\u0301 Nikwigize, la re\u0301vision du budget 2023\/2024, telle que pre\u0301sente\u0301e, ne semble pas suffisante. Non seulement elle ne satisfait pas les objectifs convenus avec le FMI, mais, surtout, elle renforce encore davantage la pauvrete\u0301 et la paupe\u0301risation de la population. Une commission inde\u0301pendante devrait e\u0302tre mise en place pour une re\u0301vision en profondeur de ce budget, en vue de l\u2019adapter aux moyens disponibles et pre\u0301server les pauvres.<\/p>\n<p><b>Quelles questions vous vous e\u0302tes pose\u0301s lors de l\u2019adoption du budget 2023\/2024 en juin 2023 ?<\/b><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui justifierait une augmentation extraordinaire de 65% du budget 2023\/2024, par rapport au budget de l\u2019exercice pre\u0301ce\u0301dent, dans un pays extre\u0302mement pauvre et avec des ressources financie\u0300res limite\u0301es ? Comment le Burundi, qui vient de s\u2019engager, avec le FMI, dans un programme de re\u0301formes macroe\u0301conomiques, sur 38 mois, avec des objectifs pre\u0301cis, peut-il voter un budget qui laisse voir un de\u0301ficit budge\u0301taire de 700 milliards de BIF, c\u2019est-a\u0300-dire, environ 18% du budget qui ne sera pas finance\u0301 et qui va gonfler la dette inte\u0301rieure ? Dans le me\u0302me contexte du programme avec le FMI, comment envisager une augmentation de plus de 1.000 milliards de BIF de dette inte\u0301rieure, alors que l\u2019un des objectifs du programme est de re\u0301duire l\u2019endettement public.<\/p>\n<p><b>Quid de la Vision 2040-2060 ?<\/b><\/p>\n<p>Si le gouvernement du Burundi pre\u0301voit d\u2019arriver a\u0300 un Burundi Emergent en 2040, pourquoi cette Vision n\u2019apparait pas dans le budget 2023\/2024, notamment, par l\u2019allocation de budgets conse\u0301quents aux secteurs de l\u2019agriculture, de l\u2019industrie, des infrastructures et des technologies nume\u0301riques ?<\/p>\n<p>La re\u0301vision du budget 2023\/2024, que vient d\u2019ope\u0301rer le gouvernement, peut parai\u0302tre comme une re\u0301ponse aux trois questions souleve\u0301es ci-haut.<\/p>\n<p><b>Vous avez donc des doutes ?<\/b><\/p>\n<p>En analysant le nouveau budget re\u0301vise\u0301, j\u2019ai encore trois pre\u0301occupations majeures. La premie\u0300re pre\u0301occupation est que le gouvernement devrait poursuivre les efforts, en vue de re\u0301duire encore davantage les de\u0301penses publiques, qui pourraient e\u0302tre reporte\u0301es a\u0300 une date ulte\u0301rieure.<\/p>\n<p>Il y a beaucoup de de\u0301penses non essentielles. A titre d\u2019exemple : pourquoi une augmentation si importante (39%) du budget de la Pre\u0301sidence par rapport a\u0300 l\u2019anne\u0301e pre\u0301ce\u0301dente, dans un contexte de crise e\u0301conomique.Y a-t-il une justification a\u0300 ce que les activite\u0301s de la Premie\u0300re Dame e\u0301margent sur le budget de l\u2019Etat, et pour des montants aussi importants ?Un budget pour l\u2019organisation des prie\u0300res pour rendre gra\u0302ce a\u0300 Dieu, est-il justifie\u0301, au moment ou\u0300 des populations entie\u0300res souffrent de la faim, des hausses de prix ? Des voyages a\u0300 l\u2019exte\u0301rieur du pays sont-ils justifie\u0301s ? Des budgets faramineux confie\u0301s aux communes, sans passer par le contro\u0302le de l\u2019Administration Centrale, etc. Tous ces budgets non essentiels devraient e\u0302tre supprime\u0301s, sinon, reporte\u0301s a\u0300 des moments plus propices.<\/p>\n<p><b>D\u2019autres pre\u0301occupations ?<\/b><\/p>\n<p>La deuxie\u0300me pre\u0301occupation concerne le peu d\u2019attention accorde\u0301e, dans le budget, aux populations pauvres, aux fonctionnaires de l\u2019Etat, aux militaires et policiers. Le carburant manque, les prix des denre\u0301es alimentaires augmentent, le sucre est devenu rare, le charbon de bois manque, le transport public, aussi bien en milieux urbains que ruraux, est devenu un casse-te\u0302te, a\u0300 tel point que de nombreuses personnes n\u2019ont d\u2019autre choix que de marcher a\u0300 pied, le courant e\u0301lectrique manque, jusque dans les morgues.<\/p>\n<p>La situation sociale est devenue intenable, et les autorite\u0301s politiques ne semblent pas s\u2019en pre\u0301occuper davantage. Au lieu d\u2019envisager des actions sociales pour soulager la souffrance des populations, le gouvernement augmente pluto\u0302t les taxes et impo\u0302ts, pour augmenter les recettes fiscales, au lieu de re\u0301duire les de\u0301penses non essentielles, et avoir un budget qui correspond aux possibilite\u0301s financie\u0300res de l\u2019Etat. En de\u0301finitive, ce sont les pauvres qui financent, par les taxes et impo\u0302ts, la sauvegarde du train de vie des riches.<\/p>\n<p>La troisie\u0300me pre\u0301occupation est relative a\u0300 la lutte contre la corruption et le gaspillage des ressources publiques. Il ne suffit pas de de\u0301noncer les cas de corruption et de mauvaise gestion des ressources. Il faut activer les institutions y relatives, leur doter de pouvoirs et de moyens. Le secteur des marche\u0301s publics est le plus de\u0301faillant dans la re\u0301gion de l\u2019Afrique de l\u2019Est. Le budget 2023\/2024 ne refle\u0300te pas l\u2019importance que le gouvernement devrait accorder a\u0300 cette question, pour faciliter la bonne gestion des ressources publiques.<\/p>\n<p><b>Et pour conclure ? <\/b><\/p>\n<p>La re\u0301vision du budget 2023\/2024, comme pre\u0301sente\u0301e, ne semble pas suffisante. Non seulement elle ne satisfait pas les objectifs convenus avec le FMI, mais, surtout, elle renforce encore davantage la pauvrete\u0301 et la paupe\u0301risation de la population. Une commission inde\u0301pendante devrait e\u0302tre mise en place pour une revue en profondeur de ce budget, en vue de l\u2019adapter aux moyens disponibles et pre\u0301server les pauvres.<\/p>\n<p><strong>Pour plus d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses sur la <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/burundi\">Burundi<\/a>, suivez <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Burundi. Dans le Conseil des ministres du 13 de\u0301cembre 2023, le gouvernement a adopte\u0301 le projet de loi portant re\u0301vision du budget de l\u2019Etat 2023\/2024. Les e\u0301conomistes approche\u0301s s\u2019accordent a\u0300 dire que la de\u0301cision e\u0301tait pre\u0301visible. 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