Africa-Press – Cameroun. Aura-t-on enfin une pilule pour les hommes? Cette alternative masculine aux options de contraception pour les femmes se fait attendre depuis au moins une dizaine d’années. Mais, à chaque fois, l’approche utilisée s’avère dangereuse ou peu efficace. Toutefois, les scientifiques ne désespèrent pas et continuent leur quête à la recherche de nouvelles façons de bloquer temporairement la fertilité des hommes sans affecter leur santé. Dernier essai en date: une molécule qui stoppe la production de spermatozoïdes sans effets secondaires notables. Cette nouvelle alternative a été présentée le 7 avril 2026 dans la revue PNAS par des chercheurs de l’université Cornell aux États-Unis.
Attaquer les spermatozoïdes au bon moment
Cette molécule agit directement sur la spermatogenèse. Ce processus par lequel les spermatozoïdes sont produits se divise en trois étapes: d’abord, les cellules souches se différencient ; puis elles se divisent lors de la méiose pour générer des cellules haploïdes, c’est-à-dire avec une seule copie de chaque chromosome (contrairement aux autres cellules du corps qui en ont deux) ; et finalement, l’étape de maturation, lorsque ces cellules deviennent des spermatozoïdes prêts à l’emploi.
Pour cette nouvelle approche, les chercheurs ont décidé de cibler le processus lors de la deuxième étape, celle de la méiose. S’ils attaquaient le processus avant, il y avait le risque d’affecter durablement les cellules souches, causant une infertilité. Et s’ils attaquaient trop tard, certains spermatozoïdes pouvaient passer à la trappe et la contraception ne serait pas efficace.
Bloquer la méiose pour interrompre la spermatogenèse
La méiose était donc la fenêtre d’opportunité parfaite. Pour l’interrompre, les chercheurs ont ciblé une protéine spécifique à ces cellules, nommée BRDT. Cette protéine est un régulateur de la transcription de cette étape, c’est-à-dire qu’elle active l’expression de gènes nécessaires à ce processus de division cellulaire.
Pour bloquer BRDT, les chercheurs ont utilisé une molécule nommée JQ1, connue pour son pouvoir inhibiteur sur cette protéine. Ils l’ont testé avec des injections quotidiennes de JQ1 durant trois semaines chez la souris. Résultat: le nombre de spermatozoïdes matures chutait considérablement, montrant que le blocage de BRDT suffisait à interrompre la spermatogenèse. Toutefois, cette interruption était temporaire et le nombre de spermatozoïdes revenait à la normale six semaines après la fin du traitement. Et cet effet était spécifique aux cellules germinales (qui deviennent des spermatozoïdes), et n’affectait pas d’autres cellules des testicules ni ailleurs dans le corps des souris.
L’interruption est temporaire et réversible
Une analyse plus poussée montra ensuite que cette inhibition de la production des spermatozoïdes était bien due à un blocage de l’expression des gènes normalement activés par BRDT. Six semaines après le traitement, l’activation de ces gènes revenait à la normale, signe que l’interruption de la spermatogenèse est réversible et serait dénuée d’effets durables sur la fertilité.
Toutefois, l’expression d’une poignée de gènes restait anormale pendant plus de temps, notamment ceux nécessaires pour la production d’énergie cellulaire et pour la motilité des spermatozoïdes. Pour évaluer si ces perturbations pouvaient avoir des effets à long terme, les chercheurs ont analysé la fécondité de ces souris ainsi que la santé de leurs souriceaux. Les souris traitées prenaient plus de temps à produire une progéniture, et quand cela arrivait, le nombre de souriceaux était moindre que pour les mâles non traités, mais ils étaient en bonne santé. Cependant, ces anomalies n’étaient pas observées pour les portées suivantes.
L’interruption de la spermatogenèse est donc temporaire après un traitement de six semaines. Mais qu’en est-il pour un traitement plus long? Car, si cette approche devenait un jour un contraceptif pour l’homme, il serait probable que le traitement soit à très long terme, comme c’est le cas pour les pilules contraceptives pour les femmes. Les auteurs soulignent la nécessité de bien explorer cette possibilité avant de pouvoir tester cette approche chez l’humain. Cette nouvelle piste est encourageante, mais il manque encore bien des étapes avant qu’elle ne puisse devenir une réalité pour les hommes.





