Africa-Press – Cameroun. Depuis la mi-octobre, le Nigeria subit de graves inondations, les plus dévastatrices qu’ait connues le pays depuis près de dix ans. Le bilan officiel de cette catastrophe fait état d’environ 500 morts, de 1,4 million de déplacés et de près de 200 000 maisons rendues inhabitables. Des alertes ont été données dans pas moins de six États fédérés, tous situés sur le cours du fleuve Niger et son affluent, le Bénoué.
Selon les officiels nigérians, si ces inondations s’expliquent en partie par une pluviométrie abondante, elles sont surtout la conséquence de l’ouverture du barrage hydroélectrique de Lagdo, un ouvrage situé au Cameroun, en amont du fleuve Bénoué, que les deux pays ont en partage. Cette opération a libéré des millions de mètres cubes d’eau, qui a débordé du lit ensablé du fleuve pour inonder de vastes plaines cultivées ainsi que des villages et des villes aussi bien du côté camerounais que du côté nigérian.
Le lâcher des eaux de Lagdo est une pratique courante au Cameroun. Mais les officiels nigérians en dénoncent les conséquences en aval. En 2012 déjà, l’ouverture du barrage à la suite de fortes pluies avait provoqué des inondations spectaculaires, faisant au moins 14 morts au Cameroun et 30 morts au Nigeria, où elles avaient contraint 120 000 personnes à se déplacer.
Aléas climatiques
Construit entre 1977 et 1982, le barrage de Lagdo est la principale source d’électricité du septentrion camerounais. Dans ses conditions de fonctionnement normales, il fournit 72 MWh au Cameroun. Mais il ne dispose pas toujours d’une telle capacité, le débit du cours d’eau qui l’alimente étant fluctuant. Les perturbations climatiques entraînent régulièrement un déficit hydrologique qui peut s’étendre sur plusieurs années. En 2021 par exemple, 1,6 milliard de m3 d’eau seulement avaient été collectés, contre 2 milliards en 2020. Cela avait fait chuter la production à environ 13 MWh par jour, et entraîné de nombreuses perturbations de la fourniture d’électricité dans le nord du Cameroun.
Lagdo connaît aussi des périodes de fortes crues. En 2012 par exemple, l’ouvrage a accumulé 11,5 milliards de m3, alors qu’il ne peut en contenir que 7,5 milliards. Dans de tels cas de figure, l’entreprise chargée de sa gestion est obligée de libérer le surplus d’eau afin d’éviter une inondation qui provoquerait l’arrêt de l’ouvrage.
Le 13 septembre dernier, l’opérateur camerounais d’énergie électrique annonçait ainsi que le taux de remplissage du barrage était de 91 % et prévenait de l’imminence d’un lâcher des eaux. Les agences nigérianes de gestion des urgences et des services hydrologiques ont également été notifiées afin qu’elles alertent les populations de potentielles inondations.
Yaoundé responsable ?
Les autorités camerounaises ne se sont pas officiellement exprimées sur les accusations portées par les Nigérians. Mais en off, à Yaoundé comme à Garoua (région du Nord), on estime que la faute est partagée avec le pays voisin. Depuis 1980 en effet, la première puissance du continent doit engager les travaux de construction du barrage de Dasin Hausa, en aval de la Bénoué, lequel devrait contenir les eaux déversées par le site de Lagdo.
Cet ouvrage crucial, deux fois et demi plus grand que celui de Lagdo, a été imaginé pour générer 300 MWh et irriguer 150 000 hectares environ dans les États d’Adamawa, de Taraba et de Bénoué, mais le projet n’a jamais dépassé la phase d’étude.
Lors de la défense de son budget pour l’année 2023, le 19 octobre, le ministre nigérian chargé de la gestion des ressources en eau, Alhaji Suleiman Adamu, a affirmé que les eaux provenant de l’amont du fleuve « ne représentaient que 20 % du débit aval de la Bénoué », en crue. « Quatre-vingts pour cent de l’eau qui provoque les inondations que nous connaissons actuellement vient des pluies dont nous avons été gratifiés cette année au niveau du plateau de Mambila et de Jos. La majeure partie de ce flux provient du Nigeria et non de l’extérieur », a-t-il déclaré.
Ensablement et déchets
D’autres facteurs favorisent aujourd’hui les inondations qu’occasionnent l’ouverture du barrage de Lagdo. Côté camerounais, de nombreux experts évoquent l’ensablement du lit du fleuve Bénoué, qui ne permet pas aux eaux de s’écouler aisément. La question a pourtant fait l’objet d’une réflexion de haut niveau et d’évaluations. Mais ni la Mission d’études pour l’aménagement et le développement du Nord (MEADEN), ni EDC, l’entreprise chargée du développement de l’électricité au Cameroun, n’ont pu convaincre le gouvernement de débloquer les 100 milliards de francs CFA nécessaires pour remettre l’ouvrage à neuf.
Chez le voisin nigérian, de nombreux experts pointent un problème de gestion des déchets par les autorités locales. Ils recommandent notamment des drainages propres à tout moment ainsi qu’un système efficace de contrôle et de gestion des drains afin de réduire lesdites inondations.
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