Cameroun-Afrique du Sud : nouvelles révélations sur « l’affaire Danpullo »

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Cameroun-Afrique du Sud : nouvelles révélations sur « l’affaire Danpullo »
Cameroun-Afrique du Sud : nouvelles révélations sur « l’affaire Danpullo »

Africa-Press – Cameroun. Selon l’entourage de Baba Ahmadou Danpullo, la crise du Covid-19 et l’arrivée d’un nouveau manager au sein de la First National Bank (FNB) sont à l’origine des déboires que connaît le milliardaire camerounais. Un certain flou demeure néanmoins, puisque les liquidateurs sud-africains de sa société Bestinver font état de difficultés dès la fin de 2019, soit quelques mois avant le début de la pandémie. Les confinements imposés en 2020 par Pretoria n’arrangent rien. Ses centres commerciaux, Princess Crossing, situé dans la banlieue de Johannesburg, ainsi que Moffet on Main et Kings Court, à Gqeberha (anciennement Port Elizabeth), voient leur fréquentation s’effondrer.

Les loyers ne rentrent plus, et les entreprises réunies dans le groupe Bestinver se trouvent à court d’argent, incapables de faire face à leurs obligations vis-à-vis de la FNB. D’après une décision de la Haute Cour de justice d’Afrique du Sud datée de septembre 2021, les sociétés Joburg Skyscraper, Bestinver Prop, Bestinver SA et Leopont, appartenant toutes à l’entrepreneur sont alors mises en redressement judiciaire, et des administrateurs sont nommés.

17,8 millions d’euros de dette… et 280 millions de préjudice

L’une de ses entreprises, Leopont, s’était portée caution pour tous les emprunts contractés. Elle doit à la banque sud-africaine 570 millions de rands, une dette ramenée ensuite à 318,6 millions (17,8 millions d’euros) grâce à la vente d’un bien immobilier. Les plans de redressement adoptés fin 2020 vont être systématiquement contestés par la fille de Danpullo, Yasmina Baba. Cette dernière estime que certains biens prévus pour être vendus sont sous-évalués, et assure que son père sera en mesure de rembourser sa dette grâce à la vente du mall Princess Crossing et à un prêt que la famille dit pouvoir obtenir.

En août 2021, la vente attendue tombe finalement à l’eau et le milliardaire se retrouve dans une impasse. La banque décide sans attendre de procéder à la liquidation de Bestinver et de tout son patrimoine immobilier. Danpullo estime le préjudice pour les seuls biens saisis au profit de la banque à 5 milliards de rands (280 millions d’euros). « Mon père, qui dispose du plus grand portefeuille immobilier d’Afrique du Sud, est solvable. Pourquoi ne pas s’entendre avec lui ? La créance est de 500 millions de rands, mais on vend des biens pour 4 milliards de rands. Ce n’est pas logique », souligne Maïmouna Baba, une autre de ses filles. La liquidation n’est à ce jour pas totalement finalisée. Après de nombreux reports, une dernière étape est programmée à la fin de janvier 2023.

Si plusieurs propriétés restaient à vendre en mars 2022, notamment celles qui étaient utilisées par la famille Danpullo à Cape Town et Constantia, le centre commercial Princess Crossing (évalué à 250 millions de rands) avait lui été cédé à la société Stedham Investments. La vente fait l’objet d’une contestation du milliardaire devant la justice. Les documents mis à disposition par les liquidateurs sud-africains indiquent en outre que les dirigeants de Bestinver ont récupéré 14 millions de rands placés sur un compte de la banque spécialisée dans la gestion de fortune RMB, et ont refusé de rendre un SUV Mercedes d’une valeur de 1,1 million de rands, alors que la procédure de liquidation ne leur en donnait plus le droit.

Paul Biya sollicité par Baba Danpullo…

Furieux d’être mis en difficulté par la justice sud-africaine, le milliardaire, qui dénonce un complot xénophobe orchestré par la FNB, a fait appel à ses connexions politiques. Il a obtenu du président Paul Biya qu’il écrive à son homologue Cyril Ramaphosa, et même qu’il dépêche à Pretoria Félix Mbayu, le ministre délégué chargé du Commonwealth. Puis selon des sources concordantes, c’est le chef de l’État sénégalais, Macky Sall en personne, en tant que président de l’Union africaine, qui a tenté une médiation. Ce dernier s’est en effet rapproché depuis quelques années de Baba Danpullo. Le président lui a même donné un passeport diplomatique quand celui-ci a fait part de son souhait d’investir au Sénégal.

Ces démarches étant restées vaines, c’est donc au Cameroun – dont il est réputé être l’homme le plus riche, et où il est naturellement proche du premier cercle de chef de l’État – qu’il organise une contre-offensive en ciblant les intérêts sud-africains. En août, puis en septembre, il a obtenu, comme l’avait révélé Jeune Afrique, trois ordonnances de Quentin Djapité Ndoumbe, le président du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, qui lui permettent de saisir les comptes de l’opérateur MTN, de son actionnaire local Broadband Telecom et de Chococam, filiale du groupe Tiger Brands.

Le match se poursuit donc devant les tribunaux camerounais, où les entreprises concernées contestent les saisies. Selon un document émanant de MTN, l’opérateur a introduit devant le président du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo une action en rétractation et en mainlevée de la saisie. Mais, fin octobre, soit deux mois après la première ordonnance obtenue par Baba Danpullo, les avocats de l’entreprise sud-africaine n’avaient toujours pas reçu la moindre pièce pour justifier le blocage des comptes de leur client. Pour l’heure, la justice camerounaise continue néanmoins à valider l’offensive de milliardaire. Le 26 octobre, le président du tribunal a rendu une quatrième ordonnance de saisie sur des comptes de MTN.

… et par Colin Mukete

Après être restées sourdes aux demandes de médiation introduites par Danpullo et ses soutiens, ce sont désormais les autorités sud-africaines qui tentent de faire passer des messages à leurs homologues camerounaises. Comme Jeune Afrique l’a révélé, Candith Mashego-Dlamini, la vice-ministre sud-africaine des Affaires étrangères, a abordé ce sujet le 24 octobre lors de son entretien à Yaoundé avec le Premier ministre, Joseph Dion Ngute. Plusieurs chancelleries du Commonwealth comme le Canada et, bien sûr, la Grande Bretagne suivent également l’évolution de la situation.

S’il garde le silence, Colin Ebarko Mukete, PCA de MTN et propriétaire de Broadband Telecom (actionnaire de MTN), essaie lui aussi d’obtenir une intervention du palais d’Etoudi. Selon nos informations, les représentants de l’opérateur ont notamment adressé un mémo au ministre de la Justice et à la présidence. Dans ce document dont JA a obtenu copie, MTN Cameroun anticipe les conséquences d’un statu quo indiquant que si les saisies ne sont pas levées, l’entreprise ne sera bientôt plus en mesure de payer ses salariés et de verser les impôts dus à l’État, et avertit même que cette situation fera peser un risque sur sa capacité à maintenir son réseau en état de marche. « Sans entrer dans les détails, il est possible d’imaginer ce que deviendraient les services de sécurité sans téléphone ni Internet », est-il écrit.

Mais, pour le moment, rien n’indique que la présidence camerounaise entend davantage s’impliquer pour trouver une solution à ce conflit, qui opposait initialement Danpullo et la banque FNB, et dans lequel MTN, son PCA et le chocolatier-confiseur Chococam ne sont que des victimes collatérales.

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