
Africa-Press – Cameroun. Les travaux de reconstruction de la route Babadjou-Bamenda piétinent depuis bientôt 4 longues années. Lancé officiellement en septembre 2017 par les autorités camerounaises et Sogea Satom (entreprise adjudicataire de ce projet routier) pour un montant global de 113 milliards de FCFA décaissé par la Banque Mondiale, le chantier affiche un taux de réalisation estimé à moins de 50%. Les raisons qui expliquent ce retard déraisonnable sont multiples. Si l’on s’en tient aux récentes déclarations du ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, il s’agit pour l’essentiel de l’insécurité qui règne dans la région du Nord-Ouest, en proie à une guerre indépendantiste depuis 5 ans.
SOGEA Satom pris au piège de l’insécurité
L’entreprise française à abandonner le chantier à deux reprises. La première défection a été signalée le 22 aout 2018, après l’incendie de quatre de ses engins par les miliciens séparatistes. La deuxième, un peu plus récente, est intervenue le 14 janvier 2021 après la restructuration des travaux par le gouvernement, qui a décidé de subdiviser ce tronçon long de 52 km en quatre sections distinctes, dont la réalisation a été confiée à 4 entreprises: (Babadjou-Matazem 17 km; Matazem – Welcome Bamenda 18km; Voie de contournement de la falaise de Bamenda 4,930 km; École des champions- agence de voyage amour mezam junction-finance junction- vétinary junction-hospital roundabout-food market-city chemist roundabout-vetinary junction 11,990 km).
Sogea Satom, qui a hérité du lot Babadjou Matazem, a décidé d’abandonner le chantier après l’attaque terroriste survenu au poste de contrôle de Matazem le 8 janvier dernier, coûtant la vie à 6 personnes dont 4 militaires. L’entreprise a manifesté son retrait du projet, convoquant un cas de force majeure en rapport avec la situation sécuritaire.
«Le directeur d’agence de Sogea Satom est venu m’informer de ce que son siège lui interdit désormais de se mobiliser dans cette zone parce qu’il y a cette insécurité. Le lendemain, il m’a saisi d’une correspondance dans laquelle il demande que je constate le cas de force majeure. Quand nous parlons d’un cas de force majeure, il y a des conséquences juridiques et financières. Si je prononce un cas de force majeure, suspension des travaux, je lui paie un certain nombre d’indemnités. L’entreprise a introduit des réclamations à hauteur de 4 milliards 800 mille FCFA, que nous avons entrepris d’examiner avec notre partenaire financier, la Banque Mondiale. Je dois vous dire qu’elle n’a pas encore accédé à toutes ses réclamations», a indiqué Emmanuel Nganou Djoumessi.
Les difficultés inhérentes au décaissement des fonds alloués au projet
En dehors de la problématique de l’insécurité, il y a également celle en rapport avec le décaissement du reste des fonds alloués à ce projet par la Banque Mondiale. Si l’on s’en tient aux informations relayées par le ministère des Travaux Publics, ce processus est ralenti par des erreurs techniques commises par l’une des entreprises mobilisées dans la section urbaine de Bamenda.
«Nous avons structuré l’axe routier en 4 lots pour aller vite, compte tenu du retard déja accusé. 4 lots pour 4 entreprises. Sogea Satom devant rester sur la section Babadjou-Matazem 17 km, elle a accepté. Nous devions chercher des entreprises locales ayant un ancrage social dans la région pour les autres sections. C’est-à-dire Matazem-Welcome to Bamenda (18km), la traversée de Bamenda (11,333 km), le contournement de Bamenda (4, 950 km). Nous avons identifié ces entreprises que nous avons proposées à notre partenaire financier. J’ai même donné des ordres de services à celles-ci pour les activités préliminaires. C’est-à-dire les projets d’exécution, la reconnaissance du site et pour les opérations de maintien de la circulation», a révélé le ministre des Travaux Publics.
À en croire le membre du gouvernement, l’une des entreprises sélectionnées n’a pas respecté le cahier de charges fourni par son ministère, en opérant des casses qui n’étaient pas prévues.
«Il se trouve que l’entreprise qui a été mobilisée sur la section urbaine est sortie des couloirs des travaux. Le couloir des travaux c’était 20 mètres, elle est allée au-delà de 20 mètres, et s’est retrouvé à 30 mètres. Ce qui a donc amené notre partenaire financier à suspendre les discussions avec nous, jusqu’à ce que le ministre des Travaux publics, qui est le maitre d’ouvrage, apporte des clarifications à la suite d’une plainte introduite par un cabinet d’avocats de Bamenda qui se plaignait de ce qu’il y a eu la démolition de 9 habitations», a-t-il ajouté.
Actuellement, l’heure est aux discussions avec la Banque Mondiale qui souhaite que des garanties lui soient apportées, notamment en ce qui concerne la cessation des casses et le remplacement de Sogea Satom. Si tout se passe sans anicroches, les fonds vont être décaissés d’ici peu et la nouvelle déclinaison du projet, qui prévoit la construction d’une station de pesage, d’une aire de repos, d’un poste de péage et de 52 km de routes pour desservir les bassins agricoles, pourra être implémentée à partir de fin juin-début juillet de cette année, a indiqué le MINTP.




