{"id":12093,"date":"2021-11-16T16:40:22","date_gmt":"2021-11-16T16:40:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/cameroun\/politique\/crises-et-combats-au-noso-la-part-de-verite-de-david-abouem-a-tchoyi"},"modified":"2021-11-16T18:41:37","modified_gmt":"2021-11-16T18:41:37","slug":"crises-et-combats-au-noso-la-part-de-verite-de-david-abouem-a-tchoyi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/cameroun\/politique\/crises-et-combats-au-noso-la-part-de-verite-de-david-abouem-a-tchoyi","title":{"rendered":"Crises et combats au NOSO:  la part de v\u00e9rit\u00e9 de David Abouem \u00e0 Tchoyi"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong>Africa-Press &#8211; Cameroun. <\/strong><\/span>Interpell\u00e9 sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision le soir du 31 D\u00e9cembre 2016 sur la \u00abquestion anglophone\u00bb, je me suis rendu compte que ce probl\u00e8me \u00e9tait brouill\u00e9 par de nombreuses id\u00e9es fausses. J\u2019ai donc estim\u00e9 devoir \u00e9crire un article pour restituer ma part de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>En toute humilit\u00e9, sans aucune pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9 ni, encore moi ns, au monopole de la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est de l\u2019\u00e9tranger que j\u2019ai suivi, non sans tristesse, les \u00e9v\u00e9nements qui secouent depuis quelques temps les r\u00e9gions du Nord-ouest et du Sud-ouest.<\/p>\n<p>Il ne m\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible d\u2019acc\u00e9der aux diff\u00e9rentes informations ni \u00e0 toutes les r\u00e9actions officielles relatives \u00e0 ces tristes \u00e9v\u00e9nements. Mais j\u2019ai une connaissance \u00e0 la fois directe et intime des probl\u00e8mes de ces deux r\u00e9gions, auxquelles m\u2019attachent d\u2019ailleurs des liens aussi forts que tendres : j\u2019y ai pass\u00e9 une dizaine d\u2019ann\u00e9es de ma carri\u00e8re administrative.<\/p>\n<p>Existe-t-il un probl\u00e8me anglophone au Cameroun ? Oui, assur\u00e9ment. Du moins si l\u2019on entend par \u00abanglophone\u00bb les populations originaires du Nord-ouest et du Sud-ouest, celles qui y vivent ou qui y ont v\u00e9cu, qu\u2019elles parlent anglais ou non, qu\u2019elles soient autochtones ou non, qu\u2019elles y soient install\u00e9es ou non. C\u2019est effectivement comme cela que la plupart des Camerounais per\u00e7oivent l\u2019\u00abanglophone\u00bb au Cameroun.<\/p>\n<p>M\u00eame ceux qui disent qu\u2019est \u201canglophone\u201d quiconque parle la langue anglaise ne citent que les ressortissants du Nord-ouest et du Sud-ouest lorsque, appel\u00e9s \u00e0 r\u00e9futer certaines revendications, ils en viennent \u00e0 \u00e9num\u00e9rer des postes occup\u00e9s par des anglophones. Pourtant, tous les membres du gouvernement actuel s\u2019expriment, sans difficult\u00e9s, en anglais. Seraient-ils * donc, tous, des anglophones ?<\/p>\n<p>Pour souci de simplification, j\u2019utiliserai le mot \u00abfrancophone\u00bb pour d\u00e9signer les Camerounais originaires de l\u2019ancien Etat sous tutelle fran\u00e7aise. \u00c9ruptions L\u2019on peut rester sourd \u00e0 des appels, fermer les yeux devant l\u2019\u00e9vidence, se claustrer dans le d\u00e9ni, ou m\u00eame penser comme le premier vice chancelier de l\u2019universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale du Cameroun qui, r\u00e9pondant \u00e0 cette question en 1964, eut cette phrase m\u00e9morable : \u00abil n\u2019y a pas de probl\u00e8me anglophone ; tous les anglophones apprennent tr\u00e8s vite le fran\u00e7ais\u00bb.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est nous tous qui, tr\u00e8s vite, pourrons \u00eatre rattrap\u00e9s par les r\u00e9alit\u00e9s. \u201cCe n\u2019est pas, non plus, un probl\u00e8me de vivre ensemble. N\u2019est-ce pas cette r\u00e9gion qui accueillit \u00e0 bras ouverts des milliers de Camerounais fuyant l\u2019indig\u00e9nat et les travaux forc\u00e9s? C\u2019est elle aussi qui donna refuge \u00e0 de nombreux up\u00e9cistes traqu\u00e9s par les forces coloniales. Des milliers d\u2019hommes et de femmes venus de pays africains y vivent et y prosp\u00e8rent, en toute harmonie\u201d.<\/p>\n<p>Alors, quel est le probl\u00e8me ? Comment se pose-t-il ? Pourquoi ces \u00e9ruptions r\u00e9currentes dans ces deux r\u00e9gions, parfois \u00e0 partir de faits anodins, comme si le feu couvait sous la cendre, n\u2019attendant que l\u2019occasion d\u2019\u00e9clater avec fureur ? Parce qu\u2019il y a, manifestement, un probl\u00e8me anglophone au Cameroun.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un probl\u00e8me entre anglophones et francophones : il n\u2019y a jamais eu de conflit opposant les compatriotes des deux rives du Mungo, sur la base des diff\u00e9rences linguistiques. Ce n\u2019est pas le rejet de ce qui vient du Cameroun francophone : aucune communaut\u00e9 du Nord-ouest ou du Sud-ouest ne s\u2019est jamais oppos\u00e9e \u00e0 la pratique, sur son territoire, des cultures et traditions Bassa, Beti, Bamil\u00e9k\u00e9, Peuhl, Sawa\u2026 ou d\u2019autres communaut\u00e9s de l\u2019ex Cameroun Oriental.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas, de la part de nos compatriotes de ces deux r\u00e9gions, une manie obsessionnelle et une volont\u00e9 maladive d\u2019exalter l\u2019h\u00e9ritage colonial anglo-saxon, ou de s\u2019y cramponner pour en exiger la prise en compte. Ce n\u2019est pas, et c\u2019est tr\u00e8s important, une volont\u00e9 de porter atteinte \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale, si l\u2019on excepte les manifestations extr\u00e9mistes sur lesquelles je reviendrai, comme celles appelant \u00e0 la s\u00e9cession. A l\u2019\u00e9poque de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral, le Cameroun n\u2019\u00e9tait pas moins uni qu\u2019aujourd\u2019hui. Le sentiment national \u00e9tait m\u00eame plus fort \u00e0 cette \u00e9poque, peut-\u00eatre parce que nous venions de reconqu\u00e9rir notre libert\u00e9.<\/p>\n<p>Quel est-t-il donc, ce probl\u00e8me ? Six facettes me viennent \u00e0 l\u2019esprit :<\/p>\n<p>1- La critique de l\u2019Etat centralis\u00e9.<\/p>\n<p>2- Le transfert des centres de d\u00e9cision de Yaound\u00e9, loin des populations et de leurs probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>3- Le non-respect des engagements relatifs \u00e0 la prise en compte, de mani\u00e8re \u00e9quitable, des cultures et traditions institutionnelles, juridiques, administratives\u2026h\u00e9rit\u00e9es des anciennes puissances administrantes.<\/p>\n<p>4- Le non-respect des promesses solennelles faites pendant la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire.<\/p>\n<p>5- Le changement du nom de l\u2019Etat : remplacement de \u00abla R\u00e9publique Unie du Cameroun\u00bb par \u00abla R\u00e9publique du Cameroun\u00bb.<\/p>\n<p>6- Le non-respect du bilinguisme dans le secteur public, bien que la Constitution fasse du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais deux langues officielles d\u2019\u00e9gale valeur.<\/p>\n<p>Je vais passer en revue, de mani\u00e8re cursive, ces diff\u00e9rentes facettes.<\/p>\n<p>1) Critique de l\u2019Etat centralis\u00e9<\/p>\n<p>Pour avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9es des importantes comp\u00e9tences qu\u2019exer\u00e7ait, en toute autonomie, l\u2019Etat du Cameroun occidental, nombre de compatriotes de cette partie du territoire ont d\u00e9velopp\u00e9 un profond sentiment de nostalgie, de malaise, de frustration et d\u2019inconfort. Ce sentiment s\u2019est accentu\u00e9 au fil des ann\u00e9es qui ont suivi l\u2019av\u00e8nement de l\u2019Etat Unitaire. Ce n\u2019est point la simple nostalgie d\u2019une \u00e9poque de r\u00eave plus ou moins r\u00e9volue.<\/p>\n<p>C\u2019est la comparaison entre la qualit\u00e9 de la gouvernance publique pratiqu\u00e9e depuis 1972 et celle qui fut en honneur dans l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 du Cameroun occidental qui conduit, syst\u00e9matiquement, un grand nombre d\u2019acteurs \u00e0 pourfendre la premi\u00e8re et \u00e0 regretter la deuxi\u00e8me, dont plusieurs souhaitent le r\u00e9tablissement. Ce sentiment est r\u00e9el m\u00eame chez ceux qui n\u2019ont pas connu le self-government du Cameroun occidental en tant qu\u2019Etat f\u00e9d\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>On peut gloser \u00e0 l\u2019infini sur les conclusions de la Conf\u00e9rence de Foumban de juillet 1961. Il est juste de reconna\u00eetre qu\u2019elle a accord\u00e9 des pouvoirs tr\u00e8s importants aux Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, sur une liste de mati\u00e8res tout aussi importantes qu\u2019ils \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 g\u00e9rer en toute autonomie. Les Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s disposaient de comp\u00e9tences larges et exclusives sur des mati\u00e8res importantes telles que l\u2019int\u00e9rieur, l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire, la D\u00e9centralisation, le D\u00e9veloppement rural et<\/p>\n<p>communautaire, l\u2019Agriculture, l\u2019\u00c9levage, les p\u00eaches, les Travaux Publics, les Coop\u00e9ratives, l\u2019Enseignement primaire et maternel, l\u2019\u00c9nergie et l\u2019eau, les domaines et le Cadastre, la Gestion de ressources naturelles, les finances f\u00e9d\u00e9r\u00e9es, etc. Chaque \u00c9tat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 disposait de sa fonction publique qu\u2019elle g\u00e9rait souverainement.<\/p>\n<p>Celle du Cameroun Occidental \u00e9tait g\u00e9r\u00e9e avec l\u2019aide de la \u00abPublic Service Commission\u00bb, sorte de Conseil sup\u00e9rieur de la fonction publique, charg\u00e9e de veiller \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 des nominations et promotions ainsi qu\u2019au respect des principes d\u00e9ontologiques dans la gestion des carri\u00e8res. La gestion de ressources naturelles par les futurs \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s \u00e9tait d\u2019une sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re en juillet 1961.<\/p>\n<p>Dans des entretiens s\u00e9par\u00e9s, J.N. Foncha, S.T. Muna et A.N. Jua m\u2019ont affirm\u00e9 qu\u2019elle avait fait l\u2019objet d\u2019\u00e2pres discussions avec la d\u00e9l\u00e9gation de la R\u00e9publique du Cameroun \u00e0 Foumban, puis en apart\u00e9 avec le pr\u00e9sident Ahidjo. Ils ne voulaient pas que d\u2019\u00e9ventuels accords pr\u00e9c\u00e9demment sign\u00e9s avec la France puissent s\u2019appliquer \u00e0 l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 du Cameroun occidental.<\/p>\n<p>Selon eux, c\u2019est \u00e9galement dans la perspective du partage des revenus provenant de l\u2019exploitation de certaines ressources naturelles (mines et hydrocarbures notamment) qu\u2019ils ont exig\u00e9 et obtenu que le chiffre de la population de chaque Etat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 soit clairement mentionn\u00e9 dans le texte de la Constitution f\u00e9d\u00e9rale du 1er Septembre 1961. Le Cameroun a \u00e9t\u00e9 \u2018consid\u00e9r\u00e9 comme une curiosit\u00e9 sur le plan constitutionnel, avec un r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel fort et sans contrepoids au niveau f\u00e9d\u00e9ral, mais un r\u00e9gime parlementaire classique au niveau des Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Au Cameroun oriental, le parlementarisme classique n\u2019a pas pu fonctionner malgr\u00e9 les dispositions de la Constitution de cet Etat, \u00e0 cause de l\u2019unification des partis politiques et du fait que le pr\u00e9sident Ahidjo a continu\u00e9 d\u2019exercer une influence quotidienne sur la gestion des affaires publiques dans cette partie du territoire qu\u2019il dirigeait d\u00e9j\u00e0 comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique avant la R\u00e9unification.<\/p>\n<p>On se rappelle la lettre de d\u00e9mission d\u2019un ancien Premier Ministre du Cameroun Oriental, Vincent de Paul Ahanda, dans laquelle il laissait entendre que le pr\u00e9sident Ahidjo ne le laissait pas assumer ses responsabilit\u00e9s. Mais au Cameroun Occidental, la d\u00e9mocratie parlementaire s\u2019exer\u00e7ait pleinement, dans le respect de la Constitution de cet Etat.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections \u00e9taient organis\u00e9es par une commission \u00e9lectorale ind\u00e9pendante cr\u00e9\u00e9e par une loi f\u00e9d\u00e9rale de novembre 1961,-la toute premi\u00e8re dans un pays ayant le fran\u00e7ais en partage. Par sa composition, le mode de d\u00e9signation de ses membres et ses r\u00e8gles de fonctionnement, elle \u00e9tait r\u00e9ellement ind\u00e9pendante de l\u2019Ex\u00e9cutif et du L\u00e9gislatif. Son Pr\u00e9sident, Justice Asonganyi me l\u2019a confirm\u00e9 au cours d\u2019un entretien \u00e0 Bamenda. Le gouvernement devait \u00eatre investi par le parlement avant qu\u2019il n\u2019entre en fonction et il \u00e9tait responsable devant celui-ci.<\/p>\n<p>Le parlement, compos\u00e9 de deux chambres -House of Assembly et House of Chiefs \u00e9tait jaloux de ses pr\u00e9rogatives. Le pr\u00e9sident Ahidjo lui-m\u00eame, malgr\u00e9 toute l\u2019autorit\u00e9 qu\u2019il avarit, s\u2019en est rendu compte \u00e0 plusieurs reprises, notamment en 1966. A la suite des \u00e9lections l\u00e9gislatives organis\u00e9es cette ann\u00e9e, le KNDP disposait du plus grand nombre de d\u00e9put\u00e9s \u00e0 la House of Assembly. Mais son Pr\u00e9sident, J.N. Foncha, jusque-l\u00e0 Vice-Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale et Premier Ministre du Cameroun Occidental, ne pouvait plus cumuler ces deux fonctions, en vertu d\u2019une loi r\u00e9cemment vot\u00e9e.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Ahidjo a d\u00e9cid\u00e9 de le remplacer par l\u2019honorable S.T. Muna qu\u2019il estimait plus f\u00e9d\u00e9raliste que le N\u00b02, Augustine Ngom Jua. Mais le parlement lui a envoy\u00e9 un message ferme selon lequel il refuserait l\u2019investiture \u00e0 un gouvernement dirig\u00e9 par un parti minoritaire. Ahidjo fut contraint de nommer \u00e0 ce poste l\u2019honorable Augustine Ngom Jua vice- pr\u00e9sident du KNDP dont les penchants autonomistes l\u2019irritaient.<\/p>\n<p>Des incidents n\u2019ont d\u2019ailleurs pas tard\u00e9. D\u2019abord entre le Premier Ministre et l\u2019inspecteur F\u00e9d\u00e9ral de l\u2019Administration pour la r\u00e9gion du Cameroun Occidental, on dirait aujourd\u2019hui Gouverneur- qu\u2019il consid\u00e9rait comme \u00e9tant sur son territoire. Puis entre la Police, force f\u00e9d\u00e9r\u00e9e plac\u00e9e sous l\u2019autorit\u00e9 du Premier Ministre, et la Gendarmerie nationale, force f\u00e9d\u00e9rale, qui faillirent en venir \u00e0 une confrontation arm\u00e9e !<\/p>\n<p>Des acteurs et t\u00e9moins de ces incidents sont encore vivants. Frustrations Le fait que tout cela ait \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 sans \u00eatre remplac\u00e9, sur le plan manag\u00e9rial, par quelque chose de meilleur ni m\u00eame d\u2019aussi bon, a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 les frustrations et les revendications dont nous vivons encore les effets aujourd\u2019hui. Les nominations dans* la haute administration et le secteur parapublic, par exemple, ne r\u00e9pondaient plus \u00e0 une rationalit\u00e9 lisible, et les anglophones se sont sentis marginalis\u00e9s.<\/p>\n<p>Alors que, jusque-l\u00e0, tout se faisait sur place au Cameroun Occidental, il fallait d\u00e9sormais se rendre \u00e0 Yaound\u00e9 pour \u00absuivre les dossiers\u00bb. Nos compatriotes de cette partie du territoire national venaient avec la conviction que les fonctionnaires- civil servants- \u00e9taient effectivement au service des usagers. Ils \u00e9taient ahuris d\u00e8s l\u2019accueil qui leur \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 par les agents publics qui, malgr\u00e9 le caract\u00e8re bilingue de l\u2019Etat, les obligeaient de baragouiner un franglais \u00e0 peine intelligible, souvent au milieu des rires et des quolibets.<\/p>\n<p>2) Le transfert des centres de d\u00e9cision \u00e0 Yaound\u00e9.<\/p>\n<p>Les centres de d\u00e9cision, jadis proches des populations et de leurs probl\u00e8mes, ont tous \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s loin de ceux-ci pour \u00eatre concentr\u00e9s \u00e0 Yaound\u00e9. Cons\u00e9quences : une hyper centralisation, d\u2019exasp\u00e9rantes lenteurs, de multiples inefficacit\u00e9s dans la gestion publique, l\u2019absence de redevabilit\u00e9 des dirigeants vis-\u00e0-vis des populations qu\u2019ils ont mission de servir. Deux exemples suffiront pour l\u2019illustrer. Le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de centraliser au Parc National de Mat\u00e9riel de G\u00e9nie Civil (PNMGC) \u00e0 Yaound\u00e9 tout le mat\u00e9riel de g\u00e9nie civil jusque-l\u00e0 d\u00e9tenu par les subdivisions des travaux publics, dans les chefs- lieux des r\u00e9gions et certains chefs-lieux des d\u00e9partements.<\/p>\n<p>Tous les engins en bon \u00e9tat de l\u2019ancien Public Works Department (PWD) du Cameroun Occidental furent ainsi transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 Yaound\u00e9, pour* \u00eatre d\u00e9sormais mis en location par le PNMGC. Or, les agents,du PWD, qui ma\u00eetrisaient le rythme des saisons, commen\u00e7aient l\u2019entretien routier deux ou trois pluies avant l\u2019arriv\u00e9e de la saison s\u00e8che, pour consolider la chauss\u00e9e. Ils ont donc voulu faire la m\u00eame chose, l\u2019ann\u00e9e qui a suivi cette centralisation.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019ils ont demand\u00e9 \u00e0 louer des engins au PNMGC, y compris ceux qui leur appartenaient en toute propri\u00e9t\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t, ils se sont entendu r\u00e9pondre que les engins \u00e9taient sur d\u2019autres chantiers ; que les porte chars \u00e9taient en panne ; que le \u00abcarton\u00bb confirmant l\u2019engagement de leurs d\u00e9penses n\u2019\u00e9tait pas encore sorti du Minist\u00e8re des finances ; ou d\u2019autres raisons encore.<\/p>\n<p>Devant l\u2019\u00c9tat d\u00e9plorable du r\u00e9seau routier qui empirait, les populations ont menac\u00e9 de se r\u00e9volter bruyamment. Il a fallu remonter jusqu\u2019au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 \u00e0 toutes les portes sans succ\u00e8s, pour qu\u2019un d\u00e9but de solution soit trouv\u00e9 \u00e0 ce probl\u00e8me qui devenait explosif. Centralisation, quand tu nous tiens ! Deuxi\u00e8me exemple : le transfert \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Nationale des Eaux du Cameroun (SNEC), de la gestion des adductions d\u2019eau jusque-l\u00e0 assur\u00e9e par certaines communes. Cette d\u00e9cision du gouvernement na m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9e aux populations.<\/p>\n<p>Or, les adductions d\u2019eau avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es sur leurs fonds propres par les communes et les communaut\u00e9s villageoises, avec ou sans l\u2019appui de certains partenaires ext\u00e9rieurs. Venue pour en assurer la gestion et sans y avoir investi le moindre franc, la SNEC a pris, comme une de ses premi\u00e8res d\u00e9cisions, de r\u00e9duire le nombre de bornes fontaines. Dans la ville de Kumbo, la r\u00e9volte a failli se transformer en \u00e9meutes.<\/p>\n<p>Le maire UNC de la ville eut beau expliquer que les canalisations avaient \u00e9t\u00e9 financ\u00e9es par les populations b\u00e9n\u00e9ficiaires elles-m\u00eames, que celles-ci payaient r\u00e9guli\u00e8rement leurs quittances \u00e0 la commune, qu\u2019il \u00e9tait dangereux pour la sant\u00e9 des populations de . les priver d\u2019eau potable,\u2026rien n\u2019y fit. Un mot d\u2019ordre se r\u00e9pandit alors comme une train\u00e9e de poudre : \u00abBeware of the snake! It has come to bite and kill\u00bb. Jeu de mots ironique u partir du mot SNEC. Ces populations en col\u00e8re furent accus\u00e9es de \u00abr\u00e9bellion contre l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tablie\u00bb. Il a fallu remonter jusqu\u2019au niveau du gouvernement pour qu\u2019une solution soit trouv\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me de bornes fontaines dans des communaut\u00e9s de l\u2019arri\u00e8re-pays.<\/p>\n<p>Centralisation, quand tu nous tiens ! Des cas de cette nature et d\u2019autres sujets de m\u00e9contentement se son.t multipli\u00e9s. Il ne s\u2019agissait pas, bien \u00e9videmment, d\u2019une volont\u00e9 malicieuse du Pouvoir central, mais plut\u00f4t d\u2019une opposition entre deux cultures administratives : l\u2019une, aux r\u00e9flexes instinctivement centralisateurs, et l\u2019autre, fonctionnant par nature sur le principe de la responsabilisation \u00e0 diff\u00e9rents \u00e9chelons hi\u00e9rarchiques des organisations.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de remarquer que les populations francophones, qui subissaient les m\u00eames effets de cette hypercentralisation, n\u2019ont pas eu les m\u00eames r\u00e9actions. Encore un probl\u00e8me culturel. En effet, et nos fr\u00e8res anglophones pourraient le comprendre sans difficult\u00e9, les francophones posent de nombreux actes sans m\u00eame se rendre compte qu\u2019ils indisposent, et pas du tout par m\u00e9chancet\u00e9. Je prends l\u2019exemple des noms de nos circonscriptions administratives.<\/p>\n<p>Lors de la cr\u00e9ation des r\u00e9gions en 1962, les circonscriptions administratives jadis connues sous les noms de \u00abr\u00e9gion Bamil\u00e9k\u00e9\u00bb et \u00abr\u00e9gion Bamoun\u00bb ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9es pour constituer la r\u00e9gion administrative de l\u2019Ouest. A juste titre, parce que c\u2019\u00e9tait l\u2019Ouest du Cameroun Oriental. Mais l\u2019ouest du territoire de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral, c\u2019\u00e9tait le Cameroun occidental, appel\u00e9 \u00e0 juste titre l\u00e0 aussi, \u00abWest Cameroon\u00bb.<\/p>\n<p>Lors de la transformation des r\u00e9gions en provinces en 1972, celle de l\u2019Ouest est devenue la province de l\u2019Ouest, alors que le Cameroun oriental venait de disparaitre ! Notre pays est ainsi le seul au monde o\u00f9 le Nord-ouest et le Sud-ouest sont contigus ! Alors que, comme nos instituteurs nous l\u2019ont appris, entre le Nord-ouest et le Sud-ouest, s\u2019\u00e9tend l\u2019Ouest. Pour mieux faire comprendre ce que ressentent nos fr\u00e8res anglophones, inversons la situation.<\/p>\n<p>Le 1er janvier 1960, le Southern Cameroon devient ind\u00e9pendant. Il n\u00e9gocie les conditions de la r\u00e9unification avec le Cameroun francophone. Cette r\u00e9unification est r\u00e9alis\u00e9e le 1er octobre 1961. Lors des n\u00e9gociations, le Cameroun francophone obtient la garantie que la forme f\u00e9d\u00e9rale de l\u2019Etat serait \u00e0 jamais intangible. Un article de la Constitution f\u00e9d\u00e9rale du 1er septembre 1961 consacre cette garantie. Il est tout de m\u00eame mis fin \u00e0 l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral le 20 mai 1972, et un Etat unitaire est institu\u00e9.<\/p>\n<p>De Kribi \u00e0 Ndikinim\u00e9ki, de Batouri \u00e0 Tibati, de Poli \u00e0 Kouss\u00e9ri\u2026. les populations sont d\u00e9sormais oblig\u00e9es de se rendre \u00e0 Bu\u00e9a pour suivre leurs dossiers. Il leur est exig\u00e9 de s\u2019exprimer en anglais. Devant des agents publics hautains et goguenards, prompts \u00e0 les tourner en d\u00e9rision, m\u00eame ceux qui n\u2019ont jamais appris l\u2019anglais se voient oblig\u00e9s de baragouiner un camfranglais difficilement intelligible\u2026 Qui pourrait, honn\u00eatement, soutenir que les francophones se seraient satisfaits d\u2019une telle situation, au point de s\u2019y complaire et de se taire ?<\/p>\n<p>3) Le non-respect des promesses solennelles faites pendant la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire.<\/p>\n<p>Les promesses faites pendant la campagne pour le \u00abOui\u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum et qui avaient d\u00e9termin\u00e9 un grand nombre d\u2019\u00e9lecteurs \u00e0 voter dans ce sens le 20 mai 1972, ont \u00e0 peine \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es. C\u2019est notamment le cas pour l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du d\u00e9veloppement qui, dans ces deux r\u00e9gions, devait r\u00e9sulter des \u00e9conomies r\u00e9alis\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la suppression des institutions et organismes des Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Les mandataires du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et du parti de l\u2019UNC avaient effectivement promis le bitumage des routes, la construction de barrages, l\u2019urbanisation des villes, le d\u00e9veloppement des zones frontali\u00e8res, etc. J\u2019ai personnellement assist\u00e9 \u00e0 certains de ces discours, ayant fait partie de l\u2019\u00e9quipe du Secr\u00e9taire Politique de l\u2019UNC et Ministre de l\u2019Administration Territoriale F\u00e9d\u00e9rale (je servais alors comme directeur de l\u2019organisation du territoire dans ce minist\u00e8re).<\/p>\n<p>4)Le non-respect des engagements relatifs \u00e0 la prise en compte, de mani\u00e8re \u00e9quitable, des cultures et traditions institutionnelles, juridiques, administratives,..h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation.<\/p>\n<p>Qu\u2019on le veuille ou non, la colonisation britannique, tout comme la colonisation fran\u00e7aise, a produit une culture et des traditions institutionnelles, politiques, administratives, manag\u00e9riales et autres. Elle a aussi fa\u00e7onn\u00e9 des mani\u00e8res de raisonner et de vivre. Il \u00e9tait donc n\u00e9cessaire de prendre en compte, de mani\u00e8re \u00e9quitable, malgr\u00e9 la fin de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral, ce double h\u00e9ritage des syst\u00e8mes anglo-saxon et fran\u00e7ais. L\u2019Etat du Cameroun s\u2019y \u00e9tait engag\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, au lendemain de l\u2019institution de l\u2019Etat unitaire, le discours politique mit un accent appuy\u00e9 sur le caract\u00e8re bilingue et pluriculturel de l\u2019Etat. Il \u00e9tait affirm\u00e9, de mani\u00e8re emphatique, que la prise en compte des \u00e9l\u00e9ments positifs de notre double h\u00e9ritage colonial viendrait enrichir les valeurs positives de nos traditions multis\u00e9culaires, s\u00e8ve vivifiante de notre marche vers le progr\u00e8s.<\/p>\n<p>Le Conseil National de l\u2019Enseignement Sup\u00e9rieur et de la Recherche Scientifique, ainsi que le Conseil National des Affaires Culturelles, organis\u00e9s en 1974, contribu\u00e8rent \u00e0 d\u00e9finir le profil de ce nouveau Camerounais C\u2019\u00e9tait aussi un des engagements forts pris par le Pr\u00e9sident AHIDJO aupr\u00e8s de S.T. MUNA et de J.N. FONCHA, lorsqu\u2019il les a consult\u00e9s sur l\u2019institution imm\u00e9diate d\u2019un Etat unitaire avant de prononcer son discours du 06 mai 1972. Ces deux anciens Vice-Pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique me l\u2019ont affirm\u00e9, au cours d\u2019entretiens dans leurs r\u00e9sidences.<\/p>\n<p>Aux yeux de certaines populations du Nord-ouest et du Sud-ouest, cet engagement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 Les compatriotes francophones reprochent souvent \u00e0 leurs fr\u00e8res anglophones leur penchant \u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer, de mani\u00e8re quasi obsessionnelle, \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage colonial anglo-saxon, comme si c\u2019est l\u2019h\u00e9ritage colonial qui devait structurer les relations entre des communaut\u00e9s depuis longtemps unies par de liens multiples, avant m\u00eame le d\u00e9but de la colonisation. Dans le m\u00eame temps, ils recourent avec d\u00e9lectation \u00e0 \u00ableur\u00bb h\u00e9ritage colonial fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Notre Constitution, nos institutions, notre organisation administrative, notre syst\u00e8me de d\u00e9centralisation, notre r\u00e9gime financier, l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de nos textes l\u00e9gislatifs et r\u00e9glementaires\u2026 sont issus de* l\u2019h\u00e9ritage colonial fran\u00e7ais. Parfois . m\u00eame, nous nous livrons \u00e0 de simples transpositions, certaines pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 la photocopie, comme lors de la mise en place de l\u2019Observatoire National des Elections (ONEL).<\/p>\n<p>Pourtant, nous aurions pu et nous pouvons toujours capitaliser cet h\u00e9ritage multiculturel, pour donner \u00e0 notre pays des normes plus appropri\u00e9es et de meilleure qualit\u00e9. Notre Code de Proc\u00e9dure P\u00e9nale n\u2019est-il pas l\u00e0 pour en donner une preuve \u00e9loquente ? Ce penchant pour le mim\u00e9tisme institutionnel a pouss\u00e9 des mouvements contestataires comme le \u00abCameroon Action Movement\u00bb \u00e0 affirmer que le Cameroun francophone poursuivait, par procuration, la colonisation fran\u00e7aise au Cameroun occidental.<\/p>\n<p>Surgi en 1979, et probablement bas\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ce mouvement a fait circuler de nombreux tracts au Cameroun, la plupart post\u00e9s du Canada et des \u00c9tats unis. Ces tracts d\u00e9non\u00e7aient p\u00eale-m\u00eale, la marginalisation des anglophones, trait\u00e9s comme des citoyens de seconde zone ; la francisation du Cameroun, au m\u00e9pris de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des deux h\u00e9ritages coloniaux ; la transformation de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale en simple chambre d\u2019enregistrement,<\/p>\n<p>contrairement \u00e0 ce qui se passait au Cameroun occidental ; une centralisation excessive ; la multiplicit\u00e9 et la complexit\u00e9 des proc\u00e9dures ; l\u2019abandon des priorit\u00e9s de d\u00e9veloppement qui \u00e9taient celles du Cameroun occidental avant l\u2019unification, avec comme cons\u00e9quence, le ralentissement du d\u00e9veloppement dans cette partie du territoire ; etc. Conscient de l\u2019impact de ces messages dont les supports s\u2019accumulaient, le Pr\u00e9sident AHIDJO d\u00e9p\u00eacha \u00e0 Bamenda et \u00e0<\/p>\n<p>Bu\u00e9a de fortes d\u00e9l\u00e9gations compos\u00e9es de membres du gouvernement, du bureau politique et du comit\u00e9 central de l\u2019UNC. Leur mission \u00e9tait de restituer les faits dans leur v\u00e9rit\u00e9, de donner des explications aux populations, de mettre celles-ci en garde contre la nocivit\u00e9 de tels messages, et de faire baisser la tension.<\/p>\n<p>Puis il mit en place un comit\u00e9 ad hoc de haut niveau, pour mener une r\u00e9flexion sur le probl\u00e8me anglophone. Seuls trois des membres de ce comit\u00e9 sont encore en vie, par la gr\u00e2ce de Dieu: S.E.M. Paul Biya, alors Premier Ministre ; Mme Dorothy Limunga Njeuma, alors Vice-Ministre de l\u2019\u00c9ducation Nationale ; moi-m\u00eame, alors Gouverneur de la Province du Nord-ouest.<\/p>\n<p>Tous les autres nous ont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Je citerai de m\u00e9moire : Solomon Tandeng Muna, Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, Pr\u00e9sident du Comit\u00e9 ; les Ministres d\u2019Etat\/Ministres Samuel Eboua ; Sadou Daoudou ; Victor Ayissi Mvodo ; Emmanuel Egb\u00e9 Tabi ; Namata Elangw\u00e9 ; Christian Songwe Bongwa ; Joseph Chongwain Awunti ; le d\u00e9put\u00e9 et Secr\u00e9taire Administratif de l\u2019UNC, Thomas Ebongalam\u00e9 ; le Secr\u00e9taire Permanent \u00e0 la D\u00e9fense Nationale, Samuel Kam\u00e9 ; le Directeur G\u00e9n\u00e9ral de la DIRDOC, Jean Fochiv\u00e9 ; le gouverneur du Sud-ouest ; Fon Fosi Yakum Ntaw\u2026. Je fus d\u00e9sign\u00e9 rapporteur de ce Comit\u00e9.<\/p>\n<p>Le secret professionnel m\u2019interdit de divulguer ici les\u2019 constats, conclusions et recommandations contenus dans notre rapport. Toutefois, par respect pour la v\u00e9rit\u00e9 historique, je dois signaler qu\u2019aucun des membres de ce comit\u00e9 n\u2019\u00e9mit le moindre doute sur l\u2019existence d\u2019un probl\u00e8me anglophone au Cameroun. Les travaux dur\u00e8rent toute une semaine. Apr\u00e8s lecture de notre rapport, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9cida de recevoir, individuellement, chacun des membres de ce comit\u00e9.<\/p>\n<p>Je me rappelle qu\u2019\u00e0 cette occasion, il me donna longuement son point de vue sur les diff\u00e9rents contours de cette question, avant de solliciter de ma part des propositions concr\u00e8tes sur les aspects sp\u00e9cifiques \u00e0 ma province. Reconnu \u00e0 l\u2019\u00e9poque comme r\u00e9el par les plus hautes autorit\u00e9s de l\u2019Etat, le probl\u00e8me anglophone aurait-il disparu, comme par enchantement ? Certainement pas. D\u2019autant moins que certains faits sont venus s\u2019ajouter a une situation d\u00e9j\u00e0 complexe.<\/p>\n<p>5) Le changement du nom de l\u2019\u00c9tat: remplacement de \u00abla R\u00e9publique Unie du Cameroun\u00bb Par \u00abla R\u00e9publique du Cameroun \u00bb<\/p>\n<p>A son accession \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019ancien \u00c9tat sous tutelle fran\u00e7aise avait pris le nom de \u00abR\u00e9publique du Cameroun\u00bb. C\u2019est avec la R\u00e9publique du Cameroun que le Southern Cameroon a n\u00e9goci\u00e9 les conditions de la r\u00e9unification. A l\u2019av\u00e8nement de celle-ci, la R\u00e9publique du Cameroun est devenue l\u2019Etat F\u00e9d\u00e9r\u00e9 du Cameroun<\/p>\n<p>Oriental, et le Southern Cameroon, l\u2019Etat F\u00e9d\u00e9r\u00e9 du Cameroun Occidental, au sein de la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale. Le Changement de nom de l\u2019Etat en 1984-abandon de la R\u00e9publique Unie du Cameroun et retour \u00e0 la R\u00e9publique du Cameroun- a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u dans de nombreux milieux comme une simple phagocytose de l\u2019ancien Cameroun Occidental par l\u2019ancien Cameroun Oriental. Les plus pessimistes y ont vu une volont\u00e9 manifeste de faire dispara\u00eetre, m\u00eame sur le plan des symboles, -la contribution de l\u2019ancien Cameroun Occidental \u00e0 la R\u00e9unification et \u00e0 la construction d\u2019une nation plus grande.<\/p>\n<p>Ce changement de nom a aussi fait resurgir, chez de tr\u00e8s nombreux compatriotes du Nord-ouest et du Sud-ouest, le sentiment de constituer une \u00abentit\u00e9 distincte\u00bb. Celle dont les populations, souverainement, avaient \u2019 choisi de retrouver des fr\u00e8res et s\u0153urs d\u2019une autre \u00abentit\u00e9\u00bb dont elles avaient \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s, afin que les deux vivent en harmonie et dans l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour les extr\u00e9mistes, il fallait donc, non seulement r\u00e9sister \u00e0 \u00abcette phagocytose\u00bb, mais aussi p\u00e9renniser cette \u00abentit\u00e9\u00bb \u00e0 travers un nom qui rappellerait l\u2019histoire de cette partie du territoire national. Le nom \u00abAmbazonia\u00bb paraissait r\u00e9pondre \u00e0 ce souci. D\u2019o\u00f9 vient ce nom ? Avant que des explorateurs portugais n\u2019atteignent le Wouri et ne lui donnent le nom de \u00abRio dos Cameroes\u00bb, ils avaient accost\u00e9 dans la baie de Limb\u00e9. Le saint du jour \u00e9tait Saint Ambroise, dans le calendrier Julien (nous sommes en 1492).<\/p>\n<p>Ils donn\u00e8rent donc \u00e0 cette baie le nom d\u2019 \u00abAmbass Bahia\u00bb, la Baie Ambroise. Sous l\u2019influence de l\u2019anglais, ce nom devint \u00abAmbass Bay\u00bb. C\u2019est l\u2019origine de la danse dont l\u2019orthographe a \u00e9t\u00e9 francis\u00e9e pour devenir \u00abambass-b\u00e9\u00bb ou \u00abambassib\u00e9\u00bb ou autre chose encore. Mais le nom d\u2019Ambazonia ne fit pas l\u2019unanimit\u00e9. D\u2019o\u00f9 le retour \u00e0 celui de \u00abSouthern Cameroon\u00bb. Par souci de v\u00e9rit\u00e9, il .convient de pr\u00e9ciser que les inspirateurs de ce changement de nom \u00e9taient de bonne foi : j\u2019en ai discut\u00e9 avec certains d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>Brillants universitaires fraichement int\u00e9gr\u00e9s dans les cercles strat\u00e9giques de d\u00e9cision au sommet de l\u2019Etat, ils \u00e9taient encore peu inform\u00e9s de certaines r\u00e9alit\u00e9s du Cameroun profond, et seulement en train de d\u00e9velopper le r\u00e9flexe de les convoquer lors de la pr\u00e9paration des d\u00e9cisions des autorit\u00e9s publiques , afin d\u2019en garantir une saine r\u00e9ception par les diff\u00e9rents segments du corps social.<\/p>\n<p>A aucun moment, il ne leur \u00e9tait venu \u00e0 l\u2019esprit de mettre mal \u00e0 l\u2019aise une partie de leurs compatriotes. Leur raisonnement \u00e9tait plut\u00f4t le suivant. L\u2019unit\u00e9 nationale avait \u00e9t\u00e9 le cr\u00e9do des Pouvoirs Publics sous l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral et la R\u00e9publique Unie. L\u2019\u00e9lection du Pr\u00e9sident Biya \u00e0 la fin du mois de d\u00e9cembre 1983 a marqu\u00e9 l\u2019entr\u00e9e du Cameroun dans l\u2019\u00e8re du Renouveau National.<\/p>\n<p>Le Renouveau national postulant qu\u2019il fallait passer de l\u2019unit\u00e9 nationale \u00e0 sa phase sup\u00e9rieure, l\u2019int\u00e9gration nationale, ce passage constituait une v\u00e9ritable mutation, qui devait \u00eatre refl\u00e9t\u00e9e \u00e0 travers le nom m\u00eame de l\u2019Etat. La R\u00e9publique Unie du Cameroun devrait donc \u00abdevenir\u00bb la R\u00e9publique du Cameroun. Le projet de loi d\u00e9pos\u00e9 sur le bureau de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale \u00e9tait ainsi r\u00e9dig\u00e9 : \u00abA compter de la date de promulgation de la pr\u00e9sente loi, la R\u00e9publique Unie du Cameroun devient la<\/p>\n<p>R\u00e9publique du Cameroun\u00bb. C\u2019est un amendement parlementaire qui a abouti \u00e0 la formulation actuelle \u00ab\u2026la R\u00e9publique Unie du Cameroun prend la d\u00e9nomination de R\u00e9publique du Cameroun\u00bb ; formulation du reste incorrecte, sur le plan l\u00e9gistique. Les inspirateurs de ce projet ne s\u2019\u00e9taient pas rendu compte de ce qu\u2019au lieu d\u2019une mutation, il s\u2019agissait plut\u00f4t d\u2019un retour au nom de l\u2019\u00c9tat du Cameroun sous tutelle fran\u00e7aise \u00e0 son accession \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, un quart de si\u00e8cle auparavant. Le d\u00e9p\u00f4t de ce projet de loi mit en \u00e9moi de nombreuses personnes dans les provinces du Nord-ouest et du Sud-ouest.<\/p>\n<p>A Bu\u00e9a o\u00f9 je servais alors, j\u2019ai personnellement \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 par des dizaines de personnes, y compris des responsables de l\u2019UNC, qui demandaient le sens, l\u2019opportunit\u00e9 et la justification de ce retour \u00e0 la situation d\u2019avant la R\u00e9unification. A Yaound\u00e9, les ministres originaires des deux provinces anglophones \u00e9taient tous contrari\u00e9s.<\/p>\n<p>Plusieurs sont en vie et peuvent en t\u00e9moigner. Certains d\u00e9put\u00e9s originaires du Nord-ouest et du Sud-ouest ont m\u00eame pr\u00e9conis\u00e9 une fronde ouverte, et recommand\u00e9 un vote n\u00e9gatif. Ils se retrouv\u00e8rent tous autour du Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale, le Tr\u00e8s Honorable S.T. Muna.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des \u00e9changes longs et anim\u00e9s, ils se ralli\u00e8rent \u00e0 la position du Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e et d\u2019autres d\u00e9put\u00e9s mod\u00e9r\u00e9s qui trouvaient inopportun de soulever un vent de fronde, en raison des circonstances du moment. Leur argument \u00e9tait \u00e0 la fois logique et patriotique. Constatant que le conflit entre l\u2019ancien Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et son successeur avait atteint des proportions pr\u00e9occupantes, ils estimaient qu\u2019un vent de fronde dans les provinces anglophones, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, fragiliserait sans nul doute le nouveau<\/p>\n<p>Pr\u00e9sident, et donnerait des arguments \u00e0 ceux qui s\u2019opposaient \u00e0 lui. 6 Avril 1984 Ils renonc\u00e8rent \u00e0 la fronde, mais charg\u00e8rent le Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale d\u2019attirer l\u2019attention du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sur l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des populations dans leurs circonscriptions \u00e9lectorales, et de lui demander de trouver, avec la sagesse de p\u00e8re de la Nation, une solution satisfaisante pour tous.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9occupations relatives \u00e0 cette loi ne s\u2019estomp\u00e8rent qu\u2019\u00e0 cause de la survenance, dans cette p\u00e9riode troubl\u00e9e, d\u2019\u00e9v\u00e9nements graves : la condamnation \u00e0 mort de l\u2019ancien pr\u00e9sident de la r\u00e9publique, et la mutinerie de la Garde R\u00e9publicaine le 06 avril 1984. Tout le monde comprit qu\u2019en des temps pareils, le peuple tout entier devait faire front derri\u00e8re ses dirigeants.<\/p>\n<p>6) Le non-respect du bilinguisme dans le secteur public, bien que la Constitution fasse du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais deux langues officielles d\u2019\u00e9gale valeur.<\/p>\n<p>Des six facettes du probl\u00e8me anglophone rappel\u00e9es ci-dessus, laquelle serait insusceptible de solutions ? Aucune ! Absolument aucune. Alors que faire ? L\u2019Histoire a lanc\u00e9 aux Camerounais un d\u00e9fi sublime : celui de b\u00e2tir, \u00e0 partir du parcours singulier de leur pays, un \u00c9tat uni, capable de constituer un mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration des divers h\u00e9ritages coloniaux et de ses valeurs traditionnelles multis\u00e9culaires. S\u2019il y r\u00e9ussit, il peut servir de mod\u00e8le, voire de r\u00e9f\u00e9rence pour tous les pays anglophones, francophones,<\/p>\n<p>hispanophones et lusophones d\u2019Afrique. Il pourrait ainsi constituer l\u2019\u00e9pitom\u00e9 de l\u2019Unit\u00e9 Africaine. Ce d\u00e9fi peut \u00eatre relev\u00e9. Il doit l\u2019\u00eatre. Cela ne peut, toutefois, se faire qu\u2019avec humilit\u00e9, dans le dialogue, la concertation et l\u2019entente cordiale. Ni la puissance du nombre, ni la force militaire ne peuvent y parvenir. En effet, c\u2019est bien connu, \u00ables opinions sont comme des clous : plus on frappe dessus, plus on les enfonce\u00bb. Pas d\u2019erreur ! Ne commettons surtout pas l\u2019erreur de prendre de haut ce probl\u00e8me. Nous risquerions d\u2019avoir des r\u00e9veils amers ; ou alors, ce sont nos enfants et petits-enfants qui en auront.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai lu le mot Boko Haram pour la premi\u00e8re fois dans un journal, je me trouvais \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. J\u2019ai alors demand\u00e9 \u00e0 un coll\u00e8gue consultant nig\u00e9rian des informations sur ce groupe. Avec un sourire narquois, il m\u2019a r\u00e9pondu : \u00abtu sais, ce n\u2019est qu\u2019un insignifiant groupuscule de fanatiques illumin\u00e9s\u00bb. Devant les milliers de morts, les centaines de milliers de r\u00e9fugi\u00e9s et d\u00e9plac\u00e9s, les centaines de milliards de francs utilis\u00e9s pour combattre cette n\u00e9buleuse, ou les souffrances sans nom qu\u2019elle continue d\u2019infliger, personne ne pourrait tenir un tel langage aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Que s\u2019est-il pass\u00e9 ? Boko Haram a trouv\u00e9 des appuis \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. N\u2019attendons pas que des compatriotes mal \u00e0 l\u2019aise et qui crient leur mal \u00eatre, en viennent un jour, par d\u00e9sespoir, \u00e0 rechercher des appuis \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Nous discutons bien avec des criminels, pour lib\u00e9rer des otages ! Discutons avec tous les compatriotes qui en ressentent le besoin, pour lib\u00e9rer le Cameroun des menaces \u00e0 la paix, \u00e0 sa stabilit\u00e9 et \u00e0 sa s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960 en France, Etat unitaire et mill\u00e9naire, le Front de Lib\u00e9ration de la Bretagne (FLB) d\u00e9non\u00e7ait ce qu\u2019il appelait le \u00abcolonialisme fran\u00e7ais en Bretagne\u00bb. Stagiaire dans une pr\u00e9fecture dans l\u2019ouest de la France, j\u2019ai vu certains de ses militants brandir le drapeau du FLB \u00e0 la place du drapeau fran\u00e7ais. Aujourd\u2019hui, seuls les historiens parlent encore du FLB.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019une guerre ; ni d\u2019un embastillement de tous les protagonistes du FLB. C\u2019est la cons\u00e9quence d\u2019une offre politique, le r\u00e9sultat d\u2019un dialogue r\u00e9publicain. Il y a quelques ann\u00e9es, je discutais avec le Dr. Ngwang Gumne, un des principaux leaders du courant s\u00e9cessionniste, avec qui nous avions servi \u00e0 Bamenda.<\/p>\n<p>Par hasard, nous nous \u00e9tions retrouv\u00e9s en Su\u00e8de, tout heureux de nous revoir. A l\u2019issue de plus de deux heures de discussions, il eut cette phrase : \u00abmon fr\u00e8re, comme personne ne veut nous \u00e9couter, tout le monde finira par nous entendre\u00bb. Je lui ai fait remarquer qu\u2019il m\u2019appelait toujours son fr\u00e8re, alors que, pendant toutes nos discussions, j\u2019argumentais contre la s\u00e9cession.<\/p>\n<p>Avec un sourire, il me dit : \u00abC\u2019est vous \u00e0 Yaound\u00e9 qui ne voulez pas nous \u00e9couter\u00bb. \u00c9coutons tous les enfants de la patrie. Sans pr\u00e9jug\u00e9s, comme l\u2019a demand\u00e9 le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dans son message \u00e0 la Nation le 31 d\u00e9cembre 2016. Offrons \u00e0 tous nos compatriotes des cadres de discussion et de concertation, pour aborder nos probl\u00e8mes sans parti pris, et les r\u00e9soudre avec sinc\u00e9rit\u00e9, dans la v\u00e9rit\u00e9. Ce qui est en cours avec les avocats et les enseignants va dans la bonne direction.<\/p>\n<p>Mais ne nous limitons pas au traitement de ce qui ne constitue que des manifestations, voire de simples sympt\u00f4mes. Abordons, dans toute sa complexit\u00e9 et toute sa profondeur, le probl\u00e8me anglophone. Avec courage et d\u00e9termination, apportons-y des solutions satisfaisantes et convaincantes. Tous les citoyens de notre pays en b\u00e9n\u00e9ficieront. Pour la paix dans la Justice. Pour le bien de la nation. Pour le salut de la patrie.<\/p>\n<p>David Abou\u00e8m \u00e0 Tchoyi Consultant, Ancien gouverneur du Sud-Ouest, puis du Nord-ouest; Ancien Minesup; Ancien Sg\/PR Source : osidimbea.cm<\/p>\n<p><strong>Pour plus d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses sur la <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/cameroun\">Cameroun<\/a>, suivez <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Cameroun. Interpell\u00e9 sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision le soir du 31 D\u00e9cembre 2016 sur la \u00abquestion anglophone\u00bb, je me suis rendu compte que ce probl\u00e8me \u00e9tait brouill\u00e9 par de nombreuses id\u00e9es fausses. J\u2019ai donc estim\u00e9 devoir \u00e9crire un article pour restituer ma part de v\u00e9rit\u00e9. 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