{"id":21968,"date":"2022-06-21T14:54:55","date_gmt":"2022-06-21T14:54:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/cameroun\/politique\/cameroun-quelle-musique-pour-heritage"},"modified":"2022-06-21T17:09:13","modified_gmt":"2022-06-21T17:09:13","slug":"cameroun-quelle-musique-pour-heritage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/cameroun\/culture-et-art\/cameroun-quelle-musique-pour-heritage","title":{"rendered":"Cameroun : quelle musique pour h\u00e9ritage ?"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong>Africa-Press &#8211; Cameroun. <\/strong><\/span>Le 14 d\u00e9cembre 2021, la rumba congolaise fait la Une de l\u2019actualit\u00e9 culturelle en Afrique. Ce style musical de nos voisins du Congo, fait officiellement partie du patrimoine culturel immat\u00e9riel de l\u2019humanit\u00e9. Il rejoint alors, et pour l\u2019Afrique centrale, les polyphonies pygm\u00e9es de Centrafrique ou encore les tambours du Burundi. L\u2019\u00e9v\u00e8nement fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 travers ce pays, et les citoyens ont marqu\u00e9 leur fiert\u00e9 d\u2019appartenir au pays de Papa Wemba.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ussite de nos fr\u00e8res a tr\u00e8s certainement interpell\u00e9 les professionnels du domaine culturel camerounais. En d\u00e9cembre 2021, le dossier du f \u00bbestival du Nguon \u00bb du peuple Bamoun en attente \u00e0 l\u2019UNESCO pour se faire enregistrer et analyser comme patrimoine culturel immat\u00e9riel, a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 de la course. Selon une source du minist\u00e8re des Arts et de la culture \u00e0 JeuneAfrique, ce dossier n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 par des experts. Le nouveau roi des Bamouns, Nabil Njoya, a relanc\u00e9 la proc\u00e9dure en coordination avec le minist\u00e8re des Arts et de la Culture. L\u2019espoir du Cameroun de faire aussi parti de ce club \u00e9litiste des d\u00e9tenteurs de patrimoine culturel immat\u00e9riel est toutefois moindre.<\/p>\n<p>Le 16 octobre 2012, le Cameroun a ratifi\u00e9 la convention de l\u2019Organisation des Nations Unies pour l\u2019\u00e9ducation, la Science et la Culture (UNESCO) sur la sauvegarde du patrimoine culturel immat\u00e9riel. Ce texte international qui existe depuis le 17 octobre 2003, d\u00e9finit en son article 2, le Patrimoine Culturel Immat\u00e9riel comme \u00ab pratiques, repr\u00e9sentations, expressions, connaissances et savoir-faire (ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associ\u00e9s) que les communaut\u00e9s, les groupes et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel \u00bb.<\/p>\n<p>Le Cameroun a donc ratifi\u00e9 cette convention et l\u2019a int\u00e9gr\u00e9 dans sa loi N\u00b02013\/003 du 18 avril 2013. Le patrimoine culturel immat\u00e9riel y est d\u00e9finit comme \u00ab tout ensemble des produits culturels invisibles et impalpables \u00bb. La particularit\u00e9 de cette convention est qu\u2019elle compl\u00e8te un pan culturel qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 n\u00e9glig\u00e9, celui de l\u2019immat\u00e9riel : danse, conte, musique, culte et autres repr\u00e9sentations artistiques ont d\u00e9j\u00e0 aussi la capacit\u00e9 d\u2019obtenir une conservation illimit\u00e9e et universelle. Concernant le Cameroun, il peut \u00e0 partir de l\u00e0, sauvegarder sa culture dans son int\u00e9gralit\u00e9.<\/p>\n<p>Souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab ce qui nous reste quand on a tout perdu \u00bb, la culture est surement l\u2019un des domaines les plus vastes du Cameroun. Avec ses 280 ethnies, ses 10 r\u00e9gions et ses 309 langues, l\u2019Afrique en miniature regorge d\u2019une richesse inestimable sur le plan culturel. Le Cameroun est d\u2019ailleurs class\u00e9 7\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale et 2\u00e8me en Afrique, comme \u00ab m\u00e9gadiversit\u00e9 linguistique \u00bb.<\/p>\n<p>Mais force est de constater qu\u2019en termes de sauvegarde de sa si grande culture, le Cameroun pi\u00e9tine. Il n\u2019existe que deux sites touristiques camerounais inscrits au patrimoine culturel mat\u00e9riel mondial, et aucunes pratiques ou savoir-faire inscrits comme patrimoine culturel immat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Si nous prenons uniquement le cas de la musique qui est tr\u00e8s diversifi\u00e9e, on pourrait bien se demander quelle musique camerounaise peut-on sauvegarder au sein du patrimoine culturel immat\u00e9riel de l\u2019UNESCO?<\/p>\n<p>Quand on entend parler de musique camerounaise, on se perd facilement dans nos pens\u00e9es et on sifflote rapidement autant de styles qui nous viennent en t\u00eate : bikutsi, assiko, makossa, mangambeu, bend-skin, et bien d\u2019autres. C\u2019est dire, le floril\u00e8ge de styles musicaux qui existent au Cameroun est repr\u00e9sentatif de sa diversit\u00e9 culturelle.<\/p>\n<p>Circuler dans les villes camerounaises permet de constater le grand attachement des camerounais \u00e0 la musique : pas un carrefour sans baffles ou bars qui distillent de la musique \u00e0 longueur de journ\u00e9e. La musique est pour ainsi dire le quotidien des camerounais. Il serait alors judicieux de penser \u00e0 p\u00e9renniser cette culture musicale, \u00e0 prot\u00e9ger cet art qui se vit dans les c\u0153urs et les esprits, aussi bien que le football au Cameroun.<\/p>\n<p>La patrimonialit\u00e9 des styles musicaux au Cameroun repose sur des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9cis notamment les instruments, les langues locales utilis\u00e9es dans les chansons et les pas de danse comme l\u2019explique le Docteur Rachel Mariembe, cheffe de d\u00e9partement Patrimoine et Mus\u00e9ologie \u00e0 l\u2019Institut des beaux-arts de l\u2019universit\u00e9 de Douala \u00e0 Nkongsamba :<\/p>\n<p>\u00ab La musique \u00e0 caract\u00e8re patrimoniale se trouve autour de nous. Le bikutsi par exemple nous offre la langue qui est l\u2019Ewondo, une langue locale dans la r\u00e9gion du Centre. Cette langue est le v\u00e9hicule du patrimoine. On peut aussi parler du Mvett qu\u2019on utilise dans ce rythme musical qui est un instrument traditionnel. Les peuples du centre reconnaissent le bikutsi comme leur patrimoine. Le Makossa au Littoral est reconnu \u00e0 travers le pays comme le patrimoine musical du peuple Douala. Avec les pas de danse comme l\u2019\u00e9s\u00e8w\u00e8, la musique chant\u00e9e en Duala\u2026 etc. Pour d\u00e9finir la patrimonialit\u00e9 il faut donc se baser sur ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments \u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi donc, plusieurs styles musicaux se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre \u00e0 caract\u00e8re patrimonial. Eriger cette musique en h\u00e9ritage, la sauvegarder et la mettre en valeur, offriront au Cameroun le rehaussement de ses valeurs culturelles, la p\u00e9rennisation de cette culture et m\u00eame l\u2019attraction touristique que cela engendre. Le Cameroun a tout \u00e0 gagner en ayant des \u00e9l\u00e9ments culturels r\u00e9pertori\u00e9s parmi les biens culturels mondiaux de l\u2019UNESCO.<\/p>\n<p>Elsa Broclain, Benoit Haug et P\u00e9nelope Patrix dans leur article scientifique \u00ab Musique : patrimoine immat\u00e9riel ? \u00bb, publi\u00e9 en 2019, r\u00e9sument les mesures de sauvegarde que la convention de 2003 prescrit en tant qu\u2019instrument international: \u00ab consultation et implication des communaut\u00e9s, importance accord\u00e9e aux pratiques vivantes et aux acteurs, mise en place d\u2019inventaires, cr\u00e9ation d\u2019archives, \u00e9tudes scientifiques, mus\u00e9e ou autres organismes comp\u00e9tents \u00bb. Il s\u2019agit d\u2019analyser, au travers de ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, si le Cameroun est sur la voie pour entrer dans le concert des nations, en inscrivant sa musique au patrimoine culturel immat\u00e9riel.<\/p>\n<p><b>SOS archives<\/b><\/p>\n<p>Actuellement, il n\u2019existe pas d\u2019inventaire officiel des productions musicales sur le plan local. N\u00e9anmoins des travaux divers \u00e0 caract\u00e8re priv\u00e9 existent, bien qu\u2019ils ne soient pas encore r\u00e9pertori\u00e9s. L\u2019\u00e9crivain Arol Ketchiemen est l\u2019un de ses particuliers qui s\u2019est donn\u00e9 pour objectif de r\u00e9aliser un r\u00e9pertoire des musiques et des diff\u00e9rents champs musicaux au Cameroun. Il a commis des ouvrages en 2018 et 2021 intitul\u00e9s \u00ab les Ic\u00f4nes de la musique camerounaises \u00bb Tome I et II.<\/p>\n<p>L\u2019auteur fait un zoom sur les anciennes gloires de la musique camerounaise entre 1960 et 1980, pour raconter leur histoire. Il a donc tenu \u00e0 faire revivre \u00ab les oubli\u00e9s de l\u2019Histoire \u00bb, ces personnages-l\u00e0 qui ont marqu\u00e9 de leurs voix et de leurs talents la musique au Cameroun mais qui ont parfois \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s aux oubliettes. Ce jeune auteur a \u00e9galement cr\u00e9\u00e9 la page Facebook \u00ab Arol Ketch Raconte \u00bb et le site web du m\u00eame nom.<\/p>\n<p>Le m\u00e9dia en ligne retrace \u00e9galement les histoires des personnages historiques, embl\u00e9matiques et m\u00eame \u00e9trangers qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire. Ce travail est une mine d\u2019or qui permet d\u2019avoir des archives qui retracent chronologiquement l\u2019histoire de la musique au Cameroun et de ses diff\u00e9rents acteurs. S\u2019il se rapprochait du minist\u00e8re des Arts et de la Culture, Arol Ketch pourrait mettre son travail au service de la culture camerounais et \u00eatre pris en consid\u00e9ration sur le plan national et enfin participer \u00e0 la construction du patrimoine local.<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias d\u2019\u00e9tat ont \u00e9galement des archives constitu\u00e9s. Dans les ann\u00e9es 70, la radio national ouvrait ses portes \u00e0 Douala. L\u2019actuel CRTV Littoral servait alors de diffuseur de musique et aussi d\u2019enregistreur. Des grands artistes camerounais \u00e0 l\u2019exemple de Manu Dibango et Anne Marie Nzi\u00e9 y enregistrent plusieurs chansons sur des bandes.<\/p>\n<p>Joseph Owona Ntsama, critique d\u2019art et chroniqueur musical raconte cette belle histoire de l\u2019arriv\u00e9e de la musique au Cameroun et de la naissance des styles camerounais.<\/p>\n<p>\u00ab Dans les ann\u00e9es 40 c\u2019est une station de radio install\u00e9e \u00e0 Brazzaville qui inspire plusieurs rythmes musicaux au Cameroun. Elle diffuse des programmes musicaux bas\u00e9s sur les rythmes d\u2019Ha\u00efti et de Saint-Domingue. Ce sont ces musiques qui constituent pour ainsi dire, notre premier patrimoine musical contemporain : elles seront reprises sous des formes diverses et tout en tenant compte des expressions musicales du cru comme le bolobo mais surtout l\u2019assiko, par les premiers groupes de musique qui foisonnent \u00e0 l\u2019\u00e9poque sur la c\u00f4te littorale camerounaise : l\u2019Uveco jazz ou l\u2019orchestre de l\u2019Orfecam. Par la suite, dans la d\u00e9cennie 50-60, l\u2019av\u00e8nement de la radiodiffusion va booster cette dynamique notamment dans les villes de Douala et de Yaound\u00e9 : les premiers enregistrements de nos musiques avec des Anne Marie Nzi\u00e9, Charles Lembe\u2026 etc \u2013 sur place \u2013 datent de ce moment-l\u00e0. \u00bb Explique-t-il.<\/p>\n<p>On assiste ensuite \u00e0 la naissance d\u2019autres grands noms de la musique notamment Manu Dibango avec son succ\u00e8s plan\u00e9taire Soul Makossa. \u00ab Le d\u00e9but de l\u2019\u00e9mancipation musicale avec Manu Dibango bien s\u00fbr, mais aussi les premiers enregistrements chez Philips d\u2019un Dikoto Mandengue et du jeune Ekambi Brillant aur\u00e9ol\u00e9 de son prix de l\u2019ORTF. Les ann\u00e9es 70 serviront comme une rampe de lancement \u00e0 notre musique identitairement parlant puisque nous entrions alors dans le concert des nations \u00bb ajoute Joseph Owona Ntsama.<\/p>\n<p>Parlant des m\u00e9dias, plusieurs bandes d\u2019enregistrement originales existent encore \u00e0 CRTV Littoral. Le journaliste Serge Pouth qui a longtemps travaill\u00e9 au sein de cette antenne de la radio nationale ajoute :<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est \u00e0 Douala que la radio commence avec les premiers enregistrements jusqu\u2019en 1975. M\u00eame Manu Dibango y enregistre. On peut dire que la radio ne diffuse donc que de la musique pendant un long moment. Les chansons \u00e9taient enregistr\u00e9es avec des bandes et donc il existe encore une bonne quantit\u00e9 de musique originale \u00e0 Douala, datant de cette p\u00e9riode. Comme autre archives, il y a de nombreux enregistrements \u00e0 l\u2019IFCPA car l\u00e0-bas, ils ont travaill\u00e9 sur la conservation des \u0153uvres artistiques et au poste national aussi, le service des archives essayent de continuer \u00e0 conserver les anciennes productions qu\u2019ils peuvent avoir malgr\u00e9 leur v\u00e9tust\u00e9. \u00bb.<\/p>\n<p>Comme autre \u00e9l\u00e9ment d\u2019archives, le mus\u00e9e national situ\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9, met un accent sur la mise en valeur des instruments de musique traditionnel. Un contenu riche expos\u00e9 sur 5000 m2 qui rend hommage aux 04 aires culturelles du pays. Le contenu historique qu\u2019on y retrouve reconstitue les usages de ces diff\u00e9rents instruments, ainsi que les grandes figures de la musique camerounaise. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019archives officielles qui meublent la port\u00e9e historique de la musique camerounaise.<\/p>\n<p><b>La musique de chez nous d\u2019abord<\/b><\/p>\n<p>Bien que cela n\u2019y parait pas, la musique patrimoniale est tr\u00e8s populaire au Cameroun. En se fiant encore plus aux crit\u00e8res de patrimonialisation cit\u00e9s plus haut, le constat est que certains styles de la musique patrimoniale sont quitt\u00e9s des villages, pour se retrouver dans les grandes villes, au sein de la politique, la religion, la vie publique de la nation. Ce genre musical existe et se vit dans les c\u0153urs des citoyens. Le Dr. Bingono Bingono, ethno-musicologue explique ce ph\u00e9nom\u00e8ne :<\/p>\n<p>\u00ab En Afrique nous accordons encore une place importante \u00e0 la musique patrimoniale. Elle est l\u2019expression originelle d\u2019une forme de musique. Actuellement on est all\u00e9e de la musique patrimoniale \u00e0 une musique de vari\u00e9t\u00e9s faite par les artistes modernes. Mais cette derni\u00e8re n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 marquer un coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 la musique patrimoniale qui est tr\u00e8s permanente et tr\u00e8s pratiqu\u00e9e : naissances, noces, enterrements, pratiques cultuelles, r\u00e9jouissances\u2026 Quand le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sort du palais d\u2019Etoudi pour le boulevard du 20 mai par exemple, il est accueilli \u00e0 son portail par la musique et la danse patrimoniale avec des tam-tams. A l\u2019\u00e9glise, on voit les groupes de musique traditionnelle bien que le christianisme vient de l\u2019\u00e9tranger, la musique patrimoniale existe dans cet environnement \u00bb.<\/p>\n<p>Cette analyse am\u00e8ne \u00e0 comprendre la place encore pr\u00e9pond\u00e9rante de la musique patrimoniale dans la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise. Elle reste existante et d\u00e9montre des pratiques multiples m\u00eame dans des domaines et des sph\u00e8res diversifi\u00e9es.<\/p>\n<p>Le public quant \u00e0 lui, a un r\u00f4le important \u00e0 jouer dans la protection et la mise en valeur de ce patrimoine culturel immat\u00e9riel. Une implication et une r\u00e9appropriation de ce style musical serait judicieux. \u00ab La musique patrimoniale ne doit pas rester une musique pour touristes. L\u2019Africain veut s\u2019imbriquer \u00e0 la mode occidentale. On le voit avec la pr\u00e9sence de rythmes comme l\u2019afropop au sein des musiques patrimoniales, et des m\u00e9langes de m\u00e9lodies. \u00bb pr\u00e9cise le Dr. Bingono Bingono.<\/p>\n<p>Un panel de 50 personnes ayant r\u00e9pondu \u00e0 la question ouverte \u00ab quelle chanson \u00e9coutez-vous le plus en ce moment ? \u00bb r\u00e9v\u00e8le effectivement que ce sont majoritairement des musiques de fusion qui sont pris\u00e9es. afrobeats, afropop, et chansons \u00e9trang\u00e8res sont en t\u00eate de liste. Les camerounais devraient donc privil\u00e9gi\u00e9s la musique camerounaise. C\u2019est de plus, l\u2019un des crit\u00e8res pris en compte au niveau mondial, pour \u00e9riger un bien culturel en patrimoine universel. Ces pratiques culturels et le r\u00f4le du public peuvent contribuer significativement<\/p>\n<p><b>Et si les musiciens se concentraient sur la musique ?<\/b><\/p>\n<p>Les sujets en d\u00e9bat autour des artistes camerounais ne rel\u00e8vent pas toujours d la musique qu\u2019ils font, des types de production qu\u2019ils offrent \u00e0 leur public. L\u2019un des sujets les plus r\u00e9currents est tr\u00e8s certainement la gestion des droits d\u2019auteurs.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me persiste depuis plus de 15 ans et rien ne semble avancer. Il existe 05 organismes de gestion collective r\u00e9partis dans les cat\u00e9gories de l\u2019art musical (sonacam), de la litt\u00e9rature et des arts dramatiques (sociladra), des arts visuels et photographiques (scaap), des arts plastiques et graphiques (socadap) et des droits voisins (SCDV). Des op\u00e9rations de recouvrement des arri\u00e9r\u00e9s de la redevance au titre de droit d\u2019auteur pour la p\u00e9riode de 2005 \u00e0 2017 ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es en d\u00e9cembre 2020.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 ce jour les probl\u00e8mes persistent. Au fil des ann\u00e9es, les chanteurs ont eu \u00e0 d\u00e9noncer la pr\u00e9sence d\u2019autres artistes \u00e0 la t\u00eate de ces soci\u00e9t\u00e9s. \u00ab Il faudrait laisser les professionnels des droits d\u2019auteurs g\u00e9rer ces soci\u00e9t\u00e9s et pas des artistes \u00bb a d\u00e9clar\u00e9 en 2020 la chanteuse bikutsi Lady Ponce via sa page Facebook.<\/p>\n<p>Mais peu importe ! Et si pour une fois les artistes se concentraient d\u2019abord sur leur art ? Il existe beaucoup de \u00ab bruits \u00bb autour des artistes, et on parle finalement tr\u00e8s peu de leur musique. C\u2019est ce qui conduit le Dr. Bingono a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a pas de probl\u00e8me r\u00e9el qui concernent les artistes : \u00ab Les artistes qui veulent revendiquer les droits d\u2019auteurs extrapolent le d\u00e9bat.<\/p>\n<p><b>Ces fameux droits sont distribu\u00e9s deux fois par an, c\u2019est-\u00e0-dire une fois chaque six mois. C\u2018est juste un plus dans la carri\u00e8re d\u2019un artiste durant une ann\u00e9e. Le droit d\u2019auteur ne doit pas \u00eatre revendiqu\u00e9 comme un salaire, c\u2019est une r\u00e9partition en fonction de l\u2019effectuation de votre musique par les m\u00e9dias. D\u2019autres n\u2019ont pas d\u2019album depuis quelques ann\u00e9es et revendiquent tout de m\u00eame.<\/b><\/p>\n<p>\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi, les artistes semblent se limiter aux probl\u00e8mes ambiants sachant pourtant que ce ne sont pas les droits d\u2019auteurs qui pourront les aider \u00e0 se sortir de leur situation.<\/p>\n<p>La principale activit\u00e9 qui pourrait sauver les artistes seraient d\u00e9j\u00e0 de cr\u00e9er : Cr\u00e9er leur art permanemment \u00ab Les artistes doivent travailler et ne pas se laisser emporter par les formes de vari\u00e9t\u00e9s de musique moderne. Ils doivent cr\u00e9er et se concentrer sur la musique d\u2019abord \u00bb ajoute le Dr. Bingono Bingono.<\/p>\n<p>La musique ne semble plus rev\u00eatir son manteau de gloire depuis de nombreuses ann\u00e9es. Dans une interview accord\u00e9e au magazine Nyanga en juin 2018, le chanteur et sc\u00e9nariste Charles Lemb\u00e9 confie sa douleur de voir l\u2019\u00e9tat actuel de la musique camerounaise. \u00ab On retient entre autres qu\u2019il est d\u00e9\u00e7u de ce qu\u2019est devenue la musique de son pays aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><b>Son souhait pour son pays : \u00able renouveau culturel du Cameroun me tient \u00e0 coeur. Puisse-t-il en \u00eatre ainsi.\u00bb C\u2019est sa pri\u00e8re !<\/b><\/p>\n<p>\u00bb Peut-on lire dans le portrait dress\u00e9 par la journaliste Rita Diba. Le mal serait localis\u00e9 d\u2019abord au niveau des productions musicales. C\u2019est ce que le critique d\u2019art Joseph Owona Ntsama appelle \u00ab la crise de la cr\u00e9ation \u00bb. Un manque d\u2019instrumentistes, l\u2019influence des rythmes de fusion qui diluent nos musiques originelles, la recherche de la visibilit\u00e9 \u00e0 tous les prix par les artistes sont l\u00e0 des difficult\u00e9s qui plombent la musique camerounaise et l\u2019emp\u00eache de s\u2019envoler vers l\u2019universalit\u00e9.<\/p>\n<p>Quelle musique avons-nous donc pour h\u00e9ritage ? S\u2019il fallait choisir un style en particulier, lequel se rapproche le plus de ces diff\u00e9rents crit\u00e8res attendus \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale ?<\/p>\n<p>Le journaliste et critique litt\u00e9raire Serge Pouth apporte quelques pistes de r\u00e9ponse \u00e0 cette question : \u00ab En prenant l\u2019exemple de la rumba, on sait d\u00e9j\u00e0 que du point de vue esth\u00e9tique et historiographie, n\u2019est pas un style d\u2019essence congolaise. La rumba vient de cuba. Cependant ce n\u2019est qu\u2019un retour \u00e0 l\u2019Afrique des musiques des esclaves qui ram\u00e8ne la Rumba au Congo.<\/p>\n<p><b>C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9tranger qu\u2019ils ont fait la fusion avec les rythmes africains, et apr\u00e8s le Congo a su l\u2019apprivoiser. La rumba congolaise a irrigu\u00e9 toute l\u2019Afrique et m\u00eame le makossa que nous avons, d\u00e9rive de la Rumba. Ce qui sous-entend que pour atteindre le patrimoine universel, l\u2019id\u00e9e est de ne pas rester ethnique. La rumba n\u2019est pas rest\u00e9e ethnique. Le bikutsi de chez nous, s\u2019est emancip\u00e9 \u00e0 un moment mais n\u2019est pas all\u00e9 tr\u00e8s loin. Pourtant, le makossa a eu une envol\u00e9 plus haute notamment avec Manu Dibango.<\/b><\/p>\n<p><b>Les am\u00e9ricains en 1971 recherchaient des musiques africaines qu\u2019ils pouvaient jouer chez eux. Ils ont \u00e9t\u00e9 en contact avec des chansons de rumba congolaise, qu\u2019ils ont rejet\u00e9. Ils sont all\u00e9s en France, o\u00f9 ils ont crois\u00e9 le fameux Manu Dibango alors que le titre \u00ab Soul Makossa \u00bb venait de sortir et la magie op\u00e8re, ils adh\u00e9rent. Les am\u00e9ricains diffusent donc Soul Makossa en Am\u00e9rique. On peut dire que cette chanson n\u2019a pas son pareil dans l\u2019univers musical, du point de vue de la propulsion mondiale.<\/b><\/p>\n<p><b>Avec Manu Dibango c\u2019est all\u00e9 trop loin dans le monde entier. Il y a un makossa ethnique, un makossa musique urbaine et un makossa a dimension internationale. C\u2019est un rythme qui pourrait bien vite \u00eatre enregistr\u00e9 au sein du patrimoine culturel immat\u00e9riel.<\/b><\/p>\n<p>\u00bb.<\/p>\n<p>La chanson Soul Makossa sortie en single en 1972 est l\u2019\u0153uvre du saxophoniste Manu Dibango. Elle avait \u00e9t\u00e9 produit \u00e0 la demande du ministre des Sports du Cameroun \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, comme un hymne pour soutenir l\u2019\u00e9quipe nationale de football, lors de la 8\u00e8me \u00e9dition de la Coupe d\u2019Afrique des Nations qui a eu lieu au Cameroun. Manu re\u00e7oit un million de Fcfa pour cet \u0153uvre.<\/p>\n<p>Il produit une chanson sur la face A du disque vinyle et doit compl\u00e9ter la face B. C\u2019est sur cette derni\u00e8re qui naitra le titre Soul Makossa : un m\u00e9lange de makossa pur, et de musique Soul. Dans les studios Decca \u00e0 Paris, Manu Dibango d\u00e9cide de sortir son album Soul Makossa o\u00f9 on retrouve alors la version finale de la c\u00e9l\u00e8bre chanson. 50.000 exemplaires vendus en France. La suite de l\u2019histoire, on la connait. L\u2019internationalisation de cette chanson est celle qui serait salvatrice pour la musique camerounaise, une \u00e9l\u00e9vation qui pourra marquer les esprits du monde entier et faire accepter la musique du pays \u00e0 l\u2019universel.<\/p>\n<p>Le makossa serait-il donc notre porte d\u2019entr\u00e9e dans la sph\u00e8re du patrimoine culturel immat\u00e9riel mondial ? Il n\u2019est certes pas, le seul style musical qui a une \u00e9volution notable dans le cours de l\u2019histoire, d\u2019autres \u00e9galement font la fiert\u00e9 du pays.<\/p>\n<p>Mais le makossa a des \u00e9l\u00e9ments non-n\u00e9gligeables en sa faveur : L\u2019implication et la reconnaissance du peuple Sawa envers cette musique, les artistes musiciens qui restent attach\u00e9s \u00e0 l\u2019originalit\u00e9 de ce style musical, l\u2019histoire et les origines de ce rythme facile d\u2019acc\u00e8s, l\u2019existence m\u00eame du festival du \u00ab Ngondo \u00bb qui permet de garder cette culture du makossa vivante, et enfin le titre Soul Makossa qui est le premier enfant de cette famille culturelle \u00e0 s\u2019\u00eatre hiss\u00e9 au sommet du monde. Des travaux approfondis sur le makossa pourraient favoriser la constitution d\u2019un dossier \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019UNESCO. Le Cameroun peut, au final, se pr\u00e9parer \u00e0 int\u00e9grer le patrimoine culturel immat\u00e9riel.<\/p>\n<p><strong>Pour plus d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses sur la <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/cameroun\">Cameroun<\/a>, suivez <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; Cameroun. Le 14 d\u00e9cembre 2021, la rumba congolaise fait la Une de l\u2019actualit\u00e9 culturelle en Afrique. Ce style musical de nos voisins du Congo, fait officiellement partie du patrimoine culturel immat\u00e9riel de l\u2019humanit\u00e9. Il rejoint alors, et pour l\u2019Afrique centrale, les polyphonies pygm\u00e9es de Centrafrique ou encore les tambours du Burundi. 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