Thierry Ouambéti, roi du BTP au cœur de la modernisation de la Centrafrique

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Thierry Ouambéti, roi du BTP au cœur de la modernisation de la Centrafrique
Thierry Ouambéti, roi du BTP au cœur de la modernisation de la Centrafrique

Africa-Press – CentrAfricaine. Le discret homme d’affaires concrétise plusieurs projets dans le BTP et le commerce de matériels bureautiques et informatiques, et envisage de se lancer dans le biomédical. L’entrepreneur suscite autant l’admiration qu’il souffre de critiques de ses pairs.

C’est l’un des projets infrastructurels phares que le système Touadéra aura réussi: l’immeuble moderne abritant le ministère de la Santé. Opérationnel depuis quelques mois, le bâtiment qui s’élève sur plusieurs niveaux est l’un des plus importants marchés de construction remportés par le groupe Élegance BTP & Services. Dans les cartons depuis 2006, cette infrastructure revêt une importance capitale pour tout le système sanitaire centrafricain. Le ministère de la Santé est d’abord la clé de voûte vers des projets et partenariats pour soutenir le secteur dans tout le pays. Promis successivement par chacun des présidents depuis près de vingt ans, c’est finalement Faustin Archange Touadéra qui pourra s’en targuer.

Une solution aux problèmes de financements internationaux

Vêtu d’un costume gris avec une cravate bleu clair et coiffé d’une casquette blanche, Thierry Ouambéti pose fièrement aux côtés du président centrafricain, occupé à couper le ruban pour inaugurer le nouveau bâtiment. Ce 9 juin 2023, les plus hautes personnalités du pays sont présentes, témoin de l’ascension de l’homme d’affaires qui est parvenu à boucler la construction pour un budget estimé de 700 millions de F CFA (1,07 million d’euros), tandis que Touadéra a, lui, marqué un point précieux pour son projet de santé dans le pays.

À cette occasion, le président centrafricain en profite pour annoncer la construction prochaine par neuf entreprises, dont celle d’Ouambéti, d’un complexe scolaire qui sera baptisé à son propre nom.

« Le président admire beaucoup Thierry Ouambéti. L’entrepreneur met son propre argent pour lancer les travaux des marchés qu’il remporte, avant de se faire payer plus tard. Et en général, ce sont des projets de construction importants aux yeux du chef de l’État. Quand on sait que les financements des projets par les partenaires internationaux tournent actuellement au ralenti, le président a besoin des gens de confiance dans ces moments-là », confie à Jeune Afrique un proche de Touadéra.

Élégance BTP & Services, pur produit local se reposant sur des compétences locales, a la particularité de concentrer aujourd’hui l’essentiel de l’activité du groupe et la majorité de ses revenus à l’intérieur de la Centrafrique, même si le groupe lorgne la sous-région, notamment le Cameroun. En 2022, l’entreprise a généré un chiffre d’affaires important, qu’il ne souhaite pas dévoiler. « Je ne veux pas me faire des ennemis inutilement », sourit Thierry Ouambéti, désireux d’améliorer encore ce résultat dans les années à venir. Mais pour arriver là, le chemin a été long.

Diversification

Le parcours de Thierry Ouambéti est atypique. Il a débuté très jeune dans le commerce, mais c’était sans compter sur sa rencontre fortuite avec le secteur du BTP. Une « passion » née grâce à l’entrepreneuriat, soutient-il, qu’il s’est évertué à transmettre à la jeunesse. À la fin 2023, son groupe a effectivement financé l’installation de plusieurs sociétés de jeunes centrafricains.

Le sens de l’entreprise, il l’a eu dès ses 11 ans. Entre la vente des sacs plastiques sur les marchés de Bangui, le commerce du pétrole lampant ou encore celui du pain, Thierry Ouambéti a su multiplier les petites affaires dès son jeune âge. Jusqu’à l’initiative de fonder une « véritable entreprise », selon ses propres termes. Les défis débutent alors à la mi-2007, lorsqu’il crée sa société Beafrica et se positionne sur les marchés de la papeterie, des fournitures de bureaux et des consommables informatiques.

Au fil des années, il élargit ses activités et fonde le groupe Élégance Invest, qui regroupe toutes ses sociétés dans les différents domaines. Mais le secteur dans lequel Ouambéti excelle, c’est définitivement celui du BTP. Entre 2009 et 2023, le groupe construit une trentaine d’infrastructures, à Bangui ou dans les villes des provinces du pays.

Construction des bâtiments publics, projets d’infrastructures tous azimuts et diversification vers l’immobilier et le biomédical, Thierry Ouambéti à travers son holding Élegance Invest, s’étend et se diversifie pour mieux résister aux crises.

L’État taxé de favoritisme

« Notre entreprise a fait ses preuves au travers des différents travaux qu’elle a exécutés. À titre d’illustration, nous avons construit des bâtiments scolaires dans la cadre du Projet d’appui au programme sectoriel de l’éducation (PAPS), puis ceux dans le cadre du Puseb [Projet d’urgence sectorielle à l’éducation de base], des projets financés par la Banque mondiale. La qualité du rendement a rassuré le partenaire. C’est un clin d’œil à d’autres institutions pour montrer notre professionnalisme », relate avec fierté le PDG du groupe.

État, ONG, institutions internationales… Le groupe se place à présent sur quasiment tous les marchés du BTP, secteur qui représente aujourd’hui près de 15% des emplois du pays. « Ouambéti est encore jeune, mais il s’est tellement imposé dans son domaine qu’il fait l’unanimité ici lorsque nous procédons au tri des candidatures, fait valoir sous couvert d’anonymat un cadre à la direction des passations de marchés. Parfois, nous sommes accusés de lui faire des faveurs. Pourtant, il sait convaincre à travers ses dossiers lors des appels d’offres. »

Un entrepreneur centrafricain avait déjà glissé à Jeune Afrique que « certains marchés sont donnés de gré à gré à Thierry Ouambéti, sans passer par des appels d’offres ». Et d’ajouter: « L’entrepreneur jouit d’une haute protection au sommet de l’État. »

Ces propos caractérisent les critiques auxquelles fait face Thierry Ouambéti. En réponse, l’entrepreneur soigne ses mots: « Il faut noter que la procédure d’obtention des marchés est rigide et règlementée par des textes rigoureux. Monter un dossier à soumettre par appel d’offres est d’abord concurrentiel et nécessite un professionnalisme en la matière. Il est souvent enregistré des plaintes de mauvais concurrents qui voient leurs dossiers d’appel d’offres non retenus en phase de délibération. Il est évident que des protestations sont exprimées en fournissant des arguments erronés sous l’effet de la colère et parfois de la haine. »

Suffisant pour convaincre des détracteurs prêts à tout pour stopper cet envol sous haute surveillance ?

Source: JeuneAfrique

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