À Zemio, un incident routier a failli coûter cher au sous-préfet, contraint d’esquiver en urgence les mercenaires russes du groupe Wagner.
Le convoi russe venait de quitter Bangui, escortant des soldats FACA et plusieurs camions de carburant à destination de Zemio. Après avoir franchi Rafaï, les véhicules militaires sont entrés dans la ville où circulait justement le sous-préfet à moto. En voyant arriver le cortège à vive allure, l’autorité locale a dû réagir promptement et se rabattre sur le bas-côté pour éviter l’accident. Ses réflexes lui ont permis d’échapper au pire, mais l’aventure confirme d’une réalité désormais banale dans cette région de l’Est du pays.
Il faut rappeler que les mercenaires russes, même dans la capitale, circulent en effet selon leurs propres règles, sans égard pour les autres usagers ni pour les représentants de l’État. Sur les routes, ils occupent la chaussée en son centre, refusant de céder le passage ou de ralentir. Les conducteurs doivent s’écarter d’eux-mêmes sous peine d’être percutés, voire abattus. Cette attitude vaut partout où ils opèrent, y compris dans la capitale où ils ne montrent aucune déférence envers quiconque.
Un jour, en plein centre de Bangui sur l’avenue Barthélémy-Boganda, leur convoi a ainsi stoppé net celui de la MINUSCA en pleine circulation vers le quartier Lakouanga. Un mercenaire de la milice Wagner, sortant devant le convoi de la Minusca, a fait signe à la main aux caques bleus d’arrêter en attendant le passage du convoi russe, et les véhicules russes ont défilé devant eux sans ménagement avant de les laisser repartir.
À Zemio comme ailleurs, leur présence impose la même logique. Lorsqu’un mercenaire gare sa moto, il la laisse en pleine rue, jamais sur le côté. Les passants doivent la contourner avec prudence, car toucher l’engin peut valoir la mort. Cette domination par l’intimidation s’applique en toutes circonstances et ne souffre aucune exception. Les habitants ont appris à composer avec cette réalité quotidienne, sachant que contester revient à prendre un risque mortel.
Pendant ce temps, la vie reprend doucement à Zemio grâce aux chantiers Timo, ces travaux routiers manuels financés par la Banque mondiale. L’argent versé aux ouvriers ranime le marché local et pousse les déplacés à quitter progressivement les camps installés près de l’église catholique. Les familles reviennent faire leurs emplettes, les étals se garnissent à nouveau et l’activité économique redémarre peu à peu. Cette embellie demeure toutefois fragile et dépend largement de la continuité des programmes d’aide.
En outre, l’Église catholique a d’ailleurs acheminé des vivres vers Zemio avec l’appui de plusieurs organisations humanitaires. Ces distributions permettent de soulager les familles encore fragilisées par les mois de troubles qu’a connus la ville. Les denrées alimentaires arrivent par camions et sont réparties entre les habitants qui en ont le plus besoin. Le retour des activités commerciales et l’assistance alimentaire offrent un répit bienvenu à une population éprouvée par l’insécurité et les déplacements forcés.
