Africa-Press – CentrAfricaine. À Bambouti, les mercenaires du groupe Wagner ont bâti un système de défense jamais observé dans le pays. Mines, explosifs et barricades encerclent leur base comme s’ils anticipaient l’arrivée imminente des forces américaines.
Depuis leur arrivée le 1er janvier pour chasser les miliciens d’autodéfense Azandé, les miliciens russes ont multiplié les aménagements militaires autour de leur base. Leur installation dépasse largement ce qu’on pourrait attendre d’une simple opération de maintien de l’ordre dans une sous-préfecture centrafricaine. La question se pose: contre qui se protègent-ils vraiment?
Le dispositif en place ressemble davantage à une préparation pour affronter une armée régulière qu’à une défense contre des miliciens d’autodéfense locaux. Des dos d’âne espacés de vingt mètres jalonnent la route principale, ralentissant toute progression. Mais ce n’est que la surface visible d’un réseau bien plus complexe.
Sous la terre, les Wagner ont enfoui des engins explosifs reliés par des câbles électriques. Ces charges, connectées à des grenades positionnées à intervalles réguliers, peuvent être activées à distance ou déclenchées par le passage d’un véhicule non autorisé. Un tel arsenal évoque les préparatifs d’un conflit d’une tout autre envergure.
Les Américains observent avec attention les mouvements russes en Afrique centrale depuis plusieurs années. Washington a régulièrement dénoncé la présence de Wagner en Centrafrique, accusant Moscou de déstabiliser la région. Peut-être les mercenaires russes ont-ils décidé de prendre les devants.
Autour de leur base, des monticules de pierres forment plusieurs lignes de barricades successives. Derrière ces remparts improvisés, les Wagner se tiennent prêts, surveillant chaque mouvement sur la route menant au Soudan du Sud. Cette configuration rappelle les fortifications utilisées lors de batailles rangées entre forces conventionnelles.
Les habitants de Bambouti assistent médusés à cette transformation de leur ville. Chaque véhicule venant de la frontière doit s’arrêter devant le périmètre sécurisé, attendre que les mercenaires désactivent manuellement les pièges avant de pouvoir continuer. Cette procédure, aussi fastidieuse soit-elle, témoigne du sérieux avec lequel Wagner prend sa défense.
Mercredi 21 janvier, un transport régulier assurant la liaison avec le Soudan du Sud a patienté près d’une demi-heure le temps que les Russes déconnectent les câbles explosifs. Sept motocyclistes transportant des marchandises ont subi le même sort quelques heures plus tard. Personne ne passe sans autorisation expresse.
La reprise de Bambouti s’était pourtant déroulée rapidement. Les miliciens azandais, qui avaient pris la ville le 28 décembre, ont été chassés le 1er janvier. Une tentative de reconquête le lendemain a échoué. Depuis le 2 janvier, plus aucune attaque majeure n’a été signalée. Alors pourquoi maintenir un tel niveau de protection?
Les miliciens d’autodéfense locaux ne disposent ni de l’armement ni de la logistique pour menacer sérieusement une position aussi fortifiée. Leurs attaques, bien que violentes, restent limitées en moyens et en coordination. Le dispositif Wagner semble dimensionné pour repousser un adversaire autrement plus redoutable.
Certains analystes notent que Bambouti occupe une position stratégique près de la frontière soudanaise. Contrôler cette zone permet de surveiller les mouvements entre les deux pays et de sécuriser des axes commerciaux importants. Mais est-ce suffisant pour justifier un tel déploiement?
Des installations similaires avaient été observées, mais en moindre intense, à Ndélé, où Wagner avait également creusé des tranchées et piégé les accès. Toutefois, l’ampleur du verrouillage à Bambouti dépasse ces précédents aménagements. Tout se passe comme si les Russes attendaient un ennemi d’un calibre supérieur.
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