Hydrogène Vert en Afrique et Emplois de Transition

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Hydrogène Vert en Afrique et Emplois de Transition
Hydrogène Vert en Afrique et Emplois de Transition

Africa-Press – CentrAfricaine. La montée des projets d’hydrogène vert en Afrique est souvent présentée comme une chance de faire basculer le continent vers une économie bas carbone. Mais au-delà des ambitions énergétiques, la question de l’emploi se pose comme un enjeu majeur pour l’avenir socio-économique des pays africains.

Les projets d’hydrogène vert sont présentés comme une composante du développement énergétique en Afrique, avec des implications économiques majeures pour les décennies à venir. Selon une analyse publiée conjointement par Masdar et la plateforme Abu Dhabi Sustainability Week, fondée sur des données de McKinsey & Company, une industrie africaine de l’hydrogène vert dotée d’une capacité de production significative pourrait créer entre 1,9 et 3,7 millions d’emplois directs, et contribuer à entre 60 et 120 milliards USD au PIB continental.

Ces projections établies à l’horizon 2050 reposent sur une production annuelle potentielle de 30 à 60 millions de tonnes d’hydrogène vert, exploitant les ressources solaires et éoliennes africaines pour répondre à une part du marché mondial.

Des projets ambitieux, mais des emplois encore incertains

Ces dernières années, les initiatives et projets se multiplient. D’après le rapport Africa Hydrogen Insight 2025 de l’Energy Industries Council (EIC), 78 projets d’hydrogène vert sont actuellement annoncés à travers l’Afrique, avec une capacité cumulative prévue d’environ 38 GW et près de 194 milliards USD d’investissements planifiés. Pour l’heure cependant, la production opérationnelle reste très limitée. Seuls deux projets à petite échelle en activité en Namibie totalisent environ 17 mégawatts (MW), soit une infime fraction des capacités envisagées.

La Namibie s’est positionnée en tête avec le projet Hyphen Hydrogen Energy qui prévoit la création de 15 000 emplois pendant la construction, et 3000 postes permanents lorsque l’installation sera opérationnelle. Au Maroc, le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences Younes Sekkouri, a annoncé en 2024 que la filière pourrait générer 300 000 emplois directs d’ici 2030 et que des instituts de formation spécialisés sont déjà en activité à Oujda, Ouarzazate et Tanger, pour préparer la main-d’œuvre.

Ces projets montrent que l’emploi est envisagé dès la conception des infrastructures, mais la transition entre promesses et réalité reste fragile.

En Europe, l’hydrogène vert crée déjà des emplois industriels concrets

Plusieurs initiatives européennes d’hydrogène vert ont déjà franchi le stade des projets pour générer des retombées industrielles et des postes concrets. À Herøya, en Norvège, Yara International a inauguré en 2024 une installation de 24 MW produisant de l’hydrogène utilisé pour la fabrication d’ammoniac vert, composant clé de fertilisants agricoles fournis à des partenaires comme la coopérative suédoise Lantmännen. Cette activité stimule directement la transformation et la logistique sur site, créant des emplois dans plusieurs segments industriels.

La même année, RWE a lancé à Lingen, dans le nord de l’Allemagne, un électrolyseur de 14 MW alimenté par de l’électricité renouvelable. L’hydrogène produit approvisionne des véhicules à carburant vert et alimente des unités industrielles locales. L’exploitation de cette installation mobilise des compétences en ingénierie, en maintenance et d’autres opérations, tout en servant de base à une montée en régime future, à la fois en capacités et en création d’emplois.

Former plus de talents locaux pour concrétiser les « emplois verts » en Afrique

Même si la transition vers une économie bas carbone crée de nouvelles opportunités d’« emplois verts » en Afrique, le manque de formation professionnelle freine encore son développement. Selon le rapport « Africa’s Development Dynamics 2024 » de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la demande de qualifications techniques dans les énergies renouvelables, et particulièrement dans l’hydrogène, croît rapidement. Mais l’offre de formation reste limitée et les programmes éducatifs peinent à répondre aux besoins concrets du marché, ce qui empêche des métiers spécialisés comme l’ingénierie, l’électrolyse ou la maintenance industrielle de recruter localement.

Le marché de l’emploi dans le domaine de l’hydrogène vert confirme cette tension. En octobre 2025, plus de la moitié des postes disponibles en Afrique subsaharienne visaient des techniciens et des ingénieurs des énergies hybrides, des profils encore rares sur le continent. Plusieurs analyses soulignent que, faute de compétences locales suffisantes, les projets doivent souvent recourir à des travailleurs étrangers pour pourvoir des postes hautement qualifiés. Cette situation révèle un décalage entre les compétences disponibles localement et les exigences techniques croissantes, soulignant la nécessité d’investir dans la formation et le développement de talents sur le continent.

Pour combler le déficit, certains acteurs privilégient une approche locale. Vito Saluto, responsable ESG (critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) chez AMEA Power, insiste sur la formation des communautés et le soutien des ONG. « Si un financement concessionnel pour de telles initiatives éducatives peut être obtenu, ces programmes pourraient considérablement augmenter le nombre de professionnels locaux dotés de compétences vertes et d’une expérience pratique sur le terrain », explique-t-il selon des propos rapportés par Reuters.

Au Nigeria, l’entreprise Husk applique cette logique en limitant le recours permanent à des expatriés. Pour son PDG, Manoj Sinha, « il faut former les populations locales pour qu’elles atteignent le niveau attendu et investir dans ce processus ». Ces exemples montrent que le développement des compétences locales est possible pour transformer les projets liés à l’hydrogène en véritables opportunités d’emplois durables sur le continent.

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