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Au nord-est de la Centrafrique, dans la préfecture de la Vakaga, une localité appelée Sikikédé applique ses propres règles en dehors de tout contrôle étatique.
La ville de Sikikédé, communément appelé Ndah, fonctionne aujourd’hui comme une enclave autonome où l’autorité centrafricaine n’existe plus. Cette sous-préfecture éloignée de la capitale échappe totalement au regard des institutions nationales. Les forces de sécurité déployées dans la Vakaga arrivent à Birao, la capitale provinciale, refusent de quitter le chef-lieu pour rejoindre les villages et sous-préfectures environnantes.
Ce vide administratif a permis l’émergence d’une organisation locale spectaculaire. Les jeunes de Sikikédé ont pris en main la gestion sécuritaire de leur ville. Certains occupent la gendarmerie, d’autres la police, , certains se présentent comme des douaniers, quelques-uns se présentent même comme agents des eaux et forêts.
D’ailleurs, la quantité d’armes en circulation dans les quartiers dépasse celle des forces armées nationales. Chaque habitant possède son propre fusil, acheté au Soudan ou au Tchad voisin. Cette situation arme la population bien au-delà des capacités de l’armée régulière.
Les auxiliaires autoproclamés rendent une justice à leur manière. Aucun tribunal officiel n’existe dans la localité de Sikikédé. Les jugements se déroulent chez le maire, entièrement en langue locale. Les verdicts tombent en patois, sans recours ni appel possible.
Toute infraction se règle par une amende. La prison n’existe pas ici. L’argent collecté circule entre les mains des différents acteurs locaux. Celui qui arrête un contrevenant reçoit sa part, les auxiliaires prennent la leur, le maire obtient la sienne, et le reste remonte vers Birao.
Une brigade spéciale chargée de pourchasser les femmes qui osent sortir la nuit est mise en place. Lorsque ces pauvres femmes sont interceptées, elles subissent des châtiments corporels dans des lieux spéciaux. Leur bouche est scotchée avant qu’on ne les frappe violemment. Cette pratique s’applique sans exception ni pitié.
Les femmes ne jouissent d’aucune liberté à Sikikédé. Saluer un homme dans la rue peut coûter 500 000 francs d’amende. La personne qui dénonce cette interaction reçoit jusqu’à 150 000 francs comme récompense. Le système encourage ainsi la délation et le contrôle social permanent.
Cette ville incarne désormais le foyer principal des violences faites aux femmes en Centrafrique. Les restrictions imposées aux habitantes rappellent des règles inspirées d’une charia adaptée au modèle centrafricain. Les déplacements sont limités, les horaires de sortie strictement encadrés, la présence à domicile obligatoire la nuit.
La loi du talion s’applique parfois. Si quelqu’un blesse un membre de votre famille, vous pouvez exiger une compensation équivalente. Cette pratique ancienne refait surface dans ce territoire abandonné par l’État. Les familles règlent leurs comptes selon des codes ancestraux remis au goût du jour.
Sikikédé représente aujourd’hui un territoire où les normes républicaines ont cédé la place à un modèle importé et réinterprété. Les habitants vivent sous un régime de contraintes qui n’a rien à envier aux zones les plus rigoristes du continent. La distance avec Bangui ne se mesure plus seulement en kilomètres mais en siècles de droits humains
Source: Corbeau News Centrafrique
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