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Derrière les beaux discours sur l’autonomisation des femmes centrafricaines, le projet Maïngo cache un rythme d’exécution décevant et le rejet méthodique de ceux qui voulaient faire mieux.
Ce projet, approuvé par la Banque mondiale en juin 2021 et officiellement signé en septembre de la même année, repose sur une enveloppe de 50 millions de dollars. Son ambition affichée est d’améliorer l’accès aux soins, à l’éducation et aux opportunités économiques pour les filles et les jeunes femmes dans huit préfectures de la République Centrafricaine. Quatre composantes organisent ce chantier, avec des budgets répartis selon les priorités définies dès le départ.
C’est justement dans ce cadre que la composante 3, dotée de 7 millions de dollars, soit environ 3 milliards 759 millions de FCFA, prend toute son importance. Elle couvre le renforcement des capacités nationales, les campagnes de communication en faveur des femmes et des filles, ainsi que la gestion globale du projet. Ce n’est donc pas une composante secondaire, mais un pilier central de toute la stratégie de changement attendue sur le terrain.
C’est précisément autour de cette composante que Christian Aimé Ndotah a pris la parole le 19 février 2025, depuis son garage à Bangui. Il a proposé d’associer Radio Centrafrique aux campagnes de communication du projet, en réhabilitant ses studios et en créant des bureaux pour des correspondants dans les six régions concernées. Une idée enracinée dans la réalité du pays, là où la radio reste le seul média qui atteint les populations les plus éloignées.
Cette proposition ne venait pas de nulle part. Elle s’alignait directement sur un objectif inscrit dans le Plan National de Développement du gouvernement centrafricain, celui de développer les infrastructures de communication pour accompagner la politique de développement du pays. Ndotah avait même balisé le chemin: organiser des réunions techniques avec les experts du plan, évaluer financièrement le projet, capter la composante 3 de Maïngo, et revoir certaines nominations au cabinet du ministre concerné.
Pourtant, au lieu d’examiner ces recommandations, les autorités compétentes ont choisi une autre voie. Ndotah a reçu des avertissements, puis des blâmes, comme si signaler un problème était plus répréhensible que de laisser des milliards mal utilisés. Ce traitement réservé à ceux qui parlent trop juste est l’un des signes les plus inquiétants du dysfonctionnement qui entoure ce projet.
Car pendant que ses idées étaient écartées, les chiffres continuaient de raconter leur propre vérité. Au 31 décembre 2022, soit plus d’un an après la signature du contrat, le taux de décaissement du projet Maïngo n’atteignait que 4,67%. Sur 50 millions de dollars disponibles, presque rien n’avait encore été mobilisé pour changer concrètement la vie des filles dans les préfectures ciblées.
Ce retard de décaissement n’est pas un simple chiffre technique. Il signifie des filles qui attendent toujours des espaces sûrs, des femmes qui n’ont pas encore accès aux formations professionnelles prévues, et des communautés entières privées des campagnes de sensibilisation qui devaient les atteindre. Chaque pourcentage non décaissé correspond à des vies que le projet n’a pas encore touchées.
La date de clôture du projet est fixée au 31 décembre 2026. Le temps restant existe encore, mais un projet qui démarre lentement ne rattrape que rarement son retard, surtout dans un pays où les conditions sécuritaires et logistiques rendent chaque action de terrain deux fois plus difficile à conduire. La marge de manœuvre réelle se rétrécit à mesure que les mois passent.
Ce qui demeure en suspens, c’est la question de ce que sont devenus les 3 milliards 759 millions de FCFA de la composante 3, ceux qui auraient pu financer une stratégie médiatique nationale ambitieuse autour de Radio Centrafrique. Les gestionnaires du projet peinent visiblement à absorber un financement de cette ampleur, et les activités conduites jusqu’ici semblent loin de la hauteur des fonds engagés
Source: Corbeau News Centrafrique
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