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Près d’un mois après les graves incidents qui ont coûté la vie à trois civils et fait neuf blessés, les soldats des Forces Armées Centrafricaines (FACA) impliqués dans le drame ont finalement quitté Ouanda-Djallé le 23 mars 2026 dans la matinée. Mais leur départ, tant réclamé par la population, prend une tournure inattendue: à seulement une quinzaine de kilomètres de la ville, leur véhicule est tombé en panne à répétition, les laissant bloqués depuis plusieurs jours en pleine forêt.
Tout avait commencé le vendredi 27 février 2026 au marché central de Ouanda-Djallé. Deux soldats FACA s’étaient présentés à l’étalage d’un jeune vendeur d’eau et avaient exigé d’être servis gratuitement. Face au refus poli du jeune homme, qui rappelait simplement que l’eau en sachet était une marchandise comme une autre, les militaires avaient réagi avec une violence extrême. Ils s’en étaient pris physiquement aux jeunes présents, déclenchant la colère de la population.
La foule, grossissant rapidement, s’était dirigée vers le campement des FACA installé dans les locaux de l’OFCA (coopérative des femmes), en plein centre-ville. Alors que des négociations étaient en cours avec les Casques bleus et les autorités locales, des soldats avaient ouvert le feu sans sommation sur les civils. Bilan: trois morts (dont un sur place et deux décédés des suites de leurs blessures à l’hôpital) et neuf blessés.
La population, excédée par des mois de frictions et d’exactions, avait alors exigé le départ immédiat des militaires du bâtiment de l’OFCA et leur retour à l’ancienne base située à l’entrée de la ville.
Face à la montée de la tension, le ministre de la Défense nationale et son collègue en charge de l’Administration du territoire s’étaient rendus à Ouanda-Djallé. Ils avaient écouté les doléances de la population lors d’une réunion publique avec les autorités locales et promis des actes concrets. Le ministre avait annoncé le remplacement immédiat des soldats incriminés.
Une semaine plus tard, le 23 mars 2026, un nouveau détachement venu de Bangui relevait effectivement les soldats en poste. Ces derniers quittaient la ville dans la matinée.
Bloqués à 15 km: « C’est la conséquence de ce que vous avez fait » Mais le voyage de retour ne s’est pas déroulé comme prévu. Selon des témoignages recueillis sur place, le véhicule des soldats relevés est tombé en panne à environ 15 km de Ouanda-Djallé. Après une première réparation de fortune, une deuxième panne, puis une troisième, le véhicule est désormais totalement immobilisé depuis quatre jours.
Le chauffeur, lui-même militaire, se serait emporté contre les jeunes soldats: « Vous êtes jeunes, vous venez à peine d’entrer dans l’armée, vous arrivez dans une ville et vous tuez la population, vous tuez les enfants de cette ville. Vous pensez que c’est une bonne chose? Voilà la conséquence. À cause de vous, nous sommes en train de souffrir. On est bloqués ici dans la forêt, sans nourriture, on dort à même le sol, et il n’y a pas de pièces de rechange. Il faudra aller jusqu’à Bangui pour en trouver… Ça va prendre des semaines ! »
Les soldats se retrouvent ainsi coincés en pleine brousse, à quelques kilomètres seulement de la ville où ils ont semé la terreur il y a un mois. Pour de nombreux habitants de Ouanda-Djallé, cette succession de pannes n’est pas anodine. Certains y voient une « punition indirecte », voire une intervention divine après les drames causés par ces militaires.
« Ils ne sont même pas partis loin. Ils sont encore là, à 15 km. Ils n’ont pas dépassé la ville de beaucoup », confient des résidents, entre soulagement et ironie amère.
Malgré ce départ mouvementé, la population de Ouanda-Djallé reste vigilante. Beaucoup espèrent que le nouveau détachement des FACA adoptera un comportement différent et respectera les civils. La demande de retour des militaires à leur ancienne base, à l’entrée de la ville, reste également d’actualité pour éviter de nouvelles frictions au cœur des quartiers résidentiels.
Source: Corbeau News Centrafrique
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