Africa-Press – Congo Kinshasa. Ils pensaient entrer dans une aventure triomphante, mais se retrouvent piégés dans un engrenage qui les broie. Les Congolais ayant rejoint l’AFC-M23 se croyaient protégés, valorisés et portés vers le sommet. Certains espéraient même un accès aux leviers du pouvoir, d’autres un avenir sécurisé. Hors la vérité qui s’impose aujourd’hui est tout autre. Pour le politologue Alain Mokolo, ils subissent la domination absolue, les traitements humiliants et l’exclusion systématique.
Derrière les sourires de façade et les signes d’allégeance, se cache une désillusion intime, tenace et corrosive. La rébellion n’est plus soutenue par la cohésion mais par la peur et la contrainte. Bref, l’AFC-M23 traverse aujourd’hui une crise ouverte, impossible à masquer, indique Mokolo dans son analyse envoyée à Ouragan. Les accusations se multiplient, la confiance a disparu, et les règlements de comptes sont devenus la norme. L’assassinat de Magloire Paluku, le 10 décembre dernier, n’est pas un incident isolé, dit-il. Il illustre la logique interne de ce mouvement où la violence ne frappe plus seulement l’ennemi, mais s’abat désormais sur ses propres rangs.
Selon l’activiste Kanvira Jean-Claude, cette dynamique est révélatrice d’une loi tacite des conflits armés: lorsqu’une rébellion commence à éliminer ses propres éléments et à intimider ses cadres, elle signe son propre déclin. Sur le terrain, les combattants congolais, relégués et marginalisés, apparaissent comme de simples exécutants, privés de toute influence stratégique. La rébellion ne leur appartient pas, elle est verrouillée et contrôlée par des forces extérieures, et leur rôle se limite à obéir, souvent au prix de leur sécurité et de leur dignité.
Le tableau sur le terrain confirme cette fragilité. Après la prise d’Uvira, ville stratégique sur les rives du lac Tanganyika, le M23 annonce son avancée vers Mwenga. Kamituga, cité minière et l’aéroport de Kitutu sont dans la ligne de mire, soulignant l’ambition économique et stratégique de ces axes. Le gouverneur rebelle du Sud-Kivu, Patrick Busu Bwangwi, confirme le projet. Pourtant, pendant que la rébellion affiche sa prétendue expansion, ses effectifs s’amenuisent.
La 34e région militaire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a signalé la reddition de 323 combattants de l’AFC-M23 au Nord et Sud-Kivu, au cours de deux dernières semaines de décembre 2025. Le major Dieudonné Kasereka a précisé que ces défections résultaient de traitements dégradants et de tortures infligées par les cadres du mouvement. Des observateurs militaires démontrent que ces faits illustrent une réalité devenue vérifiable: la rébellion se délite de l’intérieur, incapable de maintenir discipline et loyauté.
Un autre élément révélateur de l’influence extérieure sur le M23 est la présence avérée de soldats rwandais sur le territoire congolais, confirmée par les autorités de Kinshasa. Quinze militaires des Forces de défense rwandaises (RDF), dont un major et un capitaine, tous considérés comme des officiers de renseignement ont été présentés à la presse, arrêtés sur différentes lignes de front, notamment autour de Goma et dans le Sud-Kivu. À ces arrestations s’ajoutent plusieurs civils étrangers impliqués, dont un ressortissant burundais à Kinshasa, trois autres Burundais à Uvira, un Ougandais dans le Nord-Kivu, et trois Tanzaniens. Ces civils sont poursuivis pour terrorisme, apologie du terrorisme ou espionnage. Selon le lieutenant-colonel Mak Hazukay, ces arrestations sont la preuve tangible de la présence militaire rwandaise et des tentatives de Kigali de régionaliser le conflit en manipulant certains ressortissants et groupes armés comme les Red-Tabara. Cette démonstration publique vise à contrer les narratifs de Kigali qui, comme à son habitude, prétend limiter ses actions à des mesures défensives contre les FDLR et autres forces hostiles, tout en niant toute présence sur le sol congolais. Ces événements confirment les analyses de plusieurs experts: l’AFC-M23 ne peut se prétendre autonome, et son armature repose largement sur un appui direct du Rwanda, ce qui explique ses divisions internes et son incapacité à discipliner ses combattants et cadres.
Autre signe de fragilité: le M23 a récemment annoncé vouloir libérer les militaires FARDC capturés lors des affrontements. Dans un communiqué daté du 4 janvier 2026, le mouvement indique que les soldats souhaitant retourner à Kinshasa peuvent entamer un processus de libération en collaboration avec le Comité international de la Croix-Rouge. Cette initiative inclut également les combattants Wazalendo capturés lors de la chute de Goma en janvier 2025. Un membre d’une Ong internationale indique que cette annonce traduit autant un besoin de légitimation qu’une difficulté opérationnelle croissante: la rébellion peine à maintenir le contrôle de ses captifs et de ses alliances, alors même qu’elle prétend poursuivre son expansion.
Sur le plan stratégique, le constat est cruel. Alors que le M23 revendique ambition territoriale et discipline, ses rangs se vident et ses cadres s’accusent mutuellement. Comme le résume Kanyinda, un cadre de l’UDPS: « Une rébellion qui combat ses propres éléments ne prépare pas l’avenir ; elle accélère sa chute ». Les Congolais qui avaient cru trouver dans le M23 une opportunité de progression se retrouvent piégés, spectateurs d’une débâcle interne programmée.
L’ironie est manifeste, la machine prétendument conquérante s’effondre sous le poids de ses contradictions et de sa brutalité. Les illusions se sont évaporées, la façade s’écroule. Et à ce rythme, l’AFC-M23, qui prétend conquérir le territoire et étendre son influence, est en train de sceller son propre déclin avant même d’avoir atteint ses objectifs.





