Africa-Press – Congo Kinshasa. La mise en œuvre de l’accord de paix de Washington signés le 27 juin 2025 par les ministres rwandais et congolais des Affaires étrangères, continue de s’inscrire dans une dynamique de recul. Le suivi du mois de novembre 2025 fait état d’une stagnation préoccupante. Sur les 30 tâches prévues, seules 19 ont connu un début de mise en œuvre, pour un taux global d’exécution de 23,3 %. En ne considérant que les actions partiellement exécutées, le taux de réalisation s’établit à 36,8 %, en net recul par rapport aux évaluations de fin octobre (38 %) et de fin août (41 %), d’après le baromètre des accords de paix en Afrique.
Les engagements relevant de la responsabilité de la RDC illustrent cette lenteur persistante. Sur les 26 obligations qui lui sont attribuées, note le rapport, seules 16 ont été respectées, mais en partie, ce qui traduit une avancée fragmentaire et une difficulté manifeste à transformer les engagements politiques en actions concrètes sur le terrain. Du côté rwandais, la tendance reste tout aussi mitigée. Sur les 22 responsabilités prévues à sa charge, 13 seulement ont enregistré une mise en œuvre partielle. Malgré un niveau d’avancement légèrement supérieur à celui observé côté congolais, l’ensemble demeure insuffisant pour inverser la dynamique générale de ralentissement du processus.
À l’inverse, les tâches confiées à la communauté internationale affichent un niveau d’exécution relativement plus soutenu. Ses axes d’intervention ont été réalisés partiellement.
Cependant, les principaux blocages concernent les dispositions les plus sensibles de l’accord. La neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises. Les deux mécanismes continuent d’accuser d’importants retards. Les opérations conjointes prévues dans le calendrier adopté en septembre 2025 n’ont pas été exécutées, tandis que les divergences d’interprétation persistent entre les parties. Les autorités rwandaises conditionnent le retrait de leurs troupes à la neutralisation préalable des FDLR, en contradiction avec le principe de simultanéité pourtant acté.
Sur le terrain, les affrontements armés entre les FARDC et l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda, se poursuivent, en dépit de la signature d’un accord-cadre le 15 novembre 2025 au Qatar. Cette situation fragilise davantage la crédibilité du processus de paix et alimente un climat d’insécurité durable.
La crise humanitaire demeure, elle aussi, un point de blocage majeur. L’accès à l’aide humanitaire reste limité, notamment en raison de la non-réouverture de l’aéroport de Goma, pourtant identifiée comme une mesure urgente lors de la Conférence de Paris sur la paix dans la région des Grands-Lacs.
En outre, la qualité du suivi institutionnel suscite des interrogations. Les rapports produits par le Comité de surveillance conjointe (JOC) et le Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM), jugés succincts, ne rendent pas pleinement compte des difficultés opérationnelles ni des mesures correctives envisagées. Ce déficit de lisibilité nuit à la transparence et à la crédibilité du processus d’implémentation des engagements sécuritaires.
Des avancées limitées
En dépit de cette posture globalement défavorable, quelques avancées ont été enregistrées au cours du mois de novembre 2025. La signature, le 8 novembre, du Cadre d’intégration économique régionale entre la RDC et le Rwanda a permis d’inscrire l’accord de Washington dans une perspective de coopération économique.
Le 15 novembre, un accord-cadre entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, signé au Qatar, a constitué une tentative de relance du dialogue politique. Par ailleurs, le fonctionnement régulier du JSCM et du JOC a permis d’assurer une continuité institutionnelle minimale dans le suivi du texte.
Devant ces blocages, le baromètre des accords de paix en Afrique préconise des actions ciblées à entreprendre par chacune des parties prenantes:
Pour Kinshasa:
• Accélérer les opérations coordonnées de neutralisation des FDLR, en coordination avec le JSCM, avec une protection stricte et effective des civils;
• Opérationnaliser sans délai le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu signé à Doha le 14 octobre 2025, préalable à l’accord de Washington ;
• Élaborer et mettre en œuvre un Plan national de protection des civils avec la MONUSCO et les acteurs humanitaires.
Pour Kigali:
• Mettre en œuvre immédiatement le plan harmonisé de désengagement et de levée des mesures défensives, avec objectifs mesurables et mécanisme de vérification conjoint ;
• Encourager l’AFC/M23 à renforcer la protection des populations civiles dans les zones sous son contrôle ;
• Faciliter l’accès humanitaire sans entrave, notamment par la réouverture de l’aéroport de Goma.
Pour les JOC et JSCM:
• Publier des rapports réguliers, détaillés et exhaustifs sur les violations, retards, cas de non-exécution et mesures correctives ;
• Renforcer la transparence du processus et la confiance du public, au-delà des communiqués conjoints succincts.
Pour les États-Unis:
• Maintenir une pression diplomatique soutenue pour le respect des délais liés à la neutralisation des FDLR et à la levée des mesures défensives rwandaises ;
• Fournir un appui technique et logistique renforcé au JOC et au JSCM pour la coordination et la vérification ;
• Soutenir activement la médiation AFC/M23–Gouvernement congolais dans le cadre du processus de Doha, en cohérence avec le texte du 27 juin.
Pour le Qatar:
• Renforcer la complémentarité entre les processus de Doha et de Washington ;
• Soutenir le fonctionnement effectif du mécanisme conjoint de vérification du 14 octobre 2025 ;
• Encourager la publication rapide des premières observations issues du mécanisme.
Pour le médiateur de l’Union africaine:
• Veiller à l’harmonisation des processus de Washington et de Doha avec les efforts continentaux de paix dans les Grands Lacs ;
• Maintenir la réunion de haut niveau prévue en janvier 2026 au Togo ;
• Plaider pour un financement autonome et durable du mécanisme continental de suivi via un budget dédié de l’UA.





