Africa-Press – Congo Kinshasa. Le débat sur une éventuelle révision ou un changement de la Constitution refait surface dans les conversations politiques en République démocratique du Congo. Entre partisans et opposants à cette initiative, la classe politique reste divisée, tandis que certains responsables préfèrent garder le silence.
Pour plusieurs observateurs, cette réserve s’explique notamment par la crainte de subir les mêmes conséquences politiques que le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, récemment au centre de polémiques après ses prises de position.
Dans ce climat de prudence politique, la population, elle, observe et commente. Ce micro-trottoir réalisé samedi 14 mars 2026 à Kinshasa révèle une opinion publique partagée, mais attentive.
Le souvenir du précédent de 2016
Dans la commune de Limete, au quartier Mombele, Josué Kandolo, 31 ans, employé dans une société de gardiennage, se souvient d’un épisode similaire survenu il y a près d’une décennie.
« Qu’on ne nous prenne pas pour des dupes. En 2016, le régime de Kabila avait tenté la même démarche de révision ou de changement de la Constitution, sans succès. La population s’y était opposée et il avait finalement reculé. Pour moi, le président Tshisekedi devra quitter le pouvoir à l’issue de son deuxième et dernier mandat », affirme-t-il.
Des inquiétudes face au climat politique
Même son de cloche du côté d’Annie Muleta, chantre dans une Église de réveil à Barumbu, qui redoute une montée des tensions politiques à l’approche des prochaines échéances électorales.
« Qu’ils ne nous provoquent pas. À l’époque de Kabila, ils défendaient cette même Constitution. Certains avaient lancé le slogan ‘Pas de troisième penalty’. Aujourd’hui, nous voulons surtout préserver la paix, surtout à l’approche des élections », déclare-t-elle.
L’argument sécuritaire avancé par certains citoyens
D’autres Congolais interrogés estiment cependant que la question mérite d’être discutée au regard de la situation sécuritaire dans l’Est du pays.
C’est le cas de Guy Lukandi, 41 ans, chauffeur de taxi résidant dans la commune de Ngaliema, au quartier UPN.
« Nous ne sommes pas obligés de changer la Constitution. Mais les acteurs politiques pourraient se mettre autour d’une table et trouver un consensus pour accorder au président deux années supplémentaires afin de pacifier l’ensemble du territoire. On l’a déjà fait en 2016 avec Joseph Kabila, puisque les élections n’ont finalement eu lieu qu’en 2018 », soutient-il.
Michel Konga, un autre habitant de la capitale, va encore plus loin et plaide pour une modification de la Loi fondamentale.
« Le président n’a pas seulement un mandat, il a aussi une mission: empêcher Paul Kagame de déstabiliser le Congo. Pour y parvenir, nous devons modifier, voire changer la Constitution afin de lever les verrous de certains articles, notamment l’article 220 », estime-t-il.
Le respect strict de la Constitution exigé par certains
Mais pour d’autres citoyens, la position est claire: la Constitution doit être respectée.
Un étudiant de l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA), qui a requis l’anonymat, rappelle que l’actuel chef de l’État s’était lui-même opposé à toute modification de la Loi fondamentale sous le régime précédent.
« J’ai voté pour Félix Tshisekedi en 2018 et en 2023. Il doit respecter la Constitution pour laquelle il s’est battu à l’époque de Kabila. Je pense qu’il restera fidèle à ses engagements républicains », affirme-t-il.
Un débat encore informel
Par ailleurs, certains citoyens jugent prématuré d’ouvrir un tel débat alors que le pays fait face à une crise sécuritaire persistante dans sa partie orientale et que plusieurs provinces restent sous état de siège.
À ce stade, il convient de rappeler que la question d’une révision ou d’un changement de la Constitution n’a jamais été officiellement inscrite à l’ordre du jour des institutions de la République. Le débat se déroule essentiellement dans les milieux politiques, dans certains cercles de la société civile et dans l’opinion publique.
En attendant une éventuelle initiative formelle, le sujet continue d’alimenter les discussions, révélant une opinion nationale attentive, mais profondément partagée.





