Conséquence du découpage territorial de 2015 (Analyse d’Oasis Kodila Tedika*)

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Conséquence du découpage territorial de 2015 (Analyse d’Oasis Kodila Tedika*)
Conséquence du découpage territorial de 2015 (Analyse d’Oasis Kodila Tedika*)

Africa-Press – Congo Kinshasa. Depuis 2015, le découpage territorial a eu lieu en RDC, conformément à l’esprit de la Constitution de 2006. Dans une chronique développée ici, les arguments n’avaient pas manqué pour encadrer cette réforme importante, en insistant sur plusieurs défis : la faiblesse performance de l’administration, le coût du financement de cette décentralisation, la qualité de la gestion des ressources financières, la mauvaise allocation territoriale/la répartition inégale du capital humain, etc. Le temps est au bilan huit ans après. Naturellement, beaucoup de facteurs peuvent être indexés, mais le propos de cette chronique est de ne se baser que sur un bilan étayé par des arguments discutés rigoureusement dans les articles scientifiques. Ainsi deux conséquences sont étudiées dans la suite. Da mihi factum, dabo tibi jus. Pour les francophones, « Dis-moi les faits, je te dirai le droit. »

Considérons deux arguments documentés dans la littérature académique pour apprécier la conséquence de cette réforme. Premièrement, deux chercheurs, à savoir l’économiste Alma Bezares Calderon et le célèbre politiste Pierre Englebert, spécialiste reconnu de la RDC, ont passé du temps à vérifier l’impact de ce découpage sur la tribalisation dans une série d’études scientifiques. Dans une étude, ils ont montré que le découpage de 2015 a sensiblement changé la nature de l’État congolais au niveau provincial et la relation entre groupes ethniques et institutions publiques. Ils arrivent à montrer que la plupart des provinces sont dominées au plus par une poignée de groupes ethniques. Plusieurs d’entre elles ont même désormais un groupe titulaire, soit majoritaire, soit dominant. Ainsi, dans une autre étude, ils montrent que la décentralisation, dont l’intention était la proximité avec la gouvernance, pourrait bien finir par exclure davantage de Congolais des avantages de la représentation politique.

Le deuxième argument porte sur les conflits. Alma Bezares Calderon essaye de vérifier l’hypothèse selon laquelle en rapprochant le gouvernement de la population, les groupes antagonistes verraient leurs intérêts représentés et réduiraient ainsi leur velléité à entrer en conflit. En des termes différents, la décentralisation devrait être un outil susceptible de réduire les niveaux de conflit dans diverses sociétés. En considérant les données sur la période de 2011 et 2019, elle trouve que la décentralisation est associée à des niveaux de conflit plus faibles dans les zones décentralisées, mais cela est principalement dû à une augmentation des conflits dans les régions qui ne se sont pas décentralisées plutôt qu’à une diminution des conflits dans les zones décentralisées. Pourtant, en examinant les mécanismes potentiels à l’origine des conflits dans le pays, elle constate que les conflits sont plus répandus dans les capitales des provinces, y compris les nouvelles capitales ; ce qui confirme l’hypothèse selon laquelle le conflit est utilisé comme un outil politique pour accéder aux ressources dans les cas où le lobbying représente une alternative moins rentable.

Ces conclusions s’invitent dans l’actualité politique où les tensions tribales sont portées par certains ou nourries par d’autres. En effet, en questionnant la répartition de l’identité ethnique/tribale au regard de la reforme de 2015, les questions légitimes sur ces tensions s’avèrent opportunes pour les traiter de la manière la plus intelligente possible. Ces évidences devraient plonger l’élite, particulièrement l’élite politique, au cœur de la réflexion pour lever des options intelligentes susceptibles de contenir ces tensions pour ne pas les transformer en outil politique comme dans démontrer dans les travaux de Alma Bezares Calderon. Mais au-delà, il s’avère impérieux de faire face aux défis de la décentralisation de manière efficace.

*Oasis KodilaTedika est un économiste et auteur récemment du livre Financement du développement en RDC : diagnostic, opportunités et perspectives.

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