Faillite de Lehman Brothers : que pèse la morale face à l’efficacité économique?

14
Faillite de Lehman Brothers : que pèse la morale face à l’efficacité économique?
Faillite de Lehman Brothers : que pèse la morale face à l’efficacité économique?

Africa-Press – Congo Kinshasa. Salariés, clients, actionnaires… et le reste du monde ont pâti de la faillite de Lehman Brothers. Richard Fuld, son ancien PDG a su se retourner sans trop y perdre de plumes. Fallait-il le sanctionner au détriment de l’efficacité économique ?

Le 15 septembre 2008, lorsque j’entendis à la radio que Ben Bernanke, le patron de la Fed, avait refusé de sauver la banque Lehman Brothers, ma première réaction fut de me dire : « Enfin une bonne nouvelle ! » Et lorsque le journaliste ajouta que cette même banque venait dès lors de se déclarer en faillite: « Chic! Bien fait ! Pour une fois que les spéculateurs sont punis… »

Quelques mois plus tard, constatant l’immensité de la crise qui en résultait, je me suis reproché ces réactions trop naïvement moralisatrices, qui confirmaient mon incompétence en économie. Je me remémorai le joli mot de Talleyrand: « Méfiez-vous du premier mouvement : c’est le bon! » Il voulait dire qu’un bon mouvement, d’un point de vue moral, pouvait déboucher sur une catastrophe, d’un point de vue diplomatique. Et je soupçonnai que Ben Bernanke n’ait succombé, comme moi (mais avec moins d’excuses et beaucoup plus de conséquences), à cette première réaction spontanément morale, qui s’avérait économiquement désastreuse…

Quinze ans plus tard, et quoique je ne sois pas, s’agissant d’économie, beaucoup plus compétent qu’alors, il m’est plus facile de faire la part des choses. Je n’avais pas forcément tout à fait tort, en septembre 2008, de louer l’intransigeance de Ben Bernanke: sauver Lehman Brothers, c’eût été encourager d’autres banques à prendre elles aussi des risques inconsidérés, ce qui n’était ni économiquement ni moralement souhaitable.

Il est trop facile d’accumuler des profits, quand tout va bien, et de compter sur l’Etat pour nationaliser les pertes, quand tout va mal. Avais-je alors raison ? Non plus. Car qui paya les pots cassés ? Richard Fuld, le PDG de Lehman Brothers? Guère.

Il perdit certes son emploi, et pour cause (Lehman Brothers n’existait plus), mais ne fut personnellement ni ruiné ni sanctionné par quelque tribunal que ce soit ; il continua tranquillement de faire des affaires, en l’occurrence en créant une petite entreprise de capital-investissement et de gestion de fortune…

C’est en quoi la faillite de Lehman Brothers fut moralement beaucoup moins satisfaisante que je ne l’avais d’abord imaginé : parce qu’elle épargna les vrais responsables (les décideurs, à commencer par Richard Fuld) et fit peser les conséquences d’une gestion calamiteuse sur les salariés de base (qui se retrouvèrent au chômage), sur les clients et les actionnaires, voire sur le monde entier (qui plongea dans la crise).

Il n’est d’ailleurs pas certain que la morale, dans la décision de Ben Bernanke, ait pesé si lourd. Il déclarera, quelques années plus tard, qu’il aurait bien voulu sauver Lehman Brothers, mais que la Fed « n’avait juste pas les moyens de le faire ». Je ne sais ce qu’en disent aujourd’hui les économistes.

Quant à moi, je continue de penser qu’il n’est pas sain que certains dirigeants bénéficient d’une espèce d’immunité financière, qui les met à l’abri des conséquences, fussent-elles désastreuses, de leurs décisions. Et qu’une éventuelle sanction, fût-elle moralement justifiée, importe pourtant moins, dans ces domaines, que l’efficacité. Il est plus urgent de protéger les intérêts des plus faibles que de sanctionner, lorsqu’ils échouent par leur faute, les plus forts. Mais rien n’indique que les deux soient toujours incompatibles.

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Congo Kinshasa, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here