Vers l’aggravation des tensions en République Démocratique du Congo après les élections présidentielles

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Vers l’aggravation des tensions en République Démocratique du Congo après les élections présidentielles
Vers l’aggravation des tensions en République Démocratique du Congo après les élections présidentielles

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Congo Kinshasa. La commission électorale nationale indépendante de la République démocratique du Congo a déclaré « Félix Tshisekedi » vainqueur de la présidentielle pour un second mandat, tandis que l’opposition s’est aussitôt manifestée en criant au scandale.

En effet, le 1er janvier 2024, la Commission électorale a annoncé la victoire du président sortant selon les résultats préliminaires de l’élection présidentielle tenue le dimanche 20 décembre 2023 sur deux jours, et qui s’est poursuivie le troisième jour en raison de problèmes logistiques qui ont entravé le processus électoral dans certaines régions, dans lequel environ 19 candidats étaient en compétition, et après que Tshisekedi ait reçu plus de 13 millions de voix, soit 73,34 % du nombre total d’électeurs.

L’opposition quant à elle a rejeté les résultats de l’élection présidentielle donnant la victoire au président Tshisekedi, dans un contexte de problèmes logistiques généralisés et d’irrégularités signalées.

Les résultats rendus publiques indiquent les signes d’une nouvelle phase de troubles et de tensions politiques et sécuritaires qui ont accompagné la plupart des élections présidentielles en République Démocratique du Congo depuis son indépendance en 1960, ce qui renforce les craintes que le pays ne soit impliqué dans une crise politique au cours de la période à venir. Ceci renforce la position de l’opposition qui rejette les élections présidentielles et leurs résultats en raison des pratiques dans lesquelles le régime au pouvoir a été impliqué pendant le processus électoral, selon les allégations des partis d’opposition, ce qui menace l’avenir du pays, qui souffre déjà d’une série de crises sécuritaires et économiques au cours des dernières années, en exacerbant la situation lors de la prochaine étape.

Un affrontement politique qui risque fort de donner naissances à une crise

Le contexte général de la scène politique congolaise indique des signes d’une crise politique dans le pays qui pourrait s’aggraver à la lumière des escalades des partis politiques après les élections. Les indicateurs les plus marquants de tension à l’intérieur du Congo peuvent être notés comme suit:

• Remise en cause de l’intégrité du processus électoral

Avant la tenue des dernières élections, l’opposition accusait déjà le régime de Tshisekedi de tenter de falsifier les élections et leurs résultats, ce que les dirigeants de l’opposition justifiaient par le manque d’intégrité des institutions de supervision des élections qui sont supervisés par des fidèles du président congolais, comme la Commission électorale nationale indépendante, dirigée par un proche allié du président, Denis Kadima, qui appartient à son ethnie Luba.

En outre, il semble que certaines violations ont entaché le processus de vote pendant et avant le processus électoral, comme les violations dans le processus d’inscription des électeurs, qui ont renforcé les craintes de l’opposition d’un trucage des élections, d’autant plus que certaines cartes électorales n’étaient pas valides, et d’ignorer également l’enregistrement d’un grand nombre de citoyens dans certaines zones qui représentent un bastion de l’opposition, comme dans les provinces du Kivu et de l’Ituri à l’Est du pays, bien qu’on assiste à une escalade des tensions sécuritaires, un retard dans le démarrage du processus de vote dans un tiers des bureaux de vote dans différentes régions du pays, un retard dans la livraison du matériel nécessaire au processus électoral et quelques dysfonctionnements dans les équipements, en plus de la prolongation d’un jour supplémentaire de la période de vote dans les bureaux de vote, selon l’opposition, qui estime que cela constitue une base suffisante pour refaire les élections.

D’autant plus que la Commission électorale a été accusée de ne pas avoir collecté l’intégralité des résultats des élections conformément à la loi électorale. Si le chef de la Commission électorale a admis qu’il y avait eu quelques irrégularités au cours du processus électoral, il a insisté sur le fait que les résultats reflètent la volonté du peuple congolais.

• Augmentation des charges financières liées aux élections

Il s’agit de charges qui exercent une pression sur le budget de l’État dans un contexte de défis économiques dans le pays, dont l’impact se reflète dans les mauvaises conditions de vie d’une grande partie de la population en RDC. Les rapports ont indiqué que le coût de la tenue des élections dépassait « Un milliard de dollars ». Cela entraînera une expansion du déficit budgétaire du pays cette année, d’autant plus que les pressions sur les changes résultant de l’augmentation des dépenses de sécurité et des arrangements pré-électoraux ont entraîné une baisse de la valeur du franc congolais de 20% par rapport au dollar américain, ce qui renforce l’état de mécontentement de la population contre le régime en place.

• Les partisans de Tshisekedi ont ignoré les divisions internes

Les partisans du président Tshisekedi sont descendus illico dans les rues de la capitale pour célébrer sa victoire dans un second mandat, au milieu d’une division dans la rue congolaise entre partisans et opposants aux résultats de ces élections. Cela intervient au moment où Tshisekedi s’est engagé à relever tous les défis auxquels le pays est confronté au cours de son deuxième mandat, qu’il a jugé nécessaire pour consolider les acquis qu’il a décrits, malgré des opinions divergentes sur le résultat de ses réalisations au cours du premier mandat qui a débuté en 2019.

• Le rejet des résultats des élections par l’opposition

La plupart des candidats politiques de l’opposition ont anticipé l’annonce des résultats préliminaires des élections présidentielles pour annoncer dans une déclaration commune « leur rejet de ces élections et de leurs résultats, les qualifiant de canular », tout en exigeant la tenue de nouvelles élections avec une nouvelle commission électorale à une date convenue par tous, ce qui laisse présager la possibilité d’une crise politique grave lorsque les candidats perdants et leurs partisans rejettent les résultats des élections.

• Vers la mobilisation de l’opinion publique pour manifester contre les résultats des élections

L’opposition politique a intensifié sa position contre ce qu’elle a qualifié de fraude électorale en appelant à des manifestations de masse. Ce qui a entraîné le déclenchement d’affrontements entre les forces de sécurité et certains partisans des candidats de l’opposition, comme Martin Fayulu, dont les partisans ont été encerclés par les forces de l’ordre autour de son siège électoral, et ont tiré des bombes à gaz lacrymogènes pour tenter de les disperser.

Les forces armées ont également été déployées dans différents quartiers de la capitale, Kinshasa, pour prévenir tout trouble. Les autorités de sécurité ont interdit une marche organisée par cinq candidats perdants pour protester contre les élections, ce que le gouvernement a considéré comme une tentative de saper le travail de la Commission électorale concernant le décompte final des résultats des élections. Ceci malgré le fait que les candidats à la présidentielle ont signé en novembre 2023 un code de conduite avant le début des campagnes électorales officielles, qui stipule de lutter contre toutes les formes de violence qui accompagnent le processus électoral.

• Organisation des élections parallèlement à l’escalade des défis internes

Il semble bien que ces élections se soient déroulées dans le cadre d’un contexte complexe au niveau interne du pays, à la lumière des défis économiques et sécuritaires dont il est témoin et de la propagation généralisée de la corruption, en plus de la participation à des tensions régionales complexes. L’Est du Congo démocratique représente toujours un défi sécuritaire pour le gouvernement congolais, compte tenu de l’activité de nombreux mouvements armés, dont le nombre a dépassé les 120, en plus de Daech, actif dans les Grands Lacs, ce qui a un impact négatif sur la stabilité et la sécurité futures de la République Démocratique du Congo au cours de la période à venir.

• Retour sur les inquiétudes existantes

L’épisode de tensions qui a accompagné les récentes élections présidentielles ouvre la porte à de nombreuses répercussions possibles aux niveaux interne et international pour la République Démocratique du Congo, comme ci-après mentionnées:

1- Escalade de la violence dans le pays

L’opposition pourrait appeler ses partisans à élargir la portée des protestations contre les résultats des élections dans tout le pays, ce qui pourrait se heurter à une répression accrue de la part des autorités sécuritaires pour réprimer ces manifestations, qui renforcent l’état d’incertitude sur la scène politique du pays et ce que cela peut signifier en termes de campagne d’arrestations généralisée et de décès possibles parmi les manifestants, aggravant ainsi la crise politique dans le pays.

2- L’opposition et son possible recours au pouvoir judiciaire

L’opposant Martin Fayulu

Il existe une autre voie que l’opposition peut emprunter pour contester les résultats des élections devant la Cour constitutionnelle, malgré la faible confiance d’un large secteur dans l’indépendance des institutions de l’État. Néanmoins, l’un des candidats ayant perdu la course à la présidentielle a annoncé qu’il ne déposerait pas de plainte en justice pour les mêmes raisons. Cependant, la Cour constitutionnelle devrait approuver les résultats des élections et rejeter les recours déposés par l’opposition, ce qui pourrait accroître le mécontentement populaire à l’égard des institutions de l’État.

3- Une crise de légitimité politique pour le régime de Tshisekedi

La crise politique à Kinshasa pourrait conduire à ce que de larges pans de la société congolaise touchés par l’aggravation de la crise économique et sécuritaire du pays rejoignent les rangs de l’opposition, ce qui pourrait affecter la légitimité politique du régime au pouvoir dans le pays et l’exposer à davantage de défis au cours de la période à venir.

4- Faible confiance dans la démocratie

L’opposition renforce ses efforts pour dénoncer la série de violations électorales dans lesquelles le régime au pouvoir a été impliqué, afin de garantir que son candidat remporte un deuxième mandat présidentiel, selon ses affirmations, ce qui pourrait renforcer le manque de confiance des citoyens dans le processus démocratique et le transfert pacifique du pouvoir dans le pays.

Cela peut inciter à s’impliquer dans des actes de violence pour changer le statu quo par la force, ce qui menacerait la sécurité et la stabilité du pays dans un avenir prévisible.

5- Aggravation de la détérioration de la sécurité dans l’Est du pays

L’intérêt du gouvernement congolais à apaiser la crise politique intérieure après les élections pourrait le détourner de la confrontation aux menaces sécuritaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, qui peut représenter une opportunité pour les mouvements armés et les organisations terroristes d’élargir le cercle de violence dans lequel ils sont impliqués là-bas, et peut-être d’étendre leur activité, jusqu’à la profondeur congolaise et aussi à la périphérie régionale.

6- Escalade des tensions régionales

Il importe de noter que certains pays voisins de la région bénéficient de la situation politique et sécuritaire tendue en République Démocratique du Congo. Les estimations indiquent que le Rwanda préfère un contexte chaotique à l’intérieur du Congo pour pouvoir continuer à piller illégalement les ressources du pays, selon les allégations de Kinshasa, tandis que l’Angola veut continuer à extraire illégalement du pétrole des eaux congolaises même si les deux parties ont signé un accord bilatéral en juillet 2023 pour bénéficier conjointement du pétrole.

Ainsi, les tensions politiques entre le Rwanda et la RDC risquent de s’intensifier, notamment à la lumière des accusations de Tshisekedi d’être impliqué dans le soutien aux mouvements armés dans l’Est du pays, d’autant plus qu’il s’est engagé avant les élections à leur déclarer la guerre, malgré que certains se sont rendu compte que ces déclarations étaient à des fins politiques. Afin d’éveiller les sentiments nationalistes et de mobiliser les partisans dans la course électorale, le président Tshisekedi devrait également entamer des négociations sérieuses avec l’Angola pour régler la crise pétrolière et, en cas d’échec, il pourrait entamer avec lui une nouvelle bataille politique qui, à son tour, renforcera les tensions régionales au centre et à l’ouest du continent africain.

7- La possibilité d’une intervention étrangère au Congo

Certaines puissances internationales actives, notamment les États-Unis d’Amérique et la Chine, pourraient trouver dans la crise de la scène politique et sécuritaire en République Démocratique du Congo une opportunité de s’engager afin d’y contrôler les richesses minérales et les ressources naturelles, notamment le cobalt métallique. Ce qui renforce la concurrence internationale et pourrait accompagner la militarisation de la région, y compris de la République Démocratique du Congo.

De manière générale, le deuxième mandat de Tshisekedi risque d’être marqué par de nombreuses crises politiques, économiques, sécuritaires et régionales, à la lumière de la complexité des défis et des questions épineuses qui attendent le nouveau gouvernement au cours de la période à venir, alors que l’opposition continue d’exercer davantage de pression sur le régime en place, en plus des tensions régionales entre Kinshasa et Rwanda et l’Angola, et l’escalade qui en résulte pourrait pousser la région vers un conflit intense qui aura des répercussions négatives sur l’ensemble de la région à l’avenir.

• Une des réactions de l’étranger

Les États-Unis ont félicité Félix Tshisekedi pour sa réélection pour un second mandat à la présidence de la République Démocratique du Congo, ainsi que le peuple congolais pour son engagement à faire entendre sa voix tout au long du processus électoral. Pour les Américains, aujourd’hui, la tâche importante consistant à construire la cohésion nationale qui requiert du leadership, de la responsabilité et de l’inclusion à tous les niveaux.

Toutefois, comme l’ont noté les missions d’observation nationales et internationales, l’insécurité, les problèmes logistiques et les lacunes préparatoires ont entraîné des retards et des obstacles importants dans le vote le jour de l’élection. Pour beaucoup, les incidents de fraude et de corruption ont fait naître des doutes quant à l’intégrité des résultats.

Dans ce contexte, les Etats-Unis encouragent la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à assurer une plus grande transparence concernant la compilation des résultats, et exhortent également les autorités congolaises à lancer un examen complet du processus électoral, à enquêter et à traduire en justice ceux qui ont tenté de saper la volonté du peuple et, en consultation avec les parties prenantes, à donner suite aux recommandations visant à améliorer les élections futures.

Par ailleurs, les États-Unis se disent impatients d’élargir leur partenariat avec le gouvernement de la RDC et de travailler avec le peuple congolais à travers le pays pour faire progresser les intérêts mutuels.

Cette situation connaîtra certainement beaucoup de bouleversements dans les prochains mois, sur lesquels nous reviendrons avec plus de détails..

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