Africa-Press – Congo Kinshasa. L’appel désespéré de l’ONG ACAJ résonne dans les rues abîmées et nauséabondes de la capitale congolaise. Kinshasa, jadis flambeau d’espoir pour de nombreux Kinois, se transforme lentement, mais sûrement en un cauchemar urbain où l’insalubrité atteint des sommets vertigineux. Chaque matin est un nouvel affront aux sens: les avenues, autrefois vibrantes de vie, sont désormais jonchées de déchets, tandis que les klaxons des voitures et des motos embourbées dans des bouchons interminables s’accordent à une symphonie de désespoir.
Les décombres accumulés, les plastiques aux abords des rivières et les marchés sauvages envahissant les chaussées font de la ville un véritable dépotoir à ciel ouvert. Inutile de rappeler la pollution sonore produite par les pubs et les églises. Ambiance infernale. L’odeur des ordures brûlées flotte dans l’air, rappelant à tous le déclin programmé de cette mégapole autrefois florissante. Les conditions de vie sont ainsi jetées aux oubliettes, tandis que la santé publique se retrouve en grand danger.
Deux fléaux, plusieurs responsables
C’est dans ce cadre alarmant que l’Association congolaise pour l’accès à la justice -ACAJ- a récemment lancé un cri d’alarme. Enquête à l’appui, l’ONG dénonce un «abandon urbain» devenu insupportable et appelle à des «actions urgentes pour endiguer l’insalubrité et le chaos routier», deux fléaux qui gangrènent la ville. Après trois mois de travail acharné, les résultats sont accablants: des infrastructures quasi inexistantes, des comportements inciviques généralisés et un laisser-aller institutionnel qui font de Kinshasa un terrain propice à la dégradation.
La gouvernance, ou plutôt son absence, s’affiche comme la principale coupable de ce désastre. Les marchés pirates se multiplient, et l’ACAJ accuse les dirigeants de complicité face aux infractions environnementales qui dévastent le quotidien des citoyens. «Ce n’est pas un accident», clame l’ACAJ, «mais le fruit d’une catastrophe de gestion urbaine».
Et que dire des embouteillages monstres qui paralysent la ville? Un véritable chaos routier a pris racine, avec des véhicules piégés dans des files d’attente interminables, accentuées par des étals de marché et des épaves éparpillées sur les routes. La situation est aggravée par l’incivisme de certains conducteurs, des feux de circulation hors-service et une régulation routière complètement absente. Situations de malentendus, échanges d’injures et, ponctuellement, échauffourées surgissent. Les agents de la circulation routière exacerbent la tension avec leurs tracasseries.
Pour sortir Kinshasa de cet enfer, l’ACAJ préconise des solutions très concrètes: une gestion intégrée des déchets, des infrastructures de stationnement, la délocalisation des marchés informels et un strict respect du code de la route. En somme, une urgence collective dans laquelle chaque Kinois doit endosser sa part de responsabilité. La situation est d’autant plus désespérée que même les autorités semblent ne pas réaliser l’ampleur de la crise.
En visite, le président de la République, Félix Tshisekedi lui-même, a reconnu le « niveau profondément alarmant » de la salubrité à Kinshasa. Pourtant, plus de dix jours se sont écoulés depuis cet appel à l’action sans le moindre changement sur le terrain. La promesse de mesures drastiques pour redonner à Kinshasa son prestige n’est qu’un mirage sur ce long chemin vers la décadence. Kinshasa n’est pas simplement en crise ; elle est en train de mourir sous les ordures et l’inertie de ses gouvernants. L’avenir de la ville ne dépend désormais que d’un sursaut collectif et d’actions immédiates pour redresser le tir avant que le chaos ne s’installe de manière irrémédiable dans le quotidien des Kinois. Une mobilisation d’urgence, voilà le véritable impératif.





