{"id":8485,"date":"2021-06-03T16:59:39","date_gmt":"2021-06-03T16:59:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.africa-press.net\/cotedivoire\/?p=8485"},"modified":"2021-06-03T18:33:29","modified_gmt":"2021-06-03T18:33:29","slug":"en-cote-divoire-tous-les-moyens-sont-bons-pour-assouvir-lenvie-de-lecture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.africa-press.net\/cotedivoire\/culture-et-art\/en-cote-divoire-tous-les-moyens-sont-bons-pour-assouvir-lenvie-de-lecture","title":{"rendered":"tous les moyens sont bons pour assouvir l&rsquo;envie de lecture"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff6600\"><strong><a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/\">Africa-Press<\/a> &#8211; <a href=\"https:\/\/www.africa-press.net\/cotedivoire\">C\u00f4te d&rsquo;Ivoire<\/a>.\u00a0 <\/strong><\/span><b>l\u2019ONG Campagne inter-africaine d\u2019incitation \u00e0 la lecture a lanc\u00e9 \u00e0 Abidjan, capitale \u00e9conomique ivoirienne, une campagne de sensibilisation pour apprendre \u00e0 lire et inciter \u00e0 la lecture. L\u2019occasion pour nous de revenir sur un st\u00e9r\u00e9otype tr\u00e8s r\u00e9pandu dans les principales villes francophones d\u2019Afrique subsaharienne et donc en C\u00f4te d\u2019Ivoire : les Ivoiriens ne lisent pas. Quel est l\u2019origine de ce clich\u00e9 ? Comment F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, le premier pr\u00e9sident ivoirien, a-t-il promu le livre et la lecture au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance, en 1960 ? Qu\u2019est-il advenu de cet h\u00e9ritage ? Quel est l\u2019\u00e9tat de la situation aujourd\u2019hui ? Analyse.<\/b><\/p>\n<p>En C\u00f4te d\u2019Ivoire comme dans la plupart des pays francophones d\u2019Afrique subsaharienne, il n\u2019est pas rare de s\u2019entendre dire : les gens ne lisent pas. Une affirmation un peu h\u00e2tive qui ne r\u00e9siste pourtant pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits. \u00ab S\u2019il n\u2019y avait pas de lecteurs en C\u00f4te d\u2019Ivoire, nous confie Brahima Soro, responsable du p\u00f4le librairie au sein de \u00ab Librairie de France Groupe \u00bb, nous n\u2019existerions pas depuis 83 ans [Entreprise la plus importante du secteur, la librairie de France a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1938, en pleine p\u00e9riode coloniale, par le Fran\u00e7ais Raoul Barnoin, NDLR]. Mais ce qui conforte cette id\u00e9e re\u00e7ue c\u2019est que nos populations sont essentiellement issues d\u2019une tradition orale. Pourtant, la r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est que les Ivoiriens n\u2019ont pas acc\u00e8s au livre. La C\u00f4te d\u2019Ivoire c\u2019est 322 462 km\u00b2, or \u00ab Librairie de France Groupe \u00bb ne dispose que de 11 magasins sur l\u2019ensemble du territoire, et nos concurrents ne sont pas plus pr\u00e9sents. \u00bb<\/p>\n<p><b>Le kedjenou litt\u00e9raire du collectif \u00ab Abidjan lit \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Dans la plupart des villes africaines, les librairies sont rares. L\u2019on trouve plus facilement toutes sortes de boutiques, de magasins et de points de r\u00e9jouissances \u00e0 tous les carrefours des zones urbaines. En revanche, pour trouver une librairie, c\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral un parcours du combattant. Ceci n\u2019emp\u00eache pas de nombreuses initiatives publiques ou priv\u00e9es d\u2019\u00e9clore, afin de pallier les difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au livre et de d\u00e9veloppement de la lecture. Et c\u2019est d\u2019ailleurs pour tordre le cou \u00e0 ce st\u00e9r\u00e9otype qui veut que les Ivoiriens ne lisent pas que le collectif \u00ab Abidjan lit \u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2016 par cinq \u00ab Litt\u00e9reux \u00bb comme ils se d\u00e9signent eux-m\u00eames ; un n\u00e9ologisme qui traduit leur passion commune pour la litt\u00e9rature. R\u00e9union du collectif \u00ab\u00a0Abidjan lit\u00a0\u00bb consacr\u00e9e au th\u00e8me \u00ab\u00a0Ecrire au f\u00e9minin\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est tenue \u00e0 Abidjan le \u00a9 D.R.<\/p>\n<p>Tous les deux mois, dans un lieu diff\u00e9rent &#8211; une galerie d\u2019art, le si\u00e8ge d\u2019un journal, un espace de travail partag\u00e9\u2026- les Litt\u00e9reux invitent les amoureux de la lecture, mais aussi ceux qui n\u2019aiment pas lire, \u00e0 des discussions autour d\u2019une th\u00e9matique choisie \u00e0 l\u2019avance et de livres qui peuvent l\u2019illustrer. A chaque r\u00e9union que les membres du collectif appellent chapitre, la petite assembl\u00e9e s\u2019installe en cercle autour de sa marmite de kedjenou litt\u00e9raire. Dans cette v\u00e9ritable casserole fabriqu\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019aluminium r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, l\u2019on ne trouve pas du kedjenou au sens propre, une recette de ragout \u00e0 la viande ou au poisson, tr\u00e8s populaire en C\u00f4te d\u2019Ivoire et dans toute l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, mais des livres en lien avec le th\u00e8me en d\u00e9bat et dont des extraits rythmeront les \u00e9changes.<\/p>\n<p>Invitation du collectif \u00ab\u00a0Abidjan lit\u00a0\u00bb pour le chapitre 6 consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enfance et qui s&rsquo;est tenu le 20 octobre 2017, \u00e0 la Galerie Nour Al Hayat, \u00e0 Abidjan, en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire.<\/p>\n<p>Chacun des ouvrages peut \u00eatre emprunt\u00e9 par ceux qui le souhaitent, puis \u00eatre rapport\u00e9 par la suite. En r\u00e9alit\u00e9, ils ne reviennent pas toujours. Ce qui fait dire \u00e0 Edwige-Ren\u00e9e Dro, traductrice, \u00e9crivaine et co-fondatrice du collectif : \u00ab\u00a0Les livres c\u2019est comme les maris, on ne les pr\u00eate pas, on les donne !\u00a0\u00bb Outre la volont\u00e9 de faire d\u00e9couvrir les plaisirs de la lecture au plus grand nombre, les Litt\u00e9reux se sont donn\u00e9s pour mission de sortir le livre de toute forme d\u2019intellectulisation. Et si les membres du collectif reconnaissent les difficult\u00e9s de l\u2019accessibilit\u00e9 du livre, mais aussi la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019initier le plus t\u00f4t possible la jeunesse aux plaisirs de la lecture, ils veulent tordre le cou aux clich\u00e9s selon lesquels les gens ne lisent pas en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n<p><b>Inciter les auteur.e.s \u00e0 conserver leurs droits africains<\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab Quand on se balade \u00e0 Abidjan, souligne Edwige-Ren\u00e9e Dro, on voit des gens qui font la titrologie. Ils n\u2019ont pas besoin de s\u2019asseoir dans une biblioth\u00e8que, ils ne sont pas l\u00e0 pour intellectualiser, \u00e7a c\u2019est leur mani\u00e8re de lire. Nous, nous savons que nous aimons lire et que beaucoup de gens sont comme nous. Mais la mani\u00e8re de lire est peut-\u00eatre diff\u00e9rente. Parce que quand on voit la titrologie, les gens vont lire les titres de journaux et s\u2019ils ont de l\u2019argent, ils vont louer le journal et commenter l\u2019actualit\u00e9. \u00bb<\/b><\/p>\n<p>En mars 2020, quatre ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation du collectif \u00ab Abidjan lit \u00bb, Edwige-Ren\u00e9e Dro fonde \u00e0 Yopougon, commune populaire d\u2019Abidjan et la plus grande du pays, une biblioth\u00e8que consacr\u00e9e exclusivement aux \u00e9critures f\u00e9minines d\u2019Afrique et du monde noir.<br \/>\nCet espace de lecture o\u00f9 le pr\u00eat de livres n\u2019est pas pratiqu\u00e9, est ouvert \u00e0 tous les publics \u00e0 partir de treize ans environ, moyennant des frais modiques : 200 francs CFA par heure, soit un peu moins de 31 centimes d\u2019euros. Et pour contribuer \u00e0 faciliter la circulation du livre sur le continent, le collectif \u00ab Abidjan lit \u00bb a contact\u00e9 en mai dernier les responsables de la filiale africaine de la soci\u00e9t\u00e9 de transport DHL, dont le si\u00e8ge se trouve en Afrique du sud. Les discussions qui sont en bonne voie, portent sur la r\u00e9duction des co\u00fbts de transport des livres. \u00ab J\u2019ai des copains au Nigeria qui envoient des ouvrages tr\u00e8s facilement en Afrique du sud, au Kenya\u2026 et \u00e7a arrive vraiment facilement, avec des co\u00fbts tr\u00e8s faibles \u00bb, pr\u00e9cise Edwige-Ren\u00e9e Dro.<\/p>\n<p>Soucieux de contribuer au d\u00e9veloppement de la cha\u00eene du livre et \u00e0 son accessibilit\u00e9, les membres du collectif \u00ab Abidjan lit \u00bb plaident aussi pour une meilleure sensibilisation des \u00e9crivain.e.s \u00e0 l\u2019\u00e9laboration judicieuse de leurs contrats d\u2019\u00e9dition. Il s&rsquo;agit ici d\u2019inciter autant que faire se peut les auteur.e.s \u00e0 conserver leurs droits africains, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u00e9crivaine camerounaise Hemley Boum pour son dernier roman \u00ab Les jours viennent et passent \u00bb, paru aux \u00e9ditions Gallimard. L\u2019\u00e9dition originale de ce tr\u00e8s beau texte est vendue en C\u00f4te d\u2019Ivoire \u00e0 17 900 Francs CFA [soit un peu plus de 27 euros], quand sa version locale, publi\u00e9e par les \u00e9ditions Eburnie, ne co\u00fbte que 3000 Francs CFA [soit 4,57 euros].<\/p>\n<p><b>Un concept nouveau : l\u2019Afro Book Box<\/b><\/p>\n<p>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, Marjorie Amoussou-Diallo, avocat et \u00e9crivaine, d\u00e9plore elle aussi le co\u00fbt souvent exorbitant des livres et leur inaccessibilit\u00e9. En octobre 2020, elle a lanc\u00e9 l\u2019Afro Book Box, des coffrets dans lesquels l\u2019on trouve les litt\u00e9ratures africaines et des diasporas noires. Les box sont constitu\u00e9es par th\u00e9matique. Chacune contient notamment des livres de poche et une petite brochure de pr\u00e9sentation du th\u00e8me qu\u2019ils illustrent. Les prix des coffrets sont proportionnels \u00e0 ceux des livres qu\u2019ils contiennent et varient en g\u00e9n\u00e9ral entre 16 000 Francs CFA et 8 000 Francs CFA [soit 24,37 euros et 12,18 euros]. Les commandes se font en ligne sur la page Facebook de l\u2019Afro Book Box, ensuite les lecteurs re\u00e7oivent leurs coffrets gr\u00e2ce au service de livraison de la boutique.<\/p>\n<p>Exemples de livres que peuvent contenir les coffrets Afro Book Box, lanc\u00e9s \u00e0 Abidjan, en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, en octobre 2020, par Marjorie Amoussou-Diallo, avocat et \u00e9crivaine.<\/p>\n<p><b>\u00ab J\u2019ai remarqu\u00e9 que les Ivoiriens aiment beaucoup lire les polars,<\/b><\/p>\n<p>pr\u00e9cise Marjorie Amoussou-Diallo, donc j\u2019en ai beaucoup qui le commandent. Il m\u2019arrive m\u00eame d\u2019en commander directement en France par exemple, pour satisfaire nos lecteurs. \u00bb Des op\u00e9rations difficiles et co\u00fbteuses qui reposent sur le seul engagement de cette militante passionn\u00e9e de litt\u00e9ratures africaines. Elle s\u2019appuie sur ses propres voyages en France, comme sur ceux de ses proches, pour acqu\u00e9rir les livres sur les sites internet de ventes d\u2019ouvrages d\u2019occasion. Autre difficult\u00e9 : l\u2019absence de r\u00e9\u00e9dition de la plupart des ouvrages publi\u00e9s par les auteur.e.s africain.e.s. La difficult\u00e9 est encore plus grande lorsque ces textes ne sont pas publi\u00e9s en poche. Car dans ce cas, m\u00eame lorsqu\u2019ils sont vendus d\u2019occasion, ils co\u00fbtent relativement chers.<\/p>\n<p>Rencontre autour du th\u00e9\u00e2tre ivoirien organis\u00e9e \u00e0 Abidjan, en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, par Marjorie Amoussou-Diallo (2e en partant de la droite), en pr\u00e9sence des membres de la compagnie de th\u00e9\u00e2tre Yroufl\u00ea, et de Henri N&rsquo;koumo (1er en partant de la gauche), directeur du livre, des arts plastiques et visuels au minist\u00e8re ivoirien de la Culture.<\/p>\n<p>Et l\u2019ouverture de magasins comme la FNAC dans certaines capitales d\u2019Afrique francophones peine actuellement \u00e0 combler un tel manque. Leurs rayons consacr\u00e9s aux litt\u00e9ratures africaines sont en effet fam\u00e9liques. \u00ab Dans ces magasins, glisse Marjorie Amoussou-Diallo, on a bien s\u00fbr les best-sellers. Mais tous les livres qui peuvent vraiment permettre d\u2019avoir une culture ne sont pas l\u00e0. La litt\u00e9rature africaine ce n\u2019est pas seulement Alain Mabanckou que l\u2019on trouve souvent parmi les t\u00eates d\u2019affiche ; ou encore certains de nos auteurs ivoiriens. \u00bb En C\u00f4te d\u2019Ivoire, ces difficult\u00e9s de la cha\u00eene du livre traduisent la pr\u00e9gnance des nombreuses p\u00e9rip\u00e9ties que celle-ci a subies depuis l\u2019ind\u00e9pendance du pays.<\/p>\n<p><b>L&rsquo;h\u00e9ritage du pr\u00e9sident F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny<\/b><\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t en effet, d\u00e8s 1961, F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, premier pr\u00e9sident ivoirien, au pouvoir jusqu\u2019en 1993, cr\u00e9e le CEDA, Centre d\u2019\u00e9dition et de diffusion africaine, une maison d\u2019\u00e9dition dont la vocation \u00e9tait de conduire une politique pour le livre scolaire, mais \u00e9galement pour la litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale. Onze ans plus tard, en 1972, Houphou\u00ebt-Boigny s\u2019allie avec les pr\u00e9sidents s\u00e9n\u00e9galais L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor et le togolais Gnassingb\u00e9 Eyad\u00e9ma, pour fonder les NEA, les Nouvelles Editions Africaines, avec un bureau dans chacun de leur pays. Pour les autorit\u00e9s ivoiriennes d\u2019alors, les \u00e9ditions CEDA et NEA sont un appui au secteur scolaire, et leurs b\u00e9n\u00e9fices doivent soutenir la litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale, beaucoup moins lucrative.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident John F. Kennedy passe en revue le menu avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se Houphou\u00ebt-Boigny, \u00e9pouse du pr\u00e9sident ivoirien, \u00e0 sa gauche, qui s&rsquo;entretient lui-m\u00eame avec la premi\u00e8re dame Jacqueline Kennedy, lors d&rsquo;un d\u00eener d&rsquo;Etat, \u00e0 Washington, le 24 mai 1962.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le pr\u00e9sident F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny d\u00e9cide non seulement de consacrer 43% de son budget \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, mais aussi de construire un grand nombre de lyc\u00e9es et coll\u00e8ges dot\u00e9s chacun d\u2019une biblioth\u00e8que. Le but : permettre aux \u00e9l\u00e8ves et aux populations dans leur ensemble, de se rapprocher du livre et donc de la lecture. Durant pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies, ces initiatives vont permettre \u00e0 la cha\u00eene du livre de disposer de bases relativement solides dans le pays. A l\u2019\u00e9poque, le secteur de l\u2019\u00e9ducation se porte si bien que les libraires par exemple vont faire de tr\u00e8s bonnes affaires. Malheureusement, tout cet h\u00e9ritage s\u2019affaisse \u00e0 partir de 1980, lorsque la C\u00f4te d\u2019Ivoire et un certain nombre de pays africains sont entr\u00e9s dans un long cycle de s\u00e8cheresse.<\/p>\n<p><b>\u00ab Pour les gens de ma g\u00e9n\u00e9ration,<\/b><\/p>\n<p>t\u00e9moigne Henri Nkoumo, directeur du livre, des arts plastiques et visuels au minist\u00e8re ivoirien de la Culture, il y a un terme qui avait cours, c\u2019est celui de d\u00e9lestage. Car les barrages hydro\u00e9lectriques s\u2019\u00e9taient ass\u00e9ch\u00e9s, et il n\u2019y avait pas suffisamment d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Et au cours de cette m\u00eame p\u00e9riode, la C\u00f4te d\u2019Ivoire devait faire face au r\u00e9\u00e9chelonnement de sa dette ext\u00e9rieure. Et puis les cours du caf\u00e9 et du cacao s\u2019\u00e9taient totalement effondr\u00e9s. La cons\u00e9quence est que les \u00e9coles publiques qui avaient une moyenne de 45 \u00e9l\u00e8ves, ont commenc\u00e9 \u00e0 accueillir un plus grand nombre d\u2019enfants, car on ne construisait pratiquement plus de nouveaux \u00e9tablissements, du fait de l\u2019insuffisance des ressources. \u00bb<\/p>\n<p><b>L&rsquo;impact de la crise politique sur la cha\u00eene du livre<\/b><\/p>\n<p>Avec la mort, en 1993, du pr\u00e9sident F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, et l\u2019instauration du multipartisme, la C\u00f4te d\u2019Ivoire rentre dans un cycle de turbulences socio-politiques dont l\u2019une des nombreuses cons\u00e9quences est ce qu\u2019on appelle dans les milieux scolaires les ann\u00e9es blanches. La d\u00e9valuation du franc CFA en 1994, et surtout le coup d\u2019Etat militaire de d\u00e9cembre 1999, ach\u00e8vent de mettre \u00e0 genoux une \u00e9conomie \u00e0 bout de souffle. Dans la foul\u00e9e, l\u2019\u00e9cole s\u2019est effondr\u00e9e et nombre de librairies qui avaient pignon sur rue ont fini par fermer leurs portes les unes apr\u00e8s les autres. En 2000, l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du pr\u00e9sident Laurent Gbagbo et surtout la crise politique qui va conduire \u00e0 la scission du pays deux ans plus tard, entre un nord aux mais des rebelles et un sud loyaliste, aggrave encore davantage la situation.<\/p>\n<p>L&rsquo;ancien pr\u00e9sident ivoirien Laurent Gbagbo et son opposant d&rsquo;alors Alassane Ouattara, \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une r\u00e9union de m\u00e9diation de l&rsquo;ex-pr\u00e9sident burkinab\u00e9 Blaise Compaor\u00e9, \u00e0 Abidjan, en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, le 27 novembre 2008.<\/p>\n<p><b>\u00ab En novembre 2004,<\/b><\/p>\n<p>se souvient Henri Nkoumo, il y avait ce qu\u2019on appelait un sentiment antifran\u00e7ais du fait des attaques perp\u00e9tr\u00e9es par les avions de Gbagbo dans un certain nombre de zones du nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire. L\u2019une des cons\u00e9quences c\u2019est la mort des soldats du camp militaire de Bouak\u00e9 [l\u2019un des fiefs de la r\u00e9bellion \u00e0 l\u2019\u00e9poque, NDLR]. Et du 6 au 7 novembre 2004, lorsque la France a r\u00e9agi en d\u00e9truisant les a\u00e9ronefs du pr\u00e9sident Gbagbo, en 24h, le groupe La librairie de France, qui est le r\u00e9seau de librairies le plus important du pays, a perdu 24 de ses boutiques. \u00bb La quasi-guerre civile que vit alors le pays n\u2019entra\u00eene pas seulement l\u2019affaiblissement de l\u2019\u00e9cole, elle provoque \u00e9galement le d\u00e9placement massif des \u00e9l\u00e8ves des r\u00e9gions nord et ouest occup\u00e9es par les rebelles, vers la capitale \u00e9conomique Abidjan ou le sud du pays.<\/p>\n<p>Au sortir de cette crise politique d\u00e9vastatrice en 2011 [fin du r\u00e9gime Gbagbo et arriv\u00e9e au pouvoir du pr\u00e9sident Alassane Ouattara, NDLR], un constat implacable est \u00e9tabli par la conf\u00e9rence des ministres de l\u2019\u00e9ducation de l\u2019OIF, l\u2019Organisation Internationale de la Francophonie : la C\u00f4te d\u2019Ivoire fait partie des pays dont les \u00e9l\u00e8ves peinent \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire convenablement au terme du CM2. Depuis, les autorit\u00e9s ivoiriennes s\u2019att\u00e8lent \u00e0 reconstruire toute la cha\u00eene du livre. C\u2019est la raison pour laquelle le minist\u00e8re de la Culture \u00e0 relancer le SILA, le Salon international du livre d\u2019Abidjan, interrompu en 2004. Ce dernier avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1999 gr\u00e2ce au soutien financier des \u00e9ditions CEDA et NEA, avec pour objectif de contribuer au rayonnement de la litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p><b>La promotion du livre et de la lecture par les institutions \u00e9trang\u00e8res<\/b><\/p>\n<p>Et pour rem\u00e9dier aux probl\u00e8mes de lecture et d\u2019\u00e9criture des \u00e9l\u00e8ves des classes primaires, le minist\u00e8re de la Culture a lanc\u00e9 en 2013 les journ\u00e9es du livre pour enfant, dont le dispositif a d\u00e9bouch\u00e9 deux ans plus tard sur le salon du livre pour enfants et adolescents. Si l\u2019essentiel du travail de promotion du livre et donc de la lecture repose en principe sur les autorit\u00e9s ivoiriennes, notamment \u00e0 travers les minist\u00e8res de la Culture et de l\u2019Education, il faut souligner le r\u00f4le historique jou\u00e9 dans ce domaine par des institutions \u00e9trang\u00e8res telles que l\u2019Institut fran\u00e7ais, le Centre culturel am\u00e9ricain ou encore le Goethe-Institut. \u00ab Il faut savoir que ces structures ont d\u2019abord pour vocation de faire la promotion de leurs cultures, pr\u00e9cise toutefois Henri Nkoumo. Mais il ne faut pas nier que, pr\u00e9sentes en C\u00f4te d\u2019Ivoire et dans la plupart des pays africains, ces structures conduisent des politiques qui mettent en valeur certains aspects de la vis de ces pays-l\u00e0. Je sais que l\u2019Institut fran\u00e7ais, pendant longtemps, \u00e9tait le principal espace de vie du livre en C\u00f4te d\u2019Ivoire. \u00bb<\/p>\n<p>Un des nombreux slogans de la premi\u00e8re caravane du livre, lanc\u00e9e en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire en 2004, par l&rsquo;Association des libraires de C\u00f4te d&rsquo;Ivoire.\u00a9 D.R. Le Goethe-Institut revendique cependant une ligne quelque peu diff\u00e9rente ; leurs programmes et leurs projets affirment-ils, privil\u00e9gient les \u00e9changes interculturels. \u00ab Notre objectif est de soutenir la sc\u00e8ne locale, souligne N\u2019Zi Kouassi Alexandre Dieu-Donn\u00e9, coordinateur des programmes culturels du Goethe-Institut C\u00f4te d\u2019Ivoire, de promouvoir les \u00e9changes avec des professionnels de la culture et partenaires allemands et d\u2019approfondir le dialogue panafricain. D\u2019ailleurs, la biblioth\u00e8que propose un large \u00e9ventail d\u2019informations et de m\u00e9dias en allemand et en fran\u00e7ais bien entendu sur l\u2019Allemagne mais aussi sur l\u2019Afrique et dans notre cas sur la C\u00f4te d\u2019Ivoire, puisque nous veillons \u00e0 ce que le pont \u00e9tabli entre l\u2019Allemagne et la C\u00f4te d\u2019Ivoire soit non seulement \u00ab emprunt\u00e9 \u00bb mais et surtout \u00ab entretenu \u00bb ; en t\u00e9moignent au passage l\u2019ensemble de nos collaborations avec un \u00e9ventail tr\u00e8s large des acteurs du secteur en C\u00f4te d\u2019Ivoire. \u00bb<\/p>\n<p>Depuis sa cr\u00e9ation en 2004, la caravane du livre, une initiative de l\u2019AILF, l\u2019Association internationale des libraires francophones, port\u00e9e par l\u2019Association des libraires de C\u00f4te d\u2019Ivoire, tente \u00e9galement de d\u00e9mocratiser le livre, de le rapprocher des populations, surtout celles qui r\u00e9sident dans les zones \u00e9loign\u00e9es des centres-villes. Il s\u2019agit donc ici de sortir des murs des librairies ou des biblioth\u00e8ques, pour aller \u00e0 la rencontre du lecteur dans son milieu, qui peut \u00eatre son lieu de vie scolaire ou tout autre endroit o\u00f9 il a ses habitudes, mais sans un acc\u00e8s facile au livre. Partout o\u00f9 elles sont d\u00e9ploy\u00e9es, les caravanes du livre b\u00e9n\u00e9ficient du soutien financier du CNL, le Centre national du livre, un \u00e9tablissement public qui est sous la tutelle du minist\u00e8re fran\u00e7ais de la Culture.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;Elima, petit village situ\u00e9 non loin de la commune d&rsquo;Adiak\u00e9, dans le sud-est de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, o\u00f9 une bo\u00eete \u00e0 livres a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e le 15 mai 2021 par l&rsquo;association \u00ab\u00a0Notre bo\u00eete \u00e0 livres\u00a0\u00bb, fond\u00e9e par la journaliste et bloggeuse Rita Dro.<\/p>\n<p>Une fois par an, en g\u00e9n\u00e9ral au mois de novembre, apr\u00e8s la rentr\u00e9e scolaire, la caravane du livre ivoirienne est lanc\u00e9e \u00e0 Abidjan durant une ou deux journ\u00e9es, avant de s\u2019\u00e9branler en r\u00e9gion pendant un peu moins de quinze jours, sur un itin\u00e9raire choisi \u00e0 l\u2019avance par l\u2019ALCI, l\u2019Association des libraires de C\u00f4te d\u2019Ivoire. En dehors du financement du Centre national du livre, l\u2019ALCI travaille en collaboration avec les autorit\u00e9s locales.\u00ab Quand nous d\u00e9cidons d\u2019aller par exemple \u00e0 l\u2019ouest du pays, pr\u00e9cise Brahima Soro, responsable du p\u00f4le librairie au sein de \u00ab Librairie de France Groupe \u00bb et administrateur de l\u2019AILF, comme \u00e7a \u00e9t\u00e9 le cas pour notre derni\u00e8re caravane en 2019, nous sollicitons l\u2019adh\u00e9sion du pr\u00e9fet de r\u00e9gion, du conseil r\u00e9gional, de la direction r\u00e9gionale de l\u2019enseignement scolaire, ainsi que les lyc\u00e9es et coll\u00e8ges locaux. On ne travaille pas seulement avec des livres import\u00e9s ; on associe \u00e0 l\u2019op\u00e9ration l\u2019association des \u00e9crivains ivoiriens qui met \u00e0 notre disposition 6 ou 7 auteurs du cru, l\u2019association des \u00e9diteurs ivoiriens aussi, qui nous accompagne avec du stock, \u00e0 condition que les livres soient vendus \u00e0 moiti\u00e9 prix. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Africa-Press &#8211; C\u00f4te d&rsquo;Ivoire.\u00a0 l\u2019ONG Campagne inter-africaine d\u2019incitation \u00e0 la lecture a lanc\u00e9 \u00e0 Abidjan, capitale \u00e9conomique ivoirienne, une campagne de sensibilisation pour apprendre \u00e0 lire et inciter \u00e0 la lecture. 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