Crise au Soudan : de Djibouti à Addis-Abeba, la diplomatie de la dernière chance

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Crise au Soudan : de Djibouti à Addis-Abeba, la diplomatie de la dernière chance
Crise au Soudan : de Djibouti à Addis-Abeba, la diplomatie de la dernière chance

Africa-Press – Djibouti. Alors que les combats ont éclaté le 15 avril à Khartoum et dans le reste du Soudan entre les partisans du président Abdel Fattah al-Burhane et ceux de son numéro deux et rival Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti », les tentatives de médiation se mettent en place dans la sous-région.

Réunie dès l’après-midi du 16 avril en sommet extraordinaire virtuel, à l’initiative de son secrétaire exécutif, l’Éthiopien Workneh Gebeyehu, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) est, entre autres, en première ligne.

Un trio de présidents en attente
Cette organisation, qui regroupe Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud et l’Ouganda, a entériné le principe d’une visite de trois de ses présidents à Khartoum, afin de contribuer à un cessez-le-feu. Selon nos informations, l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement des pays membres étaient présents, à l’exception du Premier ministre Abiy Ahmed, dont l’absence a surpris ses homologues. C’est l’Ougandais Yoweri Museveni qui a suggéré la composition du trio, désigné pour être le premier relais de la médiation avec les deux officiers soudanais : le Djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, le Kényan William Ruto et le Sud-Soudanais Salva Kiir. Une composition qui correspond aux trois régions couvertes par l’IGAD : la Corne de l’Afrique, les Grands Lacs et la Vallée du Nil.
La mission se tient prête à se rendre au Soudan, mais sa venue est pour le moment rendue impossible par l’insécurité qui règne toujours à Khartoum et notamment autour de l’aéroport international de la capitale. Les trois chefs d’État de la région est-africaine pourraient, selon une source diplomatique à l’IGAD, attendre encore plusieurs jours et potentiellement la fin du ramadan, dans la nuit du 21 avril prochain.

La tentative de l’UA
Un autre diplomate se dit prêt à se rendre en terres soudanaises au nom de l’Union africaine (UA) et de son Conseil Paix et sécurité, qui s’est réuni le 16 avril : Moussa Faki Mahamat. Le président de la commission de l’UA s’est par ailleurs entretenu avec le secrétaire général des Nations unies, le Portugais António Guterres, lui-même inquiet de la situation. Le Tchadien peut s’appuyer sur l’expertise de son directeur de cabinet, le Mauritanien Mohamed El Hacen Lebatt.

Ancien envoyé spécial de l’UA à Khartoum, ce dernier est à la manœuvre depuis la reprise des combats au Soudan. Sous sa direction, des contacts ont été pris avec Abdel Fattah al-Burhane et Mohamed Hamdan Dagalo, mais aussi avec l’opposition politique et civile au Soudan, les Forces de la liberté et du changement (FFC, coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile opposées au gouvernement par les militaires).
L’Union africaine espère parvenir à un cessez-le-feu mais aussi à une reprise des négociations pour un gouvernement de consensus, lequel pourrait alors organiser des élections d’ici deux ans. Afin d’y parvenir, l’organisation panafricaine veut s’appuyer sur l’IGAD, mais aussi sur l’Égypte d’Abdel Fattah al-Sissi ou le Qatar de Tamim ben Hamad Al Thani, influents à Khartoum auprès des deux camps et dont les ministres des Affaires étrangères ont été sollicités.

Vers la création d’une task force ?
Mohamed El Hacen Lebatt s’est aussi entretenu avec Molly Phee, secrétaire d’État adjointe des États-Unis en charge de l’Afrique. Comme pour l’IGAD, aucune mission de l’UA ne peut cependant avoir lieu à l’heure actuelle, les conditions de sécurité n’étant pas réunies à Khartoum et les deux parties n’ayant pas donné leur accord aux tentatives de médiation. Selon nos informations, les hommes de Moussa Faki Mahamat préparent donc un éventuel plan B.

L’UA pourrait en effet favoriser la création d’une « task force » sur le Soudan, à laquelle elle prendrait part aux côtés de l’ONU, de l’IGAD ou de la Ligue arabe. Celle-ci – si l’insécurité perdurait – pourrait se réunir en dehors du Soudan, notamment en Égypte ou à Djibouti, afin de discuter d’un cessez-le-feu en présence d’émissaires de Burhane et d’Hemetti. L’objectif annoncé étant d’éviter une partition du pays – sur le modèle de la Libye – et une contagion régionale de la crise.

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