Controverse : une des principales théories de la conscience qualifiée de pseudoscience par 124 scientifiques

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Controverse : une des principales théories de la conscience qualifiée de pseudoscience par 124 scientifiques
Controverse : une des principales théories de la conscience qualifiée de pseudoscience par 124 scientifiques

Africa-Press – Djibouti. Parmi les quatre principales théories avancées par les experts pour expliquer l’émergence de la conscience humaine, l’une des plus connues est qualifiée de « pseudoscience » dans une lettre rédigée par 124 spécialistes du domaine et publiée en ligne sur le site PsyArXiv. Inquiets de la couverture médiatique jugée excessive de cette théorie et de la récupération politique qui peut en être faite, les neuroscientifiques exposent au grand public les divergences d’opinions qui les divisent depuis des décennies.

DEFINITION. Une pseudoscience est communément définie comme un domaine se donnant l’apparence de la science, mais n’en suivant pas les principes. Un des principes essentiels de toute théorie scientifique est par exemple de pouvoir être prouvée ou réfutée.

L’IIT, théorie de la conscience controversée

« D’après l’IIT, une grille inactive de points logiques connectés qui n’effectuent aucun calcul utile peut être consciente », pointent les auteurs de la lettre. Ainsi, les organoïdes cultivés en boîte de Pétri, les fœtus humains à des stades très précoces et même les plantes pourraient être considérés conscients. Il est facile donc de comprendre comment la récupération politique non éclairée de cette théorie inquiète. La théorie de l’information intégrée, IIT en anglais, stipule en effet que la conscience est définie non pas par la structure ou l’activité du cerveau, mais par la capacité d’un système (de cellules, de puces, ou autre) à percevoir un grand nombre d’informations, et de l’autre à confronter ces informations les unes aux autres – c’est l’intégration.

Les débats et querelles de chapelle ne sont pas neufs dans le domaine pourtant relativement récent de l’étude scientifique de la conscience. Dans le domaine « depuis une quinzaine d’années », le neuroscientifique et directeur de recherche au CNRS Nathan Faivre les a « toujours vus ». Mais la goutte d’eau pour les 124 signataires de la sulfureuse lettre fut la conférence de presse donnée fin juin 2023 au cours du congrès de l’Association pour l’Etude Scientifique de la Conscience (ASSC en anglais).

Y furent présentés avant même leur publication les résultats de la très attendue étude du Consortium Cogitate, une « collaboration contradictoire » entre les partisans de l’IIT et ceux d’une autre théorie de poids, celle de l’espace de travail global (GNWT en anglais). « Il s’agit de tester les prédictions des deux théories en mettant les deux parties opposées autour de la table pour qu’ils se mettent d’accord sur le protocole », explique Nathan Faivre. Accompagnés de leurs équipes, Giulio Tononi, fondateur de la théorie de l’IIT, s’est donc associé avec Stanislas Dehaene, responsable de l’unité de recherche en neuro-imagerie cognitive à Neurospin (Paris-Saclay, Essonne) et un des leaders de la théorie du GNWT, pour monter l’étude.

Parmi les quatre principales théories avancées par les experts pour expliquer l’émergence de la conscience humaine, l’une des plus connues est qualifiée de « pseudoscience » dans une lettre rédigée par 124 spécialistes du domaine et publiée en ligne sur le site PsyArXiv. Inquiets de la couverture médiatique jugée excessive de cette théorie et de la récupération politique qui peut en être faite, les neuroscientifiques exposent au grand public les divergences d’opinions qui les divisent depuis des décennies.

DEFINITION. Une pseudoscience est communément définie comme un domaine se donnant l’apparence de la science, mais n’en suivant pas les principes. Un des principes essentiels de toute théorie scientifique est par exemple de pouvoir être prouvée ou réfutée.

L’IIT, théorie de la conscience controversée

« D’après l’IIT, une grille inactive de points logiques connectés qui n’effectuent aucun calcul utile peut être consciente », pointent les auteurs de la lettre. Ainsi, les organoïdes cultivés en boîte de Pétri, les fœtus humains à des stades très précoces et même les plantes pourraient être considérés conscients. Il est facile donc de comprendre comment la récupération politique non éclairée de cette théorie inquiète. La théorie de l’information intégrée, IIT en anglais, stipule en effet que la conscience est définie non pas par la structure ou l’activité du cerveau, mais par la capacité d’un système (de cellules, de puces, ou autre) à percevoir un grand nombre d’informations, et de l’autre à confronter ces informations les unes aux autres – c’est l’intégration.

Les débats et querelles de chapelle ne sont pas neufs dans le domaine pourtant relativement récent de l’étude scientifique de la conscience. Dans le domaine « depuis une quinzaine d’années », le neuroscientifique et directeur de recherche au CNRS Nathan Faivre les a « toujours vus ». Mais la goutte d’eau pour les 124 signataires de la sulfureuse lettre fut la conférence de presse donnée fin juin 2023 au cours du congrès de l’Association pour l’Etude Scientifique de la Conscience (ASSC en anglais).

Y furent présentés avant même leur publication les résultats de la très attendue étude du Consortium Cogitate, une « collaboration contradictoire » entre les partisans de l’IIT et ceux d’une autre théorie de poids, celle de l’espace de travail global (GNWT en anglais). « Il s’agit de tester les prédictions des deux théories en mettant les deux parties opposées autour de la table pour qu’ils se mettent d’accord sur le protocole », explique Nathan Faivre. Accompagnés de leurs équipes, Giulio Tononi, fondateur de la théorie de l’IIT, s’est donc associé avec Stanislas Dehaene, responsable de l’unité de recherche en neuro-imagerie cognitive à Neurospin (Paris-Saclay, Essonne) et un des leaders de la théorie du GNWT, pour monter l’étude.

QUATRE THEORIES POUR EXPLIQUER LA CONSCIENCE. Pour en savoir plus, rendez-vous sur l’article dédié de La Recherche.

Théorie de l’information intégrée (IIT). Selon l’IIT, la conscience est une propriété théorique de tout système (biologique ou non) capable de percevoir et de confronter (intégrer) des informations. D’après l’IIT, la conscience peut se quantifier grâce à une valeur nommée phi (φ).

Théorie de l’espace neuronal global (GNWT). La GNWT stipule que parmi les milliers d’informations constamment récoltées par les différentes zones de notre cerveau, certaines deviennent conscientes lorsqu’elles sont partagées largement entre elles, et notamment par les zones responsables de l’attention. Cette théorie lie la conscience à des caractéristiques de la structure du cerveau qui n’apparaissent pas avant la fin de la grossesse.

Théorie de l’ordre supérieur (HOT). D’après la HOT, un état mental devient conscient lorsqu’il est mis en perspective, méta-analysé, par une pensée dite « d’ordre supérieure ». Cet état d’ordre supérieur transformera par exemple la sensation de faim en une connaissance de son propre état de faim.

Théorie du processus récurrent ou de premier ordre. Cette théorie veut que la conscience émerge de la résonance, l’amplification du processus neuronal par sa répétition, à la manière d’un cycle.

Le Consortium Cogitate oppose deux théories populaires

« L’une des principales différences entre les théories réside dans le fait que le GNWT définit la conscience comme un message, et l’IIT comme un type particulier de structure », expliquait Giulio Tononi à BBC Science Focus en 2020, lors du lancement de Cogitate. D’après la théorie de l’espace neuronal de travail, la conscience nait en effet de l’échange d’informations entre les différentes zones du cerveau qui, seules, ne sont capables que de perception passive et inconsciente.

Les résultats de Cogitate sont mitigés au regard de ces deux théories, malgré les données de grande qualité récoltées sur 256 personnes dont l’activité cérébrale est mesurée. « Ces résultats confirment certaines prédictions de l’IIT et de la GNWT, tout en remettant substantiellement en question les deux théories », conclut l’étude, qui n’a pas encore été publiée (et donc revue par les pairs). Le co-directeur de l’étude Stanislas Dehaene a une opinion plus tranchée. D’après lui, l’étude du Consortium Cogitate n’a jamais eu le potentiel d’étayer la théorie de l’IIT. « J’ai participé à la collaboration contradictoire Cogitate dans l’espoir qu’elle produirait des données de haute qualité (ce fut le cas) et qu’elle forcerait les défenseurs de l’IIT à calculer une approximation de la mesure de la conscience qu’ils proposent à partir de ces données (ce ne fut pas le cas) », commente-t-il sur le réseau social X (ancien Twitter). « Au lieu de cela, (…), l’IIT ‘triomphe’ avec des prédictions triviales qui auraient pu être faites par des neurophysiologistes il y a 40 ans. »

« Triomphe » médiatique

Ce « triomphe » de l’IIT est purement médiatique. La lettre des 124 cite notamment Science News, titrant sur l’IIT « gagnante ». « Les partisans de l’idée ‘perdante’ n’ont pas encore capitulé », sous-titre Science News. Une « surmédiatisation » que déplore Nathan Faivre. « Aucun des piliers mathématiques massifs de l’IIT, comme la mesure φ (Phi) de la conscience, n’a été testé dans la présente expérience », objecte Stanislas Dehaene dans un paragraphe dédié de la pré-publication Cogitate.

La valeur Phi (Φ) est un des principes phares de l’IIT, supposée quantifier un niveau de conscience en fonction de la quantité d’informations générée par le système conscient. Or, comme le souligne le neuroscientifique spécialiste de la conscience Hakwan Lau dans une revue très critique des résultats de Cogitate, les régions cérébrales examinées ne correspondaient pas au calcul de Phi, et n’incluaient pas les zones postérieures décrites comme fondamentales dans l’IIT.

« Au contraire, ce qui est présenté comme des prédictions uniques de l’IIT (activation visuelle postérieure pendant toute la durée du stimulus) correspond exactement à ce que tout physiologiste connaissant les propriétés de réponse ascendante de ces régions prévoirait, puisque les neurones visuels répondent toujours de manière sélective pendant l’inattention ou l’anesthésie générale », argumente Stanislas Dehaene.

Pseudoscience, un terme trop connoté

Pour autant, le neuroscientifique ne cautionne pas le terme de pseudoscience appliqué à l’IIT. « Les théories de la conscience sont encore des protothéories qui ne sont pas testables directement », remarque Nathan Faivre. « Mais elles restent des théories scientifiques développées par des chercheurs. Le terme ‘pseudoscience’ est abusif et risque de discréditer tout le domaine de recherche. »

Reste que toutes les théories n’ont pas les mêmes implications politiques et sociales. « Si l’IIT est prouvée ou perçue comme telle par le public, elle aura non seulement un impact direct sur la pratique clinique concernant les patients dans le coma, mais aussi sur un large éventail de questions éthiques allant des débats actuels sur la sensibilité de l’IA et sa réglementation, à la recherche sur les cellules souches, aux tests sur les animaux et les organoïdes, et à l’avortement », alertent les 124 scientifiques dans leur lettre. « L’IIT attribue une conscience minimale à n’importe quel agrégat coordonné de cellules », abonde Stanislas Dehaene. « La GNWT (lire l’encadré ci-dessus sur les 4 théories de la conscience, ndlr) en revanche requiert une architecture très spécifique, corticale, qui ne se met pas en place avant la fin du dernier trimestre de grossesse. Auparavant, selon la théorie, il n’y a pas de conscience, seulement des circuits automatiques et non-conscients. »

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