Colonna et Lecornu à Djibouti : les dessous des négociations du traité de coopération militaire

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Colonna et Lecornu à Djibouti : les dessous des négociations du traité de coopération militaire
Colonna et Lecornu à Djibouti : les dessous des négociations du traité de coopération militaire

Olivier Caslin

Africa-Press – Djibouti. Les ministres français des Affaires étrangères et des Armées étaient en visite à Djibouti le 14 décembre, où ils ont rencontré le président Ismaïl Omar Guelleh, ainsi que leurs homologues. Les discussions consacrées aux accords de défense bilatéraux s’accélèrent.

En route pour un quatrième round de négociations. Contrairement à ce qui a pu être dit, la venue de Catherine Colonna, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et de Sébastien Lecornu, son collègue des Armées, à Djibouti, le 14 décembre, ne signifiait pas que la France et son ancienne colonie avaient trouvé un accord concernant la renégociation du Traité de coopération en matière de défense (TCMD) pour les dix prochaines années. « C’était avant tout une visite de réciprocité, pour donner suite à celle effectuée par la partie djiboutienne à Paris, le 31 mai », préfère minimiser la présidence djiboutienne, qui ne veut surtout pas donner l’impression que ce dossier, ouvert depuis plus de deux ans, est aujourd’hui refermé.

Deux pierres d’achoppement

À quelques mois de la date butoir, prévue pour mai 2024, le rythme des négociations semble pourtant s’être accéléré. Fin novembre, le Français Jean-Hughes Simon-Michel, négociateur du traité depuis décembre 2022, a ainsi fait le déplacement jusqu’à Djibouti, avant que les deux ministres français ne viennent à leur tour rencontrer leurs homologues djiboutiens, Mahmoud Ali Youssouf (Affaires étrangères) et Hassan Omar Mohamed Bourhan (Défense). Ils se sont également entretenus dans la matinée avec le président Ismaïl Omar Guelleh (IOG).

Le processus de renégociation en cours du TCMD était bien sûr au cœur des discussions entre les quatre ministres, dans le cadre de la poursuite des réunions bilatérales en format 2+2, inaugurées en mai. L’accord n’a toutefois pas encore été finalisé.

Deux points font en effet toujours l’objet d’âpres négociations entre les deux parties : l’implantation française dans le quartier résidentiel du Héron, dans la capitale, et les exonérations fiscales dont bénéficient les troupes françaises dans le pays. L’un comme l’autre devraient trouver une solution durant le nouveau et peut-être dernier cycle de négociations, qui doit se tenir à Paris entre janvier et février 2024.

Des millions de dollars de manque à gagner

Djibouti a déjà démontré sa bonne volonté en acceptant de prolonger l’accord précédent signé le 21 décembre 2011 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais ratifié seulement en mai 2014 par le Parlement français. Les autorités djiboutiennes attendent que la France en fasse de même.

Concernant le domaine du Héron, ces dernières souhaitent récupérer une partie de l’emprise française pour l’ouvrir aux investisseurs privés, notamment dans le domaine du tourisme. Une position comprise, semble-t-il, par les responsables politiques français mais qui se heurte à une fin de non-recevoir des militaires, qui projettent d’y implanter une base navale à vocation européenne. « Plusieurs scénarios sont actuellement sur la table pour une rétrocession à minima », insiste-t-on du côté djiboutien.

Le principal blocage porte sur le montant du loyer payé par la France pour l’implantation permanente des 1 500 soldats des Forces françaises stationnées à Djibouti (FFsD). Habitué à ne rien avoir à débourser depuis 1977, Paris a dû commencer à mettre la main à la poche en 2003, à la suite du positionnement des forces américaines dans le pays. Le dernier traité bilatéral fixe la contribution forfaitaire de la France à 30 millions d’euros par an.

« Un montant loin d’être compensatoire », estiment les autorités djiboutiennes, surtout une fois déduites les nombreuses exonérations accordées à la France et à ses troupes en matière de visas, de taxe à l’importation sur les biens et autres équipements militaires. Un manque à gagner estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars chaque année du côté djiboutien qui, face au refus de la France d’accepter la moindre augmentation de son loyer, cherche à mettre un terme à certains de ces cadeaux fiscaux. Même si finalement, la priorité du côté djiboutien reste « de [s’] entendre avec ce partenaire auquel [ils sont] habitués », comme le rappelait le président IOG lors d’un entretien accordé à Jeune Afrique en mars 2023.

Source: JeuneAfrique.com

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