Présidentielle À Djibouti: L’Opposition Sera-T-Elle Visible?

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Présidentielle À Djibouti: L'Opposition Sera-T-Elle Visible?
Présidentielle À Djibouti: L'Opposition Sera-T-Elle Visible?

Africa-Press – Djibouti. Ira ou n’ira pas? Entre la tentation du boycott pour les uns et la tentative d’une coalition pour quelques autres, à moins de quatre mois de l’élection présidentielle, prévue en avril, il est difficile de savoir ce que comptent faire les adversaires d’Ismaïl Omar Guelleh, candidat à un sixième mandat.

Qui pourrait contrecarrer la réélection attendue d’Ismaïl Omar Guelleh (IOG), désormais en lice pour briguer un sixième mandat lors de la présidentielle d’avril prochain à Djibouti? À moins de quatre mois du scrutin, l’opposition, qu’elle soit officielle ou non, semble être aux abonnés absents, ou presque. Une fois de plus, puisque ses différents représentants ne sont jamais parvenus à s’entendre sur une stratégie commune et ont toujours raté le coche depuis la première élection d’IOG à la présidence, en 1999.

Cette année-là, un seul candidat s’était présenté face au successeur déclaré du premier président démissionnaire, Hassan Gouled Aptidon ; ce fut le cas aussi en 2011. En 2005, l’ensemble de l’opposition avait boycotté le scrutin, alors qu’en 2016, cinq prétendants s’étaient lancés dans la course face à IOG.

Aucun de ces scénarios n’a eu d’effet sur le résultat final puisque, à chaque fois, le président sortant a rassemblé sur son nom, dès le premier tour, plus des trois quarts des suffrages exprimés.

On a encore pu le constater lors de la dernière présidentielle, en 2021, à laquelle l’opposition n’a présenté aucun candidat, sans jamais officiellement appeler au boycott du scrutin. Seul s’y était présenté Zakaria Ismaïl Farah, un parfait inconnu sur la scène politique nationale, qui avait alors tenu le rôle de faire-valoir d’IOG pendant quelques semaines, avant de disparaître des écrans radars sans même attendre la clôture de la campagne électorale, se disant victime d’une « inégalité de traitement ».

Ce quasi-abandon s’est ajouté à la désertion de l’opposition officielle, qui avait préféré passer purement et simplement son tour. Farah a récolté 2,7 % des suffrages exprimés, laissant IOG l’emporter et établir au passage un nouveau record national de plus de 97 % des voix en sa faveur. Un plébiscite qui pourrait bien se répéter dans quelques mois, faute de concurrence.

Le Bloc pour le salut national, une jeune coalition à trois têtes

Minée par les tentatives d’intimidation ou de récupération du pouvoir en place, ainsi que par ses querelles internes à répétition, l’opposition djiboutienne n’arrive plus à se conjuguer au singulier depuis la tentative, réussie mais sans lendemain, de se présenter rassemblée sous une même bannière, celle de l’Union pour le salut national (USN), comme elle le fit lors des législatives de 2013. Mise en sommeil en 2016, cette coalition unique en son genre dans l’histoire djiboutienne « est désormais bel et bien morte et enterrée », assure aujourd’hui l’un de ses promoteurs de l’époque.

Certains semblent pourtant ne pas avoir complètement fait le deuil de l’union puisqu’un Bloc pour le salut national (BSN) a vu le jour en mai 2024. À sa tête, deux personnalités de l’ex-USN: Adan Mohamed Abdou, patron de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD), et Daher Ahmed Farah, dit DAF, président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), véritable leader charismatique de l’ancienne coalition. Ils forment un triumvirat avec Kadar Abdi Ibrahim, qui dirige le Mouvement pour le développement et la liberté (Model), créé en 2013, mais qui n’est toujours pas reconnu par les autorités.

Depuis sa création, le BSN est parvenu à tenir quelques meetings et à organiser quelques happenings vite retransmis sur les réseaux, mais sans réellement montrer jusqu’à présent sa capacité à mobiliser et à convaincre. De là à présenter un candidat dans quelques mois, il y a donc un pas qu’aucune des trois têtes d’affiche n’a encore osé franchir.

En manque de fonds, le BSN serait également « à court d’idées » selon ses détracteurs, qui lui reprochent de rester « campé dans l’indignation perpétuelle et stérile, plutôt que de faire des propositions et de lancer des actions concrètes ».

Ilaya Ismaïl Guedi Hared rallie les soutiens d’IOG

« Le plus petit dénominateur commun de l’opposition djiboutienne reste le départ d’IOG », résume un représentant du corps diplomatique. Ce qui n’est désormais plus le cas d’Ilaya Ismaïl Guedi Hared, présidente de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) et à ce titre cheffe de l’opposition parlementaire depuis sa première élection aux législatives, en 2018. La fille d’Ismaïl Guedi Hared, fondateur en 2002 de l’UDJ (qu’il a dirigée jusqu’à sa mort, en 2015), fait partie de ceux qui ont définitivement tourné la page de l’USN, dont son père a pourtant été l’un des principaux leaders.

Trop jeune pour se présenter elle-même à la présidentielle, la patronne de l’unique parti d’opposition représenté à l’Assemblée nationale appelle aujourd’hui ses troupes « à serrer les rangs » autour du chef de l’État. « Il est le meilleur garant de la sécurité du pays dans ce contexte régional troublé », justifie Ilaya Ismaïl Guedi Hared.

Le 2 novembre, elle a d’ailleurs joint ses actes à sa parole en votant, comme l’ensemble des autres députés, pour l’adoption de la réforme constitutionnelle relative à la suppression de la limite d’âge pour être candidat à la présidentielle (qui était fixée à 75 ans maximum), ce qui permet à IOG de concourir pour un nouveau mandat en avril. Elle était également aux premières loges, quelques jours plus tard, lors du congrès extraordinaire des différentes composantes de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), réunies pour confirmer la candidature du chef de l’État.

Alexis Mohamed, l’improbable outsider

Une autre voix se fait plus particulièrement entendre ces derniers mois. Celle d’Alexis Mohamed, ancien chargé de mission à la présidence, proche par sa famille du clan IOG, qui a tourné casaque fin septembre, en même temps qu’il s’exilait en France, après avoir démissionné soudainement de ses fonctions. Depuis, il dénonce régulièrement sur les réseaux sociaux les excès d’un système qu’il défendait avec la même ferveur sur les plateaux de télévision quelques mois plus tôt.

« Je ne me reconnais plus dans la gouvernance actuelle », a déclaré l’intéressé pour expliquer ce revirement très commenté dans les milieux bien informés de Djibouti, où certains l’imaginent en service commandé. « Il a tout perdu dans cette histoire. Il sera donc intéressant de voir comment évolue sa situation personnelle dans les prochains mois », résume un diplomate.

En attendant, profitant des errements de l’opposition, Alexis Mohamed prend toute la lumière, sans constituer pour autant une menace sérieuse pour le camp présidentiel. « Tant qu’il sera à l’étranger, il ne pourra pas vraiment influer sur le débat politique local », estime l’un de ses anciens collègues au palais, qui juge « très improbable » son éventuel retour d’ici à l’ouverture de la campagne présidentielle – soit quatorze jours avant le scrutin.

L’opposition djiboutienne, dont l’action est qualifiée « de basse intensité » par les observateurs, risque donc de connaître une nouvelle désillusion dans les prochains mois, face à une majorité présidentielle déjà en ordre de bataille. « Tout autre résultat serait une surprise de taille », reprend notre diplomate. Une « surprise » à laquelle ne nous ont jusqu’à présent pas habitués les élections djiboutiennes.

Source: JeuneAfrique

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