Diversification Économique et Emplois Durables à Obock

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Diversification Économique et Emplois Durables à Obock
Diversification Économique et Emplois Durables à Obock

Africa-Press – Djibouti. Au cours de ces dernières années, la région d’Obock connaît une dynamique de développement soutenue, portée par des projets structurants et une volonté partagée de valoriser les potentialités locales. Entre investissements publics, initiatives régionales et mobilisation citoyenne, l’économie locale se transforme progressivement, malgré des défis persistants, mais avec de réelles opportunités à saisir. Afin de mieux comprendre les avancées réalisées et les perspectives à venir, La Nation a rencontré M. Mohamed Houmed Ismael, Président du Conseil régional d’Obock, acteur clé du développement local. À travers ses réponses, se dessine le portrait porteur d’espoir d’une région résolument tournée vers l’avenir. La région d’Obock est en pleine transition, avec un fort potentiel de développement économique, notamment dans les secteurs de la pêche, du tourisme, de l’artisanat et des services. L’action conjointe de l’État et des autorités locales, combinée à l’implication des communautés, constitue un levier essentiel pour relever les défis liés à l’emploi, aux infrastructures et à l’attractivité territoriale. Si le chemin reste encore parsemé d’obstacles, la volonté d’agir ensemble pour un développement durable et inclusif est bien présente. Les efforts consentis augurent de belles perspectives pour les années à venir, au service des populations d’Obock. Monsieur le Président, la région d’Obock est souvent présentée aujourd’hui comme une région en transition. Comment décririez-vous la dynamique actuelle de développement économique?

Mohamed Houmed Ismaël: Effectivement, Obock traverse une phase importante de transition. Pendant longtemps, notre région a été confrontée à des contraintes structurelles liées à son enclavement, à la faiblesse des infrastructures et à une économie peu diversifiée. Aujourd’hui, nous assistons à une évolution progressive mais réelle, portée par une vision claire du développement local. Cette dynamique repose sur la valorisation de nos ressources naturelles, humaines et culturelles, ainsi que sur une meilleure coordination entre l’État, le Conseil régional, les partenaires au développement et les communautés locales. Les projets engagés ces dernières années commencent à produire des effets visibles, notamment en matière d’emploi, de structuration des filières économiques et d’amélioration des conditions de vie des populations.

Quelles sont précisément les priorités du Conseil régional d’Obock en matière de développement économique?

Nos priorités s’articulent avant tout autour de la diversification de l’économie locale et de la création d’emplois durables. Nous ne pouvons plus dépendre d’un nombre limité d’activités économiques. C’est pourquoi nous accordons une attention particulière au développement agro-pastoral, à la valorisation de l’économie bleue, au soutien à l’artisanat local et à l’entrepreneuriat des jeunes. Le tourisme constitue également un axe stratégique important, compte tenu du potentiel naturel et historique exceptionnel de la région. En parallèle, nous veillons à intégrer systématiquement la dimension environnementale dans nos actions, car la protection de notre écosystème est indissociable d’un développement durable.

Vous évoquez souvent l’importance des services sociaux de base. En quoi sont-ils liés au développement économique?

Le développement économique ne peut être envisagé indépendamment des conditions sociales de base. L’accès à l’eau potable, à l’éducation, à la santé et à des services sociaux de qualité conditionne directement la capacité des populations à s’insérer dans l’économie et à entreprendre. Une population qui manque d’eau ou d’éducation aura beaucoup de difficultés à développer des activités productives durables. C’est pourquoi le Conseil régional considère ces secteurs comme des leviers essentiels du développement. En collaboration avec l’État et nos partenaires, nous travaillons à améliorer progressivement l’accès de tous à ces services fondamentaux.

Comment le Conseil régional associe-t-il les communautés locales aux politiques de développement?

L’implication des communautés locales est au cœur de notre approche. Nous avons fait le choix d’un développement participatif et inclusif, car les populations sont les premières concernées par les projets qui sont mis en œuvre. Le Comité de coordination du développement régional constitue un cadre essentiel de concertation. Il permet de réunir les autorités locales, les organisations de la société civile, les leaders communautaires et les partenaires techniques autour des mêmes objectifs. Les décisions relatives aux projets et aux priorités de développement y sont discutées collectivement, ce qui favorise l’appropriation des initiatives par les populations et renforce leur durabilité.

Concrètement, quel type de soutien apportez-vous aux initiatives communautaires?

Nous apportons un soutien à plusieurs niveaux. D’abord, un appui technique, à travers l’accompagnement des associations et des groupes communautaires dans la conception et la structuration de leurs projets. Ensuite, un appui matériel, lorsque cela est possible, afin de renforcer leurs capacités opérationnelles. Enfin, nous les accompagnons dans la recherche de financements, notamment auprès des partenaires au développement. L’objectif est de permettre aux communautés de transformer leurs idées en projets concrets, créateurs de revenus et porteurs de développement pour la région.

Des projets concrets ont-ils récemment vu le jour dans les secteurs clés comme l’agriculture, la pêche ou le tourisme?

Oui, plusieurs projets importants ont été réalisés ces dernières années, notamment grâce au Programme ADIL financé par l’Union européenne. Dans le secteur agricole, des périmètres agricoles équipés de systèmes d’adduction et de réservoirs d’eau ont été construits à Allali Dadda et Assassan. Ces infrastructures bénéficient directement aux coopératives agricoles locales et contribuent à améliorer la productivité et la sécurité alimentaire. Dans une région marquée par l’aridité, l’accès maîtrisé à l’eau représente un facteur déterminant pour le développement agricole.

Et en ce qui concerne la pêche, secteur historique de la région d’Obock?

La pêche est effectivement un pilier fondamental de notre économie locale. Pour renforcer ce secteur, un atelier de réparation de bateaux et de moteurs a été mis en place à l’escale d’Obock. Cet atelier est destiné aux pêcheurs du nord, notamment d’Obock et de Tadjourah. Il sera prochainement opérationnel et géré par la société Marill Yamaya. Cette infrastructure permettra de réduire les coûts de maintenance, d’améliorer la sécurité en mer et d’augmenter la rentabilité des activités de pêche. C’est une étape importante pour la valorisation de l’économie bleue dans notre région.

Le tourisme semble également occuper une place croissante dans votre stratégie. Quels sont les projets en cours dans ce domaine?

Le tourisme représente un fort potentiel pour Obock, à condition qu’il soit développé de manière responsable et durable. Parmi les projets phares figure celui de la station thermale d’Obock, actuellement en phase finale d’étude et de prospection dans le cadre d’ADIL II. Cette infrastructure dédiée aux soins et au bien-être vise à diversifier l’offre touristique et à positionner Obock comme une destination innovante. Par ailleurs, nous travaillons à la préservation de sites emblématiques comme le phare de Ras Bir et à la formation de guides touristiques et de jeunes restaurateurs afin de renforcer les compétences locales.

Quelles actions menez-vous pour créer de l’emploi et valoriser les ressources locales?

La création d’emplois est au centre de toutes nos actions. Nous misons sur des projets structurants capables de générer des emplois directs et indirects, tout en valorisant les ressources locales. En partenariat avec différents acteurs, nous soutenons des initiatives dans l’agriculture, la pêche, l’artisanat et l’environnement. Un exemple marquant est la création, avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations, d’une unité de recyclage des déchets plastiques en pavés. Ce projet emploie directement plusieurs agents et mobilise de nombreux collecteurs, tout en contribuant à la protection de l’environnement et à l’amélioration du cadre de vie.

Le secteur informel occupe une place importante dans l’économie locale. Comment le Conseil régional l’accompagne-t-il?

Le secteur informel est une réalité économique à Obock, comme dans beaucoup de régions. Plutôt que de le marginaliser, nous avons choisi de l’accompagner. Nous apportons un soutien technique et matériel aux acteurs informels de la pêche, de l’artisanat et de la transformation des produits halieutiques afin d’améliorer leurs conditions de travail et la qualité de leurs produits. L’objectif est de favoriser leur intégration progressive dans l’économie locale structurée, tout en préservant leurs moyens de subsistance.

La valorisation du patrimoine semble également faire partie de votre vision. Pourquoi cet aspect est-il important?

Le patrimoine naturel et culturel d’Obock est une richesse inestimable. Nous avons engagé des démarches pour la reconnaissance et la préservation de sites emblématiques tels que Godoria, l’archipel des Sept Frères, les cimetières marins français, la maison d’Arthur Rimbaud ou encore la résidence de Léonce Lagarde. La valorisation de ce patrimoine permet non seulement de préserver notre mémoire collective, mais aussi de créer des opportunités économiques à travers le tourisme culturel et écologique.

Le désenclavement reste un défi majeur pour la région. Quelles actions sont menées dans ce sens?

Le désenclavement est effectivement un enjeu crucial. Le Conseil régional accorde une attention particulière à la réhabilitation et à la construction de pistes rurales reliant les différentes localités. Ces infrastructures facilitent les échanges commerciaux, améliorent la mobilité des populations et renforcent la cohésion territoriale. Elles permettent également de connecter les villages isolés aux centres urbains et aux services essentiels, ce qui est indispensable pour un développement équilibré.

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux populations d’Obock et aux partenaires au développement?

Je souhaite avant tout rassurer les populations d’Obock sur notre détermination à œuvrer pour un développement durable, inclusif et équitable. Les défis sont nombreux, mais les perspectives sont réelles. Avec l’engagement des communautés, le soutien de l’État et l’accompagnement de nos partenaires, nous pouvons transformer les potentialités de notre région en opportunités concrètes. Obock a un avenir prometteur, et c’est ensemble que nous le construirons.

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