Africa-Press – Djibouti. Djibouti a une longue tradition d’accueil des réfugiés, remontant aux années 1970, en raison de sa position stratégique dans la Corne de l’Afrique et des conflits régionaux. Djibouti a commencé à accueillir des réfugiés fuyant les guerres civiles en Éthiopie et en Somalie. Par exemple, lors de la guerre civile éthiopienne (1974-1991), des milliers d’Éthiopiens ont trouvé refuge dans le pays. Avec la guerre civile somalienne (depuis 1991), Djibouti est devenue un point d’entrée pour les Somaliens. Le pays a également reçu des Érythréens fuyant la guerre d’indépendance (1998-2000). L’instabilité au Yémen (depuis 2014) a ajouté des réfugiés yéménites.
Djibouti continue d’accueillir une population croissante de réfugiés originaires des pays voisins. Les principaux groupes de Réfugiés sont: les Yéménites qui sont un groupe relativement nombreux, avec environ 20 000 personnes enregistrées fuyant la guerre civile au Yémen depuis 2015. Ils arrivent souvent par bateau via le golfe d’Aden.
Les Somaliens sont très nombreux à fuir la guerre civile et la sécheresse et à se réfugier à Djibouti.
Les Éthiopiens souvent victimes de conflits internes et de persécutions trouvent également refuge à Djibouti. Les Érythréens qui sont des milliers, souvent en transit vers d’autres pays, fuyant le service militaire obligatoire et les violations des droits de l’homme. Les autres groupes sont de petits groupes de Soudanais, Sud-Soudanais et autres nationalités africaines.
Les réfugiés enregistrés vivent majoritairement dans des camps. Beaucoup de réfugiés non enregistrés sont en transit ou sont présents dans la capitale. Djibouti, malgré sa petite taille (environ 1 million d’habitants), offre une protection légale aux réfugiés. En 2023, Djibouti héberge environ 35 000 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés, principalement de Somalie, d’Éthiopie, d’Érythrée et du Yémen.
L’accueil exemplaire des réfugiés à Djibouti
Djibouti est un pays d’accueil exemplaire pour les réfugiés. Le pays est unanimement loué pour son engagement humanitaire, malgré sa petite taille et ses ressources limitées. Les partenaires internationaux, les travailleurs humanitaires et les réfugiés eux-mêmes soulignent la bonne réputation de Djibouti dans l’accueil des personnes fuyant les crises dans la région de la Corne de l’Afrique. Les points forts de Djibouti sont d’abord sa stabilité et son rôle de « pont humanitaire » dans la région. En outre, le pays se distingue par sa tradition d’ouverture, sa bonne collaboration internationale et ses politiques inclusives. Djibouti permet l’accès à l’éducation et à la santé pour les réfugiés, avec des programmes d’intégration économique.
Les camps de réfugiés comme Ali Addeh et Holl-Holl sont gérés avec l’aide internationale, offrant abris, nourriture et soins médicaux de base. Le gouvernement avec l’appui de partenaires fournit des programmes d’éducation pour les enfants et une formation professionnelle, favorisant l’autonomie. Djibouti, avec sa population majoritairement somalienne et afar, partage des liens culturels et linguistiques avec de nombreux réfugiés (yéménites, somaliens, éthiopiens). Cela facilite une intégration relative, avec des initiatives locales pour l’emploi et l’éducation. Par exemple, des réfugiés yéménites ont accès à des écoles publiques, et certains trouvent du travail dans le commerce.
Le pays participe activement à des programmes de réinstallation, permettant à des milliers de réfugiés de partir vers des pays comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie. En 2022-2023, plus de 1 000 réfugiés ont été réinstallés, soulignant l’efficacité de la coopération.
Les partenaires comme le HCR et l’Union européenne louent Djibouti pour son rôle stabilisateur dans une région instable. Malgré des ressources limitées, le pays met en place des actions pour améliorer l’accueil, avec des investissements dans l’éducation, l’eau potable et la santé. Cette approche reflète un engagement humanitaire solide malgré les contraintes. Des rapports de l’ONU notent que les réfugiés à Djibouti bénéficient d’un taux de protection élevé comparé à d’autres pays africains.
L’intégration des réfugiés dans le système éducatif
Djibouti est signataire de plusieurs accords internationaux qui guident sa politique envers les réfugiés. En tant que membre de l’Organisation des Nations Unies (ONU), le pays adhère à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et à son Protocole de 1967, qui garantissent l’accès à l’éducation pour les personnes déplacées. Le Cadre d’Action Globale pour les Réfugiés (en anglais: Global Action Framework for Refugees) fait référence au Cadre de Réponse Globale aux Réfugiés (CRRF), a été adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2018 dans le cadre du Pacte mondial sur les Réfugiés. Il s’agit d’un cadre stratégique visant à améliorer la gestion des situations de réfugiés à grande échelle, en promouvant une responsabilité partagée plus équitable entre les pays d’accueil, les pays d’origine et la communauté internationale. Ce cadre n’est pas un traité juridiquement contraignant, mais un ensemble de principes et d’actions volontaires pour renforcer la protection des réfugiés, prévenir les crises et faciliter les solutions durables (comme le rapatriement, l’intégration locale ou la réinstallation). Le pays participe au Pacte mondial sur les réfugiés (2018), qui encourage l’intégration des réfugiés dans les systèmes éducatifs nationaux. Dans les déclarations officielles, Djibouti affirme son engagement à protéger les réfugiés en raison de sa position géographique stratégique et de sa stabilité. Ces engagements se traduisent par des financements et des programmes conjoints visant à améliorer l’accès à l’éducation primaire et secondaire pour les réfugiés.
Djibouti collabore étroitement avec le HCR, IGAD, l’UNICEF et l’UNESCO pour promouvoir l’éducation inclusive. Djibouti, en tant que pays d’accueil traditionnel dans la Corne de l’Afrique, a adopté une approche humanitaire envers les réfugiés, alignée sur les normes internationales. Au niveau national, Djibouti a adopté des politiques inclusives pour l’éducation des réfugiés. Ces politiques se traduisent par l’adoption de textes juridiques et réglementaires en faveur de la protection des droits des réfugiés. La Constitution djiboutienne (1992, amendée) et la Loi sur les réfugiés (2011) reconnaissent le droit à l’éducation pour tous, y compris les réfugiés.
Depuis 2017, le cadre juridique pour les réfugiés est principalement régi par la loi n°159/AN/16/7ème L (2017), complétée par deux décrets clés de 2017: le n°2017-410/PR/MI sur les droits fondamentaux et le n°2017-409/PR/MI sur les procédures d’asile. Ils garantissent la non-discrimination, le non-refoulement, et l’accès aux services sociaux, conformes aux standards internationaux.
Le décret n° 2017-410/PR/MI fixe les modalités d’exercice des droits fondamentaux (travail, éducation, santé) pour les réfugiés et demandeurs d’asile. Le décret n° 2017-409/PR/MI organise la procédure d’octroi du statut, notamment le fonctionnement de la Commission Nationale d’Éligibilité (CNE) et de la Commission Nationale de Recours (CNR). Les droits et principes clés de ces textes sont par exemple le non-refoulement, la protection des mineurs, l’inclusion (accès à l’éducation et au système de santé national, conformément au Pacte mondial sur les réfugiés). Ces décrets s’inscrivent dans une politique d’inclusion socioéconomique visant à renforcer la protection des réfugiés, notamment ceux des camps.
En 2019, lors de la Conférence internationale sur les réfugiés de Djibouti, le président Ismaïl Omar Guelleh a déclaré que Djibouti “reste ouvert à accueillir les personnes fuyant les conflits et les persécutions, en tant que devoir humanitaire et régional”. Le gouvernement a intégré l’éducation des réfugiés dans son Plan national de développement (PND 2020-2024), avec un objectif d’inscription scolaire universelle. Dans le PND, le gouvernement s’engage à renforcer l’éducation inclusive, avec des programmes spécifiques pour les réfugiés: écoles dans les camps, alphabétisation en langues maternelles, et formation professionnelle pour les adultes. En 2022, Djibouti a lancé un programme pilote pour l’éducation des filles réfugiées, aligné sur les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU, notamment l’ODD 4 sur l’éducation de qualité. Les réfugiés ont également un droit à l’éducation gratuite dans le système public djiboutien, comme stipulé par la loi nationale et les accords internationaux. Cependant, la plupart des enfants réfugiés fréquentent des écoles situées dans les camps. Le taux de scolarisation des réfugiés en âge scolaire (5-17 ans) est en augmentation constante.
Le ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle coordonne les initiatives en faveur d’une éducation inclusive Djibouti a déployé des efforts notables pour intégrer les réfugiés dans son système éducatif. L’éducation primaire est priorisée, avec des programmes en anglais, arabe et parfois en langues locales. Le secondaire est moins accessible en raison du manque d’infrastructures.
Les principaux centres éducatifs dédiés sont situés à Ali-sabieh, Holl-Holl et Obock. L’enseignement se fait en anglais à Ali-sabieh et à Obock. A Obock, dans le camp de réfugiés de Markasi qui accueille des réfugiés venus du Yémen, l’enseignement se fait en arabe. Au moins 4000 élèves sont scolarisés dans l’ensemble des 3 centres. Pour le moment, 12 établissements scolaires accueillent les élèves réfugiés: 7 à Ali Sabieh, 2 à Holl-Holl et 3 à Markasi. Avec l’appui du HCR et ONARS. Les enseignants et le personnel sont eux-mêmes des réfugiés. Les réfugiés adultes bénéficient parfois de formations professionnelles. Des programmes d’alphabétisation pour adultes et de formation professionnelle (couture, agriculture, mécanique) sont disponibles, aidant à l’intégration économique. Aussi, l’analphabétisme est en recul parmi les populations réfugiées. Par ailleurs, les réfugiés peuvent s’inscrire dans le système éducatif public djiboutien, qui est gratuit et obligatoire jusqu’à 16 ans. Dans le camp d’Ali Addeh, des programmes pilotes ont permis à des centaines d’enfants de passer des examens nationaux.
Les réalisations sont importantes. On enregistre une augmentation du taux d’alphabétisation parmi les réfugiés. À Holl-Holl, des élèves réfugiés ont obtenu des bourses pour des études supérieures à Djibouti-ville. Une école secondaire moderne a été inaugurée en 2022, qui a permis à 500 élèves de passer des examens nationaux avec des résultats comparables à ceux des Djiboutiens locaux. Ces avancées démontrent l’impact positif des politiques inclusives, renforçant la résilience communautaire et contribuant à la stabilité régionale.
Perspectives et recommandations
Djibouti collabore avec les partenaires pour offrir l’ensemble des services de base aux réfugiés y compris l’éducation, mais les ressources sont limitées, et les déclarations gouvernementales reconnaissent les défis et appellent à des améliorations. Malgré les progrès, des défis persistent. Les ressources limitées (manque d’enseignants qualifiés et de matériel) affectent la qualité de l’enseignement. La barrière linguistique (français officiel vs. langues maternelles des réfugiés) entrave l’intégration. La COVID-19 a aggravé les inégalités, avec une baisse temporaire des inscriptions de 20 % en 2020-2021. L’intégration pourrait s’améliorer avec une augmentation des investissements et des politiques plus inclusives, comme l’enseignement bilingue.
Parmi les recommandations qui reviennent souvent, on peut citer:
Mobiliser plus de financements pour améliorer l’intégration de l’éducation des personnes réfugiés. La collaboration avec des donateurs impliqués sur le sujet est importante. Djibouti peut aussi augmenter les investissements publics.
Adopter des politiques inclusives: intégrer l’éducation des réfugiés dans le Plan national d’éducation de Djibouti, en garantissant l’accès gratuit et obligatoire jusqu’à 16 ans, comme pour les citoyens locaux.
Poursuivre la construction et la rénovation des écoles: étendre les infrastructures dans les camps, en ajoutant des classes modulaires et des espaces sécurisés pour les filles. Objectif: réduire la distance à l’école.
Simplifier les procédures administratives pour les réfugiés, en éliminant les frais et en offrant des transports scolaires. Intégrer des programmes de rattrapage pour les enfants non scolarisés.
Mettre en place des campagnes de sensibilisation contre les mariages précoces et offrir des aides financières pour les filles. Former les enseignants à l’inclusion des élèves handicapés, avec des équipements adaptés.
Poursuivre la mise en place des programmes bilingues intégrant les langues maternelles des réfugiés, tout en enseignant l’arabe, l’anglais et le français. Inclure des modules sur la santé et la nutrition. Distribuer des manuels scolaires gratuits, des tablettes numériques et un accès à Internet dans les écoles. Djibouti démontre un engagement solide envers l’éducation des réfugiés, soutenu par des réalisations tangibles. Le pays est en train de devenir un modèle régional d’inclusion éducative. Pour y arriver Djibouti a su compter sur ses forces telles que sa légendaire tradition d’accueil des personnes réfugiées, mais elle a su également renforcer ses partenariats internationaux. Un soutien plus important et plus durable de la communauté internationale est indispensable pour consolider le rôle exemplaire de Djibouti dans l’accueil et l’éducation des réfugiés.
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Djibouti, suivez Africa-Press





