Le boom de la robotique humanoïde

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Le boom de la robotique humanoïde
Le boom de la robotique humanoïde

Africa-Press – Gabon. Dans le très riche bestiaire de la robotique, l’humanoïde est longtemps demeuré au stade du fantasme calqué sur des personnages de science-fiction. De fait, les machines ne sont pas mises au point pour nourrir l’imaginaire mais bien pour se montrer performantes dans des tâches précises, répondre à un besoin. Jusqu’ici, c’est surtout la tâche particulière attendue du robot qui en définissait la forme. Pour automatiser une usine, à quoi bon investir dans le développement compliqué d’un bipède à deux bras et deux mains reproduisant péniblement la motricité fine de l’être humain, lorsque de grosses pinces, des chariots ou de grands bras articulés bien configurés s’avèrent déjà très efficaces ? De la même façon, côté robotique domestique, les tondeuses ou aspirateurs autonomes de type Roomba, qui ont rencontré un certain succès ces dix dernières années, font d’autant mieux le travail que leur forme, compacte et près du sol, est adaptée à leur mission.

Mais le développement d’algorithmes d’intelligence artificielle de plus en plus performants est en train de changer radicalement la donne: la mise au point de machines prenant forme humaine est désormais en plein boom. En témoigne l’engouement qu’a suscité la 24e conférence internationale Humanoids Robots qui s’est tenue cette année à Nancy du 22 au 28 novembre dernier. « On note une très forte augmentation de l’intérêt pour les robots humanoïdes, aussi bien du côté purement scientifique des laboratoires de recherche que du côté des industriels. Il y a deux fois plus de participants à cette conférence internationale qu’il y a deux ans à Okinawa, au Japon. Un cap a clairement été franchi « , estime avec enthousiasme Jean-Baptiste Mouret, directeur de recherche à l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique), depuis la grande salle de 3.000 m2 du centre des congrès Prouvé de Nancy, peuplée de dizaines de robots en démonstration.

Des investissements de centaines de millions d’euros

Cette année, Humanoids Robots a été couplé à la « coopétition » (compétition collaborative) européenne euROBIN de robotique qui rassemble, plus largement, humanoïdes mais aussi drones, robots à pattes, à roulettes… « Tout le bestiaire de la robotique est présent !  » En tout, 32 équipes s’y sont affrontées lors d’épreuves de toutes sortes. 800 professionnels du secteur et une cinquantaine de robots venus de toute la planète ont ainsi animé la semaine.

Optimus est doté de modèles d’apprentissage machine afin d’adapter la force de sa prise en fonction des objets qu’il manipule. (TESLA, ci-dessous et plus bas)

Les grands absents sont les mastodontes du secteur qui investissent à coups de centaines de millions d’euros dans leurs humanoïdes. À commencer par Atlas, développé par la société de robotique Boston Dynamics pour le compte de la Darpa, l’agence de recherche du département de la Défense des États-Unis. Depuis 2013, des vidéos sont régulièrement dévoilées pour montrer les progrès de cet humanoïde bodybuildé s’adonnant désormais au parkour – discipline sportive consistant à aller d’un point à un autre par le chemin le plus direct en franchissant les obstacles -, sautant de tous côtés, grimpant sur des échafaudages, déplaçant des charges lourdes… Des démonstrations certes très impressionnantes parfois, mais qui ne sont jamais réalisées en direct. De quoi rendre les chercheurs académiques méfiants. « Difficile de juger ses réelles capacités d’adaptation dans ces conditions, regrette Jean-Baptiste Mouret. À combien de reprises a-t-il dû s’y prendre pour réaliser ces parcours de sauts et de déplacements ?  » Signe toutefois qu’Atlas pourrait bien avoir atteint l’âge de la maturité après dix ans d’essais, Boston Dynamics a annoncé en 2024 le lancement d’une nouvelle génération, passant d’un système hydraulique au 100 % électrique « pour franchir une frontière commerciale ». Une version qui doit être déployée sur les chaînes de production automobile de Hyundai Motor, société mère de Boston Dynamics depuis son rachat en 2021.

Une orientation stratégique qui semble calquée sur l’impulsion donnée par Elon Musk lorsqu’il a annoncé investir massivement sur Optimus, humanoïde développé par sa société Tesla. « Elon Musk a déclenché quelque chose dans le secteur en mettant près d’un milliard de dollars sur la table. Cela a rendu les investisseurs plus confiants « , explique Jean-Baptiste Mouret.

Avec son design aux allures de personnage de dessin animé, Miroka (à gauche) accompagne les jeunes patients traités à l’Institut du cancer à Montpellier. La nouvelle version d’ Atlas (ci-dessus) est destinée à être utilisée sur les chaînes de production de Hyundai. (ENCHANTED TOOLS – SIPA)

C’est ce qui a conduit une autre société américaine, Figure AI, créée en 2022, à se transformer en un autre géant du secteur en levant quelque 800 millions d’euros pour son robot avant d’acter un partenariat avec OpenAI au printemps 2024 pour équiper leur machine de son propre ChatGPT. Dans la foulée, la société a annoncé le déploiement de sa flotte dans une usine BMW de Caroline du Sud (États-Unis). « On a surtout le sentiment que les constructeurs automobiles se calquent sur Tesla pour éviter d’avoir l’air à la traîne « , analyse le chercheur pour expliquer cette appétence des géants de la robotique pour les chaînes de production automobile. Une industrie pourtant déjà largement automatisée. Or, c’est sur les secteurs qui ne le sont pas encore que la « révolution IA » à laquelle on assiste depuis près de dix ans devrait avoir le plus d’impact. C’est en tout cas cette logique qui préside au nouveau succès de la robotique humanoïde: incarner l’intelligence artificielle.

Du désamiantage à l’aide à domicile

De fait, les algorithmes d’apprentissage ont réalisé ces dernières années des progrès remarquables, permettant de faire sauter les verrous: « Manipuler des objets mous, par exemple, a longtemps été un défi, explique Jean-Baptiste Mouret , mais aujourd’hui, même des bras de qualité médiocre avec du jeu dans les jointures peut y parvenir. C’est ce que fait la start-up Physical Intelligence avec des bras robotiques à faible coût de fabrication, capables de plier le linge.  » Enfin, et surtout, « l’émergence d’IA génératives très généralistes comme ChatGPT, permettant de dialoguer avec la machine presque comme avec un humain, a rendu l’idée de robots polyvalents beaucoup plus pertinente « , poursuit le scientifique.

Désormais, les chercheurs imaginent une multitude de tâches que les machines pourraient prendre à leur compte, que ce soit parce qu’elles sont dangereuses ou parce que la main-d’œuvre manque: désamiantage, aide à domicile ou dans les Ehpad, petits travaux, nettoyage… Depuis octobre dernier, l’Institut du cancer à Montpellier accueille ainsi les sympathiques robots Miroki et Miroka de la start-up française Enchanted Tools dans son service de radiothérapie pédiatrique. Celui-ci doit apporter une présence familière et réconfortante aux enfants lors de leur hospitalisation, en consultation et lors de leurs séances de radiothérapie où aucune présence humaine dans la salle n’est possible.

De son côté, Serena Ivaldi, également directrice de recherche en robotique à l’Inria, « rêve d’un robot explorateur de planète, qui pourrait aller sur la Lune et au-delà pour accélérer l’exploration spatiale « . Une idée loin d’être farfelue pour des missions spatiales qui ont le double inconvénient – pour des humains -de nécessiter un entraînement très exigeant et d’être hautement périlleuses. Au milieu des années 2010, déjà, la Nasa avait présenté son humanoïde Valkyrie de 1,90 m pour 125 kg, au design d’astronaute futuriste léché. Il y a tout juste un an, l’agence spatiale américaine annonçait cette fois un partenariat avec la société Apptronik pour faire du robot Apollo des astronautes assistants pouvant « aider l’humanité à établir une présence à long terme sur la surface lunaire et, un jour, sur d’autres planètes comme Mars « . Nul doute qu’avec son Optimus, Elon Musk, qui ne jure que par « la vie extra-planétaire « , a lui aussi la chose bien en tête.

Le risque du hacking

En octobre dernier, un groupe de pirates informatiques s’est livré à une attaque sur le fabricant de robots aspirateurs Ecovacs. Ils sont parvenus à détourner les haut-parleurs des machines pour leur faire proférer des insultes racistes au beau milieu du salon… Un modeste aperçu de ce qui pourrait arriver si des robots domestiques à tout faire investissaient les foyers. Une perspective probable désormais. Une enquête menée par la société de hackers éthiques IOActive sur des objets de domotique a montré qu’ a minima, il serait notamment possible d’espionner la maisonnée. Inutile de dire qu’avec des robots humanoïdes puissants, les mesures de sécurité devraient être drastiques avant de les accueillir à la maison.

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