Africa-Press – Gabon. Au lendemain de la suspension de l’équipe nationale décidée par le gouvernement, Alain-Claude Bilie-By-Nze livre une charge argumentée, grave et structurée. Dans un communiqué parvenu à la rédaction de GabonReview, l’ancien Premier ministre conteste la nature de la réponse politique, dénonce l’humiliation publique de figures emblématiques et plaide pour une réforme de fond, patiente et cohérente du football gabonais.
L’élimination à la CAN 2025 a été, écrit-il, «une profonde déception pour l’ensemble des Gabonais». Mais l’échec sportif ne saurait, à ses yeux, autoriser n’importe quelle réponse. «Comme toute contre-performance sportive, elle appelle des réponses responsables, réfléchies et structurantes. Elle ne saurait en aucun cas justifier l’arbitraire, l’humiliation publique ni la désignation de boucs émissaires», prévient-il, posant d’emblée un cadre républicain et éthique à l’action publique.
Une sanction spectaculaire, sans méthode ni proportion
Sur le fond, Bilie-By-Nze distingue clairement ce qui relève d’une décision sportive classique de ce qui constitue, selon lui, une dérive politique. «Qu’un staff technique soit dissous après un échec relève d’un choix sportif classique», concède-t-il. En revanche, «suspendre une sélection nationale entière et procéder à des exclusions publiques et nominatives relève d’une démarche spectaculaire, émotionnelle et profondément inefficace». La formule est cinglante, et l’argument central sans ambiguïté: «Le football ne se gouverne ni par la sidération ni par l’improvisation. Il se réforme par la vision, la méthode, la continuité et le respect des acteurs.»
Derrière la critique de la forme, c’est la cohérence de l’État qui est interrogée. Les décisions annoncées, écrit-il encore, «soulèvent de graves interrogations quant à leur fondement, leur proportionnalité et leur cohérence avec les principes d’éthique et d’exemplarité pourtant invoqués avec insistance».
Aubameyang et Ecuélé Manga, l’humiliation de trop
Le passage le plus sévère vise la mise à l’écart de Pierre‐Emerick Aubameyang et Bruno Ecuélé Manga: «Au lieu d’une reconnaissance nationale, au lieu d’une médaille pour services rendus à la Nation, on leur inflige aujourd’hui l’humiliation publique et l’opprobre, comme s’ils étaient responsables d’un échec qui dépasse largement les joueurs et renvoie à des dysfonctionnements systémiques anciens et profonds.»
Bilie-By-Nze parle sans détour d’«une faute morale, politique et symbolique majeure» qui «confine au ridicule institutionnel». Il rappelle que ces deux joueurs «ont incarné, pendant de longues années, l’engagement, la loyauté et le rayonnement du football gabonais», portant le maillot national «souvent dans des conditions indignes d’un sport de haut niveau».
L’indignation est aussi juridique et institutionnelle. «On ne condamne pas sans faits établis, sans procédure contradictoire et sans respect du principe fondamental de responsabilité collective», insiste-t-il, avant d’asséner: «Faire de figures emblématiques des coupables désignés d’un échec systémique revient à masquer les vraies responsabilités et à envoyer un signal désastreux aux générations futures.»
Refonder par la base, pas par l’humiliation
En contrepoint, l’ancien chef du gouvernement esquisse une voie. La refondation, écrit-il, «ne commence pas par des décisions punitives prises au sommet, encore moins par l’humiliation de ses symboles». Elle commence «par la base: le sport de masse, la formation, la régularité des championnats, la qualité de l’encadrement, la stabilité de la gouvernance». Et de conclure par une sentence lourde de sens: «On ne construit pas l’avenir en humiliant ses héros. On le bâtit avec rigueur, patience, justice et reconnaissance.»
Au-delà du football, le texte de Alain‐Claude Bilie‐By‐Nze interroge la manière dont l’État exerce son autorité: dans l’émotion et la stigmatisation, ou dans la constance et la hauteur de vue. Une question qui dépasse largement le rectangle vert.





