Africa-Press – Gabon. Menaces de mort, accusations ethniques, soupçons de complot contre le pouvoir et mises en cause de pays étrangers: la parole a dépassé le cadre du rituel et de la croyance. Le samedi 3 janvier 2026, Junior Xavier Ndong Ndong a été interpellé et auditionné par la Direction générale des recherches, une semaine après un discours public d’une extrême gravité tenu à Libreville. Retour sur les propos précis qui ont conduit à cette interpellation et sur une affaire où le verbe est devenu un fait judiciaire.
Interpellé, selon plusieurs médias locaux (le concerné étant injoignable au téléphone), le samedi 3 janvier 2026, Junior Xavier Ndong Ndong a été conduit dans les locaux de la Direction générale des recherches (DGR) pour y être auditionné. Cette mesure intervient environ une semaine après un discours public tenu le 27 décembre à Libreville, dont la teneur, largement relayée sur les réseaux sociaux, a suscité une vive émotion et de nombreuses réactions dans l’opinion.
Figure religieuse médiatique, régulièrement présenté comme «nganga» et comme président du Conseil national des rites et traditions du Gabon, Junior Xavier Ndong Ndong s’est imposé ces dernières années par une forte visibilité, tant dans certaines émissions que sur les plateformes numériques. La sortie du 27 décembre marque toutefois un moment de rupture par la nature et la gravité des propos tenus publiquement.
Un discours aux mots lourds de conséquences
Lors de cette intervention, Junior Xavier Ndong Ndong a formulé des menaces de mort explicites à l’encontre de certains de ses détracteurs, citant notamment le journaliste Jonas Moulenda ainsi que d’autres opposants à son discours. Ces propos, tenus sans détour, ont été perçus comme franchissant un seuil rarement atteint dans l’espace public gabonais.
Dans le même temps, il a mis en cause des communautés gabonaises précises, en particulier les Myènè et les Téké, qu’il a présentées comme impliquées dans des manœuvres occultes visant, selon lui, à déstabiliser le pays. Ces accusations, formulées de manière globale et sans éléments étayés, ont été dénoncées par de nombreux observateurs comme relevant d’un discours tribaliste dangereux pour la cohésion nationale.
Junior Xavier Ndong Ndong a également affirmé qu’un coup d’État serait en préparation contre le pouvoir en place. Il a évoqué l’existence de réseaux internes, issus de certaines zones et ethnies du Haut-Ogooué, accusés de capter les richesses nationales et de nourrir un projet de renversement du régime. Ces affirmations ont été présentées par l’intéressé comme des «révélations mystiques».
Des pays étrangers nommément cités
Au-delà du cadre strictement national, la sortie du 27 décembre a pris une dimension intenationale. Junior Xavier Ndong Ndong a cité nommément plusieurs pays de la sous-région (le Bénin, le Nigeria et le Ghana) qu’il a accusés d’être impliqués dans des velléités de déstabilisation du pouvoir à Libreville. Là encore, aucune preuve concrète n’a été avancée pour étayer ces mises en cause.
Ces propos ont été perçus comme susceptibles de créer des tensions diplomatiques inutiles et d’installer un climat de suspicion à l’égard de pays considérés comme des partenaires et voisins continentaux du Gabon.
C’est l’ensemble de ces déclarations (menaces contre des personnes, accusations visant des communautés nationales, mises en cause de pays étrangers, annonce d’une déstabilisation du pouvoir gabonais ) qui ont conduit à l’interpellation du 3 janvier 2026. Au moment où plusieurs articles faisaient état de cette affaire, Junior Xavier Ndong Ndong se trouvait encore entre les mains de la DGR, en attente des suites judiciaires qui pourraient être données à cette audition.





