Africa-Press – Gabon. Dans une longue déclaration prononcée le 25 janvier 2026, l’opposant Albert Ondo Ossa a livré une analyse sans concession de la crise qui paralyse le secteur éducatif gabonais depuis près d’un mois. Au-delà des revendications salariales des enseignants, l’ancien candidat à la présidentielle y voit le symptôme d’une faillite systémique du régime issu du coup d’État du 30 août 2023, qu’il accuse d’incompétence, de corruption et de trahison des aspirations populaires. Entre propositions concrètes et accusations graves contre le pouvoir, Ondo Ossa se pose en lanceur d’alerte face à ce qu’il qualifie d’ »État voyou ».
Dans son intervention, Albert Ondo Ossa établit d’emblée un parallèle accablant entre l’ancien régime Bongo-PDG et l’actuel pouvoir issue de la transition. «Les autorités actuelles, à l’image de celles d’hier, répondent par des argusies, des intimidations, des propos délirants, par des faux-fuyants, par la diversion et même par la corruption des leaders syndicaux ou encore par des arrestations arbitraires et injustes qui sont plus fréquentes aujourd’hui qu’hier», dénonce-t-il, pointant l’ «incompétence notoire du putschiste en chef qui a du mal à faire la différence entre la caserne et l’administration publique, entre la discipline militaire et la gestion démocratique d’un État».
L’opposant livre une lecture historique de la dévalorisation de la fonction enseignante. Il rappelle qu’au début des années 1970, «un enseignant du primaire pouvait s’acheter sans problème un véhicule» et jouissait d’un statut social enviable. Mais «à partir de la fin des années 1970, à la faveur du boom pétrolier, le système Bongo-PDG s’est vite emballé avec son lot de promotions ridicules, son népotisme, son favoritisme provincial, au point que le mode de vie ostentatoire des nouveaux riches, sans mérite et bien souvent sans grande qualification, a enlevé toute crédibilité à l’école».
Pour Ondo Ossa, la grève actuelle ne porte pas seulement sur les régularisations administratives et les rappels de salaires. «En vérité, la revendication des enseignants dénonce une mauvaise structuration de la société au profit des non-méritants, des paresseux, des parvenus, une répartition injuste et inéquitable des fruits de la croissance, en fait un système unique qui privilégie parents, copains et coquins et qui met l’éducation au dernier rang de la société», analyse-t-il.
Des propositions concrètes pour sortir de la crise
L’ancien candidat à la présidentielle de 2023 propose une approche pragmatique basée sur ce qu’il nomme «l’ajustement par les quantités»: conditions décentes de logement, transport acceptable, assurance maladie familiale, priorité scolaire pour les enfants d’enseignants, dispense des frais d’écolage, et «régularisation séquentielle des situations administratives, mensuelles, trimestrielles, semestrielles, en fonction des dispositions réelles des ressources de l’État».
Cette démarche nécessite, selon lui, «des nouvelles structures représentatives fiables dans lesquelles les enseignants se reconnaissent et non celles polluées et infiltrées par le pouvoir PDG-UDB». Mais il se montre pessimiste: «Force est de reconnaître qu’une telle démarche va bien au-delà des capacités du pouvoir putschiste, fondamentalement roublard, arc-bouté sur ses petits intérêts égoïstes, sectaires et tribalistes.»
Accusations graves et vision prophétique
Ondo Ossa ne se limite pas à l’analyse. Il accuse le régime d’avoir envoyé «des barbouzes en France pour tenter de me compromettre et de m’éliminer par empoisonnement», opération pour laquelle «une importante somme d’argent, près de 800 millions de francs CFA, a été décaissée alors que les Gabonais ont des problèmes d’eau et d’électricité». Il qualifie le Gabon d’ «État voyou, qui ne respecte aucune règle du droit international et qui passe outre les usages diplomatiques courants».
L’opposant revendique par ailleurs son influence dans le limogeage du ministre du Budget et la signature de l’accord avec le FMI. «Le principal problème du putschiste en chef n’est pas Ondo Ossa, mais son propre mode de fonctionnement qui appauvrit tout un peuple et détruit notre beau pays», assène-t-il.
Concluant sur une note prophétique, Albert Ondo Ossa affirme: «Je rêve d’une nouvelle génération de Gabonais plus équilibrés, plus sobres, non corrompus, fiers de leur formation et de leur valeur. C’est elle qui sera appelée à gérer le Gabon dans les prochains mois». Et d’ajouter: «Nous avons toutes les raisons d’y croire, aujourd’hui plus qu’hier. Le changement a déjà commencé. Le reste prendra forme dès bientôt, dès que nous serons là».





