Africa-Press – Gabon. Bien plus qu’une simple question de droits humains, l’élimination du mariage des enfants s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique pour le développement. Alors que l’Afrique subsaharienne concentre des taux alarmants, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) tire la sonnette d’alarme: le mariage d’enfants constitue l’une des « contraintes structurelles les plus sous-estimées » qui entravent la capacité du continent à exploiter son dividende.
Dans de nombreuses régions d’Afrique, le mariage des enfants demeure une réalité qui hypothèque l’avenir de milliers de jeunes filles. Si les arguments moraux et juridiques sont souvent mis en avant, une analyse économique plus profonde révèle que cette pratique constitue un frein majeur à l’émergence. Pour espérer saisir le « dividende démographique » cette croissance économique accélérée résultant de l’évolution de la structure par âge de la population les pays du continent doivent impérativement briser les chaînes de cette tradition.
Les chiffres sont accablants. En Afrique, 130 millions de femmes et de filles ont été mariées avant leur dix-huitième anniversaire, soit le taux le plus élevé au monde selon l’Unicef. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale sont les plus touchées, avec environ 41 % des filles mariées avant l’âge de 18 ans. Six des dix pays au monde où cette pratique est la plus répandue se trouvent dans cette région.
Des pays comme le Niger (76 %), la République centrafricaine (61 %) ou le Tchad (60 %) affichent les taux de prévalence les plus élevés au monde.
Bien que le Gabon affiche des statistiques moins extrêmes, la tendance reste préoccupante en zone rurale. L’impact économique est global: la Banque mondiale estime que l’élimination du mariage des enfants pourrait générer des bénéfices se chiffrant en milliers de milliards de dollars à l’échelle mondiale d’ici 2030, principalement grâce à la réduction de la fécondité et de la croissance démographique.
Le coût exorbitant de l’exclusion scolaire
Le mariage précoce est le premier facteur de déscolarisation des filles. Or, l’économie moderne ne pardonne pas le manque de formation. Selon les analyses de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), une fille qui termine ses études secondaires a trois fois moins de chances de se marier avant 18 ans.
L’investissement est mathématique: chaque année supplémentaire passée par une fille sur les bancs de l’école augmente ses revenus futurs de 15 à 25 %. À l’inverse, une fille mariée trop tôt entre dans un cycle de dépendance. Au niveau continental, on estime que le manque à gagner lié à l’abandon scolaire des filles représente entre 15 et 30 milliards de dollars par an en termes de productivité perdue.
En retardant l’âge du premier mariage, on favorise la transition démographique. Dans des pays comme l’Éthiopie, qui a fait de la lutte contre le mariage précoce une priorité nationale, on observe une corrélation directe entre la baisse de la prévalence (passée de 59 % en 2005 à 40 % aujourd’hui) et l’amélioration du PIB par habitant.





