Africa-Press – Gabon. Depuis quelques années, l’Institut Max Planck d’Ecologie Chimique (Iéna, Allemagne) travaille sur l’impact de la pollution atmosphérique, et tout spécialement l’ozone, sur les insectes. Ceci afin de mesurer à quel point un monde essentiellement régi par une communication chimique à base de phéromones peut être perturbé par la pollution d’origine humaine.
Trois ans plus tôt, une équipe de recherche de cet institut dirigée par Markus Knaden montrait que l’ozone dégradait les phéromones de neuf espèces de drosophiles. Des mâles exposés à de l’ozone ne distinguaient plus leur genre des femelles, ce qui avait fatalement pour effet de nuire grandement à leur reproduction. L’exposition à l’ozone brouillait aussi totalement la barrière entre les différentes espèces de mouche conduisant à des croisements inter-espèces qui donnaient naissance à des hybrides stériles.
Indispensable à la signature d’une colonie
Cette fois, la même équipe a voulu étudier l’effet de l’ozone sur un insecte social comme la fourmi. Les résultats sont publiés dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).
Certaines phéromones d’insectes sont des molécules pourvues d’une double liaison entre deux atomes de carbone (C=C). Il est connu que des polluants atmosphériques comme l’ozone ou encore le monoxyde d’azote cassent ces liaisons et dégradent les phéromones, les rendant inopérantes.
Chez les fourmis, les cartes d’identité sont constituées d’un mélange d’hydrocarbures spécifique à chaque nid et produit par les glandes de l’insecte. Une mixture de composés, essentiellement composée d’alcanes mais également d’alcènes. Ces derniers sont présents en plus petite quantité mais sont indispensables à la signature olfactive d’une colonie.
Des fourmis devenues des étrangères
Chaque fourmi apprend dès la naissance à reconnaître l’odeur de sa propre colonie et à la distinguer de celles des autres quand elles croisent des fourmis issues de nids étrangers. Or, à la différence des alcanes uniquement constitués de liaisons simples, les alcènes sont des hydrocarbures comprenant au moins une double liaison.
Les chercheurs ont ainsi voulu vérifier si une exposition à de l’ozone, qui ne touche pas aux alcanes mais détruit les alcènes, avait une incidence sur la reconnaissance et l’identification des individus.
Ils ont ainsi exposé des fourmis de six espèces différentes à une concentration d’ozone proche de ce que l’on peut mesurer habituellement en été. Après 20 minutes d’exposition, les fourmis étaient réintroduites dans leurs nids.
Pour cinq des six espèces, le retour au bercail fut brutal. Les fourmis furent agressées par des membres de leur colonie qui ne les reconnaissaient plus comme faisant partie des leurs.
L’ozone nuit aux insectes et aux plantes
Et si l’une des espèces Ooceraera biroi ne montra aucun signe d’agressivité envers ses congénères exposés à l’ozone, c’est probablement, estiment les chercheurs, parce que tous les individus se reproduisent par clonage et que le nid ne comporte pas de reine. Toutefois, sur le long terme, l’exposition à l’ozone a tout de même eu des conséquences. Les adultes se sont avérés avoir un rapport plus distant vis-à-vis de leurs larves, ce qui occasionna une mortalité élevée, probablement à cause d’un dysfonctionnement de la communication chimique entre individus.
Le déclin mondial des insectes auquel nous assistons ces dernières décennies est dû en priorité aux pesticides et à la destruction de leurs habitats. Toutefois, les travaux des chercheurs de l’Institut Max Planck montrent qu’il ne faut pas négliger les polluants atmosphériques dans cet effondrement de la biosphère. Effondrement qui, par ricochet, touche également les plantes. En effet, des polluants comme l’ozone dégradent l’odeur des fleurs. Rendues moins attractives, celles-ci n’attirent plus autant les insectes pollinisateurs, ce qui empêche leurs disséminations…





