D’Addis-Abeba à la Canopée: Le Cœur Vert et la Paix

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D’Addis-Abeba à la Canopée: Le Cœur Vert et la Paix
D’Addis-Abeba à la Canopée: Le Cœur Vert et la Paix

Africa-Press – Gabon. Et si le véritable enjeu de l’entrée du Gabon au Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine résidait dans une révolution conceptuelle qui ferait de l’écologie le nouveau pilier de la stabilité continentale? C’est la thèse audacieuse que développe Adrien NKoghe-Mba* dans cette chronique prospective, où le statut de «Cœur Vert» du pays transcende la métaphore environnementale pour devenir un levier géopolitique inédit. Entre Addis-Abeba et la canopée gabonaise, il esquisse les contours d’une «Diplomatie du Vivant» où la protection des forêts équivaudrait à une opération de maintien de la paix préventive. Une vision qui redéfinit les paramètres du leadership africain à l’ère

Si l’on en croit les derniers échos venus d’Addis-Abeba, l’élection du Gabon au Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine ne serait pas qu’une simple formalité diplomatique. Ce siège, obtenu en ce mois de février 2026, pourrait bien représenter un tournant systémique pour le continent. Pour l’observateur attentif, ce ne serait pas seulement le retour d’une nation dans les instances décisionnelles, mais l’entrée d’une nouvelle doctrine: celle où la survie écologique conditionnerait la stabilité militaire.

Dans un monde que je décris souvent comme « plat » et interconnecté, le Gabon agirait comme un régulateur thermique vital. En tant que « Cœur Vert » de l’Afrique, le pays ne se contenterait plus d’exister ; il porterait, par sa simple réalité géographique, une responsabilité qui dépasserait ses frontières.

Le thermostat de la discorde ou de la concorde?

Imaginez que la sécurité africaine repose sur un logiciel complexe. Dans ce scénario, le Gabon en serait l’un des composants critiques. Si ce cœur vert venait à s’affaiblir, c’est tout le système de climatisation du continent qui pourrait s’enrayer. Selon cette perspective, la déforestation ou la mauvaise gestion des ressources ne seraient plus des sujets « environnementaux », mais des déclencheurs de conflits.

En siégeant au CPS, le Gabon aurait l’opportunité de démontrer que la protection de ses forêts est, en soi, une opération de maintien de la paix préventive. On pourrait ainsi imaginer une nouvelle forme de diplomatie où le maintien de la canopée serait perçu comme un rempart contre les migrations climatiques et les tensions liées à l’eau qui menacent le Sahel et au-delà.

Une « Diplomatie de la Canopée » en devenir

Le Gabon pourrait ainsi devenir le laboratoire d’une « Diplomatie du Vivant ». Au lieu de se limiter aux schémas classiques de médiation, Libreville aurait les cartes en main pour lier chaque dossier sécuritaire à la résilience écologique.

On pourrait supposer que:

Le pays utiliserait son siège pour promouvoir des mécanismes de financement vert comme outils de stabilisation régionale.

Il proposerait une vision où la souveraineté nationale passerait par la gestion durable des actifs naturels.

Il incarnerait ce pont indispensable entre les puissances industrielles en quête de carbone et une Afrique en quête de paix durable.

Le défi d’un leadership par l’exemple

Toutefois, ce rôle ne serait pas sans défis. Pour que ce « Cœur Vert » puisse réellement influencer l’architecture de paix de l’UA, il faudrait que le Gabon transforme son héritage naturel en un levier politique concret. Ce mandat de deux ans serait l’occasion de prouver que la préservation de la biodiversité n’est pas un luxe, mais une stratégie de défense nationale et continentale.

Si cette intuition se confirmait, l’Afrique ne verrait plus seulement le Gabon comme un réservoir de biodiversité, mais comme un acteur dont le souffle est indispensable à la paix globale. Car dans un monde où tout s’accélère, celui qui protège le moteur de la vie pourrait bien finir par diriger la flotte.

*Président de l’association Les Amis de Wawa pour la préservation des forêts du bassin du Congo.

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