Africa-Press – Gabon. Sous pression sécuritaire croissante, l’Afrique centrale tente de passer des déclarations aux actes. À Libreville, un atelier stratégique sur la FOMAC s’attaque à son point névralgique: la capacité réelle de projection et d’action. Derrière les textes en préparation, c’est la crédibilité militaire et politique de toute la sous-région qui se joue.
Structure de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), le Centre d’études et de renforcement des capacités (CERC), situé dans le Haut de Gué-Gué à Libreville, accueille depuis le jeudi 12 février, un atelier stratégique de trois jours consacré à l’élaboration des projets de texte de la Force multinationale de l’Afrique centrale (FOMAC). L’initiative intervient dans un contexte sous-régional particulièrement tendu, marqué par la persistance des défis sécuritaires et l’instabilité politique chronique. La participation d’experts militaires et civils des États membres témoigne d’une prise de conscience collective face aux menaces multiformes qui pèsent sur la stabilité de la sous-région.
Cette rencontre technique, centrée sur «le dépôt logistique de la force régionale», constitue «un maillon essentiel de l’efficacité opérationnelle du dispositif de la FOMAC» selon les organisateurs.
Une sous-région sous pression sécuritaire
L’organisation de cet atelier intervient dans un moment critique pour l’Afrique centrale, confrontée à des défis multiformes liés à l’instabilité politique et aux menaces terroristes, entre autres. Cette situation dégradée justifie la mobilisation de la CEAC via son département des affaires politiques, paix et sécurité pour renforcer l’outil militaire régional.
La présence de délégations des États membres, d’officiers d’état-major et d’experts spécialisés témoigne de l’engagement collectif à renforcer notre outil militaire régional, conformément aux orientations du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale et aux décisions des chefs d’État de la CEAC.
Efficacité opérationnelle au cœur des débats
Le thème central des travaux porte donc sur «le dépôt logistique de la force régionale», élément technique mais crucial pour la projection de puissance militaire. Cette approche pragmatique vise à renforcer l’efficacité collective et coordonnée des États membres s’agissant de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits.
Les experts réunis pendant trois jours devront plancher sur des questions essentielles: «améliorer la capacité de projection, la réactivité et l’interopérabilité de la FOMAC». Ces aspects techniques, souvent négligés dans les débats politiques, conditionnent pourtant l’efficacité réelle de toute intervention militaire régionale.
De la politique à l’opérationnel
L’ambition affichée par les organisateurs ne souffre d’aucune ambiguïté: «L’objectif est clair, transformer nos engagements politiques en capacité réelle d’action sur le terrain», a-t-il été expliqué sur Gabon 1ère Cette volonté de concrétisation tranche avec les habituelles déclarations d’intention qui émaillent les sommets régionaux sans déboucher sur des réalisations tangibles.
Créée dans le cadre de l’architecture de paix et de sécurité de la CEAC, la FOMAC, peine depuis des années à trouver sa place dans le dispositif sécuritaire sous-régional. Entre manque de financements, difficultés de coordination et rivalités nationales, cette force multinationale n’a jamais atteint le niveau d’efficacité espéré par ses concepteurs.
Le choix du Gabon pour accueillir ces travaux n’est pas anodin. Fraîchement élu au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, le pays entend jouer pleinement sa partition dans l’architecture sécuritaire continentale et sous-régionale. Cette expertise reconnue en matière de maintien de la paix, notamment héritée de l’expérience centrafricaine, fait du Gabon un interlocuteur crédible pour ces questions techniques sensibles.
L’atelier du Haut de Gué-Gué s’inscrit ainsi dans une logique plus large de montée en puissance diplomatique et militaire du Gabon sur la scène sous-régionale, dans la continuité de sa réintégration réussie au sein des instances continentales.
Les conclusions de ces trois journées de travail technique détermineront en partie la capacité de l’Afrique centrale à répondre efficacement aux crises sécuritaires qui la traversent, dans un contexte où les solutions externes montrent leurs limites et où l’appropriation régionale des défis sécuritaires devient une nécessité stratégique.





