Logement À Bikélé: Relogement Social ou Crédit Déguisé?

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Logement À Bikélé: Relogement Social ou Crédit Déguisé?
Logement À Bikélé: Relogement Social ou Crédit Déguisé?

Africa-Press – Gabon. Une lettre officielle de la Société nationale immobilière, présentée comme une «attribution» de logement aux déguerpis de Plaine-Orety, embrase les réseaux sociaux. Derrière l’apparente générosité institutionnelle, le document dévoile un engagement financier de vingt-cinq ans, payable rubis sur l’ongle. Entre promesse de propriété et contrainte contractuelle, l’affaire interroge: s’agit-il d’un geste social ou d’un crédit immobilier qui ne dit pas son nom?

Depuis la matinée de ce jeudi 12 février, une lettre à en-tête de la Société nationale immobilière (SNI) circule massivement sur les réseaux sociaux gabonais. Le nom du destinataire a été masqué, mais le contenu, lui, est limpide. Objet: «Attribution du logement n°… Commune de Ntoum au lieu-dit Bikélé». À première lecture, le terme «attribution» évoque un geste social. À la seconde, il apparaît que l’opération relève d’un engagement financier structuré sur vingt-cinq ans.

Le document indique qu’il fait suite «aux recommandations du Président de la République (…) portant sur la décision d’octroyer des biens immobiliers aux occupants relogés à la suite des opérations de déguerpissement dans la zone de Plaine-Orety». Le verbe «octroyer» peut laisser croire à une mise à disposition gracieuse. Pourtant, quelques lignes plus loin, la précision est de taille: il s’agit d’une «location assortie d’une promesse de vente sur une durée de vingt-cinq (25) ans».

Autrement dit, le bénéficiaire n’entre pas immédiatement en propriété. Le vocabulaire change. L’attribution devient engagement.

Un engagement de 300 mois

La lettre détaille un «paiement sur 300 mois». Le prix du logement et de la parcelle est fixé à 14 343 935 FCFA. À cela s’ajoutent des frais de dossier «non remboursables», des frais cadastraux et de publicité foncière. Au total, «à l’issue des 300 mois: 15.000.000 FCFA». La mensualité est clairement annoncée: «Soit un loyer mensuel sans apport initial: FCFA 50.000».

Le mécanisme est simple dans sa forme: 50 000 francs CFA chaque mois pendant vingt-cinq ans. Aucun taux d’intérêt n’est mentionné. Mais aucun transfert immédiat de propriété n’est non plus explicitement garanti dans cette lettre.

C’est ici que naît la controverse. Le document ne précise ni les conséquences d’un défaut de paiement, ni les modalités exactes de transfert du titre foncier. En revanche, il fixe un ultimatum: «Sans réponse (…) dans un délai de huit (8) jours (…) nous serons dans l’obligation d’annuler la présente attribution.» Huit jours pour accepter un engagement d’un quart de siècle.

Plus loin, la lettre indique qu’en cas de prêt immobilier, «l’organisme prêteur est prié d’effectuer le règlement à notre compte domicilié à BICIG-Libreville». Le dispositif est donc clairement financier et structuré, loin de l’image d’une simple mesure compensatoire.

Économiquement, 15 millions FCFA pour une maison de trois chambres à Bikélé peut apparaître cohérent au regard des standards d’un programme public. Mais juridiquement, tout dépendra du contrat définitif: la location-vente est-elle solidement encadrée? Le titre sera-t-il effectivement transféré à l’issue des 300 mois?

Derrière l’émotion des réseaux sociaux, une réalité plus froide s’impose: cette «attribution» que nombreux ont cru gratuit, n’est en réalité ni un don ni une faveur. C’est un engagement contractuel lourd, méthodique, étalé sur vingt-cinq ans. Le débat ne porte pas sur la disponibilité du logement, mais sur le prix réel, juridique et financier, à payer pour en devenir propriétaire.

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