Africa-Press – Guinee Bissau. Peut-être lisez-vous cet article avec une tasse de café à la main, comme 81% des Français qui en boivent quotidiennement. Il se situe ainsi devant le thé, consommé par environ deux tiers de la population. Il s’agit de la deuxième boisson la plus bue à travers le monde après l’eau. Et si, en plus du petit regain d’énergie qu’elles nous apportent, les boissons caféinées nous protégeaient de la démence? C’est ce qu’indiquent des travaux publiés dans le Journal of the American Association (Jama).
Le lien entre la consommation de caféine et des effets sur la cognition est étudié depuis longtemps. Mais jusqu’à présent, il était impossible de tirer des conclusions claires. La plupart des études peinent à différencier le véritable café du café décaféiné. Cette fois, des premières tendances commencent à apparaître. Et cela tient à la façon dont l’étude a été construite. Premier facteur crucial: les participants ont été suivis sur un temps long, jusqu’à 43 ans pour certains. Un paramètre crucial pour identifier des changements cognitifs graduels ainsi que le développement d’une démence au fil des décennies. Ajouté à cela, le nombre de participants s’avère particulièrement élevé, avec 130.000 individus, ce qui rend les résultats plus fiables. C’est l’étude la plus longue et la plus complète sur le sujet jusqu’à maintenant.
Deux à trois tasses de café par jour, une à deux de thé
Les résultats indiquent qu’une consommation modérée de caféine, c’est-à-dire deux ou trois tasses de café ou une ou deux tasses de thé par jour, est associée à la baisse du risque de démence et de déclin cognitif la plus importante (jusqu’à 20%). Une consommation plus faible de caféine était elle aussi associée à des bénéfices positifs pour le cerveau, mais dans une proportion moindre. Et chez les personnes qui boivent de grandes quantités de café, jusqu’à cinq tasses par jour, le risque de démence était 18% plus bas que ceux qui buvaient peu ou pas de café.
La caféine pourrait donc jouer sur deux niveaux: le déclin cognitif d’abord puis sur la démence. Car il s’agit bien de deux notions différentes. « Le déclin cognitif reflète les premiers changements de la mémoire et de la pensée, plusieurs années avant que la démence ne soit diagnostiquée. La démence, elle, est un stade plus avancé, quand les déficiences deviennent trop sévères et qu’elles affectent le quotidien », détaille Yuxi Liu, autrice de l’étude et chercheuse à l’école de santé publique de l’Université d’Harvard.
Concrètement, le déclin cognitif se manifeste par une baisse des capacités mentales, comme l’oubli d’informations récentes, la désorientation dans des lieux connus, des difficultés à trouver ses mots ou à gérer des tâches familières. Lorsque le déclin est installé, on parle alors de démence. Peu importe le stade auquel on se trouve, la caféine semblerait donc ralentir le déclin chez les participants à l’étude.
La caféine, plus forte que la génétique
Plus frappant encore, la consommation de caféine surpasserait le déterminisme génétique. En effet, certains gènes comme APOE4 sont associés à un risque beaucoup plus élevé de déclin cognitif. Une seule copie de ce gène dans l’ADN peut élever le risque de développer un Alzheimer de deux à trois fois. Et pourtant, malgré la présence de ce gène, la caféine a continué de montrer un effet protecteur. « C’est très encourageant », reconnait Yuxi Liu. « Cela suggère que des facteurs liés au style de vie peuvent quand même jouer un rôle, même chez les personnes présentant un risque génétique élevé. Cela ne veut pas dire que le risque génétique est éliminé mais que plusieurs facteurs entrent en jeu. »
En l’état, impossible de conclure que la caféine protège du déclin cognitif. Les chercheurs n’ont d’ailleurs pas identifié de possible mécanisme pour expliquer cette association. « Il s’agit d’une étude observationnelle. Nous pouvons identifier des associations fortes, mais pas établir de lien de cause à effet », explique la chercheuse. Il faudrait pour cela mener un essai randomisé ou encore étudier plus précisément par quel mécanisme biologique la caféine pourrait protéger de la démence.
Cela dit, les chercheurs ont l’intuition d’être sur une piste intéressante. Car pour une fois, les résultats font bien une différence entre les personnes qui boivent du vrai café et celles qui boivent du café décaféiné. Chez ces dernières, aucun bénéfice cognitif n’a été constaté, renforçant l’hypothèse que la caféine joue bien un rôle. Pour aller plus loin, l’équipe cherche maintenant à mieux comprendre quels mécanismes biologiques pourraient être liés à la consommation de caféine.
Au cœur de ces travaux: le microbiote, ou l’ensemble des organismes présents dans notre intestin. Ils pourraient jouer un rôle central dans la façon dont la caféine est métabolisée. En attendant les réponses à ces questions, les amateurs de thé et de café peuvent continuer à apprécier leur boisson chaude, qui semble être un allié sur le long terme.
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