Africa-Press – Guinée. Première mondiale pour une entreprise lyonnaise: la France va commercialiser le premier antidote contre la ricine, l’une des principales menaces biologiques et le plus puissant poison connu chez les végétaux. Fabentech, société biopharmaceutique française spécialisée dans les contre-mesures médicales face aux menaces biologiques, vient en effet d’annoncer l’obtention de son Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour le premier traitement contre l’intoxication à la ricine, Ricimed. Une première saluée par les ministres des Armées et de la Santé dans un communiqué commun, la Direction Générale de l’Armement (DGA) ayant soutenu depuis longtemps les travaux de la biotech.
Voilà des années que plusieurs équipes de chercheurs à travers le monde cherchaient à mettre au point un bouclier contre ce poison facile à produire et présentant un risque bioterroriste avéré et redouté, comme en témoignent deux tentatives d’attentat déjouées en Allemagne en 2018 et en 2023. C’est finalement cette société lyonnaise spécialisée dans le développement et la production de traitements d’urgence utilisés pour lutter contre les risques de bioterrorisme et les maladies infectieuses émergentes qui a été la plus rapide et obtenu l’AMM pour son antidote.
Une toxine 6000 fois plus puissante que le cyanure
Avec la ricine, il faut savoir que tout commence avec une plante, une euphorbe (Ricinus communis), cultivée industriellement pour son huile, matière première pour la production de lubrifiants, peintures, vernis, plastiques, cosmétiques et fibres synthétiques, utilisée aussi comme laxatif en pharmacie.
Ses graines contiennent la fameuse toxine, 6000 fois plus puissante que le cyanure et 12 000 fois plus que le venin du crotale. Et c’est la simplicité de son extraction qui laisse entrevoir une visée malveillante. Pour mémoire, la plus célèbre de ses victimes est sans nul doute le dissident bulgare, Georgi Markov, piqué à la cuisse dans une foule à Londres avec l’extrémité d’un parapluie, dans la fameuse affaire dite du « parapluie bulgare ».
Mais ce cas exceptionnel de contamination par injection dont les premiers signes d’intoxication sont décrits comme apparaissant dans les premières heures n’est pas le plus redouté. Face à la toxine, la crainte est surtout celle d’une contamination par inhalation par le biais d’un gaz dans le cadre d’une attaque terroriste. Car si la dose mortelle chez l’humain est d’1 mg/kg en cas d’ingestion, il en faut nettement moins, de 1 à 3 μg/kg seulement, par voie respiratoire. De plus, dans ce cas, les symptômes (nausées, vomissement, difficultés respiratoires…) sont retardés et n’apparaissent qu’au bout de plusieurs jours.
A administrer dans les six heures après l’intoxication
Jusqu’à présent, les traitements d’une intoxication à la ricine n’étaient en fait pas spécifiques et s’attaquaient aux symptômes provoqués par l’empoisonnement mais non à la toxine elle-même. « En complément des soins de support, dans les situations graves et qui nécessitent une administration immédiate, Ricimed constitue une nouvelle modalité de prise en charge de l’intoxication aiguë à la ricine », précise Fabentech dans son communiqué et précise qu’il s’agit là d’une thérapie à base d’anticorps polyclonaux devant être administrés dans les six heures qui suivent l’intoxication.
Selon le communiqué de la firme, les premières commandes pour l’export vers des pays européens sont déjà en cours. Mais la recherche n’est pas finie pour autant. Une équipe franco-allemande, en lien avec le CEA, vient tout juste de publier un travail ayant permis de caractériser 17 candidats-anticorps, eux monoclonaux, qui permettraient, selon l’étude, une neutralisation potentiellement plus efficace et plus reproductible que les anticorps polyclonaux. A suivre donc.
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