Cancer du Pancréas Éliminé chez la Souris

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Cancer du Pancréas Éliminé chez la Souris
Cancer du Pancréas Éliminé chez la Souris

Africa-Press – Guinée. Le cancer du pancréas, très difficile à détecter et à traiter, est l’un des plus meurtriers, avec un taux de survie à cinq ans d’à peine 5 %. Et malheureusement, le nombre de cas ne cesse d’augmenter, probablement à cause de facteurs environnementaux, tels que l’exposition aux pesticides et la consommation d’alcool. Mais une lueur d’espoir brille à l’horizon: des chercheurs du Centre espagnol de recherches oncologiques (Centro nacional de investigaciones oncologicas) ont présenté en décembre 2025 dans PNAS une triple thérapie qui parvient à éliminer la tumeur chez des souris. Entretien avec Carmen Guerra, l’une des directrices de l’étude.

Sciences et Avenir: pourquoi le cancer du pancréas est-il si mortel?

Carmen Guerra: En partie parce qu’il est diagnostiqué très tardivement. Les patients qui ont la chance d’être diagnostiqués très tôt peuvent être opérés et guéris, ou ont une espérance de vie beaucoup plus longue. Mais généralement, lorsque les patients consultent pour les symptômes liés à ce cancer, il est déjà trop tard et il y a souvent des métastases. Et une fois que vous avez des métastases, il est difficile d’opérer.

Pourquoi ce cancer est-il si difficile à détecter?

Au début, la tumeur ne donne aucun signe, elle ne fait pas mal, jusqu’à ce qu’elle envahisse un nerf, et là, il est généralement trop tard. Lorsque le patient ressent une douleur ou un problème de digestion, il est déjà trop tard.

« Pour l’instant, il existe peu de traitements spécifiques contre ces tumeurs »
Quel est généralement le traitement?

Après le diagnostic, les patients qui n’ont pas pu être opérés sont généralement traités par des médicaments cytotoxiques ou une chimiothérapie, comme la gemcitabine ou le folfirinox. Mais ces traitements endommagent non seulement les cellules tumorales, mais aussi le reste de l’organisme. Et ensuite, il y a toujours une récidive très rapide, la tumeur réapparaît. Pour l’instant, il existe peu de traitements spécifiques contre ces tumeurs. Heureusement, des médicaments spécifiques ont récemment été développés, qui inhibent KRAS, l’oncogène initiateur responsable de la plupart des tumeurs du pancréas (90 %). Ces inhibiteurs donnent de bons résultats et augmentent considérablement la survie par rapport à la chimiothérapie, mais, malheureusement, après un certain temps, la tumeur développe généralement une résistance et recommence à se développer.

Quelle est la fonction initiale de KRAS et pourquoi est-ce un oncogène si puissant?

KRAS est un gène qui s’exprime dans toutes les cellules de l’organisme. Il est essentiel à la prolifération et à la survie des cellules et contrôle également d’importantes fonctions de signalisation cellulaire. Mais lorsqu’il acquiert une mutation activatrice, qui rend son activité beaucoup plus élevée et incontrôlée, ces cellules prolifèrent beaucoup plus. Et en proliférant ainsi, les cellules acquièrent beaucoup plus de mutations. Cette activité oncogène du gène KRAS se trouve principalement dans les cellules du poumon et du pancréas. Dans ces deux organes, il est l’oncogène initiateur.

Et comment cette résistance aux inhibiteurs du KRAS se développe-t-elle?

Ces cellules tumorales sont si agressives qu’elles recherchent des voies alternatives pour surmonter cette inhibition (par exemple par une amplification dans le chromosome de la région qui code pour cette protéine, générant ainsi beaucoup plus de copies de KRAS et rendant leur inhibition plus difficile). Cela crée une résistance au traitement, la tumeur survit et recommence à se développer.

Comment avez-vous réussi à éviter cette résistance?

Dans un travail que nous avons réalisé en 2019 (publié dans la revue Cancer Cell), nous avons constaté que l’inhibition de l’EGFR et du RAF1 (deux protéines de la même voie de signalisation que KRAS) réduisait de 50 % les tumeurs. Cependant, 50 % d’entre elles étaient résistantes. Nous avons donc étudié ce mécanisme de résistance et avons constaté qu’il s’agissait de la voie de STAT3, un facteur de transcription (une protéine qui régule l’expression d’un gène, ndlr). En inhibant les trois protéines en même temps (EGFR, RAF1 et STAT3, ndlr), nous avons heureusement réussi à inhiber totalement la croissance tumorale chez les souris.

« Dans deux ou trois ans, nous pourrons commencer les essais cliniques sur des patients »
Et cet effet était-il durable dans le temps?

Oui, non seulement la tumeur disparaît, mais elle ne réapparaît pas, au moins pendant 200 jours (la durée de l’expérience), ce qui correspond à peu près au quart de la vie d’une souris. Les pancréas étaient complètement propres. On ne voyait même pas où la tumeur avait débuté. À vrai dire, nous ne nous attendions pas à un résultat aussi positif. Mais nous ne pouvons pas encore l’évaluer chez les patients.

Pourquoi?

Pour des questions de tolérance. Le daraxonrasib, qui est l’inhibiteur de KRAS utilisé, est très bien toléré et présente une très faible toxicité par rapport à la chimiothérapie, mais il a tout de même des effets secondaires. Chez certains patients, on observe par exemple une sensibilité cutanée, une colite (inflammation du côlon, ndlr), des vomissements, de la fatigue et d’autres troubles. Mais le deuxième médicament, l’afatinib, un inhibiteur d’EGFR, bien qu’il soit approuvé pour les patients atteints d’un cancer du poumon, est plus toxique que le daraxonrasib. Et si nous les combinons, il faut s’attendre à ce que les effets secondaires soient encore plus importants, voire intolérables pour les patients. Quant au troisième inhibiteur, qui est actuellement un dégradeur de STAT3, bien qu’il n’ait pas montré de toxicité chez la souris, nous ne savons pas ce qui se passera chez les patients.

Quelle est donc la prochaine étape pour trouver un traitement sûr pour les humains?

Nous essayons d’améliorer la pharmacologie, de trouver des alternatives à l’afatinib et au dégradeur de STAT3 que nous utilisons. Pour ce dernier, nous collaborons avec une petite entreprise de biotechnologie (Vega Oncotargets). Et nous sommes sur la bonne voie, cela fait déjà un an que nous travaillons à l’amélioration de ce médicament. Je pense que d’ici deux ans environ, nous aurons mis au point des médicaments qui, combinés, seront moins toxiques que ceux dont nous disposons actuellement. Dans deux ou trois ans, nous pourrons commencer les essais cliniques sur des patients. C’est notre objectif. En parallèle, nous étudions l’utilisation de cette triple thérapie dans les métastases, afin de voir si elle pourrait également être efficace lorsque le cancer s’est déjà métastasé.

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