La Guinée Réclame le Coran de Samory Touré

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La Guinée Réclame le Coran de Samory Touré
La Guinée Réclame le Coran de Samory Touré

Par Anas Zaki

Africa-Press – Guinée. Comme s’il continuait à résister à la France, vivant et mort, Samori Touré était au cœur d’une demande faite par la Guinée il y a quelques jours à la France pour la restitution de manuscrits et d’objets pillés durant la période coloniale.

Parmi ces manuscrits, actuellement conservés au musée de l’Armée à Paris, se trouve une copie du Saint Coran, appartenant à cet homme qui fut l’un des principaux chefs de la résistance guinéenne contre le colonialisme français jusqu’à son arrestation en 1898.

Quelle est l’histoire de Samori Touré? Que sont devenus les manuscrits et objets? Quelle est la position de la France sur leur restitution?

Le colonialisme français

Lieu: Afrique de l’Ouest, époque: la seconde moitié du XIXe siècle, le nom de Samori Touré émerge comme l’un des leaders africains musulmans ayant œuvré sur une vaste zone s’étendant entre le Niger et le sud du Mali, en passant par la Côte d’Ivoire jusqu’à la République de Guinée à l’ouest.

Certaines sources affirment qu’il est né en 1835, tandis que d’autres avancent qu’il est né quelques années plus tôt. Quoi qu’il en soit, cet homme, qui a travaillé dans son enfance dans l’agriculture et le commerce, commence en 1861 à mobiliser des combattants de son peuple et à appeler à la création d’un État islamique.

À cette époque, la France avait fait de l’Afrique un objectif principal de ses plans coloniaux, dans le cadre de sa compétition avec la puissance mondiale de l’époque, l’Empire britannique.

Après des campagnes en Asie, en Amérique et dans certaines îles du Pacifique, la France se tourne vers l’Afrique, commençant par le nord et l’ouest, occupant l’Algérie, puis la Tunisie et le Maroc, tout en imposant son contrôle sur des parties de la côte ouest avant de s’enfoncer à l’intérieur des terres.

Le Bonaparte africain

Les sources africaines parlent d’un tournant dans la vie de Samori Touré, membre des tribus mandingues, lorsque sa mère est capturée par des forces d’un chef local, ce qui le pousse à abandonner l’agriculture et le commerce pour prendre les armes.

Après avoir réussi à libérer sa mère, il se concentre sur le renforcement de ses capacités militaires, tirant parti des relations qu’il a établies au cours de son activité commerciale, qui s’étendent à d’autres tribus voisines.

Au cours de son parcours, il entre en conflit avec les tribus païennes de la région et, en quelques années, il parvient à devenir le chef d’un empire islamique s’étendant sur près d’un million de kilomètres, englobant des parties des pays actuels de Guinée, Gambie, Libéria, Mali, Sierra Leone et Côte d’Ivoire.

Pour contrôler ces vastes territoires, Touré divise son État en dizaines de provinces sous 10 administrations centrales, chacune dirigée par un de ses hommes de confiance, assisté dans la gouvernance et l’administration par un homme de foi pour trancher les litiges, assurer la justice entre les gens et appliquer les lois de la charia.

Rapidement, Touré passe de chef local à leader régional grâce à son rôle dans la résistance au colonialisme français, unifiant les tribus et mêlant alliances et légitimité religieuse pour former un projet de résistance unique en Afrique de l’Ouest durant la seconde moitié du XIXe siècle, soutenu par des facteurs religieux, commerciaux et militaires.

Samori Touré et ses troupes ont mené une série de longues batailles contre les forces coloniales françaises, utilisant des tactiques militaires avancées, notamment la stratégie de la « terre brûlée » et des mouvements rapides, visant à épuiser l’ennemi et à entraver son avancée.

En septembre 1898, les colonisateurs français parviennent à capturer Samori Touré et l’exilent au Gabon, où il est emprisonné jusqu’à son décès en 1900. Cependant, son expérience demeure un modèle emblématique de la transformation d’un commerçant en chef de résistance, alliant intelligence stratégique, capacité organisationnelle et loyauté envers son identité culturelle et religieuse, faisant de lui l’un des symboles de la lutte africaine contre le colonialisme européen.

Le site « Lectures africaines » rapporte que les adversaires de Samori Touré lui ont attribué le titre de « Bonaparte africain », en référence au célèbre chef français Napoléon Bonaparte, premier empereur de France après la révolution qui a renversé la monarchie en 1789.

Le Coran

« Un ancien manuscrit, enveloppé dans une couverture en cuir brun foncé, soigneusement fermé avec un fil en fibres naturelles, à l’intérieur, l’écriture arabe apparaît en noir sur des pages jaunies par le temps. »

C’est ainsi que le journal français Le Monde décrit la copie du Saint Coran que la Guinée demande à récupérer, ainsi que d’autres objets appartenant à Touré, tels que son chapeau, sa veste militaire, et même le « ventilateur » qu’il utilisait pour éloigner les mouches.

Le journal révèle qu’une délégation guinéenne a visité, en juin dernier, le musée de l’Armée française à Paris, spécifiquement pour examiner cette copie, et que le ministre de la Culture guinéen, Moussa Moïse Sylla, a qualifié cette visite de preuve de la haute estime accordée au chef de la résistance, affirmant la nécessité de retourner les objets à leur terre d’origine.

Cependant, la demande actuelle est bien plus ancienne, puisque, en 1968, le président guinéen Ahmed Sékou Touré avait profité du dixième anniversaire de l’indépendance de son pays vis-à-vis de la France pour demander la restitution du Coran du chef, de son épée et de ses vêtements traditionnels.

La demande actuelle va au-delà de ces objets symboliques, visant à récupérer une partie du patrimoine écrit guinéen, incluant des manuscrits et des documents conservés dans des collections françaises.

Conakry cherche à rassembler ces manuscrits dans le cadre d’un projet de création d’un musée du livre et des alphabets, visant à présenter un aspect de l’histoire de l’écriture et du savoir dans le pays.

La demande de restitution des objets pillés

De nombreux faits indiquent que le colonialisme européen ne s’est pas contenté de piller les ressources des pays africains, mais a également confisqué des objets appartenant à leurs dirigeants et chefs de résistance.

La demande guinéenne s’inscrit dans un contexte international marqué par une quête continue de restitution des documents, manuscrits et livres qui ont quitté leurs pays d’origine durant la période coloniale.

Des médias français confirment que la demande de la Guinée fait partie d’un effort plus large pour récupérer le patrimoine écrit présent en France, où elle réclame également la restitution de manuscrits et de documents liés à l’histoire du pays, dont certains sont écrits en arabe ou en alphabet arabe. Les autorités guinéennes estiment qu’ils font partie des traditions scientifiques, religieuses et littéraires qui ont prospéré en Afrique de l’Ouest avant la période coloniale.

La demande guinéenne met en lumière un intérêt particulier pour les manuscrits et documents, car elle ne vise pas seulement des pièces symboliques liées à des dirigeants historiques, mais cherche également à récupérer des livres et des textes qui font partie de l’histoire de la production de connaissances dans la région.

Le recensement entrepris par la Guinée inclut des documents répartis dans plusieurs institutions françaises, parmi lesquels des manuscrits religieux et des œuvres écrites en arabe ou en alphabet arabe, ainsi que des documents liés à des savants et des personnalités historiques guinéennes.

La loi française

En avril dernier, l’Assemblée nationale française a adopté une loi tant attendue visant à faciliter la restitution par la France des biens artistiques pillés, notamment en provenance d’Afrique. Cette loi a été adoptée à l’unanimité par le Sénat au début de l’année.

Cependant, la loi promise par le président Emmanuel Macron il y a quelques années, considérée par des militants français comme une ouverture d’un nouveau chapitre, ne concerne que les biens pillés entre 1815 et 1972, c’est-à-dire entre le début de la seconde empire colonial français et le début de l’application d’un traité de l’UNESCO qui a établi un système de restitution dans le droit international.

Cette loi facilite les opérations de restitution en permettant à l’avenir de recourir à des décrets plutôt qu’à un long processus législatif incertain. Elle stipule également, selon France 24, des contrôles, notamment des « critères définis avec précision » pour s’assurer du caractère illégal de l’acquisition.

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