Flore Monteau
Africa-Press – Madagascar. À dix jours du premier tour d’une élection cruciale, la tension est à son comble entre l’opposition et le président sortant. En pleine campagne, ce dernier s’appuie sur des fidèles, dans toutes les sphères du pouvoir.

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle malgache approche à grand pas, une question reste en suspens : aura-t-il lieu, comme prévu, le 16 novembre ? Depuis plusieurs semaines, le climat politique ne cesse de se dégrader, au point que la date du scrutin a déjà été décalée d’une semaine, à la demande des candidats de l’opposition.
Andry Rajoelina, en lice pour un second mandat, n’en semble pas moins imperturbable. Depuis le 10 octobre, le chef de l’État sortant, qui a démissionné au début de septembre après avoir officialisé sa candidature, mène campagne dans tout le pays, portant fièrement la couleur orange de son parti, Tanora Gasy Vonona (TGV). Il dénonce une crise politique « créée de toutes pièces » par ses concurrents, et s’est assuré, en cas de coup dur, d’un certain nombre de soutiens de poids.
Depuis son arrivée au pouvoir, en 2019, cet ancien DJ expert en communication – il a dirigé Injet et Domapub, deux agences florissantes sur le marché des panneaux publicitaires – a vite compris à quel point il est important de contrôler son image. Institutions, entreprises, armée… Au fil des ans, ses relations se sont étendues dans toutes les sphères du pouvoir.

Discrète à ses débuts, Lova Hasinirina Ranoromaro a rapidement tracé son chemin au sein du gouvernement, jusqu’à se rendre indispensable à Andry Rajoelina. Ancienne directrice de la communication institutionnelle du mastodonte malgache Axian – le groupe du magnat franco-malgache Hassanein Hiridjee –, passée par la direction du cabinet de la présidence, elle est aujourd’hui directrice de la communication du chef de l’État.
Ministre depuis 2019, et porte-parole du gouvernement, Lalatiana Rakotondrazafy est, elle aussi, un soutien de longue date de Rajoelina. Au début d’octobre dernier, elle a annoncé qu’elle renonçait à son portefeuille de la Communication et de la Culture pour se consacrer entièrement à la campagne.
Rajoelina est aussi allé chercher des experts en France, où il a noué des liens solides. Gérard Askinazi et son agence J5 co ont rejoint son équipe récemment, prenant la suite de l’agence ESL&Network. Dernière arrivée, la Française Sihem Souid, connue pour sa défense des intérêts du Qatar. Spécialisée dans la communication et le conseil aux gouvernements, la dirigeante d’Edile Consulting a organisé un voyage de presse à Antananarivo, en mai.

Pour gérer les affaires intérieures, Andry Rajoelina s’est s’entouré de fidèles rompus aux subtilités de la politique malgache. Jean André Soja, dit Kaleta (du nom du groupe dont il est le PDG), fut, entre autres, vice-président du Sénat et membre du Conseil supérieur de la transition (CST), avant de devenir, en 2022, conseiller spécial du gouvernement. Il appartient au bureau national de la plateforme « Isika Rehetra Miaraka amin’i Andry Rajoelina » (Irmar), dont fait partie sa formation, le Liaraike.
Autre fidèle de la première heure, Augustin Andriamananoro. Entre 2014 et 2018, après que Rajoelina ait quitté le pouvoir et accepté de ne pas se présenter à la présidentielle de 2013, Andriamananoro avait pris la direction de la coalition Mapar. En 2018, il a été nommé ministre des Ressources halieutiques, un poste auquel il a été reconduit l’année suivante par Rajoelina. Il était directeur chargé des projets présidentiels jusqu’à la récente démission du président-candidat.
Enfin, Naina Andriantsitohaina, maire d’Antananarivo et ex-ministre des Affaires étrangères, est lui aussi un proche du chef de l’État sortant. Ce capitaine d’industrie, descendant de l’une des plus grandes familles de l’Île, a été élu en décembre 2019, au terme d’une fastueuse campagne.

Patron du premier groupe privé de Madagascar, Hassanein Hiridjee figure naturellement parmi les interlocuteurs de l’hôte du palais d’Iavoloha. L’entrepreneur ne parle toutefois jamais de ses échanges avec Andry Rajoelina et les deux hommes ne se sont affichés ensemble qu’en de rares occasions, par exemple en 2019 à Antananarivo, à l’inauguration de NextA, l’incubateur d’Axian.
Hiridjee a été invité au dîner organisé à l’occasion de la visite du chef de l’État malgache en France, en août 2021. Un événement parisien auquel a également participé l’ancien président français Nicolas Sarkozy, qui apprécie de longue date Andry Rajoelina.
Autre figure incontournable du régime, Maminiaina Ravatomanga est non seulement celui qui finance les campagnes de Rajoelina, mais aussi une personnalité influente au sein des ministères. S’il ne possède pas de titre officiel à la présidence, « Mamy » tire les ficelles dans l’ombre. Soupçonné d’avoir trempé dans des affaires de corruption, le conseiller officieux du chef de l’État a récemment été blanchi après cinq années de procédure.
Gérard Perceau est le Français qui chuchote à l’oreille de Rajoelina. Il le conseille dans les négociations portant sur les grands projets d’infrastructures qui lient l’État malgache à plusieurs partenaires techniques et financiers. Cet ancien cadre de Bouygues est également le coordinateur général de l’Initiative pour l’émergence de Madagascar (IEM). Fondée en 2018 par Rajoelina, cette plateforme de concertation rassemble des experts malgaches et étrangers, et s’appuie sur des soutiens très divers.
Alfred Randriamanampisoa, élu député d’Antsirabe sous les couleurs du parti d’Andry Rajoelina, est également, depuis le 19 octobre, le patron du football malgache. Belle vitrine du pays à l’étranger, la Fédération est fréquentée et prisée par les politiques. En 2019, le chef de l’État avait bénéficié d’un regain de popularité grâce à la performance des Barea (l’équipe nationale), arrivés en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN).

Très proche de Rajoelina, le général Richard Ravalomanana a été nommé président par intérim, le 27 octobre (comme le veut la Constitution en période électorale), à la place du Premier ministre, Christian Ntsay. Il avait été nommé à la tête du Sénat peu avant, le 13 octobre, au lendemain de la destitution de Herimanana Razafimahefa, ce qui permettait alors au chef de l’État sortant de s’assurer du soutien de la chambre haute avant la présidentielle.
Autre militaire proche de Rajoelina : Josoa Rakotoarijaona. Ce général, qui a participé au coup d’État de 2009, a été nommé ministre de la Défense nationale à la fin de mars 2023, ce qui avait provoqué des remous au sein de l’institution. Quelques semaines plus tard, il avait été promu général de corps de l’armée, le grade le plus élevé. Depuis le début de la campagne présidentielle, au cours de laquelle le positionnement de l’armée sera crucial, il lance des appels à la stabilité.
Enfin, juste avant de démissionner, Rajoelina a nommé le général Jean-Yves Rasolondraibe directeur de cabinet de la présidence. Ce Saint-Cyprien, ancien directeur du Centre des opérations interarmées (COIA) auprès de l’état-major des armées, remplace Romy Andrianarisoa, limogée en août, après avoir été citée dans une affaire de corruption.
source: jeuneafrique
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