Africa-Press – Madagascar. Après sept mois de son accession au pouvoir, le colonel Mikaël Randrianerina, président de l’Autorité de « rétablissement » à Madagascar, a prononcé un long discours télévisé dimanche soir, faisant le bilan d’une période que les observateurs qualifient de recul par rapport aux promesses.
C’était seulement la deuxième fois que Randrianerina s’adressait au public depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2025, suite à des manifestations populaires sous la bannière de la « génération Z » qui réclamaient la chute du précédent régime dirigé par Andry Rajoelina, avec la lutte contre la corruption et l’obtention de justice en tête de leurs revendications.
Reconnaissance de l’incapacité à lutter contre la corruption
Le président a profité de son discours pour défendre les réalisations de son gouvernement dans les domaines de l’accès à l’eau, à l’électricité et de la réforme de l’enseignement supérieur, mais il n’a pas évité de reconnaître la limite de ce qui a été accompli. La reconnaissance la plus marquante concerne la corruption, où Randrianerina a admis que « les choses n’ont pas vraiment changé » à cet égard, ce que la radio internationale a qualifié de « reconnaissance très significative », étant donné que la lutte contre la corruption était la promesse la plus forte qui avait alimenté l’élan populaire qui l’a porté au pouvoir.
Randrianerina a également annoncé que les sessions de dialogue national prévues pour demain mercredi le réuniraient avec le Premier ministre, la ministre chargée du rétablissement et les présidents des quatre Églises chrétiennes. Cependant, cette annonce a suscité des interrogations, car le conseil ecclésiastique avait déclaré fin avril son exclusion de ce processus.
Proximité avec Moscou sous couvert de « pluralisme »
Sur le plan des relations internationales, Randrianerina a nié tout biais en faveur de la Russie, s’appuyant sur une politique de pluralisme international, justifiant la coopération militaire avec Moscou par « l’utilisation historique des armes russes » par l’armée malgache. Cependant, cette logique « est difficile à convaincre les observateurs », selon la radio française, au regard de l’augmentation des contrats de transfert d’équipements russes depuis son accession au pouvoir. Des rapports indiquent que des forces du « corps africain » russe ont été déployées pour former l’armée malgache, ainsi que pour protéger le président transitoire lui-même, en plus de la livraison de camions et d’hélicoptères.
Partenaires ou détenus?
Il est à noter que l’alliance qui a conduit au pouvoir s’est rapidement fissurée. Le 10 avril dernier, des militants de la « génération Z » ont organisé une marche pacifique dans la capitale Antananarivo pour demander la fixation d’une date pour les élections et l’accélération des réformes, quatre d’entre eux ayant été arrêtés deux jours plus tard. Les organisations de la société civile ont qualifié ces arrestations de « arbitraires », soulignant que l’utilisation de l’accusation de « atteinte à la sécurité de l’État » rappelle les mêmes pratiques qui avaient été utilisées contre elles sous le régime déchu, selon ce que rapporte un média local.
En revanche, Randrianerina a accusé les dirigeants de la « génération Z » de recevoir des financements d’opposants au régime, ce que les militants ont rejeté, exigeant la dissolution de la cour constitutionnelle, de l’assemblée nationale et de la commission électorale qu’ils considèrent comme des obstacles au véritable changement.
Amnesty International a récemment documenté ce tournant en déclarant que Madagascar passe « de l’insurrection de la génération Z à un pouvoir du conseil militaire, et que la promesse de changement s’évapore.





