Aïssata Touré, incontournable patronne des patronnes à Bamako

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Aïssata Touré, incontournable patronne des patronnes à Bamako
Aïssata Touré, incontournable patronne des patronnes à Bamako

Africa-Press – Mali. Présidente du Réseau des femmes opératrices économiques du Mali, elle dirige aussi l’Association des femmes chefs d’entreprises et coordonne la sous-commission genre de la CVJR. Portrait d’une gagneuse engagée aux multiples casquettes.

Pendant quinze ans, elle a été présidente des exportateurs de fruits et légumes. La seule femme dans un secteur dominé par les hommes. « Aucun problème, ils ne m’ont jamais regardée de haut. Je me suis documentée et formée à travers l’appui des partenaires selon des besoins spécifiques liés à mes activités », rassure Aïssata Touré Coulibaly.

Combats pour les femmes

À 66 ans, la responsable respire toujours la jeunesse et n’est jamais absente des combats en faveur des femmes. Comme à la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR) où, en tant que coordinatrice de la sous-commission genre, elle est souvent à l’écoute des femmes affectées par le conflit : « Des victimes de violences sexuelles ou celles ayant perdu maris, enfants. Ça donne une autre dimension de la vie. » Car Aïssata Touré a plusieurs casquettes : présidente du Réseau des femmes opératrices économiques du Mali (affilié à celui de l’Uemoa), elle dirige l’Association des femmes chefs d’entreprises du Mali et, depuis plusieurs années, elle est devenue vice-présidente en charge de l’entrepreneuriat féminin au sein du Conseil national du patronat du Mali.

Elle a consacré une bonne partie de sa vie à bâtir Multichem, créée en 1995. Cette entreprise, dont elle est la patronne, s’occupe de l’importation et de l’exportation des fruits, fleurs et légumes, et réalise un chiffre d’affaires de 400 000 millions de F CFA (610 000 euros environ). « La petite société a connu de bien meilleurs résultats », précise-t-elle.

Diplômée de l’École centrale pour l’industrie, le commerce et l’administration (Ecica) en 1980, Aïssata Touré est d’abord assistante dans une banque. Elle ressort du carton des souvenirs de cette époque un divorce, et le salaire qui ne permettait pas de « [s’]épanouir et de prendre soin de [ses] trois enfants dont elle avait la garde ». Elle suit une formation à l’ENA de Paris, puis démissionne en 1991 en décidant d’entrer dans le secteur privé. « J’ai sauté dans le vide, car je manquais de connaissance, se souvient-elle. Il fallait tenir. Il y avait les enfants, une marmite à faire bouillir. »

Elle commence par le haricot vert, exporté vers la France et très prisé à l’époque sur le marché européen. Aujourd’hui, le Mali ne figure plus dans les statistiques d’exportation de ce produit « depuis que le Maroc a commencé à en faire ». En 1998, pensant à se lancer dans l’horticulture, elle va se rabattre dans la commande de fleurs pour confectionner des bouquets et les vendre. C’était du temps d’Air Afrique. Elle rencontre des déboires, les vols étaient sans cesse annulés. Aïssata Touré cherche alors à cultiver ses fleurs, et obtient – grâce à l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid) et à l’Office de la haute vallée du Niger (OHVN) – une parcelle de 5 hectares à Samanko, en périphérie de Bamako.

Importance de la formation des entrepreneuses

À ce jour, sur les 150 boutures venues de Côte d’Ivoire et du Sénégal, 80 se sont acclimatées, et les fleurs sont commercialisées, hors Mali, au Niger et en Mauritanie, ainsi que sur le marché parisien de Rungis. « J’avais pensé aux expatriés mais je me suis trompée : ils ne font pas 1 % de la clientèle. Tout est malien, c’est dans leurs habitudes, surtout les jeunes », confie celle qui a imaginé un slogan commercial attractif : « L’ambassadeur de vos ambitions ».

Les mangues, quant à elles, sont vendues en Allemagne, aux Pays-Bas. Il y a quelques mois, elle a été contactée par la Norvège mais, sans vol direct, le transport pose problème. Pour la culture des mangues, l’espace reste le « nerf de la guerre ». Pour y faire face, elle travaille avec environ 450 petits producteurs. Étant l’une des rares dans le privé à posséder une station de conditionnement répondant aux normes, sise à Banankoro, et qu’elle est en train d’agrandir, Aïssata Touré pointe les difficultés qui sont de plusieurs ordres, notamment pour les femmes entrepreneuses.

Parmi celles-ci, « la formation qui est plus importante que le financement, insiste-t-elle. La mise à niveau est indispensable pour soutenir l’entrepreneuriat féminin. Les femmes doivent comprendre que quand on crée une entreprise, on vit avec, on se donne le temps de la connaître et de connaître ses problèmes », ajoute celle dont le Réseau a pour mission de « renforcer les capacités organisationnelles, techniques, matérielles et financières des organisations de femmes opératrices économiques du Mali ».

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